Chapitre 1 — 1 - Sortie de route
- 1 - Sortie de route
- 🔒 2 - Légitime défense
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Central California Women’s Facility, avril 2019
Sarah Delrio, un mètre quatre-vingt, cent kilos, cheveux courts, tatouages dans le cou, s’avance dans le grand réfectoire. Aucune femme incarcérée ici n’ose lui barrer la route et c’est donc tout naturellement qu’elles s’écartent sur son passage. Emprisonnée pour avoir tabassé son ex petite amie et sa belle-sœur lors d’une dispute, elle purge une peine de quarante ans. Ici, c’est elle qui commande et qui fait la loi. Une brute aux méthodes dangereuses pour se faire respecter, qui n’hésite pas à jouer des poings pour appuyer son autorité. Ce matin, elle en a après une détenue rebelle qu’elle peine à faire plier. Une forte tête comme Sarah aime mater, récalcitrante et obstinée.
Sa carrure de mastodonte se campe devant une jeune femme aux cheveux blonds et mi-longs. Mince et musclée, elle ne fait clairement pas le poids face à Sarah. Assise en train de lire le journal, une pomme à la main, elle ne daigne pourtant pas lever ses yeux noisettes sur elle. Elle a vu Sarah approcher depuis un moment, mais elle a envie de la provoquer.
— Eh Brown ! grogne Sarah, l’air menaçant.
Les autres détenues se sont rassemblées autour de la scène, certaines d’avoir droit à un spectacle amusant.
La jeune femme regarde Sarah par-dessus son journal laissant apparaître son sourire serein et provocateur. Elle est très séduisante avec ses petites fossettes qui embellissent sa bouche généreuse, et ce charme insolent.
— Tu as volé une de mes femmes !
La voix de Sarah se fait un peu plus menaçante et la bave à la commissure de ses lèvres exprime pour elle sa colère.
— Je ne force jamais personne, lui répond la jeune femme visiblement peu impressionnée par la bête.
Sarah fait craquer son cou et ses doigts.
— Je vais t’éclater !
Le ton est donné.
— Te laisse pas faire Riley ! scande une jeune femme dans le public.
Riley Brown est sans doute la prisonnière la plus séductrice de la prison et son succès auprès des autres femmes n’est plus à prouver. Un peu trop au goût de Sarah Delrio, reine des lieux jusqu’à l’arrivée de cette indésirable. Transférée il y a six mois dans cette prison pour purger la fin de sa peine avant sa remise en liberté conditionnelle, Riley n’a pas envie de faire le moindre écart. Pourtant, quand Britany, la femme officielle de Sarah est venue lui faire des avances, elle savait que cela déboucherait sur une bagarre. Mais Riley éprouve une réelle difficulté à résister aux charmes des femmes.
— Je ne vais pas me battre avec toi. Je sors bientôt !
— Rien à foutre ! Je vais t’éclater !
Riley affiche un sourire narquois.
— Si tu le dis… mais je ne vais pas me battre.
Delrio montre presque les crocs, exaspérée par l’attitude trop décontractée de son adversaire. Un dernier sourire de la part de Riley et le coup de poing puissant de Sarah s’envole pour terminer sa course dans la mâchoire de la jeune femme. La violence du geste la propulse au sol sous les cris d’hystérie de ses codétenues. Sarah parade et chauffe la foule pendant que Riley tente de se redresser. Elle secoue la tête pour effacer l’étourdissement dont elle est victime. Elle se masse le menton et grimace. Elle a juste le temps de réaliser ce qui lui arrive que Sarah lui assène un coup de pied dans l’estomac. Le souffle coupé, elle s’écroule de nouveau sur le sol froid. Un jet de sang vient tacher sa combinaison orange. Alors qu’elle essaie de faire taire sa part d’ombre qui lui hurle de répliquer, le rire de Sarah résonne dans son crâne. La brute l’empoigne par les cheveux et la traîne sur quelques mètres avant de lui enfoncer une fois encore ses phalanges sur le visage. Riley reste au sol un moment sous les rires et les applaudissements de la foule.
Riley, tu sors dans deux semaines ! lui souffle sa conscience.
— C’est moi la chef ici ! Celles qui en doutent finiront comme cette merde !
Les avertissements de Sarah sont très clairs et tout le monde les reçoit cinq sur cinq.
— Hey, Delrio !
