Chapitre 1 — Chapitre 1
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Ils se rapprochaient… Elle entendait les aboiements des chiens plus distinctement à présent. Ils n’étaient sûrement plus qu’à quelques centaines de mètres derrière elle. Sa fuite était terminée… Au mieux, elle finirait dévorée par la meute de chiens, au pire, ce serait l’enfer qui l’attendrait avec leurs maîtres.
Aileen courait à en perdre haleine, espérant atteindre la rivière, sa dernière chance pour les semer. La nuit était noire, sans lune, et les étoiles cachées par d’épais nuages ne l’aidaient pas à discerner quoi que ce soit sur son chemin. Elle se prit encore une fois les pieds dans une racine, manquant de s’affaler au sol. La jeune femme brune s’exhorta à continuer à avancer, les poumons en feu et le souffle court. Elle ne devait plus être très loin de la rivière, mais elle entendait la voix des hommes à sa poursuite, leurs torches à présent visibles en contrebas.
— Il ne faut pas que je m’arrête…, ou c’en sera définitivement fini de moi…, haleta-t-elle en escaladant difficilement la butée.
Cameron, son mari, lui avait pourtant bien dit de laisser les vieilles du village s’occuper de la dame, comme le voulait leur nouveau seigneur. Seulement, elle ne pouvait se parjurer. Elle avait fait le serment de veiller sur la fille de la comtesse, bien avant leur départ pour la France, une fois les fiançailles annoncées entre la jeune lady et un sir français cinq fois plus vieux qu’elle. Elle n’en avait donc fait qu’à sa tête après avoir été informée qu’elle perdait abondamment du sang à tout juste cinq mois de grossesse. Et aujourd’hui, ils en payaient le prix.
Elle refoula les larmes qui lui montaient aux yeux au souvenir de Guilaine, sa merveilleuse petite fille, morte dans d’atroces souffrances, ainsi que de son mari, Cameron, qui se balançait pendu au bout d’une corde sous le grand chêne qui jouxtait leur maison. Elle s’était enfuie à leur découverte, sans pouvoir les enterrer ni leur faire un dernier adieu. Et à présent, elle filait à corps perdu dans la forêt, fuyant ces meurtriers et la punition de leur seigneur.
Elle courait, s’enfonçant toujours plus loin dans les broussailles qui lacéraient sa robe. Elle manqua une nouvelle fois de déraper sur le sol caillouteux, se rattrapant in extremis à un tronc d’arbre. Le souffle court, elle jeta un autre coup d’œil en arrière, avant de reprendre sa course effrénée. Son pied accrocha alors soudainement une racine et elle sentit sa cheville se tordre en émettant un effroyable craquement.
La jeune femme lâcha un cri en tentant de rétablir son équilibre, mais elle chuta dans les fourrés sur le bas-côté qui s’ouvrirent sur une pente très escarpée. Son corps commença à rouler le long du profond dénivelé, sans qu’elle ne puisse plus rien faire pour s’arrêter ou se retenir. Elle cogna violemment contre les rochers, continuant à rebondir encore et encore, jusqu’à atterrir dans un renfoncement au creux de la roche après un long vol.
Le corps profondément meurtri, étendue sur le dos et hébétée d’être toujours en vie, Aileen n’eut même pas la force de gémir. Les aboiements des chiens au loin la ramenèrent pourtant dans l’urgence. Elle remua tout doucement pour évaluer les dégâts, mais fut stoppée instantanément par une atroce douleur dans l’abdomen et la poitrine. Incapable de se relever et plus qu’éreintée, elle fixa le ciel noir sans étoiles au-dessus d’elle. Résignée, elle se demanda si ses blessures étaient mortelles, et combien de temps elle mettrait à agoniser seule au fond de cette cavité. Le maigre réconfort qu’elle put trouver fut qu’au moins dans ce trou, elle ne se ferait pas dévorer vivante par des bêtes sauvages. Ce serait une mort des plus douces, du moins si les chiens et leurs maîtres ne la retrouvaient pas avant…
Elle gémit en sentant une vive douleur irradier soudainement dans son flanc gauche. Son corps meurtri était entièrement contusionné. Son torse n’était plus que souffrance. Elle discernait le goût métallique du sang dans sa bouche, et sa cheville qui la tourmentait également, était très certainement cassée.
