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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1
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Bad Girls · Kyrian Malone

Lire Bad Girls en ligne gratuitement Chapitre 1

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Dix jours s’étaient écoulés depuis que Kate Parker était confinée dans une chambre isolée, un monde à part au sein du pénitencier de Fairview en Californie.

Ses mains, entravées par des menottes, étaient retenues derrière son dos, tandis que ses chevilles étaient enchaînées. On la forçait à avancer dans le couloir qui menait à sa cellule définitive.

Après avoir traversé plusieurs corridors, elle s’arrêta devant une porte en acier, froide et impersonnelle, qui s’ouvrit dans un grincement électrique et révéla une petite pièce de trois mètres sur cinq. La gardienne libéra ses chevilles de leurs chaînes et déclara d’une voix monotone :

— Bienvenue dans ton nouveau chez-toi.

Kate se retourna face à la porte fermée et passa ses mains à travers un interstice pour qu’on lui retire ses menottes. Derrière elle, une autre femme était présente. Son regard dur comme l’acier, ses traits mesquins et sa posture dégageaient une nonchalance calculée. Elle mâchait son chewing-gum avec une désinvolture délibérée, évaluant la nouvelle arrivante.

Kate détourna les yeux, mal à l’aise, perdue et dévastée. Elle savait qu’elle n’avait pas sa place ici, mais elle devrait s’adapter. Elle se dirigea vers le lit inoccupé et s’y assit. Sa compagne de cellule ne la quittait pas des yeux, la détaillant de la tête aux pieds avec une arrogance palpable. Une jeune blonde comme Kate détonnait dans cet environnement. Elle ne devait pas avoir plus de vingt-cinq ans…

— J’savais pas que les poupées comme toi étaient invitées dans ce trou à rats, lança-t-elle.

Kate répondit simplement :

— Moi non plus.

Sa voix rauque et basse, trahissait une fragilité touchante, une douceur presque naïve. C’était comme un écho lointain, un murmure à peine audible qui révélait une vulnérabilité que sa compagne de cellule ne manqua pas de remarquer.

Il était de notoriété que les prédateurs avaient un sixième sens pour détecter les proies. La femme, corpulente, avec des cheveux longs et gras attachés en une queue de cheval négligée, était nichée sur le lit superposé, son regard fixé sur l’écran de télévision au coin de la pièce. Dans un mouvement agile, elle se redressa, sauta de son perchoir et se retrouva face à Kate.

— Tout ce qui est ici m’appartient… Si tu touches à quelque chose, je t’envoie direct à l’infirmerie. C’est compris ?

Kate acquiesça d’un signe de tête. Quelle autre option avait-elle ? Sa gorge était nouée, sa confusion palpable. À peine son procès avait-il pris fin qu’elle avait été conduite dans ce pénitencier et placée dans une cellule le temps des examens de routine. Et maintenant, elle était là, dans sa nouvelle demeure.

« Nous jugeons l’accusée... coupable », avait déclaré le porte-parole du jury. En ces lieux, elle perdait tous ses repères et ne pourrait désormais compter que sur elle-même.

Dans un mouvement prudent, elle recula et s’appuya contre le mur. Ses yeux d’un bleu acier, sidérés, restaient baissés sous le regard insistant de cette femme. Kate était épuisée. Après des mois de procédure, d’espoir, tout était terminé et elle se retrouvait ici…

— Toi, tu ne survivras pas longtemps, lança la codétenue d’un rire ironique.

Kate devinait qu’aucune réponse ne pourrait contrer cette remarque. Elle venait de franchir les portes d’une prison de haute sécurité et elle savait qu’elle n’en sortirait jamais. Une petite voix en elle murmurait qu’elle était déjà morte, que ces murs froids et austères seraient son dernier refuge, voire son cercueil. Le temps, jadis si précieux, perdait ici tout son sens, toute sa valeur. Il s’écoulerait inexorablement, la confronterait à de nouvelles épreuves. L’idée de sortir de sa cellule, de faire face aux autres prisonnières lui nouait l’estomac.

Une sonnerie grave, presque funèbre, retentit dans le bâtiment. Sa codétenue se posta devant la porte qui s’ouvrit lentement, révélant le couloir austère.

Kate hésita. Pouvait-elle seulement envisager de rester ici, en sécurité ? Elle n’avait pas le choix. Les surveillantes avaient pris le temps de lui expliquer les procédures, les règles qu’elle devrait respecter.

Fébrile, elle se leva et se plaça derrière sa codétenue. Celle-ci sortit la première, passant devant une gardienne qui les scrutait avec une attention froide.

— Allez-y ! ordonna la gardienne, sa voix résonnant dans le couloir.

Kate avança en file indienne sur la passerelle. De l’autre côté de la bâtisse, elle pouvait voir un balcon identique et des femmes qui marchaient vers la porte de sortie. Il y avait trois étages au-dessus du sien, les cellules alignées semblables à des stalles pour chevaux. Toutes les détenues progressaient en même temps, suivant la même direction, comme un troupeau guidé vers l’abattoir.

Kate avançait, les yeux fixés droit devant elle. Elle tentait d’ignorer les regards pesants qui la détaillaient. Elle descendit quelques marches, faisant abstraction des rires moqueurs qui ricochaient sur les cloisons, et déboucha dans une vaste cour. Celle-ci était encerclée de hauts murs de béton, surmontés de fils barbelés menaçants.

