Lire Hotel Bravo en ligne gratuitement I - Le moment présent est la piste désignée à tout nouveau départ
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Le lieutenant Collins faisait les cent pas devant le bureau du gradé. Sa nervosité augmentait à mesure que les secondes s’égrainaient. En posant ses yeux sur sa montre, elle constata qu’elle attendait son entretien avec le colonel Gibson depuis déjà vingt-trois minutes. On avait interrompu son entraînement et ordre lui avait été donné de se rendre immédiatement au quartier général. Elle était très mal à l’aise à cause de la sueur qu’elle sentait couler entre ses omoplates. Elle grinçait des dents, on aurait tout de même pu la laisser se doucher avant son audience. Elle en aurait eu largement le temps plutôt que de patienter dans ce long couloir étroit. La porte du bureau s’ouvrit brusquement et un subalterne lui indiqua que l’officier supérieur était disposé à la recevoir, puis il s’effaça en refermant derrière lui. Alycia pénétra dans l’immense pièce à la décoration très succincte. Elle raidit son corps en gardant la tête droite et claqua les talons pour saluer l’autorité qui se trouvait devant elle.
— Repos, Lieutenant !
La jeune femme se détendit en desserrant les jambes et joignit les mains dans son dos. Le regard dirigé droit devant elle, elle évitait de fixer l’homme qui était assis derrière son bureau, un énorme cigare dans la main. Cela aurait été très irrévérencieux.
— Lieutenant, commença-t-il, comme vous le savez, le temps qu’il vous avait été alloué en qualité d’instructrice est terminé. Voici le pli que nous avons reçu ce matin concernant votre future mutation et que l’on m’a demandé de vous remettre en main propre.
L’homme en uniforme impeccable tendit une lettre cachetée vers l’officier. Alycia récupéra le courrier de sa main droite et demanda la permission de l’ouvrir immédiatement. Le colonel Gibson acquiesça d’un signe de tête puis porta son cigare à ses lèvres, tout aussi impatient de découvrir la nouvelle affectation de sa recrue. Cependant, il en avait déjà une petite idée puisqu’un général lui avait passé un coup de fil la semaine précédente. Lorsqu’il recracha le nuage de fumée blanche, la jeune femme leva des yeux interrogateurs dans sa direction.
— L’Afrique ! Sécurité personnelle du général Brooks ?
L’officier supérieur qui décela une vague d’inquiétude chez la jeune femme, tenta de lui expliquer un peu plus en détail les missions de cette affectation.
— Ce n’est pas vraiment cela en fait, Lieutenant…
— Je vous demande pardon ? l’interrogea Alycia en fronçant de nouveau les sourcils.
Le colonel écrasa son mégot dans un énorme cendrier chromé puis se redressa sur son fauteuil. Il s’accouda sur le bureau d’acajou, puis d’un geste de la main, il invita sa subordonnée à prendre place dans un fauteuil confortable, il voulait poursuivre la discussion de manière plus décontractée. La gradée s’exécuta et prêta l’oreille à l’officier supérieur.
— En fait, il s’agit bien d’une mission de sécurité, mais elle ne concerne pas directement le général.
Alycia ne comprenait absolument pas où son supérieur voulait en venir. Il devina son incompréhension et poursuivit ses explications.
— Vous désirez les grades de capitaine ?
— Bien sûr, Mon Colonel, mais…
— Eh bien, sachez que vous pouvez les gagner avec quelques années d’avance, sans compter le bonus : l’affectation de votre choix une fois l’obligation accomplie !
L’officier fronça les sourcils et écouta son supérieur avec un peu plus d’attention.
— Je vous écoute, monsieur.
— Un an de sacrifice à la sécurité de la famille du général. Je sais que ce n’est pas ce pour quoi vous vous êtes engagée, mais si vous réussissez cette mission, considérez cette promotion comme acquise.
— Je vais devoir travailler pour des civils ?
— On peut dire ça, acquiesça le colonel, mais vous restez tout de même sous la tutelle de l’armée, Lieutenant. C’est un travail assez simple comparé à ce que l’on peut vous demander sur le terrain.
