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En secret · Diane Margot

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Mature : période de la vie caractérisée par le plein développement physique, affectif et intellectuel.

* * *

Été 2016 - Nous sommes à Llança, en Espagne, nous sommes partis tous les quatre en vacances en famille. Nous sommes à quatre heures de route, nous arrivons, mangeons au restaurant, je suis d’une humeur exécrable, l’ambiance est tendue. Au restaurant, je ne parle pas, je suis malheureuse derrière mes lunettes noires. Elle me manque déjà terriblement. Elle, c’est Camille.

Je l’ai rencontrée sur un forum pour les homos et les bisexuels, j’y suis inscrite depuis plus d’un an. Je discute, j’échange, je cherche à mieux comprendre qui je suis. Je comprends bien que je suis une personne complexe, trop complexe. J’ai rencontré Camille au bout d’un an sur le forum. Dès le début, c’était une évidence : nos échanges étaient imprégnés d’une impression de bien-être et d’apaisement. Nos messages étaient nombreux, il n’y avait pas un seul jour qui passait sans que l’on s’écrive. Nous échangions une centaine de messages par jour, des appels téléphoniques, nous nous rencontrions…

Notre première rencontre eut lieu à Pelissanne, à mi-chemin entre Le Thom, là où Camille habite et Bandol, là où j’habite. Il fallait se voir après une si bonne entente par messagerie et après un échange de photos. À Pelissanne, petit village provençal, nous étions arrivées en voiture et étions tombées nez à nez à un rond-point. On s’était tout de suite reconnue et on avait ri. On s’était garée, on s’était vue en vrai et ma première impression n’était pas bonne du tout. Je ne la trouvais pas à mon goût et ne reconnaissais pas la personne que j’avais rencontrée sur le forum. Cela s’expliquait par le décalage entre le virtuel et la réalité. Il faut dire que Camille était plutôt photogénique, ce qui n’est pas mon cas. On avait discuté, on avait bu un thé et on avait retrouvé la complicité qui commençait à s’installer dans nos échanges. On s’était promenée dans tout le village, dans ses rues, avec son ambiance et son parc, on s’était posé toutes les questions possibles et imaginables que deux filles pouvaient se poser sur leurs vies, leurs envies, leur sexualité…

L’heure du départ approchant, on s’était fait la bise sur le parking et nous sommes montées chacune dans notre voiture. Je compris au volant de ma voiture que c’était maintenant ou jamais d’oser, oser embrasser une fille, ce que j’avais toujours voulu. Je sortis de la voiture, elle était encore là, je me dirigeai vers sa voiture, elle ouvrit sa fenêtre, elle eut le souffle coupé et comprit que je venais pour l’embrasser, on rit et je l’embrassais. À ce moment-là, je savais que ça ne serait plus jamais pareil.

Le soir même, on s’écrit beaucoup, elle s’excusa de sa timidité et me remercia d’avoir osé. Les jours passèrent, notre complicité devenait de plus en plus évidente et on décida de se voir à nouveau, mais cette fois à l’hôtel. On s’était donné rendez-vous à Aix-en-Provence, ville magnifique avec une ambiance qui me rappelait Paris, ma ville natale, là où j’ai grandi et vécu jusqu’à 36 ans. Aix-en-Provence avait pour avantage d’être beaucoup plus animée que Pelissanne et me permettait de faire moins attention aux regards des autres. On s’était donnée rendez-vous près de la fontaine au centre-ville près du cours Mirabeau. On s’était reconnue tout de suite, on s’était promenée, on avait découvert la ville que nous ne connaissions pas ni l’une ni l’autre, on avait mangé au restaurant, un magnifique restaurant avec une décoration exceptionnelle style brasserie parisienne. Les plats étaient immangeables et, par timidité, je n’avais rien osé dire de peur de gâcher le moment. Mais n’étant pas très douée pour cacher mes émotions, elle s’était rendu compte de l’immondice qu’il y avait dans mon assiette, ça nous avait fait rire. À la fin du repas, le stress commençait à monter, impossible de prendre un dessert ou de manger quoi que ce soit d’autre, il était encore temps de faire marche arrière, de ne pas tromper mon mari. Mais une seule envie m’envahissait, c’était d’aller à l’hôtel et d’aller jusqu’au bout de ce désir.