À chaque coin, des miradors se dressaient, où des gardes, hommes ou femmes, surveillaient les détenues avec une vigilance implacable.

Kate jeta un coup d’œil rapide autour d’elle : des groupes se formaient sur un terrain de basket, d’autres se rassemblaient à des tables ou dans les zones réservées aux exercices physiques. Mais elle, où devait-elle se diriger ?

Soudain, une femme la bouscula.

Kate se tourna pour faire face et vit le visage de la silhouette afficher un rictus narquois :

« Alors Barbie... Tu t’es perdue ? Tu sais que Ken n’est pas ici ? »

La détenue la contourna, sa raillerie moqueuse résonnant dans les oreilles de Kate. Une autre lança, d’un sourire en coin :

« On dirait que le petit agneau s’est égaré. »

Des rires fusèrent, amplifiés par l’écho de la cour.

Kate les examina sans répondre, notant leurs tatouages variés, leur tenue personnalisée : certaines avaient retroussé leurs pantalons sous les genoux, d’autres avaient remonté leurs manches jusqu’aux épaules, marquant ainsi leur individualité ou, au contraire, leur appartenance à un groupe.

Kate observait, réalisant que chaque communauté se formait selon une origine, une idéologie ou une nationalité distincte. Afro-Américaines, Asiatiques, Eurasiennes, Hispaniques, Caucasiennes... Le concept du « vivre ensemble » si précieux au monde extérieur paraissait étranger à cet endroit. Les différences entre chaque clan étaient frappantes, presque criantes, pour quiconque prenait le temps de relever les yeux.

Et elle, où devait-elle se placer dans ce puzzle complexe ? Les bandes gardaient leurs distances, comme des îles séparées par un océan invisible. Devait-elle se diriger vers ces jeunes femmes à l’allure plus féminine ? Ou vers celles plus âgées, qui semblaient préférer la discrétion ? Elle était perdue, déconcertée par cette simple question.

Finalement, elle chercha un coin un peu isolé, espérant se fondre dans l’ombre et éviter les conflits. Elle était la nouvelle, et elle sentait les regards curieux et scrutateurs se poser sur elle.

Non loin des barres de traction, sur des gradins de béton brut, deux jeunes femmes aux cheveux bruns savouraient leurs cigarettes.

— Tu as remarqué la nouvelle ? dit l’une.

— Qui pourrait la manquer ? lança l’autre.

— On dit qu’elle partage la cellule de Snoopie.

— Je ne l’envie pas...

À proximité, une détenue terminait sa série d'exercices. Elle lâcha la barre d’un geste vif et essuya ses paumes.

Jusqu’à présent, elle était restée silencieuse, observant attentivement la nouvelle venue : Kate Parker.

Quant à elle, on la surnommait « Di’ », mais son véritable prénom était Diana, Diana Price. Ses cheveux d’un brun presque noir, longs, tombaient librement sur ses épaules. Elle était svelte, musclée, la peau hâlée par le soleil. Elle croisa le regard de Kate un très court instant, et capta même son sourire timide et sincère. Un sourire, dans un lieu comme celui-ci était d'une rareté précieuse.

Elle s’empara de la cigarette tendue par l’une des détenues et aspira une bouffée.

— C’est intéressant, soupirera-t-elle, la fumée s’échappant de ses lèvres, j’avais justement un différend à régler avec Snoopie.

Ses complices saisirent immédiatement le message sous-jacent. Avec une discrétion calculée, Diana glissa une lame artisanale dans la poche de l’une d’entre elles, une dénommée Krista, et murmura d’une voix à peine audible :

— Tu te charges de Gina et Elie. Moi, je prends le reste du groupe.

— Tu es sérieuse ? s’exclama Krista, les yeux écarquillés. Tu veux vraiment faire ça aujourd’hui ?

— J’ai envie de changer d’air, et la nouvelle a un certain charme, alors oui, on passe à l’action aujourd’hui.

Kate gardait ses yeux rivés sur les alentours, en alerte. La plupart de ces femmes semblaient se connaître, discutaient, échangeaient, et elle savait qu’elle finirait par en rencontrer une ou deux.

Soudain, des cris retentirent dans un coin de la cour, et plusieurs conflits éclatèrent simultanément. C’était comme si la moindre occasion avait été attendue pour permettre aux prisonnières de régler leurs comptes. Des fumigènes tombèrent des miradors, et des gardiens se déployèrent rapidement parmi les groupes qui s’affrontaient.

Kate pouvait voir les pensionnaires se frapper à l’aide de barres métalliques ou d’autres objets contondants. Elle voulut reculer, mais sentit une force la heurter puis une main l’agripper. C’était sa compagne de cellule. Elle n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait. Celle-ci lui asséna un violent coup de poing en plein visage, et la seconde suivante, son agresseuse fut repoussée, puis contrôlée par deux condamnées.

Une première femme, musclée et tatouée aux bras, s’acharna sur celle qui avait assailli Kate, pendant que l’autre la tenait fermement. Les attaques fusèrent jusqu’à ce que trois surveillantes et un homme en uniforme se ruent sur l’une des détenues pour la maîtriser. Kate se redressa et tenta d’attirer l’attention des gardiens :

— Arrêtez... Elle m’a aidée.

