Chapitre 1 — Chapitre 1 - Tess Collins
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Un Noël inattendu · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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— C’est encore loin, maman ?
Dana me pose la question pour la cinquantième fois depuis le départ de cette longue journée. Je resserre discrètement les doigts contre le volant pour masquer mon usure. Répondre à cette question me demande de la patience, et j’ai moi-même très envie d’arriver à destination. D’autant plus que Dana est une enfant perspicace et curieuse. Elle est toujours en quête d’une réponse logique et rationnelle.
Avec un sourire, et la plus grande douceur, je lui indique une nouvelle fois :
— Nous serons bientôt arrivés.
Après avoir pris l’avion pour quitter la Floride, mes deux enfants et moi avons rencontré un ami de mon père à Robertson. Il nous a accompagnés de l’aéroport jusqu’à une concession qui a pu nous faire un prix pour cette antique Cadillac marron. Elle est confortable et se conduit plutôt bien, même si elle n’est plus de première jeunesse. Après cette dépense soutenue par l’aide de mes parents, nous avons dû trouver un réhausseur pour Leo qui s’est enfin endormi.
— Si j’ai bien calculé, il nous reste quelque chose comme cinquante kilomètres. C’est ça, maman ?
Ma patience est mise à rude épreuve, mais je n’ai pas d’autre choix que de tenir bon. Il y a des jours que je prépare ce départ et le déménagement que nous entreprenons pour Snowden Town. Je jette un regard sur la tête blonde de Dana. Elle a déjà huit ans. Une fierté certaine s’empare de moi quand je vois son sourire et son attitude si positive malgré ce que nous traversons depuis la mort de son père. J’ai parfois peur que toutes ces épreuves ne la fassent grandir trop vite.
— C’est moins que ça, ma chérie. Tu te rappelles dans quel État nous sommes ?
Tout en restant concentrée sur la route pour rejoindre la petite ville, j’essaie de familiariser Dana avec ce qu’elle découvre. Je lui ai largement parlé de notre arrivée ici, et des raisons pour lesquelles c’est nécessaire, mais je ne peux m’empêcher de m’en faire.
— Oui, on est dans le Dakota. On se rend à Snowden Town. Il y a environ mille sept cents habitants. Le goulash est le plat le plus populaire dans cette région. Il y a deux célébrités qui ont vécu dans cette région : l’acteur Josh Duhamel et Leonard Peltier, c’est un activiste...
— D’accord, trésor, dis-je, amusée de la savoir s’être tant renseignée. Je suis sûre que tes professeurs trouveront tes recherches très intéressantes. Je suis fière de toi.
Je baisse perceptiblement le son de l’autoradio grésillant pour lui demander avec plus d’intérêt à mesure que je vois la ville se dessiner au loin :
— Et si tu me disais si tu te souviens dans quelle maison nous allons habiter ?
— La maison de ton ancienne tante, la sœur de grand-père. Elle te l’a léguée quand elle est montée au ciel.
— Exact.
Ma fille reprend aussitôt en se penchant plus près de mon siège :
— C’est une belle maison, papi m’a dit qu’il aimait beaucoup y aller pendant les vacances. Dis maman, pourquoi papa il ne nous a pas donné la maison de Floride ?
Je cache l’expression de surprise et de peine qui traverse mon visage lorsqu’elle me pose cette question. C’est la première fois que Dana me demande une chose pareille. Les yeux détaillant les commerces apparents sur la route principale qui traverse Snowden Town, je réponds aussi simplement que je le peux :
— Ton père devait de l’argent à des personnes importantes. Alors…
— D’accord, je comprends. Dis maman, est-ce que le père Noël va quand même nous trouver ici ?
— Bien sûr, ma chérie ! Le père Noël sait exactement où trouver chacun des enfants de cette Terre. En plus, dans notre nouvelle maison, papi dit qu’il y a une grande cheminée. Cette année on pourra y accrocher nos chaussons et y laisser des biscuits.
Ravie de voir son sourire s’agrandir, je prends une grande inspiration. Dana se jette en arrière contre la banquette et colle son visage à la vitre pour découvrir la ville. Contrairement à la Floride, ici il y a déjà de la neige et des congères sur les routes. Adieu les palmiers et les fins d’années sous le soleil. J’ai toujours préféré la chaleur à la froidure de l’hiver. C’est d’ailleurs pour ça que je l’ai suivi sans hésiter lorsqu’il a s’agit de nous installer en Floride pour son travail. J’y avais trouvé un premier emploi dans la communication, plus précisément pour une agence de publicité. Après la naissance de Leo, j’ai eu de nombreuses absences qui ont fini par signer mon renvoi. La bronchiolite de mon fils nous a fait passer des nuits terrifiantes. Qui plus est, il a dû être hospitalisé à plusieurs reprises. Par la suite, ses difficultés respiratoires entre son premier et son quatrième anniversaire m’ont fait opter pour un travail depuis mon domicile pour compléter les revenus de la famille. La première année Scott pouvait m’aider, mais ensuite ça a été terrible. Depuis que je suis veuve, le revenu de mes activités a été insuffisant pour faire face à notre quotidien. Surtout en ajoutant les dettes cachées du père des enfants. Le plus important, c’est surtout que mon petit Leo aille mieux à présent. Mais ici, à Snowden Town, tout sera à refaire. Je n’ose même pas y penser maintenant.
— Ce doit être par là…, dis-je en prenant à gauche à la prochaine intersection.