Un éclair balaya brusquement le ciel au-dessus d’elle, la faisant sursauter. Il fut suivi très rapidement d’un énorme craquement qui fit trembler le sol. Le ciel s’ouvrit d’un seul coup, lâchant des trombes d’eau sur elle. Soulagée, elle accueillit ces flots tombés du ciel comme une bénédiction. Les chiens allaient très certainement perdre sa trace, pensa-t-elle, et personne n’aurait l’idée de venir la chercher dans cette crevasse.
Aileen tenta de se redresser en serrant les dents. Déjà trempée par les torrents d’eau, elle se retourna sur le ventre en lâchant une longue plainte et rampa pitoyablement pour se mettre à l’abri dans la cavité naturelle que formait la roche.
Un nouvel éclair illumina brièvement la grotte, dévoilant des peintures étranges dessinées sur tout un côté du mur, près d’un espace plat probablement taillé par l’homme. Elle se traîna en geignant dans cette direction, essayant de bouger le moins possible sa jambe blessée. Enfin parvenue à destination après un long effort éreintant, elle s’affaissa contre le mur, la jambe tendue devant elle. En sueur et la respiration erratique, elle dégagea ses longues mèches brunes humides de devant son visage, avant de jeter un rapide coup d’œil vers son membre. Elle ne put retenir une grimace en constatant que sa cheville formait un angle étrange. En tant que guérisseuse pour son clan, elle avait déjà fait face à ce genre de blessures et savait que seule, elle ne pourrait rien faire. C’était terminé, elle n’arriverait pas à sortir de cette cavité dans ces conditions.
Tremblant en partie à cause du froid de ses vêtements humides qui lui transperçait les os, elle se pelotonna sur elle-même, le front appuyé contre le mur peint.
Aileen tenta d’ignorer la tempête qui faisait rage juste au-dessus d’elle, agitant les murs de la grotte. La pression et la peur retombant, elle se mit à pleurer à grosses larmes la mort de sa fille Guilaine et de son époux Cameron, les priant de l’attendre jusqu’au jour où ils seront de nouveau réunis. Elle n’était pas sûre de se réveiller si elle s’endormait, mais elle finit par s’assoupir malgré toute sa volonté.
Le bruit de l’orage plus que violent ne pouvait la retenir. Elle se laissa aller, exténuée, rêvant de lumière, de tambour et d’ondes sur une eau calme qui l’engloutissait doucement.
Ce fut d’étranges bruits qui la réveillèrent, au bout de ce qui lui sembla n’être qu’un très court instant. Le soleil s’était levé et elle pouvait apercevoir de la lumière filtrer par l’entrée.
Elle tendit l’oreille, se demandant si elle avait imaginé ces sons. Elle capta alors un grattement, suivi d’un coup violent contre la roche. Ses cheveux se hérissèrent sur sa nuque en voyant des morceaux de pierre tomber au seuil de la grotte. Une voix d’homme retentit non loin de l’entrée.
Ils avaient retrouvé sa trace, pensa Aileen désespérée. Elle se pelotonna sur elle-même, ne pouvant plus fuir nulle part. Silencieuse et résignée, elle attendit que la mort vienne la chercher pour la ramener auprès des siens.
Elle se crispa quand des pieds atterrirent lourdement à quelques mètres d’elle. Elle entendit l’intrus avancer dans sa direction, avant qu’une forte lumière ne vienne soudainement l’éblouir. Surprise, elle se masqua le visage d’un geste brusque, qui lui tira un gémissement de souffrance. Il ne lui avait pourtant pas semblé qu’il portait une torche enflammée en descendant…
Une exclamation retentit dans la cavité, résonnant contre les murs. L’inconnu se précipita vers elle, parlant dans un dialecte inconnu à ses oreilles. Elle se détendit, profondément soulagée. Elle connaissait quelques mots de breton et cet homme ne l’était assurément pas. Il devait être un voyageur étranger, se rassura-t-elle, pas un des soldats du seigneur. Elle resta tout de même sur ses gardes, il pouvait très bien avoir de mauvaises intentions à son égard, surtout en la découvrant seule et sans protection.
