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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : Runa Fowler à Chapitre 4 : Kara Weaver
Chapitre 0 — Chapitre 1 : Runa Fowler
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Un ticket pour l'Australie · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Un ticket pour l'Australie en ligne gratuitement Chapitre 1 : Runa Fowler

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— Dernier appel pour le vol AF450 à destination de Sydney, les passagers sont priés de se présenter Porte 43.

Je ne peux pas le manquer ! C’est mon vol. Le mien ! Comment ai-je pu ne pas entendre mon réveil et être en retard ? Je n’y crois pas ! Pour une fois que je prends une décision importante dans ma vie, je suis à deux doigts de la louper. Ce voyage, j’en ai besoin. Pour moi-même, pour vivre et profiter de ma jeunesse, mais aussi pour prouver à ma mère que je suis une adulte mature et responsable. J’espère qu’elle l’entendra. Au moins après m’avoir crié dessus. Elle est tellement paradoxale ! D’un côté, elle m’a poussée à grandir trop vite et de l’autre, elle ne me laisse jamais prendre mes propres décisions. Il faut toujours que je fasse ce qui lui semble bien à elle. Cette fois, elle ne m’arrêtera pas !

Je sprinte de plus belle dans le terminal de l’aéroport bondé. Mon travail me garde en forme, mais mon cardio en prend un coup. Je suis essoufflée, mais je cours vers la liberté à grandes enjambées. Mes cheveux virevoltent dans tous les sens. Je suis à deux doigts de lâcher mon bagage de cabine dans l’espoir de franchir ces portes plus vite.

— Laissez-moi passer ! Laissez passer !

Je n’aime pas m’afficher. Tous les regards convergent dans ma direction. Les gens qui râlent aussi.

— Pardon ! Vous n’avez jamais vu quelqu’un de pressé ?

— Les voyageurs à destination de l’Australie. Dernier appel avant fermeture des portes.

— Attendez-moi !

Mon Dieu ! J’arrive essoufflée au possible, la poitrine saisie par une brûlure affreuse. Quand je rentrerai, je me mettrai au jogging.

— Mademoiselle ?

— Une… seconde.

Je redresse la tête, rejette mes cheveux clairs par-dessus mon épaule et je prends une profonde inspiration devant l’air serein de l’hôtesse.

— Ma carte d’embarquement, dis-je.

Elle me sourit avec compassion. Je suis gênée de me présenter dans cet état, mais comme dirait mon meilleur ami, mieux vaut avoir honte qu’être mort. Ha ! À moi l’Australie !

— Par ici, nous vous attendions.

Une bouffée de chaleur gagne mes joues. Elle alourdit mon visage. Ma gorge est sèche, j’ai tellement soif. Je reprends mon souffle et une allure modérée. Elle s’en va d’un pas pressé à travers le tunnel d’accès à l’avion. Est-ce qu’elle n’a pas compris que je viens de courir un marathon ?

J’y suis.

J’abandonne le paysage grisâtre et feutré de la Californie. La météo vire à l’orage aujourd’hui. C’est rare. Il était temps de mettre les voiles. Je me demande si les vagues font le même bruit sur les côtes australiennes. Poser un pied dans cet avion m’enivre. Je suis excitée et impatiente, un peu nerveuse aussi. Les passagers sont assis, occupés. Certains sont stressés, d’autres sur leur téléphone. J’avance dans l’allée jusqu’à ce que la bonne âme qui m’escorte m’indique un siège.

— Voilà, mademoiselle.

— Merci.

Lorsqu’elle me tourne le dos, j’ignore si elle m’a entendue. Je ne voulais pas perturber l’ambiance feutrée et paisible de la cabine. Je flanque mon sac dans le porte-bagages et referme le compartiment pour m’asseoir côté couloir. C’est parfait ! De toute façon, tout ce dont je rêvais, c’était d’être à bord de cet avion. J’attache ma ceinture, prête au décollage. Des fourmillements naissent sur mes bras et foncent jusqu’à mon dos. C’est mon grand moment. Je gère ! Un sourire fier grandit sur mes lèvres. Je suis une adulte mature et responsable. Je suis tout à fait capable de voyager partout où je le déciderai. Ma mère le fait bien. Je ne comprends pas pourquoi elle me surveille comme le lait sur le feu. Si elle voulait me protéger, il aurait fallu qu’elle s’en charge quand j’en avais vraiment besoin. Pas maintenant que j’ai vingt-deux ans !

Je soupire et libère ce poids qui pèse sur ma poitrine. Je suis indépendante. Pourquoi ai-je le sentiment de devoir le prouver ?

Du calme.

Ma voisine pianote sur son ordinateur. Le bruit rapide des touches m’interpelle. Je n’ai jamais vu quelqu’un écrire si vite ! Je la détaille en toute discrétion. La jeune femme doit mesurer environ ma taille, mais nous n’avons pas le même gabarit. Je suis plutôt svelte par mes origines scandinaves. Cette trentenaire a quelques rondeurs, un style simple et des cheveux châtains que j’aurais rêvé d’avoir. Bottes, pantalon solide noir, une chemise surmontée d’un gilet. Son visage est beau, avec des lignes proportionnées et une ride naissante aux abords de ses sourcils. Sûrement un signe de concentration. J’inspire profondément avant de penser encore une fois à ma mère qui trouve qu’on se ressemble tant. Est-ce qu’une couleur de cheveux suffit à tirer cette conclusion ? Elle me dirait que non, mais dans notre cas, ça semble lui suffire. Elle et moi n’avons rien en commun.