De nombreuses décorations de Noël agrémentent déjà les boutiques et donnent à cet endroit désert un petit quelque chose de chaleureux. Nous sommes loin des grands magasins, des hauts immeubles de la Floride, de ses palmiers le long des routes. Ici, les arbres sont nus et esseulés, accompagnés de monticules de neige. Ça ne me donne pas une merveilleuse impression. Heureusement que j’entends ma fille se réjouir à l’arrière lorsqu’elle montre la neige à son frère.
Le souvenir que j’ai de Snowden Town, c’est celui de ma mère. Chaque année lors de notre traditionnel repas de Noël en famille, elle me racontait les atroces vacances dans la contrée sauvage qu’elle a passées ici. Je n’étais vraiment pas enthousiaste à l’idée de m’installer avec les enfants ici, mais c’est la seule solution qui s’est offerte à moi après que notre maison ait été saisie.
— Donne un peu d’eau à ton frère, tu veux bien ?
Si j’ai réussi à me remettre du décès de Scott, avec des jours avec et des jours sans, c’est surtout grâce à mes deux merveilleux amours. Ils sont tous les deux très attentifs, bien que j’essaie de les préserver. J’applique toute mon attention et mon temps à m’assurer qu’ils soient épanouis.
J’adapte mon allure lorsque je m’engage dans la quinzième avenue. Mes parents ont agi de concert pour me permettre d’habiter la maison le temps de nous reconstruire. C’est la première fois que je la vois en dehors des photos et des descriptions qu’on m’en a faites. La façade n’est plus aussi bleue et fraîche que racontée, mais du reste elle a l’air plutôt petite et accueillante. J’arrête prudemment la voiture dans la double allée de garage. Les pneus crissent sous la couche de neige.
— Nous y voilà, mes chéris. C’est notre nouvelle maison.
Dana sort de la voiture sans attendre pour découvrir la neige dans le jardin à l’avant de la maison.
— Ne t’éloigne pas, trésor.
— La neige, la neige, balbutie Leo.
Devant son enthousiasme, je m’empresse de le rejoindre. Quand j’ouvre la portière, il a déjà enlevé sa ceinture. Je suis surprise par mon petit filou que j’attrape avant qu’il ne saute du siège. Avec attention je ferme sa veste au possible et noue son écharpe autour de son cou.
— Les gants, poussin.
Bon gré, mal gré, il se plie à toutes ces précautions avant de rejoindre sa sœur en faisant entendre sa petite voix. Je soupire à l’abri de leur regards en fermant les portières. Dans le coffre, j’emporte l’une de nos valises. Nous avons avec nous le strict nécessaire. Quelques affaires vont nous parvenir prochainement, mais le transport étant coûteux, je me suis surtout préoccupée de ce qui concerne les enfants.
— Les enfants, venez par ici.
Dana prend la main de son petit frère et le conduit à sa suite. J’enfonce l’une des trois clés dans la serrure avant d’ouvrir la porte blanche. Ma mère avait raison, c’est rustique ici, mais au moins il y a des meubles. L’espace de cuisine et de salon est ouvert. Je pose immédiatement les yeux sur la cheminée. Il va falloir que je m’occupe de chauffer cette maison sans tarder.
— Allez vous installer sur le canapé, on ira voir vos chambres dès qu’on sera réchauffés.
— Maman, on mange quoi ce soir ?
— J’ai vu un restaurant en arrivant. On ira tout à l’heure.
Devant l’âtre, je me rappelle des conseils de mon père. On ne peut pas dire que je sache comment faire, mais il faut que j’apprenne. Je place les bûches que je trouve sous le foyer, en me faisant la remarque qu’il va falloir que je m’assure d’en avoir d’autres. D’une main, j’ouvre le clapet de la cheminée et laisse prendre doucement le feu. Quand je me retourne, fière d’avoir cette chaleur naissante dans le dos, j’observe mes deux enfants.
— Je ne veux voir aucun de vous près du feu ni toucher à la cheminée. Est-ce que nous sommes bien d’accord ?
Dans la maison, la majorité du mobilier est toujours présent. Pendant qu’ils acquiescent avec sérieux, je détaille l’endroit. Seuls les effets personnels de ma tante ont été enlevés. Dans la famille, ça fait longtemps qu’on cherche à louer ici en meublé, mais les locataires ne courent pas les rues. Faut dire que l’on comprend pourquoi… Quand je retrouve leurs yeux bleus m’observer en silence, j’ai un pincement au cœur. Je n’arrive pas à croire que nous sommes là et qu’une nouvelle page s’offre à nous.
— On pourra acheter un sapin de Noël cette année ?
— Je ne sais pas, ma chérie.
Je les rejoins, les aide à enlever leurs manteaux, et m’assois entre eux. Dana tourne la tête dans ma direction, attendant que je lui donne plus d’explications.
— Tu te rappelles que je t’ai expliqué que certaines choses allaient être difficiles pendant quelque temps ?
— Oui, mais on va fêter Noël, non ?
— Bien sûr qu’on va le faire. Seulement, nous devrons… Maman doit d’abord retrouver un travail.
Nous restons les uns près des autres un moment pendant lequel notre attention à tous est rivée en direction de la cheminée. Après quelques minutes, Dana murmure en posant la tête sur mon épaule :
— Peut-être qu’il y a des décorations dans le garage.
Un sourire berce mes lèvres. Je suis admirative de la persévérance de ma fille. Leo est déjà tout attentif à ma réponse. Je me redresse avec une joie nouvelle avant de leur tendre les mains.
— Allons voir ce qu’on peut trouver dans cette maison !
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