Sarah se retourne, interpellée par la voix qui lui parle dans son dos. Elle n’aurait jamais cru que Riley puisse se relever aussi vite après la raclée qu’elle vient de lui mettre. Mais en dépit du fait qu’elle est sur le point de quitter cet enfer, la jeune femme a décidé de se reprendre. Elle n’est pas du genre à se laisser faire et son poing serré comme jamais qui vient s’écraser sur la face bouffie de sa rivale, le prouve parfaitement. Elle frappe si fort que Sarah en crache une dent. Le coup a claqué dans l’air et c’est désorientée que Sarah se jette sur Riley. Bien plus agile qu’elle, elle l’esquive sans difficulté et lui enfonce son coude dans le flanc droit. Sarah manque d’air et roule par terre avant de se relever avec peine. Autour, la foule est en délire. Comme amusée par la situation, Riley lui laisse le temps de reprendre ses esprits et lui fait face. L’arcade et la lèvre en sang, elle se campe devant elle et lui fait signe de la main de s’approcher. Sarah pousse son cri de rage que toutes les filles ici connaissent. Un mélange de grognement et de haine qu’elle utilise pour impressionner. Riley lui répond en hurlant à son tour. Une attitude qui déstabilise à peine son adversaire, et Sarah fonce tête en avant sur Riley. Au moment où leurs deux corps sont censés se rencontrer, Riley saute sur une table et attrape un plateau-repas avec lequel elle frappe violemment Sarah. Cette fois, Delrio est à terre, allongée sur le dos. Riley rejoint la terre ferme et lui assène un nouveau coup avec son arme improvisée, puis un autre, jusqu’à ce que le visage de Sarah soit recouvert de sang et qu’elle ne bouge plus.
Les grilles du réfectoire s’ouvrent sur trois gardiens. Alertés par les cris des détenues, ils interviennent pour séparer les deux furies. Lorsqu’ils arrivent à leur niveau, l’un d’eux ceinture Riley qui a pourtant lâché son arme et la plaque sans ménagement au sol, face contre terre. Le visage sur le béton froid, Riley ne peut s’empêcher de sourire. Sarah Delrio est inconsciente.
Cette bagarre va certainement faire voler en éclat sa sortie prématurée, mais elle a horreur de se montrer faible.
**
Los Angeles, Californie
Lundi matin. Comme tous les débuts de semaine, Rebecca va travailler à pied. Les autres jours, c’est son fiancé Derek qui la dépose dans le magasin où elle bosse. Rebecca, vingt-neuf ans, une jolie brune aux yeux bleus et à l’attitude pétillante est vendeuse de chaussures dans une enseigne très prisée à Los Angeles. Cette petite demoiselle, mince et souriante, a toujours vécu ici, dans sa ville natale, entourée par sa famille aimante et ses amis. Aujourd’hui, elle termine tout juste sa formation pour devenir responsable de son magasin.
Il y a quatre ans, elle rencontre Derek dans une salle de cinéma. Entre eux, c’est le coup de foudre. Lui est issu d’une famille aisée et à la tête de l’entreprise familiale depuis peu. Il tient cet héritage de sa mère, ne voulant pas suivre les pas de son père, chef de la police. Un gentleman aux abdominaux parfaits et à la tête bien remplie. De toutes ses amies, Rebecca est la plus chanceuse, du moins, c’est comme ça qu’elle se voit.
Tous les ans, ils partent avec ses beaux-parents près du lac Tahoe où ils ont une maison secondaire délicieuse. Des souvenirs simples, rangés et qui lui conviennent.
Tout le monde aime Rebecca et dans son quartier, elle est réputée pour être une bonne personne. Stable, sérieuse et fiable, la jeune femme cumule les compliments. Toujours à l’écoute, raisonnable et positive, elle est un rayon de soleil pour son cercle proche.
Les commerçants de la rue où elle travaille la saluent chaleureusement et elle le leur rend par un sourire franc et sincère. Affublée d’un chemisier blanc aux boutonnières en forme de papillons et une jupe droite de couleur noire, Rebecca arrive à l’heure. Elle accroche son badge et réajuste ses ballerines vernies avant de se rendre dans le magasin. Premiers clients, des sourires, des conseils, une bienveillance parfaite. Toujours impeccable, elle va régulièrement vérifier que sa queue de cheval tient bien plaqués ses cheveux bruns.
— Bonjour madame Parker ! dit-elle à une cliente habituée.
— Oh, c’est la jolie Becky ! Toujours aussi souriante !
— Que puis-je pour vous aujourd’hui ?
La femme lui montre ses chaussures et lui explique en vouloir de nouvelles. Madame Parker, veuve d’un riche industriel, vient toutes les semaines dépenser des sommes incroyables dans ce magasin et c’est avec un grand plaisir qu’elle retrouve la douce Rebecca.
— Vous pourrez me ranger les rayonnages du fond ? lui demande Barth son patron.
— Bien sûr ! lui répond Rebecca en souriant.
Il s’évente avec le journal.
— Quelle chaleur, vivement l’Italie, je suis certain qu’il y fait moins chaud.
Becky lui sourit. Il y a trois mois, Barth Thomson a décidé de prendre une retraite anticipée qui a surpris tout le monde. L’occasion pour Rebecca de gagner ses galons de responsable, puisque c’est à elle qu’il a décidé de confier son magasin. Une nouvelle responsabilité qui ne l’effraie pas, tant qu’elle reste dans son domaine.
