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Ante-Christ - Tome 1 : Anges et Démons · Kyrian Malone

Lire Ante-Christ - Tome 1 : Anges et Démons en ligne gratuitement Ante-Christ (début)

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New Haven – Connecticut

La nuit tombait sur la banlieue de New Haven. Le ciel orageux assombrissait le bois au milieu duquel trônait une demeure imposante de deux étages. Des chants, des prières ou incantations s’élevaient depuis les murs. Plusieurs agents du Bureau Fédéral avaient encerclé les lieux, accompagnés du SWAT, des hommes lourdement armés, formés pour intervenir sur des opérations dangereuses et couvrir les agents habilités aux arrestations.

L’agent spécial Jennifer James était à son poste avec ses collègues, dont son binôme, l’agent Derek Winters. Ils entendaient les ordres de leur supérieur depuis leur oreillette et un micro à leur poignet permettait de répondre. Comme ses collègues, Jennifer James – que tous appelaient JJ – portait son gilet pare-balles et venait d’ôter la sécurité du cran d’arrêt de son pistolet. La tension grimpait au fil des secondes et le nombre de suspects à appréhender justifiait l’ampleur de l’assaut prévu dans les prochaines minutes. Aucun d’eux ne savait combien de personnes comptait la demeure. Seule certitude, le leader de ces fanatiques, Charles Nosman, s’y trouvait, principal suspect de la disparition de trois jeunes femmes dans les alentours de New Haven.

Le signal fut donné par leur superviseur, l’agent Gibson et les agents du SWAT rejoignirent toutes les entrées et issues afin de pénétrer avec force dans la maison. Jennifer James entra derrière eux. Des cris, sommations et rafales de tirs résonnèrent dans l’immense maison. Depuis le salon, des hommes de Charles Nosman ripostèrent en direction des portes où les agents se déployaient. Des balles trouèrent les murs tandis que Jennifer se tenait à couvert devant des escaliers. Emily Brewster et Matthew Reid montèrent mais leur superviseur leur fit signe de descendre.

— On y va, répondit Derek en désignant à JJ la porte ouverte qui menait aux sous-sols.

Jennifer acquiesça, espérant que les trois jeunes femmes qu’ils recherchaient étaient encore vivantes. Derek passa devant elle et Jennifer suivit. Tous deux descendirent les marches de béton tandis que le bruit des coups de feu s’atténuait au fil de leur avancée. L’obscurité les engloutit et Derek trouva l’interrupteur qu’il enclencha. Quelques malheureuses ampoules éclairèrent un long couloir que ni Derek, ni Jennifer n’auraient soupçonné voir apparaître devant eux depuis la surface.

— Où est-ce que ça mène ? se demanda-t-il à haute voix.

JJ constatait le calme en ces lieux alors que des échanges de tirs se poursuivaient à l’étage.

— Il faut prévenir Thomas, dit-elle.

Elle amena son micro aux lèvres :

— Thomas, vous me recevez ?

Mais aucune réponse ne se fit entendre. Jennifer avança d’un pas lent, prudent, tandis que les échos des tirs s’étouffaient.

— Gibs’, c’est JJ ? Vous me recevez ? répéta-t-elle.

Elle n’eut aucune réponse. Derek essaya à son tour, en vain. Jennifer s’arrêta devant une porte ouverte et éclaira la pièce vide où se trouvaient des chaînes coulées dans le béton des murs.

— Je suis sûre qu’ils les ont attachés ici, dit-elle.

— Il y a d’autres pièces à côté, répondit Derek.

Il s’arrêta devant une porte qu’il poussa d’un geste lent, prudent, son canon dirigé vers l’intérieur. A l’aide de la lampe torche, il éclaira l’intérieur mais à peine franchit-il le seuil que la porte claqua derrière lui dans un bruit sourd. Jennifer sursauta. Son bras armé tendu devant elle. Son souffle venait de s’accélérer autant que le rythme de ses battements cardiaques. Dans un geste réflexe, sa main se ferma autour de la poignée de la porte qu’elle tenta d’ouvrir.

— Derek ? Tu m’entends ? cria-t-elle.