La jeune femme resta dubitative des explications simplistes que son supérieur hiérarchique tentait de lui faire entrer dans le crâne.
— Mon Colonel, j’ai une dernière question.
— Je vous en prie, Lieutenant.
— Où est le piège, monsieur ? demanda-t-elle en plissant les yeux. La mission paraît bien trop facile à mon goût pour un tel avancement à la clé.
Le colonel Gibson reconnut immédiatement la vivacité d’esprit de la femme qui se tenait devant lui. C’était une des qualités qu’il avait tout de suite appréciée chez elle. Il sourit, amusé.
— À vous de me le dire quand vous y serez, Lieutenant ! répondit-il en s’adossant confortablement dans son fauteuil. Trois de vos prédécesseurs ont jeté l’éponge et n’ont pas tenu un trimestre !
— Je vois ! acquiesça Alycia en dessinant une moue nerveuse sur son visage. Et je suppose que je n’ai aucun recours, c’est ça ? Je ne peux pas décliner cette offre de poste, monsieur ?
— Il ne vaudrait mieux pas, Lieutenant. Le général en personne a demandé vos services auprès de sa famille, cela serait très délicat de répondre par la négative.
Alycia replia la feuille d’affectation et la glissa dans l’enveloppe adressée à son nom.
— Si j’ai répondu à toutes vos questions, vous pouvez disposer, Lieutenant.
— Merci, monsieur.
Elle quitta le fauteuil confortable, salua son supérieur puis se dirigea vers la sortie. C’est au moment où elle posa sa main sur la poignée de la porte que le colonel Gibson l’interpella une dernière fois.
— Je crois que cela vaut vraiment le coup, Lieutenant. Accrochez-vous ! Et je crois que je n’ai pas besoin de vous rappeler que cela est primordial pour la suite de votre carrière.
— J’ai bien pris note du conseil, Mon Colonel.
L’homme d’un certain âge regarda la jeune femme s’éloigner et alluma un autre cigare.
∞
Le moteur de la climatisation créait un ronronnement sonore entêtant, tandis qu’accrochées au plafond, les pales du ventilateur brassaient l’air artificiel dans la pièce d’une vingtaine de mètres carrés. Alycia avait atterri en terres africaines la veille au soir, dans une chaleur humide et écrasante.
Le camp, situé au sud de la capitale, était implanté sur un ancien terrain cédé par la Légion étrangère française. Les forces militaires s’y étaient installées suite à un accord de défense signé entre les deux pays. Le camp abritait l’unique base de la marine américaine qui prenait part à la lutte contre la piraterie autour de la Corne de l’Afrique et plus particulièrement au large de la Somalie. L’accord prévoyait également l’accès à l’aéroport international ainsi qu’aux installations portuaires. Les États-Unis déboursaient chaque année la somme rondelette de trente millions de dollars pour pouvoir héberger près de trois mille de ses soldats en mission régulière.
Alycia avait été prise en charge dès le pied posé sur le tarmac et on l’avait immédiatement conduite dans ses appartements. Elle prit plus ou moins le temps de s’installer confortablement, mais elle peinait à trouver la sérénité pour se reposer un peu avant ses premières obligations. Elle ressentait le besoin urgent de se dépenser après les treize heures passées assise dans l’avion de transport de l’U.S. Air Force. Elle quitta son lit en se levant d’un bond et enfila son short noir et un débardeur à l’effigie des forces spéciales. Elle avait demandé son chemin pour accéder à la salle de musculation et en profita pour envoyer deux ou trois messages avec son smartphone sur le court trajet. Elle entra dans le gymnase quasi désert et s’installa sur une machine destinée à sculpter ses cuisses. Alycia s’était accordée une heure et demie d’entraînement intensif avant de se sentir vraiment épuisée.
