World Trade Center, intégrale · Kyrian Malone , Jamie Leigh
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11 septembre 2001 - New York, Manhattan, 7:05 a.m.
Un bruit parasite résonna dans un appartement spacieux du centre de Manhattan. Les premiers rayons du soleil perçaient à travers les rideaux, illuminaient une grande chambre aux murs orange clair. Sa propriétaire, Lana Queen, se réveillait doucement, dénudée sous une épaisse couverture écrue. Elle ouvrit péniblement les yeux et tendit la main pour attraper son téléphone qui sonnait depuis quelques secondes. Elle l'amena à l'oreille :
— Oui ? fit-elle d'une voix encore endormie.
— Bonjour Lana, mauvaise nouvelle, j’ai un colloque à Los Angeles aujourd’hui, je n'arriverai à New York que demain.
Lana se redressa, se recoiffant machinalement d'un geste féminin tout en jetant un rapide coup d'œil sur le réveil placé sur la commode. Elle s'assit sur le bord du lit et répondit à sa meilleure amie :
— Salut Claudia. Tu es encore à Boston ?
— Oui... Je suis sur la route, mon avion décolle à huit heures. Mais il y a de sacrés embouteillages, comme d’habitude.
Lana quitta finalement son lit et posa les pieds sur le parquet avant de se diriger vers la salle de bains.
— Appelle-moi quand tu atterris. J’ai un dossier à t’envoyer. Je te laisse, je vais me doucher.
— Ok, bonne douche et à tout à l’heure.
Lana raccrocha, reposa le combiné et se déshabilla pour se glisser dans la cabine de douche. Une nouvelle journée commençait à New York, et Lana songeait déjà à ses dossiers qui l’attendaient.
Espace aérien de Washington DC, 7 : 12 a.m.
— Base à Eagle 1, est-ce que vous me recevez ?
Installée dans le cockpit d'un avion de chasse, Emma Marshall répondit sans attendre :
— Eagle 1, je vous reçois cinq sur cinq. À vous.
— Quelle est votre position ?
— Je suis à 70, 40 au nord de Washington. Je me dirige vers l’océan. Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Des navires non identifiés sont apparus sur nos écrans de contrôle à cinq degrés nord de votre position, nous attendons une confirmation visuelle Eagle 1 ?
— Je vous dis ça dans un instant...
Emma Marshall tourna légèrement la tête pour tenter de visualiser l’horizon et baissa le manche qu'elle tenait entre ses mains pour diriger l’avion dans la direction indiquée. Quelques secondes plus tard, des points distincts confirmaient la présence de navires à l'horizon. Emma fronça les sourcils et vérifia ses écrans devant elle. Elle ramena son masque devant sa bouche pour reprendre la communication radio :
— Affirmatif. Je confirme la présence de...
Elle hésita, l’expression tendue. Jamais elle n'avait vu une telle flotte de navires entrer sur les eaux américaines.
— Attendez, je n’arrive même pas à les compter sur mon radar ! Nous sommes en approche. Je les garde en visuel. Je vous donne plus de détails dès que possible.
Emma appuya sur quelques touches de son tableau de bord, tandis que ses coéquipiers la suivaient dans leurs avions respectifs. Aucun bâtiment n'était autorisé à pénétrer dans les eaux américaines sans s'être identifié au préalable. Il était donc question d'une intrusion évidente. La procédure indiquait de les prévenir avant toute action. Or, il ne s'agissait pas que d'un malheureux navire, mais d'une véritable flotte...
— Armée des États-Unis, veuillez vous identifier, vous êtes sur les eaux américaines.
Elle répéta l’appel sans réponse et s'adressa à ses deux coéquipiers.
— Ice, Thunder ? Vous me recevez ?
— Fort et clair, Capitaine.
— Affirmatif, Capitaine.
Elle prit soin de fixer son masque devant elle et poursuivit :
— Mettez-vous en position Alpha Delta. Ceci n’est pas un exercice. Je répète, ceci n’est pas un exercice.
Les deux pilotes obéirent et les deux avions dépassèrent celui de Emma, déviant sur chacune des ailes pour piquer vers les navires. Emma fronça les sourcils en voyant un missile se diriger droit sur elle. Elle eut le réflexe de déporter son appareil de sa trajectoire initiale, mais elle demeura figée devant pareille attaque. Jamais, elle ne se serait attendue à cela. D'où provenaient ces navires ? Pourquoi les attaquaient-ils ? Et comment la NSA, la CIA ou l'Armée n'avaient-elles pas eu vent de cette éventualité ? Elle fut arrachée à ses pensées par un bruit de détonation et elle tourna les yeux vers la droite pour réaliser que l'avion de son coéquipier venait d'exploser.
— Eagle 1 à la base... Eagle 1 à la base, répéta-t-elle. Nous sommes attaqués, je répète, nous sommes attaqués. Un avion est touché. Nous ne sommes plus que deux. Nous ne pouvons pas leur faire face. Ils sont trop nombreux...
