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📖 Extrait gratuit — PROLOGUE : ABIGAËL à 2 : AQUALIA
Chapitre 1 — PROLOGUE : ABIGAËL
  1. PROLOGUE : ABIGAËL
  2. 🔒 1 : L’ARRIVÉE
  3. 🔒 2 : AQUALIA
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Vyolette - tome 1 : Amour en eaux troubles · Pauline Theissot-Peyriot

Lire Vyolette - tome 1 : Amour en eaux troubles en ligne gratuitement PROLOGUE : ABIGAËL

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Année 2026

Cinémathèque Centrale de la ville de Kentron

***

— Abigaël !

Un reflet rouge parcourt les cheveux auburn de la jeune femme qui se retourne vers son collègue :

— Oui ?

— Pardon de t’attraper comme ça entre deux couloirs, Micha veut savoir si tu as bloqué la salle de conférence pour vendredi soir.

— Ah, oui, oui, j’allais lui envoyer un mail ce soir. Excuse-moi, je dois retrouver un groupe qui m’attend.

— Pardon, c’est juste que je sors de son bureau, et comme je tombais sur toi…

— Pas de problème. Tu finis à quelle heure ce soir ?

— Je vais essayer de tout boucler avant dix-neuf heures…

— Hahaha courage ! Bon, tu m’envoies un message si tu finis plus tôt. J’y vais !

Le jeune homme lui fait un signe de main, des rougeurs apparaissent sur ses joues et le bout de son nez. Au bout du couloir, Abigaël passe l’angle et son regard tombe sur un groupe de lycéens qui l’attendent accompagnés de leur professeure d’Histoire.

— Madame Théodat ? demande Abigaël en tendant une main.

— Oui, c’est moi, répond la professeure d’une quarantaine d’années en serrant la main tendue.

— Suivez-moi, je vais me présenter et commencer la visite dans la première salle, on aura plus de place.

Abigaël se sent revigorée face au sourire radieux de l’enseignante. Depuis qu’elle a dépassé les quarante-deux ans, les occasions où une jolie femme lui sourit se font rares. Elle profite de chacun de ces instants comme un présent précieux. Les lycéens traînent des pieds à la suite des deux femmes. Un garçon forte tête s’apprête à tirer sur la queue de cheval de sa camarade de classe lorsqu’un tremblement s’empare des murs de la Cinémathèque qui se met à vibrer. Des cris de peur éclatent, la plupart des élèves s’accroupissent et se couvrent la tête par réflexe. Madame Théodat s’agrippe maladroitement à Abigaël qui pose sa main sur son épaule pour la rassurer. Les tremblements cessent.

— Ce n’était sans doute rien, dit Abigaël à l’attention du petit groupe. Mais par mesure de sécurité nous allons évac…

Elle est interrompue par un nouveau tremblement. Cette fois la secousse ne semble pas venir des entrailles de la Terre. Des morceaux du plafond se fissurent et des petits bouts de plâtre tombent au sol. Abigaël ordonne aux adolescents de se reculer. Le plafond finit par céder laissant dégringoler deux hommes tout de noir vêtus et encagoulés. Ils pointent ce qui ressemble à des armes à feu de haute technologie en direction des enfants et des deux adultes.

— Qui travaille ici ? demande un des deux hommes.

Abigaël s’avance sans rien dire.

— Amène-nous dans la salle des archives ! tonne l’homme le plus grand en pointant son arme aux reflets bleutés sur Abigaël.

— Sûrement pas ! s’exclame une voix tonitruante de femme.

