Extrait
Une femme marchait de l’autre côté de la rue lorsqu’elle sortit de la bouche du métro. Sur le coup, ses cheveux blonds coupés au carré, légèrement ondulés et le dynamisme de sa démarche lui firent penser à Sara. Elle grelotta soudain. C’était plus le choc que le froid. Tous les animaux avaient un refuge, des terriers, des nids, des tanières. Elle avait toujours eu une image de la vieille maison de son père, avec sa cheminée et son vieux carrelage en ardoise. « Mimosas » n’était pas une maison chaleureuse. Mais devant la cheminée, un verre de Cognac d’une main et un livre de Sarah Waters de l’autre, elle avait toujours pensé que cette maison représentait ce dont elle avait besoin. Qu’elle l’aiderait à retrouver l’équilibre qui lui manquait. Peut-être était-ce l’âge ou bien la noirceur de sa vie parisienne, qui rendait ce besoin d’avoir un refuge, impérieux. Le rempart que Lucille avait fait construire autour de la maison lui avait enlevé du charme. Elle n’avait rien ressenti lorsqu’elle avait dû forcer la porte de cette maison, censée être à elle. Le gîte de Guérande lui revint brusquement à l’esprit. Allen avait immédiatement été sensible à la chaleur des poutres hautes en bois brut, contrastant avec les murs blancs. Et la lumière, pénétrant par les larges fenêtres, apportait une atmosphère conviviale et chaleureuse, tout comme la porte vitrée qui donnait sur le jardin à l’anglaise. La longue cheminée blanche moulurée, surmontée d’une tablette en pierre, au centre du salon, apportait un côté intemporel et raffiné. Surmontée d’un immense miroir au cadre doré, elle faisait face à un canapé en tissu et quelques fauteuils club. Alors qu’elle accélérait le pas, ses pensées divaguèrent et elle s’imagina sur le canapé avec un thé dans la main et Sara, au creux de son bras, la tête dans son cou, ses cils effleurant sa peau, la chaleur de son corps contre le sien. Une vague d’envie et de désir traversa son ventre et remonta jusqu’à sa bouche. Elle manqua de rentrer dans un passant qui jura en l’évitant de justesse. L’émotion avait été si puissante, si intense, qu’elle dut avaler sa salive. Est-ce que c’était Sara ou cette sensation de bien-être ? C’était plus que du bien-être, c’était plus qu’une maison... Elle n’était pas sûre d’avoir un mot pour décrire ce qu’elle ressentait… L’ensemble avait semblé si parfait !
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