Aucune réponse ne lui parvint et Kate reconnut la jeune femme à qui elle avait adressé un sourire timide quelques minutes plus tôt. Cette dernière était maintenant menottée, escortée hors de la cour. Kate détourna son regard vers son agresseuse. Elle gisait au sol, immobile et inconsciente. Deux surveillantes s’approchaient pour lui porter secours.

Une gardienne se tourna vers elle, les traits durs et inexpressifs :

— Toi aussi, tu viens. Direction l’infirmerie.

Kate ne prononça pas un mot, elle goûtait à l’amertume métallique du sang. Sa lèvre inférieure saignait abondamment. Elle suivit les deux femmes en silence, consciente qu’elle venait de surmonter sa première épreuve dans cet enfer.

À la tombée de la nuit, lorsqu’elle fut reconduite à sa geôle, Kate remarqua immédiatement l’absence de sa compagne de cellule. Elle se tourna vers la gardienne, une interrogation silencieuse dans le regard :

— Où est l’autre détenue ?

— Morte, répondit la gardienne, sa voix dénuée de toute émotion.

La porte se referma dans grincement métallique et la surveillante s’éloigna dans le couloir sombre.

Kate ne savait pas si elle devait se sentir soulagée ou attristée. Elle s’assit sur son lit, la réalité de la situation pesant lourdement sur ses épaules. Elle se disait que la nuit serait longue, tout comme les jours à venir, les mois, les années. Jusqu’à la prochaine bagarre, la prochaine agression…

Une semaine plus tard

Une semaine s’était écoulée depuis son arrivée à la prison de Fairview. Kate avait trouvé un rythme dans ce nouvel environnement. Le réveil à six heures, le petit-déjeuner à sept heures, la sortie dans la cour de huit heures à neuf heures, le travail jusqu’à midi, le déjeuner à une heure, l’après-midi dans la cour jusqu’à cinq heures, et une douche quotidienne de dix minutes.

Elle avait pris l’initiative de personnaliser sa cellule, enlevant des murs les photos d’hommes en tenues légères et jetant ce qui ne lui serait d’aucune utilité. Elle avait choisi de se faire discrète, aussi petite que possible. Elle restait silencieuse, croisant constamment des regards qui lui rappelaient qu’elle était en sursis.

En prison, le principal défi pour les détenues était de gérer leur temps. Une fois les tâches quotidiennes accomplies, chacune cherchait à s’évader à sa manière, espérant briser la monotonie de la vie carcérale.

Pour Kate, la lecture était devenue son seul refuge. Elle lisait dans sa cellule ou pendant les sorties dans la cour. Les journées ensoleillées lui donnaient parfois l’illusion de ne plus être enfermée dans cette immense cage peuplée de prédateurs en attente.

La fin de l’après-midi approchait, le ciel se couvrant malgré la chaleur de la saison. Kate remarqua un groupe d’une dizaine de femmes qui venaient vers elle. La plupart avaient une allure hispanique et elle espérait ne pas avoir offensé l’une d’entre elles d’une manière ou d’une autre. Assise contre le mur du bâtiment, les jambes croisées, elle garda le visage baissé, les yeux fixés sur les pages de son roman. Un regard mal placé pouvait enflammer les tensions si une des détenues le percevait comme une provocation. Le détourner, c’était refuser l’affrontement et se soumettre aux règles non dites de la prison.

Les filles se positionnèrent autour d’elle, formant un cercle qui lui bloquait toute échappatoire. Kate se redressa, le dos contre le mur, incertaine et anxieuse. Une des jeunes femmes prit la parole, son accent latino teintant ses mots.

— Tu vas devoir choisir ton camp, chica, parce que pour l’instant, tout le monde veut ta peau.

Une autre ajouta :

— C’est les règles ici. C’est mal vu de faire cavalier seul.

Kate s’efforçait de garder son calme, mais son regard trahissait son inquiétude. Elle demanda :

— Qu’est-ce que vous voulez ?

Une des filles se démarqua du groupe, non pas par son âge ou son allure, mais par un charisme indéniable et un regard franc. Grande, les cheveux bruns, élancée, elle n’avait rien dit jusqu’à présent, observant Kate avec attention. Elle s’avança et lui tendit la main :

— Moi, c’est Krista. On nous a demandé de te garder en un seul morceau. Diana sortira du trou dans quelques jours, alors tu as deux options : tu restes avec nous et tu pourras relever les yeux au ciel, ou tu restes prostrée ici et tôt ou tard tu te prendras un sale coup.

Kate n’était pas certaine d’avoir bien saisi. Diana ? Était-ce le nom de la fille qui l’avait aidée ? Et pourquoi ces étrangères veilleraient-elles sur elle ? Qu’avaient-elles à y gagner ? Kate n’avait pas d’argent, ne recevrait aucune visite dans les semaines à venir et ne pourrait rien offrir en retour. Elle l’avait bien compris : ici, tout se marchandait : services, cigarettes, savons, tampons, barquettes de chocolat, magazines... Elle demanda :

— Et pourquoi vous me protégeriez ?

— Pourquoi tu refuserais ?