Pour l’heure, se préparer pour le cocktail de bienvenue était sa priorité. En effet, elle et les soixante-dix-sept nouveaux arrivants qui avaient effectué le voyage à ses côtés, étaient également conviés à la réception. Le général Brooks, l’officier supérieur en commandement de la base implantée dans ce pays, l'avait convoquée pour dix-sept heures. Elle le connaissait très bien pour avoir servi sous ses ordres à deux reprises. Une première fois en Irak et une seconde en Afghanistan. Elle était persuadée que l'idée de cette affectation émanait de lui. Alycia n’avait pas vraiment pu refuser, cela lui aurait d’ailleurs certainement porté préjudice. Cette obligation de travailler pour des civils ne lui plaisait guère, mais elle comprenait que cela lui permettrait d'obtenir de l'avancement plus rapidement. Elle voulait tellement rejoindre ses hommes sur le terrain pour des missions plus en adéquation avec ce pour quoi elle avait signé son engagement.
Son uniforme était impeccablement étalé sur son lit. Elle commença par enfiler son pantalon puis s’attarda sur sa chemisette en vérifiant le moindre pli qui pouvait paraître suspect. Un à un, elle agrafa les boutons puis elle noua sa cravate d’un geste automatique. Elle déposa ensuite ses grades de lieutenant sur ses épaules puis, sur la poche gauche de sa poitrine, elle accrocha ses diverses décorations, témoignant de son ancienneté dans le service, mais également de ses opérations extérieures. Elle jeta un dernier coup d’œil à son reflet dans la glace et ajusta la coiffe de sa tenue de cérémonie. Le miroir lui renvoyait une image d’elle qu’elle aimait, mais surtout qui la rendait fière. À présent, elle était prête. La militaire s’empara des clés de la voiture de fonction qui lui avait été allouée et quitta la base en direction de la villa du général, située à huit kilomètres à l’extérieur de la ville. Le véhicule longeait le bord de mer à vitesse très raisonnable. Les accotements de terre rouge étaient caractéristiques du continent. Alycia détailla l’état de l’eau. Il n’y avait pas de rouleaux, mais elle distingua une très légère houle. Elle se demanda si elle pourrait s’adonner à sa passion. Elle emportait toujours son équipement de bodyboard quand elle était affectée dans un pays côtier. Au fil des mutations, elle avait déjà défié certaines des plus belles vagues du monde.
La voiture passa le checkpoint de sécurité et s’arrêta à deux pas de l’entrée. Alycia descendit et réajusta son uniforme avant de gagner l’arrière de la villa, là où avait lieu la cérémonie. Elle se sentait légèrement nauséeuse, car ce genre de réunion ne l’enchantait guère. Elle n’aimait vraiment pas ces réceptions. Il était dix-sept heures précises lorsque l’officier gagna le jardin de la gigantesque demeure. Elle posa les yeux sur la foule et détailla les convives. Les tenues blanches étaient de rigueur avec les trente-neuf degrés que le thermomètre affichait en ce début de saison estivale. Un brouhaha s’échappait de la foule massée en bas de la terrasse. Alycia remarqua immédiatement un décalage entre ces mondanités et l’instabilité politique qu’elle avait pu relever, durant son vol, dans les documents du département de l’intérieur.
Brusquement, un larsen issu de l’amplificateur de son fit taire l’assemblée en quelques secondes. Alycia reconnut son supérieur qu’elle n’avait pas revu depuis sa mission afghane et elle le trouva quelque peu vieilli. Le général Brooks ajusta le microphone devant sa bouche et souhaita la bienvenue à ses invités. Près de lui, Alycia distingua un colonel dont le visage ne lui évoquait personne en particulier. Cependant elle reconnut son aide de camp qui avait servi avec le général et elle en opération extérieure. Un peu en retrait derrière l’officier, Alycia distingua une femme d’une quarantaine d’années ainsi qu’une adolescente qui mâchait nonchalamment un chewing-gum. Elle ne cachait pas l’agacement d’être forcée d’assister à ce genre de cérémonie officielle. Le lieutenant Collins posa un peu plus son attention sur la femme qui se tenait à côté de son supérieur. Vêtue d’un tailleur blanc très élégant et d’un chapeau assorti, elle dégageait une certaine prestance. Son allure mondaine la classait un rang au-dessus des autres femmes présentes.