Abigaël en a le souffle coupé. Des années qu’elle n’avait pas entendu ce timbre. Une ombre indigo arrive à toute vitesse et balaye le premier homme en le plaquant à terre. Le second se rue sur la nouvelle arrivante en tentant de lui donner des coups. Elle évite l’assaillant en faisant une roulade sur le côté. Un combat au corps à corps débute. Les deux hommes en noir cachent la silhouette de la sauveuse. La professeure d’Histoire essaye d’intimer à ses élèves de regagner la sortie, mais ils sont bien trop concentrés sur le combat qui fait rage. Abigaël aussi. Plus les coups fusent, plus la femme aux reflets indigo semble perdre l’avantage. Le cœur d’Abigaël se serre. Mais elle retrouve son souffle lorsqu’elle aperçoit la figure violette dresser les mains vers le ciel. De nouvelles vibrations parcourent le plafond. Des bruits de tuyauterie se font entendre. Abigaël fixe son regard sur les gicleurs anti-incendie incrustés dans le plâtre. Elle se couvre le visage en voyant l’eau sortir en un jet puissant. Les élèves crient et se cachent sous leurs manteaux et leurs sacs. Mais bientôt l’eau ne coule plus. Non. À la place, elle forme une sphère qui grossit à vue d’œil au-dessus de la tête des trois combattants.

— Vyolette ! C’est Vyolette ! s’exclame une des lycéennes qui a visiblement reconnu le pouvoir de maîtrise de l’eau.

À peine ses camarades ont-ils le temps de s’extasier que la sphère de liquide se disloque pour pénétrer dans le nez, les yeux et les oreilles des deux hommes en noir. Ils tombent au sol en se tenant la gorge et en essayant de tousser pour retrouver un peu d’oxygène. En s’effondrant, les deux masses noires révèlent la silhouette indigo salvatrice. Oui, c’est bien elle. Vyolette, l’Ondine de Rialto. Abigaël ne pourrait pas oublier un tel visage. Leurs regards se croisent.

— Attention ! hurle Abigaël en pointant derrière Vyolette.

Quatre hommes, visiblement habillés chez le même couturier aficionado de l’Œuvre de Soulage, munis des mêmes armes, foncent sur la super-héroïne. Vyolette se retourne en levant les bras au ciel. Encore une fois elle puise dans les réserves anti-incendie de la Cinémathèque. Une nouvelle sphère se forme au-dessus de sa tête.

— Soleus, dit Vyolette semblant se parler à elle-même, il y en a quatre autres devant l’entrée de la première salle. Indique-moi ta position.

— On essaye d’arrêter ceux qui sont toujours sur le toit, répond une voix modifiée par un canal audio.

Abigaël se dit que Vyolette est sûrement en liaison avec Soleus, une autre des super-héroïnes qui œuvrent depuis quelque temps pour sauver le pays d’attaques de terroristes et autres super-vilains. Ceci explique l’apparition de Vyolette dans un tel endroit. Seule, elle n’aurait jamais quitté Rialto. La seconde sphère d’eau s’abat en un jet puissant sur les quatre hommes qui, avant même de pouvoir utiliser leurs armes, se retrouvent à terre. Vyolette les désarme, emportant un des spécimens au passage, et accourt vers le groupe.

— Maintenant il va falloir sortir, suivez-moi.

Les lycéens obéissent immédiatement, même les plus méfiants se laissent guider par la silhouette en lycra. La professeure et Abigaël ferment la marche. Assez vite, tout le petit groupe se retrouve dehors, sain et sauf. Madame Théodat et quelques élèves remercient chaleureusement Vyolette qui ne sait pas où se mettre. Depuis tout ce temps, elle n’a pas changé.

— Vyolette, dit Abigaël en s’approchant de l’intéressée.

— Abigaël… C’est bien toi…

Les adolescents sont sidérés de constater que les deux femmes semblent se connaître.

— Qu’est-ce que tu fais là ? demande Abigaël.

— Longue histoire, il faut que je retrouve Soleus et les autres sur le toit.

Vyolette plaque ses mains le long de son corps.

— Attends ! intervient Abigaël qui comprend tout de suite. J’aimerais…

Vyolette sourit abondamment. Au même moment la bouche d’égout qui se trouve non loin de là commence à se soulever. De l’eau jaillit en un jet hyper maîtrisé et vient envelopper l’héroïne. Petit à petit son corps se décolle du sol.