Mais la porte ne s’ouvrit pas. Le silence qui répondit à son appel l’inquiéta. Même les tirs à l’étage ne résonnaient plus. Les ampoules s’éteignirent à cette seconde précise et le noir absolu l’engloutit. Jennifer porta une main tremblante à sa taille et prit la lampe torche qu’elle alluma sans attendre. Lorsque le faisceau lumineux s’éleva devant elle, il éclaira un visage aux traits féminins. Dans un mouvement réflexe, Jennifer recula, son regard bleu dans celui noisette de l’inconnue. Ses cheveux bruns, mi-longs, quelques mèches tombaient sur les traits de la jeune femme face à elle. Elle ne devait pas avoir plus de 25 ans, portait un jeans cintré, un pull et une petite veste en cuir par-dessus. Jennifer garda son canon pointé dans sa direction, consciente que cette jeune femme n’était pas l’une des trois victimes de Charles Nosman.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-elle sans attendre…

— Vous ne devriez pas être là, répondit l’inconnue d’une voix neutre.

Jennifer fut perturbée par ce silence soudain au-dessus de leur tête. De sa main libre et sans quitter la suspecte du regard, elle tenta d’ouvrir la porte fermée derrière laquelle Derek se trouvait. Celle-ci semblait verrouillée de l’intérieur. Les ampoules grésillèrent, se mirent à clignoter, détournant son attention au profit de l’inconnue qui la plaqua contre le mur, sa main enveloppée autour de sa gorge. Jennifer riva son regard dans le sien, pénétrant. Un frisson glacial la traversa quand les globes de la jeune femme s’emplirent d’un noir d’encre aussi profond qu’effrayant. Quand elle voulut se défendre, son bras armé fut bloqué par celui de son assaillante. Un coup de coude violent s’abattit sur sa tête avant qu’elle ne sombre dans l’inconscience.


Nebraska, le lendemain

Sam et Jason Walker avaient investi un motel en bord de route à quelques kilomètres de Fremont. La mort de plusieurs enfants les avaient conduits ici car, tous les vingt cinq ans, à la même période de l’année, sept jeunes garçons ou filles disparaissaient, leurs corps retrouvés au bord de la 30 en direction d’Arlington. Trois avaient déjà disparu et la police de la ville n’obtenait aucun résultat. Sam et Jason étaient venus pour chasser la chose qui répétait ce schéma morbide depuis 1854. Le terme de « chasse » avait une définition très différente de celle qu’on entendait d’habitude. Sam et Jason traquaient les démons, les fantômes, les esprits ou autres revenants. Ils avaient grandi avec leur mère qui les avait passionnés à toutes sortes de légendes et histoires dites « surnaturelles » ou « extraordinaires ».

La porte de la chambre s’ouvrit sur les deux frères, dont Jason qui tenait un pack de bières fraîches à la main, ses clefs de voiture dans l’autre. Plus petit que Sam, Jason était aussi son aîné de six ans et chassait depuis bien plus longtemps. Sam avait quitté la fac de médecine après la mort de leur père, Jack Walker, lui aussi chasseur, assassiné par l’une de ces créatures qu’ils avaient finie par retrouver et brûler.

— Essaye de voir sur le site dont on nous a parlé, dit Jason à son cadet en venant poser les bières sur le réfrigérateur.

Avec le temps, Sam avait appris à ne plus prêter d’attention à l’attitude directive de son aîné. Il s’assit derrière la petite table de la chambre sur laquelle était installé son ordinateur portable et pianota sur le clavier. Il annonça après quelques secondes :

— Je l’ai, confirma-t-il. En 1849 madame Andrea Cooper épouse de John Cooper, a étranglé leurs sept enfants après avoir appris que son époux la trompait.

Samuel tourna son écran vers son frère pour lui montrer les photos des archives trouvées sur le site de la bibliothèque de la ville. Il expliqua :

— On ne sait pas si c’est lui qui a tué sa femme ou si elle s’est suicidée. Personne ne sait ce que ce type est devenu.

— Donc on ne sait pas si on a affaire au fantôme du mari ou à celui de la femme.

Les lampes de la chambre se mirent à clignoter, à grésiller et Jason s’empressa de s’armer de son fusil à pompe laissé debout contre le mur. Sam récupéra son révolver coincé derrière son jeans. La porte de la salle de bains s’ouvrit sur une silhouette familière qui ne sembla pas la bienvenue. Les deux frères baissèrent leurs canons mais l’aîné demanda :

— Qu’est ce que tu fais ici, Faith ?