L’inconnue aurait pu regarder le bout de ses chaussures, hors de prix, pendant que le général discourait, mais elle toisait la foule sans baisser les yeux. Soudainement, Alycia sentit son regard l’envelopper et fut quelque peu gênée d’avoir été démasquée dans son indiscrétion. Elle ne pouvait à présent plus se dérober et se surprit à soutenir les yeux noirs qui la scrutaient. La femme mondaine s’étonna de l’insolence de la militaire. Jamais personne ne l’avait fixée avec autant d’insistance. Habituellement, sa prestance et son titre faisaient se soumettre quiconque osait la dévisager de la sorte. La confrontation s’installa quelques secondes entre les deux femmes jusqu’à ce qu’elles soient interrompues par les applaudissements des convives. Cependant, l’officier continua l’observation de cette femme à la dérobée et la vit suspendre son bras à celui de l’orateur. Elle écarquilla les yeux avec stupéfaction et réalisa en un éclair qu’il devait sûrement s’agir de sa future mission, l’épouse du général Brooks.
Lors de la réception, Alycia s’était agréablement étonnée de retrouver plusieurs connaissances qu’elle avait côtoyées en opérations extérieures. C’était un réel plaisir de pouvoir échanger de nouveau avec eux. Mais se souvenir de morceaux de vie partagés la rendait quelque peu nostalgique. Ses collègues lui permettaient cependant de se sentir un peu moins seule au milieu de cette foule d’inconnus. Alors qu’elle se remémorait gaiement certaines anecdotes avec ses anciens partenaires, elle reconnut instantanément la voix du général Brooks dans son dos.
— Lieutenant Collins ?
Alycia effectua un demi-tour rapide. Sa main se posa près de sa coiffe et elle rectifia la position, afin de saluer l’homme qui l’interpellait. Le général était un homme très élégant, brun, la barbe parfaitement taillée. Il avait les yeux d’un vert émeraude très profond et par sa taille, il surplombait beaucoup de monde d’une tête.
— Mes devoirs, Mon Général !
— Repos, Lieutenant ! sourit-il avec sincérité. Comme c’est plaisant de vous revoir, lui avoua-t-il en échangeant avec elle une chaleureuse poignée de main. Laissez-moi vous présenter mon épouse, Helena.
La subalterne ôta sa coiffe et se permit d’incliner le menton vers l’intéressée en guise de salutation.
— Mes honneurs, madame Brooks.
Helena s’amusa de la révérence polie à son égard et détailla la jeune officier des pieds à la tête, sans la moindre discrétion. Son sourire pudique lui plut immédiatement ainsi que son timbre de voix particulier, un peu rocailleux. Une lueur de sympathie brilla dans son regard.
— Enchantée, Lieutenant ! lui retourna la quadragénaire.
— Helena, j’ai le plaisir de te présenter le lieutenant Collins.
Alycia serra machinalement la main que l’épouse du général tendait vers elle. Elle sentit la chaleur de cette main ferme dans la sienne, une chaleur qu’elle garda longtemps sur sa peau.
— Puisque le lieutenant Hunter s’est déchargé de sa mission, Al sera l’officier en charge de tes déplacements à l’extérieur.
Madame Brooks ne cacha pas sa stupéfaction. Son époux la mettait plus ou moins devant le fait accompli sur la fonction qu’occuperait l’officier devant elle. Si ce dernier lui avait avoué plus tôt que le poste de responsable de sécurité serait pourvu par une femme, elle l’en aurait sûrement dissuadé. Le général détailla le visage crispé de sa femme et tenta de la rassurer.
— Ne sois pas soucieuse, chérie ! Je suis certain que le lieutenant Collins remplira ses fonctions avec professionnalisme et rigueur. Elle a toute ma confiance, termina-t-il en posant les yeux sur sa subalterne. Elle l’a d’ailleurs toujours eue.
— C’est un honneur, monsieur ! remercia la jeune femme, d’un signe d’approbation de la tête.