Un autre missile se dirigea dans sa direction, laissant une traînée blanche dans les airs derrière lui. Elle pencha le manche brusquement d'un côté et l’avion se détourna de sa trajectoire. Mais à en juger son écran radar, le missile prenait son F15 en chasse.
— Putain ! Mais c’est quoi ce délire ?!
Elle s'adressa aussitôt à son coéquipier :
— Thunder ! Demi-tour, vous m'entendez ? J’ai dit demi-tour.
L’autre avion voulut décrocher pour obéir aux ordres, mais un missile le percuta dans une explosion qui le transforma en boule de feu. Emma entendait son cœur s’affoler dans sa poitrine. Son coéquipier venait de perdre la vie devant ses yeux et elle tentait d’échapper aux autres attaques. Ses yeux se posèrent sur son radar. Pour l'instant, elle devait détruire le missile à tête chercheuse qui la chassait. Après plusieurs manoeuvres, elle parvint à le toucher. Le missile explosa et elle n’attendit pas davantage pour s’éloigner de cette flotte ennemie et prendre la direction de la base. Que se passait-il ? Qui osait les attaquer ?
New York, Manhattan, World Trade Center, tour Sud, 8:10 a.m.
Une femme blonde, la trentaine, pénétra dans l’immeuble et se dirigea vers les portes d’ascenseur comme des dizaines d’autres personnes qui venaient travailler ce matin. Une fois dans la cabine, elle sourit à son jeune collègue, Josh Stewart, seulement âgé d’une vingtaine d’années. Ce dernier avait rejoint leur équipe de traders six mois plus tôt et ses chiffres étaient déjà excellents.
— Salut Kelli... Alors, fit-il, cette soirée hier, c'était comment ?
— Très mondaine, répondit Kelli, comme d’habitude. Mais très enrichissante. J’espère qu’on obtiendra les contrats. Et toi ? C’était pas hier soir ton rendez-vous avec Danielle ?
— M'en parle pas... Elle a attendu que je paye l’addition pour me dire qu’elle avait quelqu’un !
Kelli rit un peu en sortant de la cabine avec Josh. Tous les deux marchèrent en direction de leurs bureaux.
— Quelle idée de l’amener sur la cinquième pour un premier rendez-vous !
Josh ne répondit pas pour la simple et bonne raison que Danielle arrivait en face d'eux, son café dans les mains.
— Salut, Josh, salua-t-elle avant de regarder Kelli. Je peux te voir quand t’as un moment pour le dossier Kingstone ?
Kelli ne ferait aucune allusion quant à ce rendez-vous dont Josh lui avait parlé depuis la semaine passée, du moins, pas devant lui. Parce qu'en plus d'être maladroit dans ses rendez-vous, Josh avait choisi d'inviter Danielle, une collègue à tous les deux. Une belle femme, certes, mais une coéquipière qu'ils côtoyaient toute la journée...
— Je te rejoins dans quelques minutes, lui répondit-elle.
New York, Manhattan, 26 Federal Plaza, siège du FBI
Il était huit heures trente quand Lana Queen entra dans son bureau. Elle posa sa tasse de café vanillé près de l’écran d'ordinateur et s'installa dans un fauteuil confortable avant de récupérer plusieurs dossiers. Un de ses collègues approcha et lui tendit un document.
— Bonjour Lana, fit-il. Bonne nouvelle, notre équipe détachée à Boston a retrouvé Charles Ewitt. La petite fille est en vie, elle est déjà en route pour retrouver ses parents à Providence. L'équipe scientifique passe son appartement au peigne fin, nous aurons les résultats d'analyse d'ici demain.
— Excellente nouvelle, répondit Lana, satisfaite. Merci, Evan, je préviendrai Claudia dès qu'elle aura atterri à JFK.
New York, Manhattan, World Trade Center, tour Sud, 8:45 a.m.
Comme convenu, Kelli rejoignit Danielle dans son bureau et s'installa en face d’elle.
— Josh m'a dit pour hier soir, lui confia-t-elle. C'est pas très sympa de lui avoir dit que tu avais quelqu'un.
— Tu me connais, répondit Danielle. J’aime bien voir la tête qu’ils font juste au dernier moment.
— Je sais, mais ne fais pas ça à Josh. C’est un bon copain, un gentil garçon et il en a déjà bavé avec les filles.
— Je ne dis pas le contraire. Mais contrairement à toi je ne le connais pas plus que ça et je ne me voyais pas lui dire que j’avais déjà quelqu’un avant qu'on passe à table.
— Tu aurais dû, insista Kelli. Il n'aurait rien regretté comme ça !
Des tremblements soudains les arrachèrent à leur conversation. Des vibrations violentes et évidentes qu'elles pouvaient sentir sous leurs pieds et qui semblaient faire bouger le bâtiment tout entier. Un bruit assourdissant accompagna les secousses et Danielle se leva, apeurée.
— C’était quoi ça ?