La jeune femme aux cheveux bruns avança de quelques pas. Son regard n’indiquait pas plus de contentement que les deux frères. A en juger le ton que Jason venait d’employer, tous les trois ne partageaient pas une franche amitié. Pourtant, l’allure de la nouvelle venue aurait pu adoucir quelques tensions chez les frères.

— J’ai ramené quelque chose qui pourrait vous intéresser, dit-elle d’un ton nonchalant.

Sam et Jason se jetèrent un bref regard, intrigués et méfiants. Depuis quelques mois, tous les deux traitaient avec Faith, non sans quelques réticences puisque celle-ci était un démon. Sam, le plus conciliant fut le premier à accorder un intérêt aux paroles de leur interlocutrice :

— On est en mission là. Je crois ça attendra.

— Je crois que non, insista Faith.

— Alors dis-nous ce qui t’amène…

Faith ne s’offusqua nullement des ressentiments qui émanaient des deux frères à son égard. Elle n’en attendait pas moins de leur part, mais admettait que Samuel était certainement le plus sympathique des deux. Elle indiqua la porte de la salle de bains derrière elle :

— Venez-voir par vous-même.

Les deux frères s’approchèrent, mais Jason garda un œil accusateur et distant sur Faith. Lorsqu’il fut à sa hauteur, il reprit :

— T’as intérêt à ce que ce soit plus important que ce qu’on est en train de chasser ici…

Une fois dans la salle de bains, Samuel fronça les sourcils, son regard sur la jeune femme blonde dans la baignoire. En quelques pas, il s’approcha, inquiet de la voir inconsciente et les poignets attachés par des menottes aux robinets. Il vérifia son pouls, la constata vivante. Mais ce qui attira son attention plus que tout fut le badge accroché à sa ceinture. Il riva ses yeux sur Faith :

— C’est un agent fédéral, Faith !

Appuyée contre le chambranle de la porte, bras croisés, Faith n’eut que faire des regards inquisiteurs des deux frères.

— Elle n’est pas morte, se crut-elle obligée de répondre. Pas encore.

— Bordel ! s’écria Jason moins diplomate que Sam. Un agent fédéral !? Et toi, tu la ramènes dans notre chambre !

Les deux frères étaient traqués par la police et les fédéraux pour avoir enfreint plus d’une centaine de lois pour le bon déroulement de leurs « missions ». Usage de faux, usurpation d’identité, escroquerie à la carte bancaire etc, etc…

Faith se redressa et s’avança jusqu’à la baignoire mais Jason s’interposa.

— Tu permets ? lui fit-elle d’un ton condescendant. J’ai quelque chose à vous montrer.

Jason se résigna à la laisser faire et Faith tourna le visage de la blonde afin de dévoiler une marque équivoque à hauteur du cou et située sous son oreille.

— Regardez ! dit-elle aux deux frères.

Jason et Sam virent une marque, probablement une tâche de naissance, sans en comprendre la signification.

Jennifer revint à elle à cet instant. Elle recula brusquement, son cœur affolé dans sa poitrine. Ou était-elle ? Que faisait-elle attachée à cette baignoire ? Que s’était-il passé ? Une douleur lancinante lui faisait mal à la tête. D’un mouvement défensif, elle tira sur les menottes dont le métal tinta contre l’acier des robinets. La seconde suivante, son regard bleu se releva sur deux hommes qui la détaillaient. A leur côté, elle reconnut la jeune femme qu’elle avait croisée dans la demeure de New Haven. Une foule de questions se bouscula dans son esprit. Où étaient les autres, où était-elle, l’avait-on enlevée ?

— Qui êtes-vous ? interrogea-t-elle sans attendre.

— On ne vous veut aucun mal, dit aussitôt Sam d’un ton calme, les mains devant lui et voulant clarifier les choses avec l’agent spécial.

Tout était encore flou dans l’esprit de Jennifer mais les choses reprenaient leur place. Le FBI avait donné l’assaut dans la demeure de Charles Nosman, des coups de feu avaient été échangés, elle avait rejoint le sous-sol avec Derek et les lumières s’étaient éteintes avant que cette fille n’apparaisse. Mais après ? Cette jeune femme à peine plus grande qu’elle l’avait assommée avec violence et l’avait conduite ici. Depuis combien de temps Jennifer était-elle inconsciente et qui étaient ces gens ?