Il se retourna alors, semblant appeler quelqu’un. Elle se recroquevilla un peu plus contre la paroi, désemparée. Dans son état, elle doutait déjà de pouvoir se défendre face à un seul gaillard, alors deux…
Une autre silhouette beaucoup plus fluette apparut à l’entrée. Le premier homme désigna Aileen du doigt en émettant des sons doux et mélodiques, avant de pointer les murs de…, d’une sorte d’étrange torche noire sans flamme ? Mais quelle était donc cette magie ? se demanda-t-elle, à la fois éberluée et apeurée.
L’autre énergumène s’approcha, et elle put ainsi apercevoir le visage de l’inconnu, qui se révéla être une femme. Elle lui parla dans son dialecte étrange, semblant lui poser une question à l’intonation de sa voix.
— Je ne comprends pas votre langue, lui répondit Aileen en gaélique, sa langue maternelle.
Ne voyant pas de réaction, elle répéta la phrase avec le peu de breton qu’elle connaissait, mais sans plus de résultat. Lasse, elle ferma douloureusement les yeux quelques secondes. Elle était extrêmement fatiguée et la souffrance dans son ventre ne faisait qu’enfler au fil du temps.
La femme la détailla en fronçant les sourcils, avant de se tourner vers son compagnon, discourant avec lui. Elle se redressa ensuite en lui tendant une main, l’invitant sûrement à la suivre. Aileen fit non de la tête, puis lui montra sa cheville du doigt en grimaçant. L’étrangère dut comprendre, car elle s’agenouilla à côté de sa jambe, prenant délicatement sa cheville déformée entre ses mains. Aileen ne put retenir un gémissement tandis que la femme lui tâtait le membre.
Son attention fut alors attirée par l’homme qui s’était rapproché d’elles. Une pierre noire à la main, il examinait le mur aux peintures colorées. La pierre projeta soudainement des éclairs de lumières, l’aveuglant presque. Aileen cria de peur puis de douleur, avant de se traîner en rampant loin du sorcier et de sa magie démoniaque. La femme, tout d’abord estomaquée, se précipita sur elle afin de l’immobiliser.
Aileen ne savait plus quoi faire, le cœur tambourinant sauvagement dans sa poitrine. Elle se retrouvait dans une situation bien pire qu’avec les hommes du seigneur ! Ces sorciers étrangers allaient dévorer son âme, et plus jamais elle ne reverrait Cameron et Guilaine !
Avec l’énergie du désespoir, oubliant sa douleur, elle tenta d’escalader un renfoncement du mur qui donnait vers une autre cavité. La femme se jeta à sa poursuite, essayant de l’en empêcher, aidée à présent par le sorcier. Dans sa lutte enragée pour sauver sa vie et son âme, Aileen tomba et se cogna violemment la tête contre une pierre, perdant connaissance.
La fatigue la frappait durement, désorientant son esprit. La tête douloureuse, elle évoluait dans un brouillard, et n’arrivait pas à rester lucide plus que quelques secondes avant d’être de nouveau happée par les ténèbres.
Aileen alterna entre des phases de conscience et d’inconscience, sans toutefois se rendre compte de ce qu’il se passait autour d’elle. Elle finit par reprendre totalement connaissance, entourée de bruits étranges et de voix. L’esprit encore un peu embrumé, elle peina à ouvrir les paupières qui lui semblèrent bien trop lourdes. Les voix s’éloignèrent tandis que les souvenirs des derniers évènements commencèrent à la rattraper.
N’était-ce simplement qu’un songe ? Elle l’espérait de tout cœur, souhaitant se réveiller dans sa couche aux côtés de Cameron et Guilaine. Pourtant la paillasse sous son corps était bien trop confortable pour qu’elle ne puisse ne serait-ce que lui appartenir. Sans compter qu’elle avait bien entendu les jacasseries des intrus tandis qu’elle émergeait. Ils parlaient le même dialecte chantant qu’elle ne comprenait pas. Assurément la langue du démon ou du diable… Elle frissonna légèrement à cette idée.