Elle s’éloigna vers la porte qu'elle ouvrit et s'énerva :
— Qu’est-ce qu’ils font dans le couloir ?!
Kelli la suivit pour voir d'où venaient les vibrations. Mais aucun employé de maintenance ne faisait des travaux. D’autres personnes, comme elles, s'inquiétaient de ce bruit sourd qui, semblait-il, avait résonné dans d'autres bureaux. Elles s’approchèrent des vitres sans voir ce qu’il en était et tentèrent d'apercevoir le sol à plus d’une centaine de mètres en dessous. La seule chose qu'elles voyaient était une foule agglutinée au pied de la tour.
— Mais qu’est-ce qui se passe ? demanda Danielle, confuse.
Les autres employés de leur compagnie ou des bureaux voisins se retrouvaient dans le même état, aussi étonnés qu'elles. Ce genre de chose ne s'était jamais produite auparavant et aucune notice de travaux n'avait circulé. Danielle et Kelli se lancèrent un regard.
— Il n'y a jamais eu de tremblement de terre à New York, si ? demanda Kelli.
— Seulement dans les films, répondit Danielle qui finalement n'en savait rien.
Josh arriva en courant :
— Hey ! Vous avez entendu ?! Il paraît qu’un étage de l’autre tour a explosé.
Cette information fut captée par d'autres personnes autour d'elles et d'autres regards inquiets s'échangèrent avant qu'un brouhaha de commentaires ne se fasse entendre. Comment un étage de la tour nord aurait-il pu exploser ? Et surtout, quelle en était la cause ?
Base aérienne de Langley, Virginie, 8:55 a.m.
De retour à la base, Emma Marshall entra dans le bureau du Général Peters.
— Général Peters, fit-elle en le saluant.
Ce dernier l’interrompit d’un geste de la main, lui faisant signe d’écouter la radio. Ses traits reflétaient une appréhension évidente.
— Nous l'ignorons Général. Le Président n’est pas encore au courant, nous ne pouvons rien affirmer. Nous n’avons aucune confirmation, mis à part un message radio envoyé d’un homme à bord d'un avion.
— Où en est la flotte ennemie ? interrogea le Général Peters.
— Deux de nos F16 viennent de décoller de la base.
Emma se permit d’intervenir :
— Ils vont se faire massacrer, Général. Ils sont beaucoup trop nombreux !
— Rappelez-les ! ordonna le haut gradé à son subordonné.
— À vos ordres.
Le Général Peters coupa la communication et s'adressa au capitaine Marshall.
— La tour nord du World Trade Center est en flammes.
Emma fronça les sourcils et son cœur s’affola lorsqu’elle pensa à sa sœur dans la tour sud.
— Comment ça en flammes ? demanda-t-elle, déboussolée.
— Nous n’en savons pas plus. Le commandant Berneim vient de m’appeler pour me dire qu’une explosion avait eu lieu à 8 : 48.
Emma tentait de réfléchir, mais l'inquiétude la maintenait dans le flou, la rendait muette. Le téléphone du général sonna et ce dernier décrocha :
— Oui ?
— Général ! Le Norad vient de nous prévenir qu’un appel avait été effectué du Boeing 767 d'American Airlines, le vol 11. Celui-ci a décollé de l'aéroport international Logan de Boston et devait voler à destination de Los Angeles. Il n’apparaît plus sur nos écrans radars. La communication venant d’un des passagers parlait de détournement.
La mine du Général s'assombrit en comprenant la signification de ces mots. Il avait peur de ses propres conclusions...
— Rappelez-moi dès que vous avez d’autres informations.
Il raccrocha et regarda le capitaine Marshall.
— Je dois aller à Washington. Il ne s’agit pas d’une explosion, mais d’un attentat. Un de nos avions civils a été détourné. Restez en alerte jusqu’à nouvel ordre.
— Bien, Général.
Le Général quitta son bureau et Emma saisit son portable sans tarder. Les mains fébriles, elle numérota.
New York, Manhattan, World Trade Center, tour Sud 9:00 a.m.
Kelli restait dans le couloir avec les autres employés des bureaux. D'autres rumeurs circulaient et les inquiétudes s'amplifiaient.
— Ça doit être un de leurs exercices pour nous faire bouger, reprit Danielle. Ils ont simulé des tremblements pour voir nos réactions.
— J’aimerais que tu aies raison, répondit Kelli.
Elle décrocha en entendant son portable sonner. Le numéro de sa soeur Emma s'affichait à l'écran.
— Oui ?
— Kelli. Tu vas m’écouter très attentivement et ne pas m'interrompre. Tu prends tes affaires, tes amis et tu sors de cette tour en vitesse et sur le champ !
Kelli fronça les sourcils en entendant le ton sec et directif de sa sœur.
— Emma… Tu sais que tu me fais peur là ?
