Chapitre 0 — Chapitre 1 : Emma Williams
- Chapitre 1 : Emma Williams
- 🔒 Chapitre 2 : Reagan Mosley
- 🔒 Chapitre 3 : Emma Williams
- 🔒 Chapitre 4 : Reagan Mosley
- 🔒 Chapitre 5 : Emma Williams
À l'encre de ton coeur · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
Lire À l'encre de ton coeur en ligne gratuitement Chapitre 1 : Emma Williams
Vues : 2 524 vues
— Vas-y, prends ta pause, on se voit à quatorze heures.
— Merci, Ruth !
Derrière la caisse, ma patronne m’adresse un sourire chaleureux. La quadragénaire affirmée ajuste ses lunettes à monture large. Je lui ai proposé plusieurs fois de partager un repas ensemble ou de manger ici avec elle entre midi et quatorze heures, mais elle a toujours décliné mes invitations. Elle ne s’arrête jamais et investit chaque centime dans cette librairie. Son attitude force l’admiration. La mienne en tout cas. Cette femme est rayonnante. Travailler ici est agréable et reposant, même les jours où la librairie est la plus fréquentée. City Light Bookstore est l’endroit rêvé pour passer un moment tranquille et au calme. Une amie de ma mère connaît Ruth depuis des années. Elle a bien voulu m’embaucher quand j’ai eu besoin de changer de voie et je fais de mon mieux depuis trois ans pour être irréprochable.
L’esprit léger, je marche sur Columbus avenue. Dès mon premier jour, je suis tombée sous le charme de Caffe Trieste à quelques dizaines de mètres. La façade accrocheuse rouge et verte n’a pas manqué d’attirer mon regard. J’y ai trouvé mes habitudes. La plupart du temps, j’arrive à avoir la même petite table ronde en mosaïque à l’intérieur. Je n’étais pas le genre de personne à m’attacher à des habitudes, mais j’en ai eu besoin.
— Bonjour, Emma.
— Salut, Penny !
— Comme d’habitude ?
— Oh, oui !
La jeune femme aux cheveux orange me tourne le dos. Elle remplit le percolateur de la machine à café en me jetant un regard dans le miroir.
— Rassure-moi, tu sais que nous proposons aussi des sandwichs ?
— C’est beaucoup trop pour moi.
Je dépose mon sac à main et m’installe à la petite table. La vue donne sur la rue. Pour la millième fois, mes yeux parcourent les cadres suspendus sur le mur à ma gauche. Ils renferment des portraits noir et blanc de personnalités ayant franchi les portes du café, ou de groupes croqués pendant qu’ils jouaient ici en live.
— Et voilà pour toi, un long café avec quatre cookies.
Ses yeux verts et rieurs saisissent les miens.
— Nos sandwichs sont moins caloriques, si c’est vraiment ce qui t’inquiète, Emma.
— Chhh… Ne me contrarie pas, je suis d’excellente humeur et ces biscuits font partie de mes petits bonheurs.
— D’accord, d’accord !
Elle s’éloigne en direction du bar pour s’occuper d’un autre client. Les cookies de Penny ne sont pas uniquement doux-moelleux ou croustillants. Ils sont les deux ! C’est comme ça que je les préfère et je ne manque pas d’en profiter à ma pause déjeuner du lundi au vendredi.
Bzzz bzzz…
Je plonge la main dans mon sac à main. Ma mère.
— Allô, maman ?
— Tu es bien en pause ?
— Oui.
Elle soupire de soulagement. J’évite de parler trop fort, même si la musique ambiante couvre ma voix. Personne ne prête attention à ma conversation. Un type en veste en jean et lunettes de soleil tourne la tête vers moi, mais il semble plus intéressé par l’affiche des prix des boissons plus loin derrière.
— Tu as passé une bonne matinée ?
— Oui et toi ?
— Très bien, j’ai aidé ton frère à s’installer avec Michèle.
— Francky va bien ?
