Chapitre 2 — Chapitre 2
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Des airelles pour noël · Olin Torvingen
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Après la douche, en rangeant les courses et en préparant le repas du soir, Sara lui avait avoué qu’elle avait eu du mal à trouver le sommeil, ces derniers jours. Elles avaient un peu parlé avant que, vaincue, Sara ne s’endorme dans le canapé. Allen s’était assurée que les chambres étaient prêtes, mais distraite, elle avait été incapable de s’empêcher de s’approcher de la dormeuse.
Lorsqu’elle passa sa main dans l’incroyable blondeur de ses cheveux, Sara s’en empara et l’attira vers elle.
— Tu ne dors plus ?
— Mmmsi…
Allen sourit. Sara n’avait même pas ouvert les yeux. Elle posa sa tête sur son ventre et son corps s’immobilisa contre le sien. Allen ne se lasserait jamais de la sensation de ce corps confiant, abandonné contre elle, songea-t-elle, alors qu’une drôle de chaleur l’envahissait.
Le chien choisit ce moment pour venir vers elle, la tête et la queue basses, pour quémander une caresse. Enfin !
— Sara m’a expliqué, ne t’en fais pas, mon chaton ! Je dirais à Jean de faire attention quand il t’emmène avec lui dans ses balades et ses ramassages de fruits de mer. Tu t’épuises vite, mais ça va venir, murmura Allen en grattant la tête de l’animal.
Le chien avait passé ces trois jours à courir après les oiseaux sur les plages, à creuser le sable et à se vautrer dans l’eau. Il revenait à chaque fois ravi, mais totalement épuisé. Il se laissait même laver sans avoir la force de protester ! Après des mois enfermé et maltraité par sa mère, Allen était soulagée de voir qu’avec elles, il retrouvait la vie qu’il aurait toujours dû avoir.
Elle secoua la tête, agacée. Malgré son retour à la normale, quelque chose n’allait toujours pas. Elle avait passé toute sa vie à craindre que son manque d’empathie blesse les autres et à présent que, pour une raison bizarre, elle en avait développé dans sa relation avec Sara, ça la torturait.
Alors qu’Allen avait cru retrouver tout ce qui lui avait manqué, Sara avait dressé un mur entre elles. Juste après la douche. Allen fut soudain à nouveau submergée par l’excitation du moment et sentit ses joues prendre feu. Juste après, Sara était restée silencieuse. Soucieuse. Quelque chose lui avait déplu…
Allen essaya de repousser cette impression désagréable de l’avoir déçue. Elle savait que ses doutes et ses angoisses étaient épuisants pour les autres. Et si un jour Sara perdait patience, si elle renonçait à essayer de la comprendre… Imaginer une vie sans elle la terrifiait. Elle ne s’était jamais sentie si vivante, si concernée. Ni si effrayée que tout s’arrête. Qu’avait-elle fait pour que Sara ait eu besoin de mettre cette distance ? Elle repensa à ses gestes, rougissant à nouveau. Sara l’avait prise. Elle s’était montrée agressive, passionnée. Désespérée même…
Mais j’ai bien dû faire quelque chose… Mais je ne vois pas…
Les pensées négatives d’Allen s’évanouirent soudain alors que son regard tomba sur le trompe-l'œil que Sara avait peint sur le mur. Ses dessins qu’elle avait trouvés dans une chambre en réfection à l’hôtel, l’avaient séduite alors qu’elle ne connaissait pas encore l’artiste endormie. Sara avait un don incroyable. Sa peinture avait ouvert le mur sur le cœur d’une forêt magique. Au milieu, un sapin immense dominait les autres arbres, éclairé par des lucioles. Ce n’était pas exactement l’esprit de Noël, lui avait expliqué Sara, c’était la chaleur au milieu du froid, la présence dans la solitude et la magie de la nature. L’esprit de Noël… Si Sara pouvait savoir ce qu’elle en pensait ! Allen n’avait pas osé clairement aborder la question devant son enthousiasme. Le dessin était élégant et les couleurs intensifiaient celles de la maison. Quand Allen lui avait appris qu’elle détestait cette sale habitude que les gens avaient de couper des arbres pour attendre qu’il dessèche dans leur maison à cause d’une tradition dont on avait oublié l’origine, Sara avait cherché un compromis. Elle avait étudié les sapins en carton ou en acier, vendus dans le commerce. Elle avait aussi pensé à agencer des livres pour en reproduire la forme. Puis Suzanne lui avait donné l’idée d’une peinture. Au début, il n’avait pas été question d’une peinture murale, mais l’idée avait germé peu à peu. Elle avait probablement travaillé pendant des mois à l’art du trompe-l’œil pour elle, sans rien lui dire, pour la surprendre.