— Tu vas la ramener où tu l’as trouvée, ordonna Jason à Faith. On n’a pas besoin d’avoir un agent spécial sur les bras.

Sam et lui étaient recherchés dans tout le pays. Kidnapper un agent du gouvernement ne les aiderait pas à passer inaperçus comme ils s’efforçaient de le faire.

— Cette femme est plus qu’un simple agent fédéral, expliqua Faith sur un ton déterminé. Elle est marquée par le sceau de Jezabel.

Un silence suivit l’affirmation de Faith, laissant les deux hommes aussi perplexes qu’interrogatifs.

— Ce qui veut dire... ? demanda Jason incrédule.

Sam croisa le regard de Faith qui lui signifiait d’expliquer à son aîné, moins cultivé que lui en matière de démonologie ou théologie, ce qu’était le sceau de Jezabel, ce qu’il fit :

— Il est écrit dans l’Apocalypse que le vaisseau portera la marque du sceau de Jezabel.

— Qui est Jezabel ? interrogea Jason.

— Jezabel est le gardien de la prison de la Bête, répondit son frère.

— Vous devriez la tuer, dit Faith.

Jason l’accusa :

— On ne tuera personne !

— Du moins, tant qu’on n’en sait pas plus sur le sceau, ajouta Sam.

Jennifer les avait regardés à tour de rôle et écoutés avec attention. Cette fille voulait la tuer et elle se demandait si ces trois personnes ne faisaient pas partie de la secte et des fidèles de Nosman. Ces propos pourtant ne lui étaient pas inconnus. Lors de leurs recherches sur Charles Nosman, il avait été question de sacrifices, de diable, d’une messe satanique destinée à libérer des démons en leur sacrifiant trois jeunes femmes vierges. Au silence qui revenait dans la pièce exigüe, Jennifer devait tenter une quelconque négociation avec ses ravisseurs :

— Je ne suis pas celle que vous croyez. Je m’appelle Jennifer James, je suis agent de liaison pour le FBI.

Jason la regarda :

— Notre amie qui ne l’est pas va vous reconduire où vous étiez avant d’être ici et elle va faire en sorte que vous oubliez qui nous sommes.

Son regard sur Faith se fit insistant, les sourcils levé dans l’attente d’une réponse mais Sam intervint :

— On ne peut pas la renvoyer chez elle, Jason. Elle porte le sceau.

Il regarda Faith :

— Tu as bien fait de nous l’amener.

Sur ces dernières paroles, Faith lança un sourire ironique accompagné d’un coup d’œil vainqueur à Jason, un coup d’œil qui lui rappela à quel point elle leur était utile. Ces derniers mois, elle les avait extirpés de quelques situations difficiles et périlleuses. La semaine précédente, elle avait sauvé la vie de Jason après avoir chassé une horde de démons. Mais Jason, bien trop orgueilleux et ancré dans ses valeurs du bien et du mal, du noir et du blanc refusait toujours d’admettre certaines évidences.

— Cette femme doit avoir trente ans au moins, commença-t-elle, ce qui signifie que la prophétie ne tardera pas à se réaliser. Si vous ne la tuez pas, vous devez la mettre à l’abri en attendant de trouver le moyen d’éviter la catastrophe.

— On te remercie, mais on n’a pas besoin de tes conseils, répondit Jason sur un ton arrogant.

Celui-ci tourna les yeux sur l’agent fédéral, la détailla d’un coup d’œil avisé de séducteur qu’il incarnait à toute heure de la journée. Leur nouvelle amie dégageait une beauté et un charme qui éveillait ses sens masculins.

— Désolée, agent James, mais vous allez devoir rester avec nous un moment.

Sam regarda son frère :

— Jason, je peux te parler un moment ?