La simple idée d’avoir une telle conversation dépassait Kate. Krista s’écarta légèrement, révélant d’autres groupes de détenues qui les observaient :

— T’as pas vraiment le choix en réalité. Tu nous parles, t’es de notre côté, c’est comme ça que ça fonctionne.

Des animaux, pensa Kate. La plupart de ces femmes se pliaient à cette loi étrange de survie, formant des meutes pour s’affirmer, se protéger ou s’octroyer une parcelle de territoire au milieu de cette jungle carcérale. Krista reprit :

— C’est simple, tu fais ce qu’on te dit, tu restes avec nous jusqu’au retour de Diana.

Kate glissa une mèche rebelle derrière son oreille, ses yeux balayant chaque visage qui l’entourait. Tous les regards étaient rivés sur elle, suspendus à sa réaction, à un mot qui pourrait, peut-être, tout faire basculer. Kate n’était pas naïve, elle savait qu’elle était en infériorité numérique et qu’elle ne ferait pas le poids face à cette fille. Elle acquiesça d’un mouvement de tête presque imperceptible.

— D’accord.

— Dis-toi que tu seras tranquille pour un temps.

Kate ne saisit pas entièrement cette nouvelle information et préféra ne pas demander d’éclaircissements. Le mieux était de rester silencieuse, d’attendre, d’observer et de réagir au moment opportun, comme elle l’avait fait depuis le début. Krista lui fit un signe de tête :

— Viens, c’est par là que ça se passe.

Kate suivit, son livre toujours en main, et se laissa guider jusqu’à une estrade près des barres de traction. Ce territoire était le leur, parfaitement délimité jusqu’au terrain de basket ou jusqu’aux tables de la pelouse.

Quelques filles s’assirent, reprenant leurs discussions tout en échangeant cigarettes ou barres de céréales. Kate resta debout, malgré tout à l’écart et mal à l’aise. Elle préférait ne pas parler, ne rien laisser transparaître. Elle ne savait dire si cette situation devait l’inquiéter ou la rassurer. Les autres détenues des clans voisins la regardaient. Elle était désormais associée à ces filles et se disait qu’elle devrait bien finir quelque part. Avec elles ou d’autres, cela importait peu.

Kate se sentait telle une proie, et ces femmes étaient les prédateurs qui ne manquaient pas de le lui rappeler. La plupart arboraient des tatouages, comme des marques de guerre, et certaines affichaient un look soigné : des queues de cheval bien tirées, du maquillage, une peau épilée. Krista semblait être la meneuse, ou peut-être était-ce cette Diana qui l’avait aidée ? Pour l’instant, Kate ne connaissait même pas cette dernière. Peut-être était-elle en isolement... Peut-être avait-elle été transférée dans un autre bloc ou, pire encore, blessée pendant la bagarre ? Kate s’accouda sur ses genoux, fixant le sol, toujours silencieuse. Elle attendit que la sonnerie retentisse dans la cour, puis se leva pour suivre le groupe jusqu’à l’entrée du bâtiment.

C’était l’heure des douches.

Quelques femmes étaient déjà là, nues, se frottant sous les jets d’eau avec le même savon fourni par l’administration pénitentiaire, sous le regard vigilant d’une gardienne. Kate se déshabilla. Ici, la perte de liberté signifiait aussi la perte de la pudeur.

Elle se dirigea vers un jet d’eau et l’activa, mais quelqu’un arriva brusquement derrière elle, la tourna et lui asséna un coup de poing violent dans le ventre. Une deuxième femme lui saisit les cheveux et cracha :

« Espèce de pute. Tu veux vendre ton cul aux Latinas ? On va te montrer ce qu’on fait aux traîtres… »

Kate n’eut pas le temps de réagir qu’elle reçut un autre assaut en pleine mâchoire et un second dans les côtes. Les détenues regardèrent la scène sans bouger, certaines choquées, d’autres peu étonnées. Et l’unique gardienne, où était-elle ? Kate constata qu’elle avait disparu. Et ce furent quatre des femmes qu’elle avait rencontrées dans l’après-midi qui se ruèrent sur ses attaquantes pour les plaquer contre le carrelage et...

« HEY ! »

Six matonnes déboulèrent à l’entrée des douches et toutes les prisonnières se tournèrent vers leurs jets faisant mine d’ignorer cette scène somme toute banale. Kate était à genoux, pliée en deux. Son sang s’écoulait de sa bouche et elle tentait de reprendre un peu de souffle.

Une des gardiennes enveloppa Kate dans une serviette et l’aida à se redresser. Les trois autres restèrent sur place, dévisageant chaque détenue présente.

— Qui t’a fait ça ? demanda l’une d’elles.

Kate la fixa. Pourquoi répondre alors que cette femme avait volontairement quitté les douches avant l’assaut ? Quelle mascarade, pensait-elle. De plus, elle songeait que parler ne ferait qu’aggraver la situation.

Une autre gardienne prit la parole :

— Si tu ne nous aides pas, on ne peut pas t’aider, tu comprends ?

— Je vais bien... Merci, assura Kate.

La matonne balaya du regard les femmes présentes, une par une.

— Qui l’a agressée ?

Personne ne répliqua. Kate se demanda si cette seconde gardienne ignorait réellement que sa collègue était complice de certaines détenues, ou si elle jouait elle aussi la comédie ? La loi du silence était parfois préférable à la délation pour se faire respecter.

