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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 à Chapitre 5

Sous le ciel étoilé · Gerri Hill, Julie Lezzie

Lire Sous le ciel étoilé en ligne gratuitement Chapitre 5

Lexie jeta un regard aussi perplexe qu’affolé sur les véhicules devant elle, regrettant amèrement sa décision, tandis qu’une angoisse sourde montait en elle.

— Mon Dieu… Mais où est-ce que je suis tombée ?

Après avoir effectué plus de six heures de route sur les sept et quelques que comptait son trajet, Lexie s’était arrêtée pour faire le plein dans la première station-service qu’elle avait croisée à Fort Stockton. Un endroit visiblement pris d’assaut par tous ceux qui, comme elle, désespéraient de trouver de l’essence – elle avait dû patienter plus de dix minutes avant de pouvoir accéder à une pompe.

Alors qu’elle remplissait le réservoir, elle balayait les alentours du regard, découragée par ce paysage sombre et aride, sans vie, qui s’étalait à perte de vue. Un vent glacial soufflait, la faisant frissonner tandis qu’elle voyait défiler les gallons et les dollars sur l’écran. Lexie ajouta encore un peu de carburant en actionnant la gâchette après qu’elle ait signalé que le plein était effectué. Ses parents avaient beau lui avoir assuré qu’ils n’étaient pas si isolés que ça, elle préférait se montrer prévoyante. Qui savait si la prochaine station ne se trouvait pas à des centaines de kilomètres de là ? Après tout, elle venait de passer des heures à longer l’autoroute I-10 vers l’ouest, s’enfonçant dans le néant.

— Au beau milieu de nulle part… Je dois être folle, marmonna-t-elle en ajustant son manteau tout en refermant le bouchon du réservoir.

Folle, peut-être. Mais avait-elle vraiment le choix ? Même si elle décidait de ne pas rester – ce qui s’imposait comme évident au fur et à mesure des kilomètres parcourus –, elle serait obligée de renoncer à son appartement hors de prix. L’offre de Trish était sérieuse, elle le savait, mais, malgré leur amitié indéfectible, elles étaient bien trop différentes pour qu’elle envisage de vivre avec elle. Partager une chambre à l’université lui avait suffi pour s’en rendre compte. Lexie était un brin maniaque, Trish plutôt bordélique. Elle était lesbienne, tandis que son amie sortait avec quatre mecs à la fois. Elle passait des heures à la salle de gym, alors que Trish considérait que se déplacer de bar en bar le long de la Sixième rue le samedi soir tenait de l’exercice physique.

Elle croisa son propre regard dans le rétroviseur. Oui, sans aucun doute, cela allait lui manquer. Depuis qu’elle avait mis fin à son histoire avec Cathy – ce qu’elle aurait dû faire plusieurs mois auparavant –, sortir avec Trish et la bande sur la Sixième rue était devenu une alternative sans stress pour faire une pause dans sa vie amoureuse. Les amis de Trish étaient tous hétéros, et personne n’essayait jamais de la caser de force. Elle pouvait les accompagner en toute liberté, sans pression, dîner tranquille côté ouest de la Sixième rue, puis se mêler à la foule des bars et petites salles de concert du vieux quartier, rebaptisé « Dirty Sixth » par les locaux.

Elle poussa un long soupir en rejoignant l’autoroute I-10, se fondant de nouveau dans le flot d’énormes poids lourds qui, depuis San Antonio, régnaient en maîtres sur la chaussée. Oui, sa vie était minable, en effet. Elle n’exagérait pas en disant qu’elle se retrouvait complètement coincée. C’est vrai qu’elle s’était lassée de son travail, mais cela lui rapportait trop pour sérieusement envisager de démissionner. Alors, quand on l’avait licenciée, elle avait voulu le prendre comme une bénédiction.

Mais au final, ça ne l’était pas. Ses compétences n’étaient pas si recherchées, et changer d’entreprise signifiait recommencer depuis le bas de l’échelle. Pendant cette période de chômage, elle était passée de la vingtaine à la trentaine, et s’était persuadée qu’elle était désormais trop vieille pour un poste et un salaire de débutant. Bien sûr, au bout de quelques mois sans succès, elle avait dû se résoudre à y postuler malgré tout. Oui, elle avait envoyé quantité de candidatures. Pour, le plus souvent, s’entendre dire qu’elle était trop qualifiée. À mesure que les refus s’enchaînaient, il était devenu de plus en plus difficile de conserver de l’enthousiasme en entretien, alors que, pour chaque réponse négative, elle tombait encore un peu plus bas dans le désespoir.

