Chapitre 1 — PROLOGUE
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Cœurs de femmes – Parce que c'est elle · Megguy B , Bella Doré
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Denver - Colorado - 20 ans plus tôt,
Le cirque Fantasmagoria vient de terminer l’installation de son chapiteau. Le ciel, d’un bleu limpide, contraste avec les rayures rouges et or de la tente qui scintille sous le soleil couchant. L’air est empli d’une douce excitation, un mélange d’odeurs de sciure, de pop-corn et d’adrénaline. La troupe s’apprête à donner son premier spectacle à Denver.
— Nous allons enfin pouvoir nous poser un peu, s’exclame Angélina en s’étirant avec un sourire soulagé. Cela va faire du bien aux enfants de rester plus de quelques jours au même endroit.
— Un contrat d’un an dans la même ville, c’est inespéré, ma chérie, lui répond Howard en déposant un baiser sur sa tempe.
— Nous allons nous en mettre plein les poches, ajoute Gary en se frottant les mains.
Après plusieurs années sur les routes, le trio va enfin pouvoir souffler un peu. Gérer un cirque itinérant était leur rêve à tous les trois, un idéal de liberté et d’aventure. C’est un mode de vie génial quand on a vingt ans et pas d’enfant. Mais lorsque la trentaine pointe le bout de son nez et que l’on a des bambins dans les pattes, un peu de stabilité ne fait pas de mal. C’est ce qu’avait expliqué Angélina à Howard et Gary après que la ville de Denver leur a proposé un contrat à long terme.
— Installés dans ce coin de verdure à la périphérie de la ville, nous allons être bien, soupire la belle trapéziste.
— Maman, on peut aller jouer, s’il te plaît ?! la supplie Haley, sa fille, suivie par les fils de Gary, Andrew et Josh.
— Vas-y ma puce, mais ne vous éloignez pas trop, lui lance Howard, son père.
***
Denver - Colorado - 2 ans plus tard,
Après deux belles années passées à Denver, la nouvelle tombe comme un couperet : le contrat ne sera pas renouvelé. Devant le manque de moyens du cirque, et l’absence de nouveauté pour amuser les spectateurs, la ville a choisi d’offrir la place à un établissement plus jeune et plus moderne. La décision s’abat sur eux comme une tempête en plein désert et cela passe mal au sein de la direction. Dans la caravane exiguë qui leur sert de bureau, la tension est palpable.
— Gary, je t’avais dit que tu devais arrêter de miser sur des choses futiles comme les costumes et les effets spéciaux ! s’énerve Howard les poings crispés sur la table. À cause de ta mauvaise gestion, les comptes sont à sec !
— Oh la la ! Je t’arrête tout de suite, réplique Gary en levant les mains. Le problème ne vient pas que de moi. Vos numéros, à Angélina et toi, ne font plus frissonner personne. Les gens s’ennuient, je m’ennuie…
— La faute à qui ?! gronde Howard. Lorsque le filet a cédé, il y a six mois, qui a refusé d’en racheter un autre et préféré investir dans une sono dernier cri ?
— Cela fait si longtemps que vous volez ensemble, toi et ta femme, que vous pourriez effectuer un triple saut périlleux les yeux fermés ! Alors, excuse-moi, si j’ai préféré nous assurer un bon son pour les spectacles.
Exaspéré, Howard quitte la caravane de son ami en claquant la porte. En chemin, il tombe sur son épouse, inquiète.
— Ça va, mon cœur ? Tu me parais bien remonté.
— Non, c’est Gary, je n’en peux plus. Il dilapide l’argent de la troupe pour s’offrir luxe et confort et il ne reste plus rien. Je ne sais même pas si nous pourrons payer les artistes ce mois-ci.
— À ce point-là ?
— À moins d’un miracle, je crois que nous allons devoir mettre la clef sous la porte.
— Gary n’acceptera jamais, tu le sais bien.
— Il voudrait qu’on reprenne de la voltige plus vertigineuse, plus terrifiante pour les spectateurs, mais je ne le sens pas…
— Voyons, mon cœur, ensemble rien n’est impossible ! On peut tout entreprendre, c’est ce que tu m’as toujours répété…
***
Quelques jours plus tard,
— Maman, maman ! Je peux mettre un beau costume comme toi ? insiste Haley.
— Si tu veux, ma puce, sourit Angélina en caressant les cheveux de sa fille.
— Et ce soir, je pourrai participer au spectacle ?
— Oh ! Vous êtes encore un peu petite, jeune fille, lui répond sa mère en l’installant sur ses genoux.
— Mais je sais faire du trapèze, moi ! affirme-t-elle du haut de ses huit ans.
— Ah bon… Montre-moi !
D’un bond, Haley attrape le trapèze descendu à sa hauteur et commence à virevolter autour avant de revenir dans les bras de sa mère.
— C’était très beau, ma chérie. Et tu voudrais être trapéziste plus tard ?
— Non maman ! Je voudrais voler comme Nora, explique-t-elle en montrant du doigt une jeune femme qui évolue dans les airs, accrochée dans de longs tissus. Quand je serai grande, je serai voltigeuse !
— Je te souhaite de réaliser ton rêve, ma puce, je te le souhaite vraiment, termine-t-elle en embrassant sa fille.
— Chérie, tu es prête pour l’entraînement ? demande Howard qui vient d’arriver sur la piste.
— Plus que jamais, lui répond Angélina.
Les enfants et Carolina, la sœur de Gary, prennent place dans les gradins pour assister aux répétitions du spectacle. Lola, la fille de Carolina, se colle à Haley. Les deux amies se considèrent comme des sœurs. Alors qu’Howard et sa femme escaladent les échelles pour rejoindre leur trapèze, Gary vient s’asseoir près de nos spectateurs en herbe.
Le numéro débute. En parfaite harmonie, Angélina et Howard se balancent, échangent leurs trapèzes, virevoltent. Puis vient le clou du spectacle : le triple saut périlleux d’Angélina. Elle s’élance. Tourne une fois. Deux fois. Trois fois. Mais au moment où Howard tend les bras pour l’attraper, un grincement sinistre retentit. Une des attaches cède brutalement. Le cri d’Angélina déchire l’air. Elle chute. L’impact sur le sol est sec, irrévocable. Les enfants hurlent.
— Maman ! Papa ! s’époumone la petite Haley en se précipitant vers le centre de la piste.
Carolina l’attrape de justesse et la serre contre elle. Les larmes roulent sur ses joues alors qu’elle s’agenouille auprès d’Angélina. Aucune pulsation.
Au vu de sa position de mannequin désarticulé, la pauvre a eu la nuque brisée. Elle se précipite ensuite vers Howard, priant pour un miracle. Un souffle. Un signe.
— Il respire encore ! Vite, appelez les secours, hurle-t-elle.
— Je m’en occupe, crie Gary. Fais sortir les enfants.
Carolina obéit à son frère et quitte le chapiteau.
Quelques minutes plus tard, l’ambulance arrive. Quand le médecin sort et s’avance vers Carolina le visage grave, elle comprend.
— Nous n’avons rien pu faire, ils étaient morts tous les deux à notre arrivée, je suis désolé.
Un hurlement déchirant fend l’air.
— Noooon ! Papa… Maman…, hurle une petite voix avant de finir en sanglots.
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