Arrivée à l’hôtel, j’allai seule à la réception, pris la chambre et demandai à Camille de monter. Dans la chambre, les gestes, les caresses, les positions étaient comme une évidence pour moi, comme si je les avais toujours sus. Tout ressortait à ce moment-là, mon envie si longtemps refoulée et le plaisir procuré par ce moment. Un sentiment de bien-être et de puissance m’envahissait, enfin j’étais moi, dominatrice et à ma place.

Vers dix-sept heures, le temps était venu de nous séparer, au moment de rendre la clé à la réception, je tombais sur une réceptionniste peu délicate qui vraisemblablement ne connaissait pas très bien son métier ; devant plusieurs clients, elle insistait pour comprendre pourquoi je rendais la clé à cet instant précis et s’il y avait un problème avec la chambre. D’un regard foudroyant, j’avais remis cette réceptionniste à sa place sans dire un seul mot. Le problème était enfin réglé, je pouvais partir.

Les mois ont passé et nous nous sommes vues plusieurs fois, Camille et moi, à l’hôtel et ailleurs. Je me posais beaucoup de questions. Pourquoi ne jouissais-je pas avec elle, mais autant avec mon mari ? Pourquoi étais-je autant attirée par les femmes et n’arrivais pourtant pas à me laisser aller comme il aurait fallu ? Camille me plaisait-elle ? Était-elle la bonne personne ?

* * *

9 août – Je suis à Llança depuis deux jours, Camille m’envoie des messages comme à son habitude, mais uniquement par boite mail, plus discrète pour son mari du fait que je suis à l’étranger. Mathieu, mon mari, tombe sur un de ces messages, me tend le téléphone pour me mettre devant l’évidence, je souris bêtement, ne sachant pas quoi répondre. Ce message intercepté était très probablement voulu, je ne supportais plus de lui mentir, moi qui lui avais toujours tout dit et qui ne lui avais jamais menti en vingt ans de vie commune.

Mathieu est un ami d’enfance. Nos mamans étaient institutrices, au début de leur carrière, elles avaient fait connaissance et étaient devenues amies très rapidement. Françoise, la mère de Mathieu, avait eu une enfance difficile, et maman, une enfance plutôt douce. De leur entente et de leur amitié avait suivi une relation amicale très proche. Elles se voyaient tous les mercredis. Mon frère Franck et mon mari Mathieu s’amusaient ensemble. Les amitiés étant toujours très fluctuantes, ces deux amies s’étaient perdues de vue pendant plusieurs années pour se retrouver une dizaine d’années plus tard devant le cinéma de la place d’Italie dans le treizième arrondissement de Paris. Elles se retrouvaient enfin et ne se sont plus quittées. Ce fut pour un temps seulement. C’est là que j’ai fait la connaissance de Mathieu, être sensible et survolté. Il avait trois ans de plus que moi. À cet âge, c’est beaucoup, j’avais quinze ans et lui dix-huit. Mathieu était plutôt instable. Il consommait tout ce qui pouvait le faire planer. J’étais pour ma part dans un univers très différent, mais tellement plus ennuyeux. J’étais très impressionnée par lui et n’osais pas le regarder en face. C’est difficile pour faire une rencontre amoureuse. Il faut dire que j’avais très peu d’estime pour moi à cette époque et que les garçons ne m’intéressaient pas plus que ça. Je n’étais pas attirée par eux, seules les filles me faisaient de l’effet. À quinze ans, quand j’ai décidé d’en parler à ma mère et de lui annoncer mon homosexualité, sa réponse n’a pas été adéquate du tout et me convainquit pour très longtemps de ne plus en parler et d’enfouir ça au plus profond de moi.