— Personne ? Évidemment...

Regardant les supposées assaillantes, elle ajouta :

— Je vous ai à l’œil, vous.

Puis s’adressant à Kate :

— Allez, retourne à l’infirmerie.

Une fois que les gardiennes disparurent derrière le mur les deux latinas s’approchèrent des agresseuses :

— On vous conseille de vous cacher. Price sera bientôt là et je peux vous garantir qu’elle vous fera votre fête !

Deux semaines plus tard, deux gardes la ramenèrent à sa cellule. Sa joue avait cicatrisé, mais son visage portait encore les stigmates de l’agression. Elle retournait dans cet enfer, dans l’attente de la prochaine attaque. Si elle ne faisait rien pour se défendre, elle finirait par y laisser sa peau. Son unique réconfort était l’absence de co-détenue dans son cachot. Personne à craindre, du moins pour l’instant. C’était sans doute son seul répit. Kate réalisait pourtant qu’elle était déjà là depuis trois semaines. Combien de temps resterait-elle en vie ? Ou combien de temps, pourrait-elle encore survivre ? Pendant son court séjour à l’infirmerie, elle avait réfléchi à ce que ces femmes hispaniques lui avaient dit. Et Krista avait eu raison : personne ne la protégerait. Elle s’assit et s’allongea difficilement sur le dos. Elle fixa le métal du lit au-dessus d’elle, des larmes amères roulant sur ses joues jusqu’à ses cheveux blonds. Kate avait déjà tout perdu dehors et elle se perdrait ici aussi.

La semaine qui suivit, Kate fut escortée sous une surveillance stricte pour rejoindre le gang des latinas. Deux gardiennes restaient à proximité, leurs yeux perçants veillant à ce qu’aucun autre clan ne vienne perturber leur tranquillité.

Assise à une table près des barres de traction, Kate écoutait les conversations animées autour d’elle. Les mots s’envolaient dans un mélange d’espagnol et de portugais, leurs significations échappant à sa compréhension. Mais une chose était claire : toutes attendaient avec impatience le retour de leur cheffe qui sortirait de l’isolement aujourd’hui.

Et ce fut avec un sourire radieux qu’elles l’observèrent émerger du bâtiment et marcher dans leur direction.

— Hé ! Contente de te revoir, ma belle, lança Krista, ses yeux pétillants de joie.

Diana les salua et s’approcha de Kate.

Sans demander la permission, elle glissa sa main sous son menton, le releva et examina la marque violacée sur sa gorge.

— Elles t’ont bien amochée, quand même, constata-t-elle d’un regard plus dur.

— Mais elle est vivante, rappela Krista, un sourire en coin.

Kate n’avait pas quitté Diana des yeux. C’était à cette femme qu’elle avait souri, c’était grâce à elle qu’elle avait échappé à sa codétenue maintenant décédée.

— Merci pour l’autre jour, dit-elle simplement, sa voix à peine audible.

Diana s’installa sur la table, les pieds sur le banc.

— Viens t’asseoir, invita-t-elle.

Kate s’approcha et se plaça à côté d’elle. Si aucune des filles de ce clan n’était venue lui parler, elle devinait que c’était à la cheffe de faire son introduction.

— Alors ? demanda Diana, mes amies ont été cool avec toi ?

— Elles m’ont aidée, oui. Dans les douches.

Diana se tendit et s'adressa à Krista :

— Qui c’était dans les douches ?

— Rasta et Kim. Elles sont déjà à l’infirmerie. On les a chopées au réfectoire.

Diana se calma, satisfaite de cette information.

— OK, super.

Puis elle regarda Kate.

— Elles t’ont expliqué comment ça se passe ici ?

— Non.

— Tu dois avoir un contrat sur ta tête, et pas qu’un seul.

Kate fronça les sourcils. Comment se pouvait-il que des gens veulent déjà la tuer alors qu’elle venait d’arriver ?

— Comment tu le sais ? renvoya-t-elle.

— Tout se sait et Snoopie a été payée par quelqu’un dehors pour te faire la peau.

Kate se tendit :

— Je ne comprends pas... Je n’ai personne dehors, et si j’avais quelqu’un, je ne serais pas ici.

— Tu dois être mal renseignée, dit Diana. Parce que les nouvelles comme toi, en général, on les laisse dans leur coin et on s’en sert éventuellement pour quelques avantages en nature. Mais là, Snoopie voulait ta peau et Snoopie avait pris perpète. Ce qui signifie que quelqu’un l’a forcément sollicitée pour te tuer.

Kate en était muette.

— J’ai un arrangement à te proposer, réagit Diana. Disons qu’en fait, tu n’auras pas vraiment le choix.

— Quel genre d’arrangement ?

— Tu feras quelques deals pour moi, et je me débrouillerai pour que personne d’autre te cherche des poux, tu me suis ?

— Quels deals ?

— Tu le sauras en temps voulu.

Kate resta silencieuse, absorbant les implications de ce qu’elle venait d’entendre. Les choses ici semblaient fonctionner simplement : d’un côté, un ou deux groupes de prisonnières imposaient leur loi, de l’autre, les sous-groupes obéissaient. Et visiblement, elle serait encadrée par les codétenues en haut de l’échelle sociale du pénitencier, du moins, à condition qu’elle fasse sa part.

