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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 à Chapitre 4
Chapitre 1 — Chapitre 1
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Hex · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Hex en ligne gratuitement Chapitre 1

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2175, dans l’Arizona, les modifications météorologiques créent des situations de sécheresses sans précédent. Les récoltes en sont affectées, mais ce sont les départs de feux qui plongent les comptes du pays du mauvais côté de la balance. Les incendies conséquents génèrent désormais plus de CO2 que les forêts ne peuvent absorber. La progression lente et certaine d’une crise écoénergétique gronde. Il ne passe plus un jour sans qu’une catastrophe ne soit soulevée dans le monde par les médias : montée des eaux, effondrement, pollution, pluies acides, soucis d’hébergement de réfugiés climatiques.

Je ne vais pas régler le problème en allant au bout de cette mission, mais un grain de sable dans des rouages déjà rouillés peut suffire à enrayer la machine économique infernale. En tout cas, H.E.X met en place des solutions pour la préservation de l’espace et de l’humanité. Avec des moyens parfois peu recommandables, mais il faut bien quelqu’un pour se salir les mains et quelle que soit la raison. Depuis que j’ai six ans, on m’apprend l’importance du bien commun. H.E.X m’a inculqué des valeurs morales profondes. Dans l’ombre, nous sommes légion. Des personnes incroyables agissent pour un but, une cause plus grande qu’aucun Homme.

À l’aide d’une craie blanche, je trace notre symbole contre la façade bétonnée de l’immeuble d’agriculture le plus imposant de la capitale. Le message sera suffisamment clair pour Alexëi. Je lève les yeux au ciel sans pouvoir deviner la fin de ce bâtiment gigantesque. Derrière les vitres, comme à l’extérieur, des masses verdoyantes prennent l’air et les rayons du soleil.

Phoenix est surpeuplée. Les deux individus que je cherche parmi cette masse de personnes dorment paisiblement au dernier étage de l'immeuble réputé pour sa sécurité. Les deux PDG du groupe VG-Building ont participé à l’accélération de la déforestation pour forcer les sociétés à adopter leur nouveau modèle d’agriculture verticale.

Je traverse le boulevard dès que je vois le taxi de la responsable s’arrêter devant le Starbuck le plus proche de son lieu de travail. C’est une femme de taille moyenne, brune, avec des cheveux entourant son visage rond jusque sous ses joues. Depuis trois semaines, je l’observe pour mettre au point ce plan d’action pensé par Alexëi. Il n’y a pas un jour où Rébecca Myford ne se rend pas dans cette boutique pour un double latte.

Sur mes gardes, je scrute la foule qui brasse l’espace. Je me positionne sur le chemin de la responsable quand elle réapparaît. Son chemisier chic va bientôt devoir aller à la blanchisserie. Ses talons noirs atteignent la troisième bande du passage piéton lorsque je la percute. La brune lève vivement les mains, renversant ce qu’il reste de son café en reculant. Elle est atterrée alors que j’invente mille excuses.

— Oh non ! Pardonnez-moi. Je ne vous ai pas vu arriver. Votre blouse ! Je suis désolée, je vais…

Elle évente le tissu chaud qui doit lui brûler la peau lorsque je m’approche d’elle. Je prends ses doigts avant qu’il ne lui vienne l’idée de protester pour glisser quelques billets dans sa paume.

— Mes excuses, vraiment. Je vais vous donner l’adresse de mon blanchisseur. Son commerce n’est pas très loin.

— Vous ne pouvez pas regarder où vous mettez les pieds !

Ses yeux s’arrêtent sur l’argent dans ma main.

— Voilà sa carte. Écoutez, je suis confuse, ça ne m’était jamais arrivé. Dites-lui que vous venez de ma part.

Je jauge ses expressions pour deviner si elle est réceptive à ma suggestion. Nous nous éloignons de la chaussée où s’engouffrent des voitures.

— Il est fichu ! Mais regardez ça !

Je retiens un rictus moqueur en lui barrant le chemin d’accès en direction de l’immeuble.

— Il est à l’angle, dites-lui que vous venez de la part de madame Wild.

Quand ses yeux suivent l’indication pointée par mon doigt, je l’encourage d’un signe de tête et elle s’en va. Finalement, ça n’a pas été difficile de la convaincre. À croire que le groupe ne recrute que des personnes que l’on peut acheter avec la bonne somme d’argent.

La responsable disparaît bientôt hors de ma vue. Je ne perds pas de temps pour pénétrer dans le centre commercial sur le chemin. Direction la cabine d’essayage d’une boutique que mon frère a choisie pour son absence de caméra. J’entre, tire le rideau et ressors en arborant l’apparence de Rébecca Myford. Je joue avec son badge entre mes doigts. J’adore changer de peau. C’est une discipline pour laquelle Alexëi et moi avons toujours été les meilleurs. Au centre, nous avons remporté de nombreux prix pour ce don quand nous étions des adolescents en formation.

Face aux doubles portes du magasin, j’observe mon reflet un instant avant de m’orienter vers les locaux où se trouve ma mission.