Pour revenir à Mathieu, il cumulait les aventures les unes après les autres, avait beaucoup de succès avec les filles, ce que je comprenais complètement. Il était d’une douceur et d’une gentillesse à toute épreuve, une femme dans un corps d’homme, c’était peut-être ça qui m’avait plu chez lui. Il avait les qualités et la douceur d’une femme dans un corps d’homme. C’était l’alibi parfait pour mes parents.

Quelques années plus tard, les parents de Mathieu avaient invité mes parents à Conches en Ouche, petit village normand dont était originaire Françoise, la mère de Mathieu. On était convié à un repas dans leur maison normande et à passer le weekend avec eux. Après avoir mangé et, comme à mon habitude, ne pas avoir ouvert la bouche de la soirée, je me retrouvais à l’étage, seule avec Mathieu. Nous avons parlé des heures durant, pris beaucoup de plaisir à discuter. Nous avons fini dans son lit ou plutôt dans le mien, le sien étant soi-disant cassé. Pour la première fois, un homme me caressait, cherchait à me donner du plaisir et s’occupait de moi pour mon bien-être.

Au réveil, honteuse, je quittais la chambre, rentrais à Paris sans lui dire au revoir. Je me sentais changé, ma première expérience avec Alexandre avait été chaotique, humiliante et confirmait mon dégoût pour les hommes. Avec Mathieu, c’était différent : pas de dégoût, beaucoup de douceur.

* * *

9 août après-midi – Il pleut des cordes à Llança, Mathieu est au courant que j’entretiens une correspondance avec Camille, il ne sait pas encore que je couche avec elle. Comment lui annoncer ? Sortir de cette impasse du mensonge ?

D’un manque qui avait été comblé par Camille venait un autre manque, celui de ne pas la voir suffisamment. Et, il y a cette autre souffrance, celle de mentir à mon mari. Suis-je née pour souffrir ? Pourquoi rien n’est-il simple chez moi ?

Dans la voiture, il me questionne. On ne peut pas sortir, il pleut à torrents. Nous sommes les quatre dans la voiture, Arnaud et Julie, mes enfants, s’amusant à l’arrière, et Mathieu et moi, à l’avant. Il me cherche du regard, je n’arrive pas à le regarder en face, je ris bêtement et nerveusement. Je sais que je ne dois pas avoir ce comportement, mais c’est incontrôlable… Il me demande si on a couché ensemble. Il commence à anticiper l’ampleur des dégâts, je ne réponds pas, je fuis, évite son regard, mais je ne sais pas mentir et il comprend.

Malgré la pluie, nous sortons, il est fou de colère, son regard me fait peur, je ne reconnais plus mon mari, il se contient, il y a les enfants, il part devant, loin, se calme, me regarde avec colère et déception. Je sais que j’ai tout gâché et que ce que j’ai fait est impardonnable. Pourtant je ne pouvais pas faire autrement, mon envie, mon besoin homosexuel était trop important. Je ne cherchais pas à lui faire du mal, et pourtant, c’était ça que j’avais fait. À partir de ce moment, mon mari change, il pleure beaucoup, des heures durant, des jours durant, je ne sais plus quoi faire. Il oscille entre colère et amour. Il me rejette violemment en me traitant de salope, ce que je comprends complètement et après il me déclare l’amour fou qu’il a pour moi, qu’il ne peut pas me quitter. Pendant cinq jours, entre pleurs et douleurs, entre rejet et amour, sortait de lui ce que j’avais toujours su et que je refoulais aussi et qu’il refoulait son homosexualité.

Il aura fallu vingt ans pour que l’on comprenne nos peines, nos douleurs, nos envies de suicide partagées. Dès cet instant, tout s’explique, un apaisement pouvait enfin s’installer.