— Kelli, s'il te plaît... Ce que je vais te dire, tu ne dois pas le répéter. Surtout, ne fais rien qui puisse affoler les gens autour de toi. La tour nord du Trade a été attaquée par un avion civil. Un Boeing. Ce que je te dis est encore top secret. Mais nous supposons d’autres attaques.
Kelli sentit son cœur s’affoler face aux paroles de sa sœur tandis que Danielle, Josh la regardaient dans l'attente d'explications.
— Ok. Je… je vais descendre… et...
Elle n’eut pas le temps de finir sa phrase que le sol trembla violemment. Un bruit assourdissant, plus effrayant encore que le premier résonna également. Des meubles et des objets tombèrent autour d’eux, tandis que les cris de panique s’élevaient dans les bureaux. Ils tournèrent leurs yeux vers la fenêtre et virent tomber des débris en flammes. Une véritable cohue s'emparait de l'étage, des bureaux. Les gens couraient dans un sens ou dans un autre, affolés.
— Emma. Je... je crois que... qu’on est touché.
— Ok... Alors, tu prends l’escalier de secours, Kelli ! Les escaliers et pas les ascenseurs, tu m'entends ?!
Kelli saisit la main de Danielle, la tirant avec elle en faisant signe aux autres de la suivre.
— Il faut partir, leur dit-elle sans hésiter.
— Kelli ! Ne regarde pas derrière toi et barre-toi de cette putain de tour !
Derrière elle, Danielle paniquait aussi, comme les autres, comme Josh à ses côtés.
— Mais qu’est-ce qui se passe Kelli ? l'interrogea-t-elle.
— Je t’expliquerai après.
Tous les trois prirent les escaliers, suivant les directives d'Emma qui demeurait à l'autre bout de la ligne.
— Vous savez qu’on va se faire virer si on se barre ? rappela Josh, incertain.
— Je crois que le problème ne se posera pas si tu veux mon avis, répondit Kelli.
— Surtout tu ne t’arrêtes pas, rappela Emma. Même si des gens te demandent quoi que ce soit. Ne t’arrête pas !
— Oui… J’ai compris… On descend Emma. Je te rappelle une fois en bas.
Kelli raccrocha, se hâta de descendre avec ses amis tandis que d’autres bruits, d’autres craquements, d’autres cris, résonnaient. Des gens montaient, d’autres descendaient, tous aussi paniqués les uns que les autres. En dehors de Kelli, personne ne savait exactement ce qui se passait. Emme ne lui avait donné que de vagues détails, suffisants pour lui faire comprendre que leurs vies étaient en danger. À présent, elle devait se frayer un chemin à travers les marches en sachant qu'il leur restait une dizaine d'étages à descendre.
New York, Manhattan, au pied du World Trade Center 9:15 a.m.
Lana Queen arrêta la voiture devant les tours jumelles et leva la tête vers la tour nord. Ce qui se passait sous ses yeux était bouleversant et terrifiant à la fois. Un second avion venait de s’écraser contre la tour sud. Le bruit de l'explosion était parvenu à l'intérieur même de son véhicule, faisant vibrer le volant entre ses mains. Sous le choc, de légers tremblements nerveux la parcouraient. Une vision d'horreur se déroulait devant ses yeux et les gens autour d’elle gardaient la tête levée vers les tours en flammes. Des policiers tentaient de les écarter, de les maintenir à bonne distance tandis que des sirènes de pompiers hurlaient dans les rues de New York. Des hommes en uniformes de policiers, de pompiers se hâtaient vers les portes des bâtiments où d’autres personnes sortaient, en proie à une panique évidente. Des milliers de feuilles virevoltaient dans les airs, s'échouaient sur le bitume poussiéreux. Quelques débris s’écrasaient sur le sol ci et là. Des gens pleuraient, d'autres demeuraient figés, hébétés, chacun gérant ces événements terrifiants à leur manière. De sa position, Lana pouvait voir une épaisse fumée blanche et des flammes s'élever du point d’impact des avions, mais le pire était de constater que des gens s’accrochaient au rebord des fenêtres pour y échapper. Pendus à plus d'une centaine de mètres du sol, ils tentaient de sauver leurs vies.
— Je dois y aller, fit Evan à côté d'elle, une amie de ma fille travaille dans la tour Nord.
— Non ! Attends, les pompiers vont s’en occuper. C’est trop dangereux. On ne sait même pas ce qu’il s’est passé.
Elle entendit son téléphone sonner au même instant et décrocha :
— Queen ?
— Agent Queen, nous avons l’information. Il s’agirait d’avions détournés de l’American Airlines.
Lana demeurait paralysée, les yeux horrifiés rivés sur le bâtiment en flamme. Elle marqua une pause sans écouter les autres explications de son correspondant. Ce qui se passait en cette seconde précise dépassait tout ce à quoi elle avait été confrontée depuis son intégration au FBI six ans auparavant. Une pensée la traversa et elle demanda :
— Quel vol ?
— Pardon ?
— De quel vol s’agit-il ?
— Le vol 11 pour la tour Nord et le vol 175 pour la tour Sud.