J’accède sans difficulté au building en scannant le pass volé. Un immense hall frais m’accueille. Il est lumineux et agrémenté d’arbres hauts et de buisson qui me donnent l’impression de m’introduire dans une forêt comme il n’en existe plus. Un grand comptoir en bois sculpté dans une pièce massive attire mon regard. Je le dépasse et rejoins l’ascenseur fondu dans le décor. Tout est calme et silencieux. L’heure à laquelle les quelques employés arrivent n’a pas encore sonné. Rébecca Myford veille au rendement des productions, et à leurs distributions dans les États voisins comme à l’étranger depuis le douzième étage.

Le temps passe et presse. Dans la cabine, je patiente de courtes secondes qui me rapprochent de mes cibles. Le couple habite un appartement luxueux au sommet du bâtiment.

Un bip me fait sursauter. Je suis arrivée. Sur mes gardes, je foule le sol rouge duveteux. Mes pas sont silencieux, mais ma venue est remarquée par une hôtesse.

— Mademoiselle Myford ? Est-ce qu’il y a un problème ?

Dans le couloir large de cinq mètres, elle abandonne son chariot où je découvre une cloche à repas. Est-ce que les choses pourraient être plus faciles ?

La dame d’une quarantaine d’années approche de moi, tout comme je vais à sa rencontre sans répondre. Elle répète de façon plus audible :

— Mademoiselle Myford ?

— J’ai besoin de votre aide.

À portée de main, je lui impose une clé de bras avant de me glisser dans son dos. Le corps de l’employée se dresse sur la pointe de ses pieds. Mon avant-bras lui coupe la respiration et elle perd conscience. Je dépose la femme derrière le chariot en empruntant son apparence, puis je m’empare du plateau-repas pour approcher de la résidence.

La porte s’ouvre à la volée sur un homme contrarié.

— Enfin ! Je ne vous paie pas à ne rien faire. Vous avez quinze minutes de retard !

La façon dont je l’observe ne lui plaît guère.

— Vous pouvez être sûr que vous n’attendrez jamais plus.

— Je vous demande pardon ?

Devant son corps imposant maintenu dans un peignoir mal fermé, je dresse mon arme silencieuse. Ses paupières s’ouvrent comme des soucoupes avant qu’il ne s’étale de tout son long sur le seuil de la porte. Je m’assure qu’il est mort lorsque j’enjambe le cadavre. Le même sort rattrape madame « j’adore-manger-en-temps-et-en-heure ».

Sur la table basse, un écrin met en valeur une broche en or. Mes yeux s’y arrêtent. J’aimerais beaucoup me l’approprier, mais les règles sont les règles et mieux vaut les suivre à la lettre.

Je rejoins le couloir et disparais avant que la femme d’étage ne retrouve ses esprits. Dans l’ascenseur, je joue à nouveau au caméléon en reprenant l’apparence de la responsable et me dirige vers la sortie. Dans l’ascenseur, je joue à nouveau au caméléon en reprenant l’apparence de la responsable et me dirige vers la sortie avant l’arrivée des ouvriers. Sitôt que je suis hors du champ des caméras de surveillance, je traverse la rue en changeant de physionomie pour une autre plus quelconque.

Sur mon chemin, je retrouve le symbole dessiné plus tôt et barre les deux arbres d’un trait horizontal rapide. Quand Alexëi passera par ici, il saura que le travail est fait. Dans ce monde moderne, il n’y a rien de plus invisible que le réel. N’est-ce pas un comble ? À l’heure où tout mouvement est tracé avec une montre, un téléphone ou un ordinateur, une simple craie à quinze cents est le parfait complice.

J’arrête un taxi.

— Où est-ce que vous allez ?

— Au 515 E Grant Street. J’ai envie d’une pizza. C’est quoi votre préférée ?

— La quatre fromages, ou plus si c’est possible !

Le chauffeur sourit et se met en route pendant que je m’installe confortablement sur la banquette arrière. Me voilà partie comme je suis arrivée, avec un poids en moins sur les épaules et ma conscience.

Il est à peine neuf heures trente lorsque j’entre dans le bar. Alexëi et moi choisissons des endroits au détour du hasard pour nous retrouver. Généralement, ça nous évite d’être suivis par d’autres agents qui voudraient parler travail dans une place mal appropriée. Je ne comprends pas ce qu’ils ont à éprouver une pareille admiration pour ce qu’on fait. Ce n’est pas comme s’ils n’avaient pas eux-mêmes l’occasion d’en faire autant. Et puis, parfois, je rêve de profiter des banalités qu’offre une existence insouciante.

Installée devant un café, je regarde la vie qui anime la rue. Un peu avant midi, le bar se remplit et pendant que je mange effectivement une pizza, j’écoute les conversations hétéroclites des gens qui m’entourent. Dans l’après-midi, je feuillette des magazines achetés au comptoir.

Mon frère jumeau passe les portes de l’établissement aux alentours de vingt heures. Il s’installe la tête basse à mes côtés.

— J’ai failli t’attendre.

— Tu as déjà commandé ?

— Bien sûr.

Je me tourne vers lui pour lui indiquer avec mes doigts que j’ai bu trois Scotches bien tassés. Le grand blond m’observe, puis son regard bifurque sur la salle aux couleurs devenues chaleureuses ce soir. Il sourit en coin quand il voit mes yeux s’arrêter une longue seconde sur une brune au regard profond au bout du comptoir.

Il murmure :

— Apparemment, tu es aussi en bonne compagnie.

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