Chapitre 2 — Chapitre 2
Almost Evil - Book 1 · Kyrian Malone
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— Bella, réveille-toi.
Je me redressai dans un sursaut et regardai autour de moi. Mon père me fixait d'un air inquiet. Sans même lui répondre, je me levai précipitamment et me postai devant le miroir. Un fin tissu de soie noire recouvrait mon cou, et cette écharpe n'était pas la mienne. Je savais ce qu'elle dissimulait, mais je n'osais le croire. Je n'avais pas rêvé, Alice m'avait mordue… Ses lèvres s'étaient posées sur mon cou, j'étais restée immobile, paralysée, et après, plus rien : un noir total, j'avais perdu connaissance. Je me tournai vers mon père, qui gardait une expression indécise en expliquant :
— Je suis rentré tard hier soir. Je t'ai vue endormie et j'ai pas osé te réveiller. Tout va bien ?
Non, ça n'allait pas bien. Pas bien du tout. Que s'était-il passé exactement ? Je me sentais plus perdue que jamais, sans la moindre réponse. J'avais dormi habillée, je me sentais vaseuse, et des vertiges désagréables amenaient avec eux des nausées. Je fixai mon père et mentis :
— Ça va…
Je vérifiai l'heure matinale. J'avais dormi toute la nuit, et les cours commençaient dans une heure et demie. Je me pressai vers mon armoire.
— Je dois me préparer, je te rejoins en bas, papa.
Je le vis sortir et partis m'enfermer dans la salle de bains. Sans attendre, je défis le léger nœud de l'écharpe et l'ôtai afin de vérifier ce que je redoutais. Mes yeux s'agrandirent sur mon constat. Je n'avais pas rêvé. Deux petites marques de sang séché marquaient ma peau. Je n'arrivais pas à le croire. Alice m'avait mordue. Alice était un vampire. Les vampires existaient donc ? Je reculai, le regard dans le vide, ahurie par mes propres déductions. Comment cela était-il possible ? Je nageais en plein cauchemar. Non, ce n'était pas un cauchemar. Dans les cauchemars, je me retrouvais poursuivie par des créatures qui voulaient me tuer, ou pire, je me retrouvais nue devant tout le monde, mais je ne me faisais pas mordre par un vampire. Dans mes cauchemars, je ne pouvais jamais m'enfuir, mes pieds restaient cloués au sol, et je me réveillais en sueur et angoissée. Ce que je ressentais en cette seconde n'était pas de l'angoisse. Certes, j'étais inquiète — qui ne l'aurait pas été ? — mais aussi stupéfaite de ma découverte. Je me repris, décidée à obtenir mes réponses, et me préparai rapidement. Je devais trouver une explication à tout cela.
Une fois au rez-de-chaussée, je rejoignis mon père dans la cuisine et me servis un jus de fruit frais. J'avais pris soin de remettre l'écharpe d'Alice autour de mon cou afin de dissimuler ce souvenir aussi troublant qu'indélébile. Non seulement elle m'avait marquée de ses crocs, mais son parfum me suivait encore. Mon regard restait dans le vide, et je ne cessais plus de réfléchir à cette morsure. Je lui en voulais, cela était certain, mais je n'étais pas morte. Cette même question se répétait dans ma tête : pourquoi avait-elle fait cela, et pourquoi étais-je en vie ? Mon père m'arracha à mes pensées :
— Ta voiture sera prête ce soir. Tu l'auras pour ce week-end si tu veux sortir.
Je lui souris, plus préoccupée par mes propres problèmes.
— Merci, papa.
— Je t'en prie.
Il but quelques gorgées de café.
— Alors, raconte un peu. Comment s'est passée ta première journée de cours ?
Je ne voulus pas entrer dans les détails :
— Je me suis fait une copine, et les profs sont sympas.
Je ne pouvais pas formuler de réponse plus vague, mais au moins mon père serait rassuré et changerait de sujet.
— Tant mieux. Content que tu te plaises ici. Et hésite pas à m'en parler, si jamais.
Le fait d'avoir été mordue par une vampire était-il à considérer comme un problème ? Certainement, et un problème de taille. Mais je n'avais pas besoin de tout raconter à Charlie pour autant : j'étais bien assez grande pour démêler ça moi-même, d'abord.
— Tout va bien.
