Chapitre 1 — Chapitre 1
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D'amour et de désir · Laeti Tia
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Zoé avait quitté son mari, comme ça, le jour de ses trente ans. Pas vraiment sur un coup de tête. Mais elle en avait marre de galérer dans un bateau qui prenait l’eau et coulait inexorablement. Elle avait alors décidé de commencer à vivre pleinement.
Maintenant, elle cherchait un logement ; elle prendrait n’importe quoi tellement elle était pressée de partir. Elle avait rendez-vous pour visiter une maison dans un patelin minuscule, perdu en campagne, mais à un prix abordable. La fille de l’agence lui avait paru sympa au téléphone, plutôt franche et directe dans sa façon de parler, et cela lui avait plu. C’était le genre de personne avec qui elle aimait penser qu’elle s’entendait bien. Tant mieux ! Marre de ces agents immobiliers coincés : un peu d’honnêteté, ce n’était pas de refus.
Elles devaient se retrouver sur l’unique place du petit village. La femme de l’agence immobilière était déjà arrivée et Zoé était en retard, évidemment. Elle rangea sa voitue à côté de la petite citadine jaune au logo de l'enseigne.
— On y va à pied, c’est à cinquante mètres. Vous verrez c’est une chouette maison avec un grand jardin. Vous connaissez le coin ?
Elle n’arrêtait pas de parler, certainement une déformation professionnelle, et Zoé buvait ses paroles. Elle était en admiration devant cette femme, elle lui trouvait même un charme fou. Des femmes lui avaient déjà paru séduisantes auparavant, sexy, mais là c’était autre chose : elle la trouvait attirante, désirable, elle avait presque envie d’elle. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Qu’est-ce qui était en train de lui arriver ? Elle était peut-être en manque de sexe, mais quand même, son attirance pour cette femme l’interrogeait.
Mariée pendant dix ans, la situation s’était dégradée au fil des années. Pas d’enfants, un mari toujours en déplacements, qui ne rentrait parfois même pas le week-end. Tous ses amis s’étaient éloignés peu à peu et elle s’était sentie rapidement très seule.
Le matin de son trentième anniversaire, elle s’était réveillée en se disant qu’elle en avait assez de cette vie terne, qu’elle méritait mieux et qu’elle ne vivrait pas plus longtemps avec un mari qui l’ignorait. Elle avait des rêves, des ambitions, quand ils s’étaient rencontrés. Elle n’avait pu se résoudre à tirer un trait dessus, même si elle les avait mis entre parenthèses pendant toutes ces années. Il était trop tard pour sauver son couple, sa décision était prise, elle était partie.
Après avoir passé dix ans avec le même homme, elle avait franchement l’impression d’avoir perdu son temps, sa jeunesse et ses meilleures amies. Elle aspirait à vivre et s’accorder du temps pour elle, après en avoir tant donné. Elle n’avait personne dans sa vie et ne cherchait absolument pas à rencontrer quelqu’un, pas pour un soir, et encore moins pour une relation durable. Son désormais ex-mari ne comprenait pas qu’elle le quitte pour être seule. Les hommes semblaient incapables d’admettre qu’on puisse juste les quitter, juste pour ce qu’ils étaient, ou n’étaient pas.
Parfois, sa solitude lui pesait mais elle appréciait trop sa liberté retrouvée pour risquer de la perdre à nouveau. Elle pouvait faire ce qu’elle voulait, quand elle voulait, sans avoir à rendre de comptes ou à se justifier. Cette liberté valait bien le sentiment de solitude qui la gagnait parfois.
***
Ce matin-là, Zoé était aux anges : elle commençait une formation qui lui tenait à cœur depuis de longues années. Quand elle regardait en arrière, qu’elle faisait le bilan de ses derniers mois passés en solo, elle se disait qu’elle venait de faire plus de chemin toute seule, qu’elle n’en avait fait en dix ans avec son mari. Elle ressentait une certaine fierté d’y être parvenue. Finis les petits boulots alimentaires, elle allait pouvoir enfin exercer le métier dont elle avait vraiment envie en devenant formatrice pour adultes. Ce projet lui tenait à cœur depuis longtemps et elle était sur le point d’y arriver.
Mais autre chose était en train de changer dans sa vie et c’était un grand chamboulement.
Dans la rue, elle se retournait de plus en plus souvent sur les femmes. Cela faisait quelques années déjà qu’elles nourrissaient ses fantasmes. Mais si elle s’autorisait à imaginer les scènes les plus lubriques, elle n’envisageait même pas que cela puisse être possible un jour. Zoé essayait parfois de rationaliser, de se convaincre que ce qu’elle ressentait était lié à l’échec de son mariage, que cela lui faisait fuir le sexe opposé. Quand le souvenir de ces années douloureuses s’estomperait, elle se raviserait. Cependant, elle ne parvenait pas à se convaincre tout à fait et décida finalement de laisser les choses se faire, de se consacrer à sa carrière. Pour le reste, elle verrait avec le temps.
Zoé avait toujours cru au destin. Elle pensait que les choses qui arrivaient dans la vie avaient lieu à un moment et à un endroit donné et que rien n’était dû au hasard. Elle en conclut que si elle devait rencontrer quelqu’un, homme ou femme, cela se produirait de toute façon : qu’elle cherche à le provoquer ou qu’elle tente de l’éviter. Finalement, devait-on vraiment être dans une seule catégorie : homo ou hétéro ? Elle se plaisait à penser que chacun pouvait être tour à tour l’un ou l’autre, au gré de ses rencontres, à condition d’être assez ouvert d’esprit pour l’accepter. L’attirance sexuelle serait une question de personne et non de genre. Pourquoi pas ? Tout au plus ressentait-on une attirance plus marquée vers l’un ou l’autre, comme on préfère la glace au chocolat, sans toutefois refuser une boule de vanille. Cette réflexion l’avait fait sourire mais l’idée était là. Le poids de l’éducation était souvent plus important que celui des sentiments dans les choix amoureux, même si ces choix étaient rarement conscients.
Zoé était arrivée à la conclusion qu’elle aimait peut-être davantage les femmes finalement, et que c’était pour cette raison que son mariage avait échoué et non qu’elle avait soudain été attirée par les femmes à cause de l’échec de son mariage.
C’était un nouveau monde qui s’ouvrait à elle. Elle se sentait prête à de nouvelles expériences. Elle était bien dans sa tête, apaisée, comme si toutes ces années, elle s’était trompée sur sa sexualité en s’entêtant à ne sortir qu’avec des hommes. Cela pouvait finalement expliquer ses échecs amoureux et le peu de plaisir qu’elle prenait avec eux au lit.
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