Une secousse me surprend. Je me penche maladroitement pour observer l’extérieur à travers le hublot. L’avion s’est mis en marche. Ma voisine m’adresse un regard en biais. Je suis un peu trop proche.

— Pardon.

Ce départ est le moment que j’attends depuis que j’ai acheté mon billet. Je n’ai aucune raison d’être anxieuse. L’aventure va être fabuleuse. Je m’en souviendrai toute ma vie, j’en suis sûre ! Pourquoi est-ce que je suis si nerveuse ? Je me réinstalle sur mon siège avec l’impression que les nuages alentour s’assombrissent. Qu’est-ce que je fais ici ? Et si ça se passait mal ? Ça y est, je suis en train de penser au pire.

Trop tard pour flancher, Runa !

Je me fustige et m’enfonce dans mon siège. L’appareil s’engage sur la piste et il prend de la vitesse. Immobile, les joues gonflées, le souffle coupé, j’éprouve la force de la poussée pour la première fois de ma vie. C’est effrayant et fantastique à la fois. Mon cœur palpite de peur et d’excitation. Ça y est ! Je pars pour l’Australie !

L’avion est bientôt haut dans le ciel. Tout redevient paisible dans l’appareil. Je souris bêtement avant de m’apercevoir que ma voisine m’étudie d’un œil curieux.

— C’est mon premier vol, dis-je. Et vous ?

Elle m’observe avec étonnement. Est-elle surprise que je lui adresse la parole ? Ou alors je la dérange. La trentenaire aux iris noisette esquisse un léger sourire. Elle n’a pas l’air d’être à l’aise.

Elle n’a peut-être pas l’habitude des interactions sociales. Ça m’amuse, mais je ne le lui montre pas. J’ai toujours trouvé les personnes timides ou réservées intéressantes. Je suis le genre de fille qui aime en apprendre plus sur elles précisément parce qu’elles le sont. Si le contact passe, c’est l’assurance de tisser une belle amitié, durable et profonde. Ce serait sympa d’avoir une copine en Australie !

— C’est votre premier aussi, c’est ça ?

— Non, je voyage pour le travail, répond-elle. C’est simplement la première fois que je survole le Pacifique.

— Je peux ?

De l’index, je désigne le hublot. Elle s’enfonce bien fort contre son dossier pour se tenir loin de moi lorsque je me penche pour scruter le paysage.

À travers les nuages noirs, le soleil perce au loin. Les rayons lumineux contrastent à merveille dans l’horizon. Jamais je n’avais vu un plan pareil de mes propres yeux. Je pourrais passer les douze prochaines heures à observer ce panorama imprenable. C’est merveilleux ! Pourvu que le temps s’éclaircisse.

— C’est magnifique ! Est-ce que vous avez vu ça ?

— De l’eau ?

Je tourne la tête vers la jeune femme. Il n’y a pas l’ébauche d’un sourire sur ses lèvres. Ce n’est donc pas une blague. Je retrouve mon siège sans précipitation en lui décochant un long regard.

Rabat-joie, va.

Elle se remet à pianoter. Le tapotis va-t-il accompagner ce vol ? J’aurais dû prévoir de quoi m’occuper. Mes épaules s’affaissent lorsque je pousse un interminable soupir. La nervosité qui me noue depuis le réveil tend à me quitter.

— Vous voulez ma place pour en profiter ? propose ma voisine.

— Vous accepteriez ?

— Bien sûr.

J’ai peut-être raison sur ma théorie des gens réservés. Cette femme est plus aimable qu’elle ne le laisse paraître. Qui échange sa place par gentillesse de nos jours ? Personne. Elle acquiesce avec un sourire amical. Je bondis de mon siège comme une enfant qui attend son cadeau d’anniversaire.

— C’est très gentil de votre part. Je vous remercie.

Je me presse à sa place dès qu’elle est dans l’allée et colle mon visage devant le hublot. La peur qui me nouait le ventre laisse place à de la fascination. J’en oublie le temps qui continue de se dégrader. La vue est époustouflante. Le climat à l’état sauvage. La force brute des éléments, de la vie sur Terre, un cycle qui se répète depuis des milliers d’années et j’en suis la spectatrice qui en profite depuis un rare point de vue.

— J’adore !

Ma voisine pose son ordinateur portable sur la tablette devant elle.

— Merci, vraiment. Je me souviendrai de ça toute ma vie !

Ma réplique lui arrache un petit rire. Elle se détend. J’en profite pour me présenter.

— Je m’appelle Runa.

— Kara.

Je croise son regard avant qu’elle ne le détourne sur son écran. Sans doute ai-je mis un peu trop d’enthousiasme dans cet échange, mais je suis heureuse de profiter du hublot. Très vite, je m’adosse au siège et mes idées s’apaisent. Elles s’évadent sur un plan où les réflexions et les problèmes de la vie paraissent futiles. Après tout, à l’échelle de la galaxie, nous ne sommes qu’un grain de sable dans ce monde. Chaque fois que j’y pense, ce que j’affronte me semble moins effrayant, moins stressant, moins inquiétant.

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