— Parfait, alors… Je file, on se voit ce soir, j'essaierai de ne pas rentrer trop tard.
Il posa un baiser sur ma joue et disparut. Je me retrouvai de nouveau seule, comme un peu trop souvent depuis mon arrivée à Forks, mais je ne m'en plaignais pas. Je tenais de Charlie cette nature solitaire. Je finis mon verre et rejoignis ma chambre pour prendre mon sac de cours. Une fois dehors, je verrouillai la porte et entendis derrière moi le crissement des graviers sous les pneus d'une voiture.
Je vis la Chevrolet d'Alice s'arrêter. Je n'en revenais pas. Elle osait venir jusqu'ici après ce qu'elle avait fait la veille. Je restai immobile, stupéfaite. Ma confusion revenait. Une part de moi lui en voulait, une autre demeurait intriguée, et une dernière voulait simuler une indifférence parfaitement fausse. Je descendis les marches du perron et optai pour la dernière solution : le détachement. Après tout, elle m'avait mordue. J'allais quand même pas lui sourire, faire comme si de rien n'était, et lui offrir un autre verre de mon sang pour son petit déjeuner ?
Avoir servi de dîner la veille suffisait amplement à ma stupeur. Je passai à sa hauteur sans la regarder et entendis derrière moi la portière de sa voiture se refermer. Ses pas rapides résonnèrent sur le sol, et Alice arriva à ma hauteur.
— On doit parler, Bella.
— J'ai rien à te dire.
Mon ton rancunier renforçait la portée de mon mensonge. Dieu savait que j'avais beaucoup de choses à dire, mais en cette seconde ma colère me dominait. Alice se posta devant moi, m'obligeant à m'arrêter.
— Je m'excuse pour hier. Je suis vraiment désolée…
Elle s'excusait ? Était-ce une plaisanterie ? Elle m'avait mordue et me présentait des excuses comme on s'excuse d'avoir bousculé quelqu'un dans la rue. Je voulus la contourner d'un pas sur le côté, mais elle en fit un de la même façon et me barra le passage. Je m'agaçai :
— Laisse-moi passer, Alice, je vais être en retard.
— Je savais pas comment te le dire, et j'ai perdu le contrôle.
Pour l'avoir perdu, elle l'avait perdu, et m'avait rendue plus confuse par la même occasion. Je la fixai en voulant paraître vindicative, mais mon regard parcourait de nouveau les traits fins de son visage. Que se passait-il avec cette fille, bon sang ? Que m'arrivait-il quand elle était près de moi ? Je perdais mes moyens, mon assurance et le fil de mes réflexions. Je devais pourtant me reprendre, répondre, mais que pouvais-je dire ? Alice semblait sincère, et je me répétais pourtant ne pas la connaître. Je la contournai finalement sans rien dire et continuai de descendre vers la grande route où j'attendrais mon bus. J'étais trop bouleversée pour parler. Contre toute attente, je la vis encore me suivre. Elle glissa ses mains dans les poches de sa veste.
— D'accord… Tu m'obliges à venir avec toi. On peut pas rester comme ça à s'ignorer, c'est pas une solution.
Garder le silence était mon seul échappatoire. Je ne voulais pas lui révéler tout l'intérêt que je lui portais en la criblant de questions. Je m'étonnais du fait qu'elle me suive ainsi. Le faisait-elle pour me tester, ou comptait-elle réellement laisser sa voiture devant chez moi toute la journée ? Je retins un léger sourire sans même m'en rendre compte, amusé ou ironique. Quelque chose me disait qu'elle s'entêterait dans cette filature improvisée. J'arrivai à l'arrêt de bus couvert et m'assis sur le banc en la voyant faire de même. Mon regard partait irrémédiablement vers elle, mais je me forçai à rester distante.
Le bus s'arrêta et, sans savoir pourquoi, je restai assise. Alice ne bougea pas non plus. Je pouvais bien me permettre de rater un bus : personne n'allait me le reprocher. Les portes du bus se refermèrent sous le regard perplexe du chauffeur.
Nous nous retrouvâmes seules. Une légère brise fraîche soufflait autour de nous. La neige tombée durant la nuit recouvrait les bords de la route. Quelques blocs trop lourds tombaient parfois des branches des sapins et s'éparpillaient en une fine poudre. Je ne pus garder le silence plus longtemps et avouai sans la regarder.