Le général s’excusa auprès de sa compagne et profita de l’occasion d’avoir fait de rapides présentations pour disparaître auprès d’autres convives.
— Alors c’est vous qui allez me chaperonner, Lieutenant Collins ? Je… Enfin, je…
Tout en souriant, Alycia fronça les sourcils sur l’embarras de la femme brune qui se tenait face à elle. L’épouse de son supérieur tenta de faire disparaître son trouble en réajustant nerveusement sa robe.
— Je suis désolée, je cache très mal mon étonnement, mais je m’attendais à voir… enfin à rencontrer un…
— Un homme ?
— Oui ! répondit gauchement son interlocutrice.
Un serveur passa près des deux femmes et leur présenta un plateau de rafraîchissements. Elles saisirent simultanément la même flûte de champagne. Leurs regards s’accrochèrent quelques secondes puis l’officier retira hâtivement sa main dès que ses doigts frôlèrent ceux de l’épouse du général.
— Je vous en prie, madame.
Madame Brooks porta promptement le verre à sa bouche et trempa ses lèvres dans l’alcool.
— Scott me parlait toujours de Al… je croyais que vous étiez un homme ! Je croyais que « Al » était le sobriquet d’Albert.
— Désolée de vous décevoir, madame, c’est un diminutif pour Alycia !
— Alycia, répéta madame Brooks. Sachez que je ne suis aucunement déçue comme vous pourriez le croire. Je suis juste un peu surprise de ne pas avoir été informée plus tôt par mon époux sur une décision me concernant.
Helena releva le menton et la regarda en plissant légèrement les yeux. Puis elle croisa les bras sur sa poitrine en faisant attention à ne pas renverser son verre.
— Je me demande tout de même ce qui a séduit mon mari pour qu’il soit persuadé que vous soyez à la hauteur de mes attentes ainsi que celles de ma fille.
— J’ai peut-être des talents cachés ! plaisanta la jeune femme en buvant une gorgée d’alcool.
— De la répartie, ça c’est sûr, mais le talent, cela reste à voir… Affecter une femme à la sécurité, j’avoue que je suis encore sceptique du choix de Scott.
— Oh ! sourit mesquinement la militaire avec défi. Seriez-vous misogyne, madame Brooks ?
Son air arrogant fit intérieurement sourire sa voisine.
— Non, cependant je crois qu’il va falloir que vous me prouviez vos valeurs et ce fameux talent si vous voulez me convaincre de mon erreur de jugement.
Alycia comprenait déjà la difficulté de sa mission et saisissait à présent les démissions successives de ses prédécesseurs, au vu du fort caractère que dégageait son interlocutrice.
— Cela sera un jeu d’enfant. Je passe mon temps à faire deux fois plus mes preuves que mes homologues masculins, se justifia-t-elle. Du coup, je risque fort bien de vous surprendre, madame !
Le visage d’Helena s’adoucit. Elle émit un léger sourire sur la réponse prétentieuse de la jeune femme.
— Eh bien, j’attends de voir cela !
Elle tendit la main vers celle à qui on confiait sa sécurité aujourd’hui, et la lui serra délicatement. Les deux femmes se jaugèrent encore une fois, avec une once de provocation.
— Demain ? Neuf heures ?
Alycia lâcha la main d’Helena et confirma le rendez- vous d’un signe de tête.
— Ce fut un plaisir, Lieutenant Collins !
— De même pour moi, madame !
Alycia la regarda s’éloigner jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans la foule. D’emblée, elle réalisa que le tempérament piquant de son interlocutrice lui rendrait la tâche plus difficile qu’elle ne l’avait prévu. Pourtant, le défi la motivait déjà.
Alycia profita de la fin d’après-midi pour faire discrètement le tour du propriétaire. En s’avançant dans le jardin, elle remarqua un accès privé à la plage. Les yeux fixés sur l’eau turquoise, elle laissa un sourire se dessiner sur ses lèvres. Déjà parce qu’elle pourrait se rafraichir régulièrement en nageant, et surtout parce qu’elle consacrerait plus facilement son temps libre à son sport favori.
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