Elle osa ouvrir un œil qu’elle referma aussitôt à peine entrouvert, face à la lumière aveuglante au-dessus d’elle. Elle y alla plus doucement cette fois-ci, afin de laisser le temps à ses yeux de s’habituer à la vive luminosité du soleil. Sa vision devenant plus nette, elle put discerner ce qui l’entourait, et referma automatiquement les paupières d’effroi.
Le cœur tambourinant à tout rompre, elle se força au calme, prenant de longues inspirations douloureuses. Il ne fallait pas qu’elle panique, elle devait se reprendre si elle voulait avoir une chance de s’en sortir. Elle osa rouvrir un œil, détournant ses iris des minuscules soleils accrochés au plafond par elle ne savait quelle magie. Elle inspecta les lieux, troublée par cet univers blanc et épuré qui sentait le propre.
Totalement perdue, elle avisa, accrochée à son bras par un bandage, une corde similaire à un fil d’eau, qui partait en direction d’un liquide flottant dans les airs, le long d’une barre en fer. La stupéfaction l’empêchait de réfléchir correctement. Partout la magie l’entourait. Les sorciers avaient probablement dû l’emmener dans leur antre afin de l’utiliser comme sacrifice humain, ou de faire d’elle leur esclave.
Elle rejeta la couverture, la plus douce qu’elle n’avait jamais touchée, mais ce simple mouvement lui fit lâcher un gémissement de douleur. Son ventre la faisait souffrir atrocement.
Ils lui avaient également pris ses habits, remarqua-t-elle en voulant inspecter son abdomen. Elle se retrouvait parée d’un mince tissu d’une grande impudeur, qui s’arrêtait juste au-dessus des genoux et s’ouvrait dans le dos.
Passant la tête dans l’encolure du cou, elle faillit lâcher un cri étranglé en voyant une large bande de tissu lui enserrer le ventre de part en part. Elle y pressa délicatement ses doigts au travers du vêtement et manqua défaillir face à la fulgurante souffrance qui la frappa.
Ces démons n’avaient quand même pas osé lui voler ses entrailles ? s’affola-t-elle en blêmissant furieusement. Relevant la tête, elle remarqua également que sa jambe blessée était emprisonnée dans une matière blanche et dure, semblant impossible à ôter.
Comment allait-elle faire pour s’enfuir dans ces conditions ? Elle inspecta un peu mieux son environnement, cherchant une issue. Il y avait bien trois portes dans la pièce et les seules autres voies, qui devaient être des fenêtres, étaient partiellement condamnées avec du métal.
Déterminée à survivre coûte que coûte, Aileen arracha la corde attachée à son corps, avant de se lever avec précaution, se mordant vigoureusement la langue pour retenir ses plaintes. Sa tête se mit aussitôt à tourner suite à l’effort conjugué à l’élancement dans son ventre. Se maintenant au lit, elle se força à rester consciente, s’astreignant à tenir bon. Elle seule pouvait se tirer de ce mauvais pas !
Elle avança en direction de la première porte, traînant avec difficulté sa jambe blessée plus qu’imposante. De crainte que les démons ne reviennent lui rendre visite et ne la découvrent, elle accéléra quelque peu le pas en se tenant le flanc. Elle actionna la poignée et la porte s’ouvrit sur un placard. Elle referma bien vite l’ouverture, s’approchant de la deuxième. Une minuscule pièce se trouvait derrière, sans aucune autre issue visible. Elle partit vers la dernière et l’ouvrit, avant de la refermer aussitôt en apercevant la multitude de sorciers et sorcières au-dehors. Elle était cernée et n’avait nulle part où aller !
La respiration sifflante et la sueur dégoulinant sur son front, elle s’intima au calme, sentant la panique prendre le pas sur sa raison. Elle devait trouver un moyen de s’échapper, elle devait sauver son âme !
Elle prit une grande inspiration par à-coups, avant d’oser entrouvrir de nouveau le passage. Il y avait là d’autres personnes habillées comme elle, assurément des esclaves, se déplaçant au milieu de gens tout en blanc ou en vert qui, eux, ne pouvaient être que des sorciers.