Lana ferma les yeux quelques secondes pour calmer ses craintes. Son amie et collègue Claudia se trouvait peut-être parmi les passagers. Elle demanda d'une voix tremblante :
— De quel aéroport ont-ils décollé ?
— Le vol 11 a décollé de Boston et le 175 de l'aéroport de Newark.
Ses craintes se confirmaient au fil des réponses. Il s’agissait bien du vol que sa meilleure amie devait prendre tôt dans la matinée. Son cœur se serra violemment dans sa poitrine et sa main remonta à ses lèvres pour contenir le choc. Que se passait-il ? Qui les attaquait ? Pourquoi ? Lana devait se calmer, garder son sang-froid, reprendre les choses dans l'ordre.
— Je veux la liste des passagers, demanda-t-elle. Vérifiez sur le vol 11 si le nom de Wood apparait. Claudia Wood.
— Un instant.
Elle patienta quelques secondes et entendit :
— Ce nom est bien sur la liste.
Lana sentit ses larmes brûler ses joues alors qu’elle gardait ses yeux rivés sur les tours jumelles. Elle n'arrivait à le croire. Deux heures plus tôt, elle avait parlé à Claudia et son avion venait de percuter l'une des deux tours du World Trade Center.
Base aérienne de Langley, Virginie, 9:35 a.m.
Dans une salle de réunion, tous les pilotes s’étaient réunis pour un briefing en vidéoconférence avec le Général. Emma essayait de maîtriser son angoisse concernant sa sœur, de se concentrer sur ce que leur supérieur leur dirait.
— La tour sud vient d’être touchée par un autre avion civil. Le Président a été informé il y a quelques minutes. Les navires interceptés par nos radars suivent leur route et voguent vers nous. Il y en aurait au total cent cinquante armés de missiles. Selon nos images satellites, il s’agirait de navires de guerre hautement équipés. Nous avons réussi à intercepter un message codé de leur part. Les attentats sur les tours et l’arrivée de ces navires sont liés. D’autre part, d’autres navires du même type arriveraient sur la côte ouest de notre pays. Ils sont en train de nous encercler. Il semblerait qu’il y ait des portes-avions, des sous-marins en plus de ceux repérés par le Capitaine Marshall. La Navy fait déjà le nécessaire pour protéger les côtes. L’armée de terre est sur place. Tous les militaires des États-Unis ont été mobilisés. L'état d'urgence a été décrété. Nous attendons de connaître les ordres de la Maison-Blanche avant d’agir. Celle-ci vient d’être évacuée.
Un court silence s’installa tandis que quelques murmures de stupéfaction s'échangeaient entre les officiers présents. Après avoir brièvement parlé au téléphone, le Général reprit :
— Seigneur, le Pentagone vient d’être touché par un autre avion civil.
Cette fois, le choc put se lire sur les visages des pilotes.
— Chaque Capitaine devra former une équipe d’une vingtaine d’appareils pour protéger les zones aériennes au-dessus des villes. Nous pouvons supposer un déploiement aérien de la part des portes-avions ennemis. Tout avion étranger devra être abattu immédiatement. La FAA a bloqué tous les aéroports civils et nos avions de tourisme sont à terre. Messieurs, mesdames. Que Dieu vous protège et protège l’Amérique.
La communication s’interrompit et un ami d'Emma arriva dans son dos :
— Tu as des nouvelles de ta sœur ?
Celle-ci se leva et se dirigea vers les portes, comme les autres. Le moment n'était pas à l'inquiétude, mais à l'action et au devoir. Pourtant, elle ne pouvait taire ses craintes au sujet de sa soeur.
— Pas encore, répondit-elle. J’attends son appel.
Sans attendre, elle récupéra son portable tout en marchant vers les vestiaires. Elle entendit la voix de sa sœur parmi les cris et les sirènes qui résonnaient en fond.
— Kelli ?
— Emma. C’est l’enfer ici… J'ai jamais vu ça. Les tours sont en feu... Des gens sont bloqués dans les étages supérieurs.
Emma n'en croyait pas ses oreilles. Elle mit son portable sur haut-parleur pour mieux se préparer et enfiler son équipement de vol.
— T’es où, Kell' ?
À ses côtés, les autres pilotes restaient attentifs à la suite de l'appel.
— Je… Je suis en bas. J’ai quitté la tour. Des gens sont blessés. Y’a de la fumée partout. Les policiers entrent dans les tours avec les pompiers. Mais… Mon Dieu. Emma… Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Si tu savais. Si tu voyais. Ils… Seigneur. Les gens sautent des tours.
Sur ses paroles, Emma sentit un frisson d'effroi la traverser. Un silence bouleversé pesait sur les vestiaires, sur chacun des pilotes présents. Leurs expressions se tendaient en imaginant ce qui se passait à New York en cet instant. Aucun d'eux n'avaient la moindre idée des faits, des détails, mais pouvaient créer des images sur les mots de Kelli. Emma prit son casque de pilote, son téléphone et répondit :
— Écarte-toi des tours, Kelli.