La sonnerie stridente annonçant le retour en cellule déchira le silence. Comme un seul homme, toutes les détenues se levèrent et se dirigèrent vers les grandes portes. Elles pénétrèrent dans l’édifice imposant, déambulant le long du couloir en une file indienne disciplinée.

Kate entra dans sa geôle, mais vit Diana la suivre.

— Surprise... lança cette dernière…

L’angoisse de Kate grimpa d’un cran en réalisant que Diana serait sa nouvelle colocataire. Elle préférait maintenir le silence, ignorer comment cela s’était produit. Elle s’installa sur son lit et s’adossa au mur froid et nu.

Une surveillante apparut avant que la porte ne se referme et une gardienne tendit une boîte à Diana :

— Merci, Kim.

— De rien. À plus tard.

Le verrou de la porte résonna et Diana déposa son colis sur la table.

— Je vais rester ici pour un moment, autant te le dire, prévint la concernée.

Kate l’observait discrètement. Cette femme, sans doute dans la trentaine, n’était pas particulièrement grande, mais sa musculature impressionnante ne laissait aucun doute sur sa force. Il était évident qu’elle savait se battre et imposer le respect.

— Si tu préfères mon lit, je peux prendre l’autre, proposa Kate.

Diana sortit une trousse de son carton.

— Non, merci. J’aime être en hauteur.

Elle extirpa plusieurs pièces métalliques de la trousse qu’elle vissa ensemble pour former une barre, avant d’ajouter :

— Et j’ai mes propres draps.

Elle tendit ensuite la barre entre les deux murs avec une certaine délicatesse.

— C’est pour marquer mon territoire, tu vois ? Comme les animaux, parce qu’après tout, c’est ce que nous sommes ici. Des animaux.

Kate observa la barre, un peu en retrait, avant de comprendre que Diana l’avait installée pour faire des tractions. Cette barre aurait pu servir d’arme, et pourtant, la gardienne la lui avait remise avec une certaine bienveillance.

— La première chose que tu dois capter ici, c’est que si tu ne te défends pas, les autres te marcheront dessus, Barbie.

Cette fois, Kate esquissa un sourire face au surnom que Diana venait de lui attribuer, mais elle précisa :

— Je ne sais pas me battre. Mais je suis prête à apprendre.

Diana afficha un sourire en coin et la détailla un instant. Puis, elle tira une chaise et la plaça devant sa colocataire pour s’y asseoir, le dossier tourné vers elle. Elle y croisa les bras et reprit :

— D’accord. Tu vas d’abord commencer par me donner ton CV.

Kate resta immobile, perplexe.

— Eh bien... J’ai terminé le lycée. Et...

Diana éclata de rire, visiblement amusée :

— Wow... Stop. Pas ce CV-là. Ici, je me fiche de ce que tu as fait à l’école, à l’université ou du nombre de mecs que tu as fréquentés. Ce que je veux savoir, c’est pourquoi tu es ici, pourquoi tu te retrouves dans ce trou à rats ?

Kate hésita. Était-ce judicieux de réagir à cette question ? De toute façon, la vérité finirait par éclater tôt ou tard.

— J’ai tué mon mari. Je ne supportais plus qu’il me batte et qu’il maltraite notre fils de quatre ans.

Cette fois, Diana se raidit. Elle ne s’attendait pas à une telle réponse. Cette femme ne semblait pas être le genre à commettre un crime de sang-froid. Elle dégageait plutôt l’image d’une victime d’une erreur judiciaire. Néanmoins, elle répliqua :

— C’est bien... Si tu as été capable de tuer ton mari, tu sauras te défendre.

Mais Kate réfuta :

— J’avais un pistolet.

— Il va donc falloir que je t’apprenne tout, alors.

Kate hésita. Une question lui brûlait les lèvres après ses propres aveux, et elle interrogea :

— Et toi ? Qu’as-tu fait ?

— Ce genre de choses ne se demande pas !

— Mais tu m’as demandé à moi ! rétorqua Kate, ne comprenant pas le « deux poids, deux mesures ».

— C’est parce que tu es une poupée, Barbie ! Avec toute ton innocence et ta naïveté. Alors j’en profite. Dans cette cellule, je suis la plus ancienne. C’est comme ça que ça fonctionne, c’est moi qui commande !

Kate n’apprécia pas cette remarque, mais elle préférait encore partager sa geôle avec la cheffe des latinas plutôt qu’avec la brute qui gisait maintenant six pieds sous terre.

— J’ai été condamnée à perpétuité, annonça Kate. Je n’avais pas un bon avocat et la famille de mon ex-mari avait de l’argent. Ils ont tous témoigné contre moi. Ils ont réussi à récupérer Jake.

— À perpétuité... répéta Diana songeuse.

Elle se leva, replaça la chaise contre le mur et fit quelques pas dans la cellule pour se dégourdir les jambes. Et ton nom, c’est quoi ?

— Parker.

— Et tu sais comment je m’appelle ?

— Les autres t’appellent Di’ ou Diana.

— Pour toi, ce sera Diana... OK ?

— OK.

Diana lui sourit et Kate se sentit plus sereine. Elle commençait à comprendre que cette femme était sincèrement gentille avec elle, même si elle devait lui rendre des « services ».