À partir de ce moment, je sais que plus rien ne sera comme avant, on va continuer notre vie ensemble parce que l’on s’aime trop, que l’on est pareil. Toutes ces années passées où l’on croyait tout connaître l’un de l’autre et pourtant des pans entiers de nos vies avaient été enfouis et refoulés aussi bien par lui que par moi. On peut enfin parler de choses nouvelles, se redécouvrir et avoir un renouveau dans notre couple. Je prends conscience de l’amour que je lui porte et de l’amour qu’il me porte. C’était d’une limpidité évidente. Toutes ces années d’incompréhensions, d’agacements, pour arriver à cette évidence que je l’aime d’un amour fou et pur. Il aura fallu Camille pour comprendre ça et comprendre que Mathieu est l’Homme de ma vie, mon amour, mon chéri, mon cœur.

Jamais avant Camille je n’aurais pu penser ça de lui ou lui dire. On ne dit pas ces choses-là à un homme, et pourtant…

* * *

13 août – Nous sommes sur la terrasse à Llança, dans l’appartement que nous avons loué pour les vacances, il fait beau, on fume une cigarette. Mathieu n’est plus en colère contre moi, il arrive à me parler de façon posée et ne me fait plus de reproches. Cela me fait encore plus comprendre qu’il est un homme exceptionnel et qu’il m’était destiné pour affronter toutes ces épreuves rencontrées dans ma vie. Il me demande de lui raconter mon agression sexuelle, je suis surprise, car je la lui ai racontée maintes et maintes fois. Pourquoi cette question ? Je sens qu’il est prêt à écouter et que son écoute est différente des autres fois.

Je commence à le lui raconter en détail. Je sortais du collège, j’étais en cinquième, j’avais douze ans, j’étais un vrai garçon manqué à cette époque. J’arrivais dans la rue où j’habitais à l’époque, à Montrouge, dans un pavillon de banlieue, je la traversais et tombais nez à nez avec mon agresseur. Il avait la porte arrière de sa voiture ouverte, il bandait et ses deux mains étaient posées sur le toit de sa voiture. Quand je passais à sa hauteur, il me demanda si je voulais le sucer, je paniquai, il m’attrapa, me saisit fortement de ses deux mains, me jeta dans sa voiture et ferma la porte. Je me retrouvais avec son sexe en érection à deux millimètres de ma bouche, l’odeur était insoutenable, je refusais d’ouvrir ma bouche et de le sucer. Je me débattis, hurlai, arrivai à m’esquiver et à ouvrir la porte et je courus, je courus, je courus…mon cœur battait comme jamais il n’avait battu, je croyais qu’il allait s’arrêter. J’avais peur, mon agresseur prit sa voiture et me poursuivit en roulant au pas, je traversai la rue dans tous les sens comme un animal traqué, j’avais peur qu’il m’écrase, j’arrivais enfin à la fin de la rue où il y avait ma maison, je sonnai comme une folle, j’ouvris le portail, me réfugiai dans mon jardin en espérant que quelqu’un m’ouvre, mon agresseur était devant la maison, il attendait dans sa voiture, j’avais peur, mon père ouvrit, j’entrai, m’accroupis, lui dis qu’un malade me poursuivait, il comprit ce qui se passait, sortit avec un marteau pour casser la tête de mon agresseur qui s’enfuit à la vue de mon père. La violence de mon père était de trop, c’était trop de violence d’un coup. Le soir, au retour de ma mère, il lui en parla, je ne sais pas ce qu’il lui dit, j’étais dans ma chambre, choquée par ce qui s’était passé, mais incapable de le raconter. Le refoulement de cet épisode de ma vie commençait. J’étais convaincue qu’il ne s’était rien passé. Ma mère me questionna, me demanda de lui raconter les événements, j’étais une enfant, je n’avais pas les mots, ma mère n’avait pas les mots pour me questionner, et ça s’arrête là. Des années durant, j’ai eu de la colère contre mes parents de ne pas avoir porté plainte, de ne pas avoir arrêté mon agresseur. Je me remémorais la couleur de sa voiture, le modèle, une Renault, les dernières lettres et les derniers chiffres de sa plaque d’immatriculation, son visage… Pourquoi ne pas avoir porté plainte ? Pourquoi ne pas avoir pris l’initiative de m’emmener chez un psy ? Cet homme m’a gâché la vie, m’a traumatisée à vie, j’étais marquée pour toujours, une trace indélébile qui ne s’effacerait jamais.