— Non. Attends... On doit les aider, Emma. Ils disent que… que les hôpitaux se remplissent, qu’on manque de chirurgiens. On doit aider…
— Kelli ! l'interrompit Emma en sortant des vestiaires. Écarte-toi de ces putains de tours !
— Oui je… attends je vais y aller. Je…
Elle s’arrêta brusquement de parler et Emma entendit les cris de la foule brouiller la ligne tant ils étaient puissants.
— C'est pas possible... La… la tour s'effondre !
Emma se retrouva paralysée autant que les autres en entendant le vacarme assourdissant dans l’écouteur du téléphone. Là, à la sortie des vestiaires, ils se regardèrent un instant, juste une seconde pour assimiler la catastrophe. Sans un mot, ils se mirent à courir vers l’extérieur pour rejoindre leurs avions à toute vitesse.
— Kelli… Vas-t’en, demanda Emma dans sa course. Je dois te laisser. Surtout… Reste à l’écart des tours. Je te rappelle.
Elle n’eut d’autre choix que de raccrocher, pressée par la mission et le temps.
New York, Manhattan, au pied du World Trade Center, 9:56 a.m.
Lana courait depuis quelques secondes déjà. Un brouillard épais de poussières et de débris avançait vers eux, poussé par le souffle de l'effondrement. Il l'engloutirait bientôt si elle ne trouvait aucun refuge.
— Maman, maman ? entendit-elle.
Elle s’arrêta près d’une boutique de souvenirs, s'efforçant de trouver l'enfant qui l'appelait. Une petite fille se tenait debout près de la devanture d'un autre magasin dont la vitre avait probablement explosé au moment de la première déflagration. La fille ne devait pas avoir plus de quatre ou cinq ans et appelait sa mère, terrorisée, en pleurs. Lana s'approcha d'elle...
— Hé, je suis là, tout va bien, tu n'es pas toute seule...
En l'entendant tousser, Lana se pencha sur elle, remonta son blouson sur le visage de la fillette pour la protéger, mais l'enfant ne cessait de pleurer.
— Ce n’est que de la fumée, lui dit-elle pour la rassurer. Calme-toi…
Mais la fumée ne se disparaissait pas et les cris des gens affolés ne faisaient qu'accentuer la folie qui envahissait le quartier. Lana ne voyait plus à un mètre devant elle, ne discernait plus que des silhouettes tombant ou courant à travers l’avenue. Elle ne pouvait s'éloigner davantage et prendre le risque que la fillette se fasse bousculer ou marcher dessus si elle tombait. Une foule en panique s'avérait parfois plus dangereuse qu'une explosion.
Plus loin, Danielle s’arrêta, à bout de souffle. Elle toussait comme jamais elle n'avait toussé de sa vie, étouffée par la fumée qu'elle aspirait à chacune de ses respirations. Elle remonta le col de son chemisier à son visage devant ses lèvres et ses narines.
— KELLI ? appela-t-elle. JOSH ? OU ÊTES-VOUS ?
À quelques mètres d’elle, elle entendit un homme tousser à son tour :
— Ici ! Dan' ! Où est Kelli ?
Il rejoignit Danielle, lui aussi essoufflé, mais se figea quand il vit Kelli à terre. Sans attendre, il s’agenouilla près d’elle.
— Putain, lâcha Kelli. Ça fait mal... Ma jambe. Je… J’ai quelque chose… Dans ma jambe.
Josh baissa les yeux sur sa jambe qui se couvrait de sang après avoir été transpercée par un objet métallique. Danielle approcha à son tour, le col devant ses lèvres.
— Merde. Qu’est-ce qu'il s’est passé ?
— Allé chercher de l’aide ! ordonna Kelli.
Une voix s'éleva parmi les autres, voilée par le nuage de poussière.
— Où êtes-vous ?
— ICI ! cria Josh... ON EST ICI ! MON AMIE EST BLESSÉE.
Ils aperçurent une femme brune arriver, tenant une petite fille dans ses bras. Celle-ci s’agenouilla devant Kelli et expliqua :
— Vous devez rester calme. Ça va aller, je suis du FBI, je vais appeler les secours.
— Dépêchez-vous, supplia Kelli.
L’agent Queen composa le numéro direct des urgences, ramena son téléphone à l’oreille et expliqua à son interlocuteur :
— Je suis à une centaine de mètres de l’aile nord du Trade. J’ai besoin d’une ambulance. Une jeune femme est blessée.
— Toutes les ambulances sont déjà sur place agent Queen. Essayez de rejoindre un camp de secours. Tous les infirmiers et médecins des hôpitaux sont pris ou se trouvent déjà là-bas.
Lana soupira de confusion. Bien sûr, personne ne viendrait les aider dans ce chaos que personne n'aurait pu prévoir. Elle raccrocha et se tourna vers le jeune homme qui l'avait interpellée.