Puis, sa relation avec Cathy s’était détériorée, et elle avait compris qu’il était temps d’y mettre un terme. Elle en avait assez de ses crises de jalousie, ayant même été accusée d’avoir une liaison avec Trish, aussi elle lui avait annoncé que c’était fini. La dispute qui s’ensuivit dégénéra au point que des objets furent violemment projetés contre les murs. La quasi-totalité de sa vaisselle avait volé en éclats. Une semaine plus tard, sa voiture s’était évaporée. Et comme Cathy possédait un double de ses clés, la police n’avait pas voulu qualifier la disparition de vol, même après avoir retrouvé le véhicule immergé dans le lac réservoir au cœur de la ville.

Elle secoua lentement la tête. Quelle année elle avait vécue ! Huit mois sans emploi, dont six à gérer son ex totalement instable, et, pour finir, la voilà qui, poussée par la fonte de ses économies, était sur le point de s’exiler dans les montagnes Davis. Oui, c’était le comble.

Lexie soupira longuement, essayant de ne pas penser à ce qu’elle avait laissé derrière elle. Les fêtes étaient sa période préférée de l’année. Le dîner collectif de Thanksgiving s’était bien passé, et n’avait même pas été aussi chargé d’émotion qu’elle l’avait redouté. Elle n’avait finalement pas fait de grande annonce à propos de son départ, principalement parce qu’elle savait que la plupart de ses amis réagiraient comme Trish, avec incompréhension, voire avec désapprobation. De toute façon, elle serait de retour en janvier.

Ce dîner marquait chaque année le début de la saison des fêtes de fin d’année, et était suivi d’invitations chaque week-end, chez les uns et les autres. Même si sa famille ne vivait plus à Austin, elle ne s’y était jamais sentie seule pour autant. Trish et sa famille l’avaient toujours incluse dans leurs festivités de Noël, puis ses parents venaient passer deux semaines après le Nouvel An. C’était une routine bien établie, qui se perpétuait depuis qu’ils avaient acquis le lodge.

Mais cette année, ce serait différent. Elle les rejoignait pour effectuer un essai. Elle disposerait de son propre logement – l’ancien appartement de Mark – sans loyer à acquitter. Elle pourrait manger gratuitement au restaurant, ou encore chez ses parents. Et elle serait même rémunérée. Certes, il s’agissait d’un petit salaire, mais avec le gîte et le couvert, c’était une offre difficile à refuser. Du moins pour l’instant. Elle resterait jusqu’à la fin des fêtes. Son bail courait encore jusqu’à fin janvier, ce qui lui laissait du temps pour réfléchir, même si ses options étaient limitées. Elle allait suivre son plan : faire le point sur sa vie, sur son avenir. S’octroyer une pause. Ralentir, respirer, et donner une vraie chance à ce projet, en gardant l’esprit ouvert.

Oui, c’est ce qu’elle allait faire. C’était un choix et non une condamnation, se répéta-t-elle. Et si, une fois le Nouvel An passé, elle s’ennuyait à mourir dans ce trou paumé, elle n’aurait qu’à rentrer à Austin, ravaler sa fierté, et postuler à tous les emplois possibles – y compris ceux pour lesquels elle n’était pas qualifiée. Elle repartirait de zéro. Après tout, elle n’avait que trente ans et ce n’était pas si vieux.

Bientôt, la sortie pour Balmorhea se profila. Une légère appréhension la saisit alors qu’elle quitta l’autoroute. Balmorhea. Une minuscule agglomération perdue dans le désert, connue uniquement pour sa piscine naturelle alimentée par une source. Les eaux claires et pures de San Solomon Springs se déversaient en continu dans le plan d’eau et le canal qui traversait la ville, offrant aux agriculteurs du coin une irrigation gratuite. Elle n’aurait jamais su tout cela si Mark ne lui avait pas envoyé plusieurs liens détaillant les curiosités de la région, histoire qu’elle voie un peu où elle allait atterrir. Depuis la piscine de Balmorhea, il fallait compter une trentaine de kilomètres jusqu’à Fort Davis, qui se trouvait à moins de dix kilomètres du Parc d’État et du lodge. Autrement dit, au beau milieu de nulle part.

— Venir s’enterrer ici est de la pure folie… murmura-t-elle en secouant la tête.

Oui, c’était aussi dingue qu’elle devait l’être d’avoir accepté la proposition.

Sous le ciel étoilé

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