Prenant son courage à deux mains, elle décida de tenter sa chance, espérant se mêler aux autres esclaves dans l’espoir de s’enfuir. S’appuyant d’une main sur la longue barre en bois contre le mur, elle se traîna avec difficulté, la tête baissée. Souffrant le martyre, sa jambe glissant derrière elle, elle se dirigea vers ce qui semblait être une immense fenêtre face à elle, sa seule planche de salut.
Personne ne l’avait remarquée, elle tenta donc d’accélérer le pas, vaille que vaille. Elle finit par l’atteindre, se plaquant contre la grande ouverture, mais déchanta en apercevant le sol très loin en contrebas. Impossible de s’échapper par ici…
Elle ne put s’empêcher de hoqueter et de blêmir de plus belle en voyant, sur les chemins en bas, d’innombrables chariots avancer sans aucun cheval pour les tirer. Les sorciers avaient dû l’emmener dans leur royaume maudit, ou directement en enfer. Elle était totalement fichue, son âme indéniablement damnée pour l’éternité…
Une main vint soudainement s’abattre sur son épaule, réduisant à néant ses derniers espoirs. Avisant la sorcière qui l’avait rattrapée, Aileen se mit à hurler à pleins poumons, se débattant comme une possédée. La fille du diable la relâcha en reculant d’un pas, abasourdie par sa vive réaction. La jeune femme voulut profiter de l’occasion pour s’échapper, mais sa jambe emmaillotée glissa sous son poids, la précipitant au sol. Elle sentit la peau de son ventre se déchirer sous l’impact et un liquide chaud envahir les linges qui enserraient son flanc. La sorcière ayant repris ses esprits se porta vers elle, émettant des mots incompréhensibles dans sa langue démoniaque. Aileen se remit à hurler, l’insultant, la menaçant de mille morts. La fille du diable appela alors ses compagnons pour lui venir en aide. Aileen, au pied du mur, se recroquevilla sur elle-même, tremblant de tous ses membres, priant Dieu à voix haute de venir sauver son âme en grand danger.
— Il ne faut pas avoir peur, fit soudainement une voix de petite fille en gaélique, stoppant instantanément Aileen.
Sous le choc, elle releva la tête avec précaution, le visage inondé de larmes. Elle se figea totalement en voyant l’enfant devant elle qui lui souriait d’un sourire plein de fossettes, ses prunelles bleues scintillant sous la lumière du soleil.
— Moi aussi, j’avais peur des hôpitaux avant, continua l’enfant toujours dans sa langue. Mais tu vas voir, tout va bien se passer, tu ne dois pas avoir peur.
Aileen n’en croyait pas ses yeux.
— Gu… Guilaine ? bégaya la jeune femme, ne pouvant détacher son regard de la fillette.
C’était sa fille, sa précieuse petite fille ! Avec à peine quelques années de plus…, mais c’était bien elle ! Sans aucune hésitation ! Elle reconnaissait son visage et ses expressions. Serait-elle morte dans la grotte et se trouvait-elle à présent au paradis ? Impossible…, elle ne comprenait plus rien…
— Jillian ! hurla une voix féminine au loin.
— Maman ! s’exclama l’enfant en se retournant.
Elle baragouina des mots incompréhensibles à l’intention d’une grande femme aux cheveux sombres et arborant une tenue verte qui s’approchait à toute vitesse, la mine furibonde.
Celle-ci hurla d’autres mots à l’intention des sorcières qui se recroquevillèrent sous la remontrance, avant d’entraîner la petite loin d’Aileen. La jeune femme vit rouge, furieuse qu’on lui retire son enfant à peine retrouvée.
— Ne la touchez pas engeance du diable ! hurla-t-elle en tentant désespérément de se relever en s’aidant du mur tout en grimaçant.
La femme aux cheveux noirs charbonneux haussa un sourcil, les traits tirés par la fureur, avant de lui répondre en gaélique.
— Vous, ne vous approchez pas de ma fille ! siffla-t-elle entre ses dents, menaçante. Car patiente ou non, je vous jure que je vous ferai regretter de n’avoir que si peu de séquelles de votre accident !
Elle lança un autre ordre sec aux sorcières, avant de prendre Guilaine dans ses bras, et de s’en retourner sans un regard en arrière.
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