— Très bien, vous allez rester ici avec elle. Je vais chercher un médecin.
Quand elle se redressa pour partir, un autre bruit assourdissant résonna tout autour d'eux, fit trembler le sol, les murs avant de briser les dernières vitres. Les cris des gens redoublèrent, la panique, palpable, grimpa d'un cran. L’autre tour était en train de s’effondrer et il n'était plus question de repartir pour chercher qui que ce soit.
— Il faut soulever votre amie, fit Lana, on doit tous se mettre à l’abri.
Lana se tourna vers une vitrine explosée et, à l’aide de la crosse de son arme, fit tomber les derniers morceaux de verre pour leur permettre de pénétrer à l’intérieur.
— Par ici, fit-elle, aidez-moi à la porter.
Josh souleva Kelli par les épaules en prenant soin de ne pas la brusquer. Autour d’eux, le nuage de poussière s’épaississait et des hurlements de peur et de souffrance se mélangeaient à la panique. Ils franchirent le seuil de la vitrine et pénétrèrent dans la petite boutique de voyages dévastée. Des prospectus de différents pays jonchaient le sol en plus des débris laissés par les meubles brisés ou renversés. Ils rejoignirent une pièce au fond, sûrement la salle de rangement, que la fumée n'avait pas totalement envahie. Lana et Josh allongèrent Kelli sur le sol et Lana s’agenouilla devant la petite fille qui les avait suivis.
— Je reviens, lui dit-elle. Tu vas rester là avec les dames et le monsieur.
Danielle approcha et se permit d'intervenir :
— Je m’en occupe. Vous pouvez y aller.
— Tâchez de trouver une trousse de secours et une couverture, lui demanda Lana. Coupez-lui le pantalon, je reviens au plus vite.
— Je vais lui trouver ça, répondit Josh. J’ai un brevet de secourisme.
Lana s’éloigna, prit son blouson et le mit sur sa tête pour se protéger le visage et se donner une chance de respirer correctement. Son téléphone sonna et elle décrocha :
— Lana ? entendit-elle à l'autre bout.
Elle s'arrêta aussitôt en reconnaissant la voix de son interlocutrice.
— Claudia ?!
— Mon Dieu. Lana... Je suis désolée. J’ai voulu t’appeler, mais le réseau est surchargé. J’ai raté mon avion. C’est affreux. Mais... C’est bien. J’ai eu si peur... Je... je suis encore à Boston. Je vais venir en voiture... Pour aider… Je ne sais pas. Ils montrent les images à la télé. La deuxième tour vient de s’effondrer. Le Président vient de parler. Il a annoncé le placement en état d'alerte de toutes les forces américaines. Je ne sais pas ce qu’il se passe exactement. Mais... rassure-moi... Est-ce que… est-ce que tout va bien pour toi ? Là-bas ?
Lana ferma les yeux quelques secondes, le temps de reprendre son souffle et ses esprits. Entendre Claudia la libérait d'une angoisse oppressante, d'un chagrin resté bloqué dans sa gorge.
— Ça va très mal Claudia, lui confessa-t-elle. Tous ces gens dans les tours... Ils n’ont pas pu sortir. Je... je ne sais même pas combien il y a de morts. J’ai appelé l’hôpital. Ils sont débordés. Les 130 hôpitaux de New York sont pleins. Les files d’attente pour les dons de sang sont de plus de quatre heures. C’est la panique. Je dois raccrocher, mais je te rappellerai. Sois prudente.
— Je t’embrasse. Fais attention à toi.
Espace aérien de New York, Manhattan, 11:10 a.m.
Emma se trouvait à bord de son avion et apercevait l’épais nuage de poussière se dégager de l’île de Manhattan. Son cœur et sa gorge se serraient face à un tel spectacle apocalyptique. Comment les agences gouvernementales avaient-elles pu passer à côté d'une telle attaque ? En plus d'être bientôt encerclés, ils avaient été touchés en plein cœur avec ces attentats sur les tours jumelles. Elle attacha son masque à son casque devant sa bouche et soupira pour évacuer la pression. Son escadron de chasse comptait une vingtaine d'appareils, tous armés et équipés au combat.
— Messieurs, dit-elle en s'adressant à ses coéquipiers. Je crois que c’est le moment de botter les fesses à nos ennemis. Alors, dès que vous apercevez le cul d’un avion qui n’est pas américain, détruisez-le.
— Avec plaisir, Capitaine !
— Reçu Capitaine !
— À vos ordres !
En approchant des côtes Atlantiques, ils virent des avions arriver dans leur direction. Les mains d'Emma se refermèrent autour des manches. Elle était prête à se battre, comme tous les pilotes qui l'accompagnaient. Elle connaissait les risques comme elle connaissait leurs faibles chances de réussite face à un tel déploiement de force de la part de leurs ennemis.
— Que Dieu vous protège, les amis, ajouta-t-elle.