Mathieu a été attentif, pour la première fois, il est bouleversé et se reproche de ne pas m’avoir écoutée comme il le fallait avant. Il pleure, ça m’émeut, je lui dis qu’il n’y est pour rien et que ce n’est pas lui l’agresseur, qu’il n’est pas un violeur. Il tient à me dire que c’est une tentative de viol et qu’il ne s’agit pas d’une agression comme je la qualifiais depuis des années. Ça me fait du bien qu’il dise ça, il comprend enfin cette souffrance que je porte en moi depuis tant d’années.

Les jours passent, on parle de mieux en mieux, on parle de tout, de lui, de moi. Je pense encore à elle, j’ai du mal à faire le deuil de notre relation, mais je ne veux plus la voir, elle me fait du mal. Elle me consomme sexuellement, mais ne m’aime pas. Elle ne m’offre rien en retour de l’amour que je lui donne. Je comprends encore que Mathieu est le seul à m’aimer vraiment, à me donner ce dont j’ai besoin même si c’est un homme.

Mathieu se confie de mieux en mieux, il me fait confiance, me raconte toutes ses souffrances et son homosexualité qu’il refoule depuis tant d’années, je le sens apaisé, jamais je ne l’avais vu comme ça, ça me fait du bien de le voir ainsi. Beaucoup de choses remontent en lui, il comprend que je suis courageuse d’avoir fait ça avec Camille et que j’assume mes désirs plus que lui. Il me respecte et ne me fait plus aucun reproche. Il me raconte un de ses traumatismes, alors qu’il était adolescent. Il s’était retrouvé dans un lit avec un ami d’enfance à lui, Cyril, fils d’amis de ses parents. Cet ami lui montra son sexe en érection, Mathieu n’avait qu’une envie, c’était de le toucher, il approcha sa main pour le caresser, son ami le rejette violemment et lui tape sur la main avec force. Mathieu a honte de lui, d’avoir tenté ça, d’avoir eu envie de ça, il endosse toute la responsabilité. Je vois que ça lui fait du bien de m’en parler, car je suis une personne extérieure, je ne connais pas Cyril et je mets des mots sur cette souffrance enfouie depuis si longtemps en lui. Je lui explique que ce garçon est pervers, qu’il le provoque et que c’est lui qui exhibe son sexe, que sa réaction est normale et que son envie n’est pas honteuse, il n’a rien fait de mal.

On comprend tous les deux toutes les souffrances et les peines endurées toutes ces années. Ayant le même problème, on ne pouvait que se comprendre et se rencontrer. Mathieu est de plus en plus apaisé, il pleure moins, il m’écoute beaucoup, et on parle sans s’arrêter, on a tellement de choses à se raconter.

Je lui parle du moment où je me suis vraiment assumée. C’était il y a six ans, ma fille était née depuis deux ans, je ne savais pas si c’était la fatigue, si c’était un besoin, mais je me sentais de plus en plus homosexuelle ou bisexuelle. Je ne l’ai jamais vraiment su, même encore aujourd’hui. Je lui parle de mon travail, de mon besoin de le faire comprendre à mes collègues, de mon besoin d’être acceptée comme je suis vraiment. Je ne le dis pas vraiment, mais je sens que mes collègues comprennent et qu’ils ne me jugent pas. J’ai même l’impression qu’ils trouvent ça fun, une « instit bi ». Il m’écoute, je sens que ça l’aide à s’assumer. Il me parle à son tour, que lui n’éprouve pas le besoin de le dire, qu’il ne l’assume pas, mais que ça se sent et qu’il est vivement rejeté par ses collègues qui le traitent de pédé. Est-ce que ce rejet est lié au fait qu’il est un homme ? Et que l’homosexualité féminine est plus acceptée ? Ou c’est parce qu’il ne s’assume pas et que les gens le rejettent pour ça ? Je crois qu’il n’a pas la réponse et moi non plus, je ne peux pas l’aider sur cette piste. C’est à lui de se comprendre et de trouver ses réponses.

En secret

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