— Je te pardonne pas.
Je devinai son sourire et son regard triomphant dans le ton de sa voix :
— Je sais…
Ce fut à mon tour de sourire, et je secouai la tête en détournant mon regard à l'opposé du sien, vers l'asphalte. Nous nous retrouvions là, face à la route déserte, et le prochain bus n'arriverait pas avant neuf heures. Je la vis se lever et me tendre la main, son expression plus sérieuse mais douce.
— Viens, je te conduis en cours.
Je plissai les yeux sur cette main tendue, qui en disait long sur notre réconciliation. Si je la prenais, j'admettais et croyais ce qu'il s'était passé la veille, j'acceptais les excuses d'Alice, je prenais le risque de lui faire confiance, et je franchissais une ligne dangereuse qui me pousserait davantage vers elle. Devais-je la prendre ? Devais-je succomber ? Alice dégageait tant d'enthousiasme, une douceur qui contredisait ce qu'elle avait fait.
Je ne savais plus, mais je la pris. Comment aurais-je pu refuser et combattre ce qu'Alice faisait naître en moi ? Elle me sourit et m'entraîna avec elle vers le chemin qui remontait vers ma maison.
— Je sais ce que tu penses, et je peux tout t'expliquer.
Elle ne pouvait pas imaginer une seule seconde ce que je pensais, puisque j'étais moi-même incapable d'ordonner mes pensées.
— J'aimerais juste aller en cours et prendre le temps de réfléchir, si tu permets.
Sa main froide faisait naître en moi de doux frissons, à la fois chauds et électrisants, mais, toujours troublée, je préférai la lâcher et la glisser dans la poche de mon blouson. Elle me lançait quelques regards, quelques sourires toujours doux, et je ne comprenais plus rien à ce qui m'arrivait. Le regard qu'elle posait sur moi n'était pas celui d'une camarade de classe ou d'une amie. Il en émanait toute sa bienveillance, sa douceur et sa générosité. Alice Cullen était une personne d'un tempérament très tactile, mais pouvais-je encore dire qu'elle était une personne ? Trop de questions se bousculaient dans ma tête, et avant de lui demander la moindre explication, je préférai m'assurer de ne pas perdre l'esprit. Assimiler qu'un individu était un vampire ne se faisait pas en l'espace de quelques minutes.
Une fois dans la Chevrolet grise, elle démarra pour prendre la route du campus. Je rompis le silence de façon assez abrupte.
— Je sais, pour toi et Jasper.
Alice me sourit, posa sa main froide sur la mienne et la serra doucement. Ce contact inattendu et renouvelé ramena avec lui ma confusion. Ce genre de geste n'avait rien d'amical, mais me rendait exaltée sans que je le laisse paraître. Je réalisai aussi que ma remarque renforçait l'ambiguïté de tout ce qui se passait avec Alice. Mais agissait-elle ainsi naturellement, sans arrière-pensée, ou, au contraire, envisageait-elle qu'elle et moi nous…
Non. Elle ne pouvait pas. Rien n'avait été dit, aucune explication n'avait été clairement énoncée. À aucun moment je ne lui avais donné l'autorisation d'être si tactile, de me toucher, de se comporter avec moi comme un garçon aurait pu le faire — mais peut-être avait-elle lu mes pensées à travers mon comportement et mon regard ? Je ne savais plus. Elle me dit clairement :
— Il n'y a pas de moi et Jasper.
Je sentis son pouce frôler le dessus de ma main et y baissai les yeux. Cette ambiguïté à laquelle je pensais un instant plus tôt se faisait plus flagrante encore. Comment Alice pouvait-elle agir ainsi, comme si de rien n'était, alors que mes joues viraient au rouge depuis plusieurs minutes ? Elle semblait tellement sûre d'elle, tellement à l'aise avec ce qu'elle ressentait, que ça me donnait le vertige. Je la fixai de nouveau après cette réponse qui me laissait hésitante. Je m'agaçais d'ailleurs de réfléchir autant, mais l'inverse m'aurait inquiétée. Comment pouvais-je feindre mon indifférence totale ? Je répondis :
— C'est pas ce qu'on m'a dit hier.
Elle me sourit d'un air amusé.