Jason acquiesça et Jennifer les vit sortir de la salle de bains. Elle se retrouva seule avec la jeune femme qui l’avait conduite ici et qui se faisait donc appeler Faith. Où l’avait-elle emmenée ? Jennifer n’en savait rien, pas plus qu’elle n’avait compris les paroles échangées entre les trois protagonistes. La jeune femme voulait la tuer, les deux hommes étaient contre. Dans ce cas pourquoi ne l’avait-elle pas tuée au lieu de la conduire à eux ? JJ ne comprenait pas qui ils étaient, qui commandait. Le plus jeune des deux garçons ne devait pas avoir plus de vingt cinq ans et le plus âgé n’avait pas trente ans, quant à la fille, elle semblait plus jeune que ses deux compagnons. Jennifer avait pu les observer brièvement et comprenait qu’ils ne s’aimaient pas. Alors que signifiaient leurs discussions ? Jennifer demeurait perdue et leurs propos décousus n’avaient pas de sens. Son regard remonta vers celui de Faith qui se tenait debout, bras croisés, appuyée contre le lavabo pour la surveiller. Elle se souvenait de son regard d'encre dans le sous-sol de la maison de New Haven. Avait-elle rêvé ce qu’elle avait vu ?

Elle se redressa pour mieux s’asseoir et observa son ravisseur :

— Qu’est-ce que vous comptez faire de moi ? demanda-t-elle.

Faith tourna les yeux sur l’agent qu’elle avait entraîné jusqu’ici. Elle l’examina avec plus de minutie qu’elle ne l’avait fait dans la maison délabrée de New Haven. Comment et pour quelles raisons, cette femme portait-elle le sceau de Jezabel ? Sa curiosité était piquée au vif et elle espérait avoir bientôt ses réponses.

— Moi ? Rien, répondit-elle de manière neutre.

Et elle disait vrai. Faith n’avait aucun projet spécifique à l’égard de cette humaine. Elle aurait pu la tuer elle-même mais avait jugé bon de la conduire aux frères Walker. Si ces derniers ne souhaitaient pas la tuer, cela les regardait.

— Quel âge avez-vous ? demanda-t-elle à leur otage, curieuse.

Jennifer reposa sa tête contre la paroi de la salle de bains mais avant qu’elle ne réponde, le ton monta dans la pièce voisine. Jennifer n’avait capté que des murmures, des chuchotements entre les deux garçons mais la voix de l’aîné se fit plus nette au-delà des cloisons peu épaisses :

« On ne peut pas lui faire confiance ! »

« Peut-être, mais tu connais le dicton : l’ennemi de mon ennemi est mon ami ! »

« Elle veut qu’on la tue Sam ! »

« Et on lui a dit qu'on ne le ferait pas. »

« Faith est un démon, quels que ce soient ses intérêts, elle est contre nous. »

Jennifer reporta son regard sur l’intéressée et capta son léger sourire provoquant. Que devait-elle penser de ces derniers mots qu’elle venait d’entendre ? Le mot « démon » avait-il été employé en guise de métaphore ? JJ ne pouvait l’envisager autrement. Elle priait désormais pour que les deux garçons ne changent pas d’avis à son sujet.

Faith ne se retrouvait nullement perturbée par ses propos la vérité que Jason venait de clamer une nouvelle fois. Celui-ci prenait la désagréable habitude de répéter son statut démoniaque à tout bout de champ dès que la situation le lui permettait. Mais plus le temps passait, plus sa place au sein de ce petit duo de chasseurs s’élargissait. Elle tourna les yeux sur l’agent James qui la fixait d’un air méfiant. Puisque le ton entre les deux frères ne cessait de monter, elle se trouva forcée de quitter la salle de bains pour les interrompre.