Le journal posé sur le comptoir, il encaisse deux clients. Becky en profite pour ranger ce que son patron laisse traîner et ses yeux se posent sur les gros titres.
« Devon Baptista, le baron de la drogue toujours en fuite ! »
Un frisson parcourt le dos de Rebecca. Ce genre d’affaires lui fait toujours très peur. Vivre dans son petit cocon lui convient parfaitement. Mais les journaux sont là pour lui rappeler que tout n’est pas rose sous le soleil écrasant et le ciel bleu de la Californie.
— Becky, je dois vous laisser, j’ai deux ou trois choses à régler avant mon départ. Pensez à bien refermer la porte de la réserve.
— Oui monsieur Thomson.
Il quitte les lieux, rassuré et laisse la jeune femme gérer le magasin, seule.
Toute la journée se déroule sous le signe de la bonne humeur et lorsque Becky ferme les grilles du magasin, elle ne remarque pas cette voiture aux vitres teintées garée de l’autre côté de la rue. Une berline qui n’a pas l’habitude de se trouver dans ce quartier tranquille.
C’est son fiancé Derek qui vient la prendre en voiture pour l’emmener fêter leur anniversaire dans un grand restaurant de la ville. La jeune femme a pris soin de se remaquiller avant de sortir et attend religieusement le jeune homme sur le trottoir. La nuit est plutôt chaude pour un mois de juin. Un véhicule klaxonne et s’arrête juste à son niveau. Derek baisse la vitre et son sourire éclatant apparaît.
— Je vous dépose quelque part mademoiselle ?
Rebecca sourit à son tour et fait le tour de la voiture pour grimper. Une fois à l’intérieur, elle l’embrasse et boucle sa ceinture.
— Tu as passé une bonne journée ? demande le jeune homme en allumant la radio.
— Très bonne et toi mon cœur ?
Il la regarde.
— Stressante, mais maintenant que tu es là, tout va bien.
— Alors, tu m’emmènes où ?
La jeune femme semble surexcitée et Derek compte bien en jouer.
— Tu verras, c’est une surprise !
— Oh allez ! Donne-moi un indice !
— Je vous trouve bien curieuse !
Elle fait mine de bouder. Rebecca a une technique bien à elle pour faire céder son petit ami. Elle retrousse son nez et fronce les sourcils. Cela lui donne un air sérieux et mignon à la fois.
— Arrête ça tout de suite, la menace le jeune homme.
Mais Rebecca ne lâche pas et continue sa machiavélique mission jusqu’à ce qu’il finisse par soupirer.
— D’accord, tu as gagné, on va manger dans ce restaurant japonais que tu aimes tant !
La jeune femme explose de joie et vient l’embrasser sur la joue. Derek gronde un peu.
— Becky fais gaffe, je conduis !
Elle s’excuse et se replace dans son siège, un sourire ravi qui ne quitte pas ses lèvres charnues. Tout son visage rit lorsqu’elle rit et ce bleu profond qui compose ses pupilles est absolument sublime. Derek sourit.
— J’espère que tu vas autant rire quand on va se marier !
— Même plus que ça, dit-elle en le regardant avec tendresse.
La voiture file dans les rues de Los Angeles direction ce restaurant que lui a promis Derek alors que la nuit tombe doucement sur la ville.
**
Le grand portail vient tout juste de se refermer sur elle. Habillée comme elle est entrée, il y a trois ans. Un jean bleu délavé, un tee-shirt blanc col rond, une paire de baskets blanches abîmée et un blouson en cuir marron craqué. Sur son dos, Riley porte le sac à dos qui contient toute sa vie. En liberté conditionnelle, Riley doit l’air de l’extérieur à un accord avec le juge. Accord dont elle n’est pas très fière mais qui lui permet d’être libre ce soir.
Maintenant, il faut qu’elle trouve un moyen de transport. Riley commence à marcher le long de la route principale sans vraiment savoir où elle va. Plusieurs véhicules passent près d’elle sans même s’arrêter alors qu’elle signale très clairement qu’elle fait du stop. Cela ne l’étonne pas vraiment, les automobilistes ont l’habitude de croiser des ex-taulardes aussi près de la prison et vu sa dégaine, personne ne voudra la prendre. Pourtant, il faudra bien qu’elle trouve une voiture si elle ne veut pas marcher au milieu de nulle part en plein milieu de la nuit. Quelques mètres plus loin, à la jonction de deux routes, un camion s’arrête. Par la vitre, le chauffeur lui fait signe de monter. Riley s’exécute et remercie l’homme un peu bourru. Il paraît pourtant sympathique et lui propose une bière.
— Elle va où la demoiselle ?
Riley sourit d’un air crispé. Elle n’aime pas sa façon de la regarder, mais elle n’a pas vraiment les moyens de faire la difficile.
— La demoiselle va à Los Angeles.
Il sourit de sa dentition trouée et démarre. Riley souffle longuement. Elle est enfin sortie de cet enfer.
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