— Il est heureux comme tout. Tu sais ce que c’est d’avoir son premier appartement.
Je l’écoute en jouant avec la mousse blanche de mon café. Mon esprit préfère s’occuper des arabesques qui s’y dessinent qu’à la possible tournure de la conversation.
— Nous avons beaucoup discuté avec ton père, Emma. Tu sais que nous pourrions t’aider si tu voulais prendre un studio.
Et voilà.
— Je ne cherche pas de studio. J’habite une maison. C’est un luxe à San Francisco.
— Oui, mais tu la partages…
— Reagan n’est pas une inconnue, maman. Ça fait trois ans, c’est une amie.
— C’était juste une proposition.
— Merci, maman. Je vais bien.
Avec la pointe de ma cuillère, je fais disparaître la mousse à la surface de la tasse. Ma mère est soulagée de me l’entendre dire, même trois ans après. Surtout trois ans après.
— Tu as réfléchi à ta réintégration ?
— Pas encore.
— Je comprends, ma chérie, mais il est peut-être temps de penser à ton avenir.
— Ne t’inquiète pas autant. Je vais bien, maman.
— Je m’en fais depuis que tu es née, Emma. Et je ne pourrai jamais faire autrement !
Je repousse l’assiette de cookies. Aussi adorable qu’elle puisse être, je déteste que ma mère remue ainsi les choses de mon passé. Devant mon silence, elle emploie son ton le plus doux.
— Ça va faire trois ans, ma chérie. Je veux juste te dire que plus tu attends, plus ce sera dur de retrouver ta place.
Ma place.
— On en reparle, d’accord ?
— Je ne voulais pas te contrarier, Emma. L’installation de ton petit frère m’a rappelé le jour où toi aussi tu as quitté la maison.
Ma bonne humeur s’envole beaucoup trop loin pour que je puisse la rattraper.
— Je dois y aller.
— Bisous, ma chérie.
Je le lui retourne et je raccroche.
En me levant ce matin, j’étais fière de remettre le pied à l’étrier malgré ma nuit chaotique. Trois ans déjà. À l’approche de cette date anniversaire, j’ai l’impression que ce cauchemar a eu lieu d’hier. Pourquoi fallait-il qu’elle me pose ces questions ? Je devrais lui dire que cette colocation me va parfaitement. Et plus que ça ! Entre Reagan et moi, le courant est vite passé. Nous sommes de milieux, d’univers, de caractères et même d’orientation sexuelle différents, mais la cohabitation fonctionne. Avant d’opter pour ce choix, j’habitais avec Tom. Ce n’était pas mieux avec Grady. Chaque fois que mes relations ont viré au fiasco, je me retrouvais à gérer les aspects les moins réjouissants de la vie de couple et je n’en avais même pas les avantages. Le pire étant l’instabilité dans laquelle me plongeaient les ruptures puisque soit je me retrouvais avec ma valise sur le palier, soit avec des factures que je ne pouvais plus assumer seule. Cette colocation est la meilleure décision que j’ai prise. Sans ça, je serais coincée dans un studio en train de déprimer.
Reagan est devenue une amie et une confidente. Nous vivons nos relations chacune de notre côté en profitant de la stabilité de ce fonctionnement. Nous ne passons pas notre temps ensemble, ni en sortie ni en repas, et nous avons trouvé le moyen de nous dire les choses sans nous blesser. Ce qui est, selon moi, un bon compromis. Je cuisine, elle fait la vaisselle. Elle bricole, je nettoie la salle de bains. Nous avons des compétences que nous partageons et c’est équitable. Je n’en attends pas plus et je m’estime chanceuse. J’ai lu des histoires terribles sur les colocations, mais j’ai plutôt l’impression que celle-ci m’apporte une protection psychologique. Pourquoi voudrais-je d’un studio ?
Curieuse de la suite ?
Continue à lire ou découvre où acheter « À l'encre de ton coeur » en entier.
Voir où lire la suite →
Commentaires (0)
Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.
Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.