— Pour l'instant, celle qui en sait le plus sur moi et ma famille, c'est toi, Bella…
Ce « plus » était bien relatif, pensai-je, mais Alice avait sans doute raison. Je marquai une pause et me surpris à retracer son profil du regard. Je détournai les yeux rapidement. Portée par les conclusions qui me venaient à l'esprit, ma curiosité m'entraîna à demander :
— Quand tu dis toi et ta famille, ça veut dire que vous êtes tous… Enfin… Comme toi ?
Je n'osai le formuler autrement. Elle ne me répondit pas, et un court silence s'installa entre nous. Elle me lança un regard.
— Dis-le, Bella.
Je savais ce qu'elle attendait que je prononce, mais mon inquiétude entachait l'excitation que cette vérité faisait naître en moi. Elle répéta…
— Dis-le…
Je m'agaçai, et Alice allait découvrir mon côté têtu.
— T'as très bien compris ce que je voulais dire.
Elle sourit et n'insista pas.
— Ils sont tous comme moi…
Sa réponse coula entre ses lèvres d'une façon si naturelle que j'en eus froid dans le dos. En y songeant, je continuai de sentir sa main dans la mienne, n'osant la retirer de peur qu'Alice ne s'aperçoive que je la tenais encore. Elle s'arrêta sur le parking du campus et me fixa.
— Tu préfères rester seule et rejoindre tes amis, ou j'ai le droit de m'afficher avec toi ?
Ma première réaction fut de me demander ce qu'Alice entendait par le mot « afficher ». Il n'y avait rien à afficher, du moins je ne comptais pas ôter son écharpe et révéler à tout le campus qu'elle m'avait mordue. J'optai pour une réponse simple :
— On peut rester ensemble, je vois pas où est le problème.
J'ouvris la portière et ajoutai :
— De toute façon, je connais personne à part toi et Tyler.
Je sortis et contournai la voiture pour rejoindre Alice. Nous nous dirigeâmes vers l'entrée. Comme la veille, je croisai des regards insistants posés sur moi. Je gardais sans aucun doute ma place de « nouvelle », à laquelle s'ajoutait désormais celle de « connaissance des Cullen ». Nous entrâmes dans le bâtiment principal, et Alice se pencha à mon oreille.
— Je vais te présenter mes frères de façon plus officielle.
Cette idée était loin de me déplaire. Non pas en raison de la réputation des Cullen, mais parce que je souhaitais connaître Alice et son entourage, voir « sa famille » si particulière. Je la suivis et m'arrêtai face à deux bruns dont l'un m'avait dévisagée la veille. Je compris qu'il s'agissait respectivement d'Emmett et d'Edward, eux aussi adoptés. Alice les fixa.
— Je vous présente Bella Swan, de Phoenix.
Je tentai un sourire et un petit signe de main se voulant amical.
— Salut…
— Salut Bella, et bienvenue à Forks.
Emmett semblait plus sociable qu'Edward, dont les traits renfrognés ne m'inspiraient pas confiance. Sur l'instant, je pensai qu'il avait davantage des traits de loups-garous que ceux de vampires. D'ailleurs, les loups-garous existaient-ils, eux aussi ? Je remarquai l'absence du blond, Jasper, supposé être le petit ami d'Alice. Rosalie, qui les avait accompagnés la veille, manquait également à l'appel, mais je préférai ne pas me montrer indiscrète. Je les suivis dans le couloir, et nous nous dirigeâmes vers la salle de cours.
Aucun ne parlait, comme si ma présence les empêchait d'étaler leurs petits secrets. Alice leur avait-elle raconté ce qu'elle m'avait fait ? Je devrais le lui demander. Mon but n'était pas de rester avec eux ou d'entrer dans leur clan si fermé. Je m'installai près des fenêtres et posai mes manuels sur une table. Alice se pencha à mon oreille…
— À tout à l'heure…
Je frissonnai malgré moi, mais restai impassible en apparence. Une fois installée, je vérifiai d'un coup d'œil la place que venait de prendre Alice. Discret, Emmett lui parlait, et elle me souriait. Je lui renvoyai un sourire plus gêné et me résignai à me tourner quand le professeur entra. Je n'avais pas la tête à étudier, surtout en songeant à tout ce qui s'était passé la veille, mais je n'eus pas d'autre choix.

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