Malgré la situation, et Dieu seul sut comment, JJ parvint à garder son calme. Elle n’écouta plus ce qui se disait dans la chambre voisine. Elle se redressa sans bruit, à genoux dans la baignoire et, tant bien que mal, chercha dans la poche de son pantalon la clef de ses propres menottes utilisées contre elle. Elle la sortit, se tordit les poignets pour les déverrouiller. En silence, elle se hâta de monter sur le rebord de la baignoire et souleva le volet de l’unique fenêtre, ou plutôt de la lucarne qui donnait sur l’extérieur. La nuit était tombée et JJ n’avait pas la moindre idée de l’heure qu’il était. Elle se hissa à travers la lucarne et comprit qu’elle était au rez-de-chaussée de la chambre d’un motel. Son plan destiné à appeler de l’aide devint un plan d’évasion. Elle se faufila par la petite fenêtre et, malgré ses précautions, tomba lourdement sur le sol en béton deux mètres plus bas. Son épaule venait d’amortir la chute et la douleur fut vive. Elle se releva vite et s’éloigna du parking. Elle traversa la route où allaient et venaient de nombreux véhicules et repéra une ruelle à l’écart, un lieu plus sombre où elle pourrait se réfugier. Ses trois ravisseurs ne tarderaient pas à constater sa fuite et JJ devait gagner du temps. Seulement, une fois à bonne distance, et comme dans la maison de New Haven, les lampadaires se mirent à clignoter, à grésiller. JJ sut d’instinct qu’elle n’irait pas plus loin. Son regard se tourna derrière elle et un sentiment de panique la saisit quand la jeune femme brune apparut de nulle part. D’un geste automatique, JJ voulut prendre son arme dans son holster tandis que son ravisseur n’avait même pas pris la peine de la lui ôter. Le pistolet lui fut arraché des doigts par une force invisible.

Debout, à quelques mètres, Faith fit quelques pas dans sa direction. Leur invitée leur avait faussé compagnie, profitant de son retour dans la chambre pour fuir et trouver du secours auprès de ses collègues.

— Vous devriez rester avec nous, agent James, lui conseilla-t-elle. Vous ne savez pas encore ce qui rôde la nuit.

Jennifer recula d’un pas lent, cherchant un moyen de s’échapper. Elle ne voulait croire aux évidences qui se dressaient devant elle car celles-ci étaient bien trop troublantes, dépassaient tout ce qu’elle avait vu ou appris. Dans d’autres circonstances, elle n’aurait pas hésité à affronter la jeune femme, même à mains nues, mais se souvenait de sa force qui n’avait rien de naturelle. Elle se tourna alors brusquement pour courir mais n’eut pas le temps d’atteindre la rue perpendiculaire que Faith apparut devant elle. JJ s’arrêta net, figée. Derrière elle, arrivaient Jason et Sam à la hâte. Elle leur lança un regard, aperçut une arme dans la main de l’aîné.

— Jennifer, commença Sam, je vous l’ai dit, on ne vous veut aucun mal.

— Vous avez une façon étrange de le montrer, répondit JJ qui se tenait à distance égale entre eux et Faith qui lui barrait la route.

— Je sais. Mais on peut tout vous expliquer et on va le faire si vous acceptez de venir avec nous.

JJ était prise au piège et n’avait aucune issue. Même si le plus jeune des deux frères semblait sympathique par ses traits plus doux et avenants, comment pouvait-elle leur faire confiance ? Elle était mieux placée que quiconque pour savoir que des hommes d’allure douce et avenante pouvaient être les plus dangereux. Elle vit Jason baisser son fusil, lança un coup d’œil vers Faith qui ne bougeait pas tandis qu’une pluie fine commençait à tomber. JJ ne pouvait se résigner et se rendre. Du coin de l’œil, elle aperçut alors une de ces échelles de secours accrochée au mur en face d’elle. Elle s’y précipita sans attendre et monta aussi vite que possible. Plus légère, elle serait plus rapide qu’ils ne l’étaient et parviendrait peut-être à rejoindre le toit de l’immeuble pour en trouver l’entrée. Elle grimpa, arriva sur le toit mais à peine se dégagea-t-elle de l’échelle que la jeune femme brune se trouva à nouveau devant elle. Prise dans son élan et sa surprise, JJ recula, son pied glissa sur le bord en métal de l’échelle et son corps bascula en arrière. Avant qu’elle ne tombe une dizaine de mètres plus bas, la main de Faith agrippa son poignet, la retint de justesse, son corps dans le vide. Sans le moindre effort visible, Faith la ramena sur le toit devant elle et la lâcha.

— Je vous ai sauvé la vie, vous pouvez au moins écouter ce qu’ils ont à vous dire maintenant, fit-elle.

La confusion de Jennifer était à son comble. Son cœur affolé accentuait ses troubles. Que se passait-il ? Pourquoi voulait-on l’enlever, la séquestrer, la tuer et maintenant lui sauver la vie ? Mais ce qui intriguait davantage JJ était de savoir qui était, ou plutôt « ce qu’était » cette fille.

Ante-Christ - Tome 1 : Anges et Démons

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