Sara avait dégagé le mur et promis à la propriétaire de la maison de le repeindre en blanc après Noël. Elle lui avait avoué avoir pensé tout finir en trois jours. Elle avait également blâmé Suzanne qui avait échoué dans la mission qu’elle lui avait confiée ! Allen était revenue avant qu’elle ait pu remettre les meubles en place !
Sara s’était donné tout ce mal pour elle et à cette pensée, Allen soupira. Avoir voulu faire ça pour elle ! C’était… La chaleur familière se répandit encore un peu plus dans son ventre. Trois jours. Ce n’était rien. C’était terrifiant tout le vide que ça avait laissé ! Ça lui avait fait peur. Et entrer dans une maison silencieuse et changée avait été effrayant aussi. Est-ce que tout cela était vraiment normal ?
— Ne bouge pas…
— Mais je t’écrase… répondit la voix ensommeillée.
— Non. Reste un moment.
Sara obéit et se recala contre elle.
— J’ai l’impression… J’ai eu l’impression d’entendre des engrenages tout à l’heure. Tu n’es jamais gênée, tu me dis tout d’habitude, murmura Allen. Si tu arrêtes, je vais… Je ne veux pas que tu arrêtes de me dire ce que je fais de mal parce que sinon… Je ne peux pas te perdre !
Sara se redressa et posa ses yeux émeraude dans les siens.
— Allen, non… Tu n’as rien fait de…
— … Et c’est la première fois que je fête… C’est la première fois que j’ai vraiment envie d’essayer… Noël, alors ne me laisse pas en dehors, dans le flou comme ça… Je ne sais pas si ça peut bien se passer, mais je voudrais essayer…
Sara hésitait à parler. Elle finit par poser ses mains sur son visage et le caresser. Allen inclina la tête comme pour prolonger le moment. Sara l’attira dans ses bras.
— Parle-moi…
— Tu n’as rien fait de mal. C’est moi. Je ne t’ai pas demandé, chuchota Sara à son oreille après un lourd silence.
— Demandé quoi ?
— Je me suis jetée sur toi. Je n’ai pas attendu que tu sois prête, je t’ai prise sans te demander et je sais que tu n’aimes pas quand ça va vite et …
Allen la repoussa pour voir son visage, mais Sara baissait des yeux gonflés de larmes.
— Sara, ne…
— Je t’ai sûrement fait mal et tu n’as rien dit ! répliqua Sara d’une voix tranchante.
Allen releva son visage pour trouver son regard.
— Tu ne m’as pas fait mal. Je t’en aurais empêchée si j’avais voulu. Et oui, on n’a jamais fait l’amour comme ça, mais c’était… excitant et j’aime que tu me veuilles, même comme ça. Et que tu oses me le dire et me le montrer. J’ai confiance.
Sara fronça les sourcils.
— Mais tu ne devrais pas accepter ce que tu n’aimes pas juste parce que c’est moi…
— Je te le dirai. Et si tu n’es pas sûre, la prochaine fois, tu me demanderas, proposa Allen.
Sara hocha la tête.
Allen l’embrassa dans le cou et l’engouffra dans ses bras.
— Je t’attendais, reprit Sara, j’avais envie de toi… Et tu étais mouillée et …
Sara sentit Allen sourire dans son cou.
— Non, mais… La pluie… Tes cheveux… Rochefeuille, tu as l’esprit mal tourné !
Allen se mit à rire en resserrant son étreinte. Sara se laissa emporter à son tour.
— C’est vrai que c’est une drôle de conversation pour la veille de la veillée de Noël… reprit Sara.
— C’est un beau cadeau.
Intriguée par le ton presque solennel de son amante, Sara la repoussa pour trouver son regard.
— La douche ou la conversation ?
Allen rougit tout en riant.
— Aussi… Mais je parlais principalement du sapin. Il est magnifique. Je n’avais aucune idée que tu maîtrisais le trompe-l'œil, c’est presque de la magie !
— … Personne ne m’a jamais soutenue comme tu le fais dans mes délires artistiques, avoua Sara, la tête tournée vers son œuvre, en jouant avec les doigts d’Allen dans ses mains.
— J’ai de la chance d’avoir une petite amie talentueuse et qui a de l’imagination pour deux.
— Petite amie ?
Allen eut un sourire timide.
Le chien aboya et se leva précipitamment pour courir vers la porte.
— Il était temps qu’ils arrivent ! On était à deux doigts de se retrouver avec des dialogues mièvres des téléfilms de Noël mal traduits à la télé ! murmura Sara contre la joue d’Allen. Et pour que tout reste bien clair entre nous, dans “petite amie”, on ne parle pas de taille !
Le sourire d’Allen s’allongea en un pli malicieux.
— Apparemment, j’ai bien fait de préciser !
Sara déposa un baiser sonore sur sa joue pour clore le débat et se remit sur pied.
— Tu n’avais pas prévu de musique ? ajouta-t-elle en se dirigeant vers la porte.
— Ah oui ! se souvint Allen en s’emparant de son téléphone.
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