Diana jeta un coup d’œil à sa montre :

— On part pour le réfectoire dans dix minutes.

Elle sortit une cigarette et l’alluma :

— Tu restes derrière moi, tu suis les autres et tu ne dévisages pas les détenues.

— Je ne dévisage jamais personne.

Diana observa Kate. Cette fille avait des traits d’ange, de grands yeux bleus capables de faire chavirer n’importe qui. Elle dégageait une innocence et une naïveté palpables. Elle tendit sa cigarette à Kate :

— Tu fumes ?

— Non, mais...

Elle se leva pour prendre la cigarette.

— Ce n’est pas grave... Ce n’est pas comme si on avait autre chose à faire ici.

Kate aspira une bouffée de nicotine, mais se mit à tousser violemment. Elle grimaça et rendit la cigarette à Diana :

— Non. Ce n’était pas une bonne idée.

Diana rit légèrement en récupérant sa cigarette :

— Tu t’y feras. Fumer, c’est une des choses qui aide à passer le temps ici.

Mais plus elles discutaient, plus Kate était intriguée.

— Comment tu as fait pour arriver ici ?

— Ça, ça fait partie des questions à ne pas me poser.

Kate paraissait déçue et Diana enchaîna :

— Il va falloir que tu apprennes à te faire respecter. Si tu restes comme ça... toute mignonne, toute gentille... Tu te feras écraser. Jusqu’à ce qu’une autre émeute éclate et que tu te prennes un coup de couteau mal placé.

Kate était perdue. Assise contre le mur, elle replia ses jambes qu’elle enroula de ses bras :

— Comment se fait-il que des armes circulent ici ?

Diana la rejoignit sur le lit et s’assit à côté d’elle, appuyant sa tête contre le mur tout en fumant tranquillement sa cigarette.

— Tout est fait maison, tout s’échange et se fabrique. Nous faisons preuve d’imagination pour survivre. Nous réinventons ce qui a déjà été fait. Pour se défendre, il faut savoir attaquer, et nous devons donc faire preuve de créativité, que ce soit dans nos outils ou dans les cachettes que les gardiens cherchent à débusquer.

Kate l’observait avec fascination, scrutant les traits de son visage, son nez droit, sa mâchoire délicate, ses yeux en forme d’amande, ses lèvres pulpeuses. Diana était une belle femme et sans aucun doute, Kate avait tiré le bon numéro.

— Ici, il y a toutes sortes de choses qui circulent, poursuivit Diana. Oublie tout ce que tu crois savoir, toutes les règles que tu as apportées de l’extérieur n’ont pas leur place ici. C’est une jungle où les lois sont pourtant simples : tu ne cherches pas les ennuis, tu te trouves un groupe pour avoir plus de force, tu observes et tu apprends à faire ton trou. La moindre chose, que ce soit un regard, un geste déplacé, un territoire empiété, un pas dans la zone d’une autre et ça explose. Tu restes dans ton coin et tout va bien. Si tu n’as pas d’armes, tu n’as que tes poings et tu vas devoir apprendre à t’en servir.

Diana expira la fumée de sa cigarette et tourna son visage vers le sien. Ses grands yeux noisette prenaient le temps d’apprécier les traits de sa nouvelle colocataire...

— Et puisque nous allons passer du temps ensemble, je vais t’apprendre.

Kate nota un changement dans le ton de Diana, sa voix était devenue plus douce, presque caressante.

— Pourquoi ferais-tu ça ? Tu ne me connais même pas, rappela-t-elle.

— C’est vrai, mais tu me plais, et j’en ai envie...

Kate leva les sourcils, surprise, et ses joues prirent une teinte rosée. Avait-elle bien compris ce qu’elle venait d’entendre ? Elle n’eut pas le temps de réagir que Diana quittait déjà le lit comme si de rien n’était et lui montrait la barre en métal :

— Regarde... Grâce à ça, tu te muscleras, parce que la technique sans la force, ça ne sert à rien.

Kate se leva pour s’approcher de la barre. Elle s’y agrippa, tenta de se hisser, grimaça et se laissa retomber, dépitée.

Diana ricana, moqueuse :

— D’accord, j’avoue que ce n’est pas gagné !

La sonnerie du bâtiment retentit, annonçant l’heure du repas.

— En route, on va manger. Et un conseil : prends le plus de choses que tu peux mettre dans tes poches pour plus tard.

Kate acquiesça d’un signe de tête et se positionna devant la porte, attendant qu’elle s’ouvre. Elle sortit et resta derrière Diana, comme demandé, pour marcher dans la file en direction du réfectoire.

Quelques minutes plus tard, elles pénétrèrent dans la grande salle tonitruante où résonnaient les bruits de vaisselles, de verres, de couverts, et où se mêlaient les odeurs de viandes cuites et de fritures.

Elles prirent un plateau et suivirent le présentoir métallique des plats. Au menu : salade, purée de pommes de terre, cuisses de poulet, brocolis. Une fois arrivée aux desserts, Diana attrapa trois biscuits et les glissa discrètement dans sa poche avant de rejoindre une table indiquée par Krista.

Kate se retrouva assise entre Diana et Krista. Les autres sourirent en toisant le contenu de l’assiette de la nouvelle venue.