— Je vais botter le cul à quelques méchants et je reviens vers toi, répond finalement Vyolette en s’élevant dans les airs, propulsée par l’eau qui semble répondre à ses désirs.

Tous les spectateurs présents regardent la silhouette violette s’envoler et disparaître sur le toit du bâtiment. Abigaël en reste bouche bée. Cela fait maintenant presque quinze ans qu’elle n’avait plus vu une telle prouesse. Elle secoue la tête pour se remettre de ses émotions et reprendre son rôle de guide. Elle s’élance vers la professeure d’Histoire.

— On devrait s’éloigner et se mettre en sécurité, dit Abigaël en entraînant le groupe avec elle.

Ils rejoignent des camions de la Police locale arrivée sur place depuis maintenant quelques minutes. Les forces de l’ordre mettent les jeunes en sécurité et Abigaël observe le toit en espérant secrètement en voir dégringoler une ribambelle d’hommes en noir. Mais rien de cela ne se passe. Des flopées d’eau semblent tomber du bâtiment par moments, quelques éclats de lumières aussi illuminent la scène. Le temps semble s’étirer à l’infini. Puis plus rien. Plus aucun mouvement, plus de bruit. Seules les sirènes des voitures de police. Et soudain, un objet volant non identifié se matérialise au-dessus de la Cinémathèque. Tout le monde lève les yeux et retient son souffle. Un soulagement traverse l’assemblée lorsque les esprits remarquent le logo allié sur le flanc de l’engin. De loin, Abigaël distingue Soleus qui grimpe sur la rampe. Vyolette ne la suit pas et au contraire, s’élance dans les airs pour faire un plongeon dans le vide. À quelques centimètres du sol, une vague d’eau entoure Vyolette qui se redresse et touche la terre du bout des pieds. Policiers et civils se mettent à l’applaudir bruyamment. Quelques mains se lèvent aussi en direction de l’avion qui s’en va et disparaît dans les cieux comme un mirage. Bravant la foule qui l’acclame, Vyolette se fraie un chemin pour arriver à hauteur d’Abigaël.

— Je l’emprunte quelques instants, dit l’héroïne en posant sa main sur l’épaule de la femme dont les taches de rousseur assorties à sa tignasse s’effacent presque de gêne.

Un torrent d’eau limpide les entoure et les deux femmes s’envolent vers le toit. En sentant ses pieds quitter le sol, Abigaël se réfugie dans les bras de Vyolette. Une sensation qu’Abigaël avait presque oubliée s’empare de son être. Cette peur physique, ce pincement de cœur, ses joues qui se mettent à chauffer, rien ne lui avait manqué. Elle est bien heureuse de retrouver le revêtement du toit lorsque Vyolette les fait atterrir sur la scène du crime. L’endroit est une vraie pataugeoire, Abigaël soulève plusieurs fois ses chaussures pour constater qu’elles prennent l’eau.

— Oh pardon, je vais arranger ça.

L’héroïne tend ses paumes vers le sol et l’eau se met à s’évaporer. Ce sont bientôt l’entièreté du toit ainsi que les chaussettes de la rousse qui sont parfaitement sèches.

— Vyolette… chuchote Abigaël une fois l’exploit accompli.

Sa main s’approche doucement du visage de la jeune femme en face d’elle. On dirait que vingt ans les séparent. Dans sa tenue indigo, le corps svelte de Vyolette porte toujours l’âge qu’elle avait lors de leur première rencontre. Le visage de Vyolette se met soudain à vibrer. Il enfle à certains endroits, la peau s’étire pour s’assouplir et après quelques secondes il est complètement métamorphosé.

— Irina… murmure Abigaël pleine d’émotion. Tu n’as pas changé…

Vyolette approche à son tour la main du visage d’Abigaël. Elle attrape une de ses mèches rousses et la glisse derrière son oreille.

— Abigaël, tu…

— Moi j’ai changé.

— Non, j’allais dire le contraire. Tu as évolué, c’est tout. Mais tu es toujours aussi belle.

La main de Vyolette tombe du visage de la quadragénaire. Leurs regards se croisent…

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