Les premières attaques débutèrent quelques secondes après ces mots. Le Capitaine Marshall jeta un œil autour d'elle, aperçut des filets de feu provoqués par des tirs ennemis. Son avion fut secoué par une déflagration qui, heureusement, ne l'avait pas touchée. Des débris d'ailes passèrent devant ses yeux. Elle décrocha subitement pour se mettre à l’arrière d’un avion ennemi et le prendre en chasse. La guerre venait d'être déclarée... Et quelles que soient les personnes de l'autre camp, ils n'avaient suivi aucune règle en s'attaquant à des civils.
Manhattan, environ du World Trade Center, 11:30 a.m.
Danielle tentait de calmer la petite fille en la serrant dans ses bras. De son côté, Josh avait suivi les recommandations de Lana et posé une couverture sur Kelli après lui avoir déchiré le pantalon au niveau de sa blessure. Il aurait souhaité la soigner, mais n'avait pas les compétences pour le faire.
— Finalement c’est pas si grave, mentit-il. Et… Au fait, je t’ai déjà dit que j’avais fait un stage de secouriste ?
Kelli souffrait et sa patience était mise à rude épreuve ainsi allongée sur le sol d'une boutique.
— Josh ! Tais-toi ! accusa Kelli.
D’un coup sec, Josh lui arracha le métal de la jambe et le cri de Kelli perça à travers ceux qui résonnaient depuis la rue. Effrayée, la petite fille se blottit dans les bras de Danielle qui tentait tant bien que mal de la rassurer. Josh fit aussitôt pression sur la blessure.
— Je suis désolé, fit-il, je devais l'enlever.
Il vida sur la jambe de son amie du liquide désinfectant trouvé dans une trousse de secours tandis que Danielle demeurait attentive aux événements à l'extérieur.
— C’est quoi ces bruits d’avion dehors ? interpella-t-elle. Vous entendez ?
Kelli gardait ses mains sur son front, retenant ses larmes sous la douleur provoquée par la blessure. Celle-ci s'atténuait un peu, mais restait difficilement supportable.
— Ca doit être l’US Air Force, répondit Josh qui enveloppait la jambe de Kelli d'un tissu déchiré. Enfin, j’imagine… Ça a l’air d’être des bruits d’avions de chasse, ça.
— Parce que... Tu t’y connais toi.. en avion ? accusa encore Kelli.
— Que veux-tu que ce soit d'autre ? Certainement pas des vieux coucous de l'après-guerre !
L’agent Queen revint à cet instant, une trousse de secours dans les mains.
— J’ai fait aussi vite que j’ai pu, expliqua-t-elle. On va vous soigner. Il y a des doses de morphine et des seringues pour vous l'injecter. Je dois aller récupérer ma voiture et je reviens très vite vous chercher.
Danielle l'interpella, consciente de tout ce que cette femme faisait pour eux.
— Merci pour tout ce que vous faites, fit-elle. Et au fait, moi c'est Danielle, lui c’est Josh et elle, c’est Kelli…
Lana tenta un léger sourire malgré les tensions qui régnaient au fond d'elle. Dehors, la poussière envahissait les avenues, les débris recouvraient les routes et les blessés ne manquaient pas.
— Vous pouvez m'appeler Lana, lui répondit-elle.
Danielle tourna les yeux vers la fillette dans ses bras.
— Et toi, ma jolie. Comment tu t’appelles ?
L'enfant restait contre elle, le regard perdu, la mine triste et incertaine.
— Ma maman, elle est là-bas, dit-elle en désignant la porte donnant sur la sortie de la boutique.
Lana s'avança et s’accroupit devant elle en lui effleurant la joue du revers de ses doigts.
— Là-bas où ? Est-ce qu'elle t'a dit où elle allait quand elle t'a laissée ? Je vais essayer de la retrouver, mais il me faut ton prénom et le sien.
— Je m'appelle Morgane, dit-elle, et ma maman c’est Lucy.
— Lucy comment ? demanda Lana.
— Kane. Avec K, pas avec un C.
— Et ton papa, il est où ?
Morgane leva les épaules, dénotant qu'elle ne savait pas.
— Je suis restée sage dans la voiture. Il m’a dit qu’il accompagnait maman au travail et qu'il revenait.
Lana avala difficilement. Se pouvait-il que les parents de la fillette aient rejoint les tours avant que celles-ci ne s'effondrent ? Surtout, comment parviendrait-elle à les retrouver au milieu du chaos qui régnait à l'extérieur ? Elle se releva et regarda les autres.
— Je vais voir ce que je peux faire. Attendez-moi ici le temps que je revienne avec une voiture. Nous amènerons Kelli à l'hôpital, mais ne sortez pas. Je crois que des avions survolent la ville.
Tous acquiescèrent et Lana repartit. Non seulement ils entendaient des bruits de moteurs d'avions au-dessus de la ville, mais pire encore, des tirs semblaient retentir parmi des déflagrations. Que se passait-il là-haut ? Pourraient-ils seulement rejoindre un hôpital ?
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