« Hé, Barbie. Tu te prends pour une tortue avec ta salade ? »

Leurs amis éclatèrent de rire, moqueuses, et Diana expliqua :

— Avec ça, tu ne vas pas tarder à avoir faim.

Kate les regarda tour à tour :

— Mais je n’ai pas faim... et désolée, mais je mange ce que je veux !

D’autres ricanements fusèrent.

— Ouhhh... Ça y est ! La Barbie se rebelle. Grrr. Attention, lança Krista.

Diana préféra ignorer ces remarques et commença à déjeuner.

Diana était tout autant amusée et après un bref coup d’œil vers les gardiennes, elle glissa furtivement une petite cuillère sous sa manche tout en continuant à manger de l’autre main.

Kate termina son repas et attendit, observant discrètement tout ce qui se passait autour d’elles. Il y avait toujours ces œillades suspectes, menaçantes ou interrogatrices des autres femmes, ces mêmes paroles échangées. Mais au moins, pour le moment, Kate se rassurait d’être bien entourée.

— Faut que je chope Kim sous les douches demain, annonça Diana.

Les autres la regardèrent et Krista lança :

— Une petite envie de règlement de compte ?

— Ça se pourrait.

— Si les matonnes t’attrapent, tu vas encore finir au trou, rappela Lindsey.

— Ça m’étonnerait, dit Diana.

Krista réalisa alors que Diana avait un plan, sûrement un arrangement avec l’une des gardiennes. Dans cet endroit, tout se négociait avec tout le monde, en particulier avec ces femmes mal rémunérées par l’administration pénitentiaire.

— OK. Tu vas pouvoir prendre tout ton temps si je comprends bien.

— Autant faire ça correctement, confirma Diana, histoire de rattraper mes deux dernières semaines d’absence.

Kate les avait regardées à tour de rôle, saisissant plus ou moins qu’il était encore question d’affrontement. Elle osa demander :

— C’est parce qu’elles m’ont fait du mal que tu veux t’en prendre à cette fille ?

Cette question suscita quelques rires.

— Barbie n’a pas compris comment ça marche ici, commenta Lindsey.

Puis s’adressant à elle :

— Tu sais que t’es toute mimi, toi ? Encore toute vierge.

Si Kate avait toléré que Diana la surnomme ainsi, ce diminutif venant d’autres de ses amies ne lui plaisait pas.

— Inutile d’exagérer, j’ai un fils de quatre ans !

— T’es vierge dans le monde carcéral, dit Krista. Ici, ce n’est pas dehors. Ici, toutes les lois sont différentes de ce que tu as pu connaître.

— Je sais... mais ce n’est pas une raison pour faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’ils nous fassent, précisa Kate.

Diana garda tout son sérieux et clarifia :

— Tu vas devoir apprendre à te faire respecter.

— Là n’est pas la question. Entre se défendre et provoquer ou se venger...

Elle réalisa à contrecoup sa propre remarque et eut une brève pensée pour son ex. mari. Puis elle termina :

— Ce que je veux dire, c’est que pour agir, il faut avoir d’excellentes raisons.

— Ici, t’es dans un clan, rappela Lindsey. Un gang. Une de nous se fait toucher, c’est tout le groupe qui se fait toucher. C’est comme ça ici, nous sommes une sororité, une famille !

— Si je ne fais rien, reprit Diana, elles recommenceront, encore et encore, et encore. Tu piges ?

L’air était chargé de tension, mêlée d’humour et de provocations. Kate, quant à elle, se sentait comme une étrangère dans ce monde, une intruse dans cette conversation. Elle se demandait comment elle allait s’adapter à cette nouvelle réalité, à ces codes si différents de ceux qu’elle connaissait.

Lindsey, avec ses cheveux noirs coupés courts et ses tatouages visibles, affichait un air de défi permanent. Elle semblait être le genre de femme qui n’avait peur de rien ni de personne. Krista, plus grande avec une chevelure flamboyante, avait un regard malicieux, toujours prête à lancer une pique ou une plaisanterie. Diana, elle, dégageait une assurance tranquille, une force silencieuse qui la rendait à la fois intimidante et rassurante.

— Devinez quoi, les filles ! lança Lindsey. Mi hombre vient me voir demain. Et j’aurai droit à la chambre nuptiale. Si vous entendez des bangs, ne vous demandez pas d’où ça vient.

Toutes rirent un peu et Krista continua de manger.

— Moi, ce que j’aimerais c’est de passer un moment avec la petite Danielle du gang des Bimbo. Mais je crois qu’elle se tire de ce trou à rats dans un an.

— Et alors ? renvoya Diana. Rien ne t’empêche de tenter ta chance.

— À voir, dit Krista, j’ai déjà demandé à la postière de lui filer une lettre.

— Et elle t’a répondu ? s'enquit Lindsey.

— Pas encore.

— Elle va t’envoyer ses seins en photos, pour tes nuits solitaires, taquina Lindsey. Et le lit va grincer au troisième !

Le groupe se mit à rire.

Kate les observait à tour de rôle. Elle discernait les hiérarchies tacites, les alliances et les rivalités. Les femmes qui dominaient avaient une aura, une présence qui les distinguait de toutes. Elles marchaient avec assurance, leurs voix résonnaient avec autorité. Les autres, moins imposantes, semblaient suivre, cherchant protection ou camaraderie.

Bad Girls

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