🧪 Aperçu desktop en essai — visible uniquement dans ton navigateur · désactiver
Ton livre sur Lez Fix ? · 🧪 Bêta V08.279
i
L'application peut contenir des erreurs, n'hésitez pas à nous écrire pour nous envoyer vos commentaires.
📖 Extrait gratuit — Prologue à Chapitre 2 : Dans le vide
Chapitre 0 — Prologue
  1. Prologue
  2. 🔒 Chapitre 1 : Humanité
  3. 🔒 Chapitre 2 : Dans le vide
Ce livre vous plaît ? 🌐 Site officiel Acheter sur Amazon

Jetlag Sentimental · Mélina DICCI

Lire Jetlag Sentimental en ligne gratuitement Prologue

Vues : 1 728 vues

Tijuana, Mexique. Août 1989

L’orage ne faiblit pas. Une pluie torrentielle s’abat sur la ville, engorgeant les rues et rendant certains axes impraticables. Il s’agit de la dépression la plus violente depuis dix ans, une véritable tempête aux allures de fin du monde. Juan aide son frère à refermer la lourde porte de la petite église où ils ont trouvé refuge. C’est un endroit complètement isolé au milieu du chaos, le seul qu’ils étaient en mesure d’atteindre dans ces conditions. Le vent les repousse sans relâche, mais ils finissent par triompher des éléments. Du moins, pour le moment. Ils n’auront pas l’occasion d’arriver jusqu’à l’hôpital. De toute façon, ils n’auraient pas pu se permettre les frais.

Près de l'autel, la femme de Juan hurle de douleur. Manuela est enceinte et sur le point de donner naissance à son premier bébé. À peine âgés de vingt ans tous les deux, ils savent qu’ils n’ont pas les moyens d'élever cet enfant. La pauvreté dans laquelle ils vivent est accablante. Après une grossesse risquée et sous haute tension, Manuela s'apprête à accoucher dans cette église isolée.

Le crépitement des éclairs illumine brièvement l’intérieur sombre de l'église, révélant l’anxiété qui se lit sur les visages de Juan et de son frère. Tandis que la tempête fait rage à l’extérieur, une autre bataille se joue à l’intérieur : celle pour la vie de ce nouveau-né à venir.

Le destin de cette jeune famille semble déjà marqué par les épreuves. Mais parfois, dans les moments les plus sombres, c’est là que l’espoir se glisse discrètement, comme une étincelle vacillante dans la nuit. Et dans cette église perdue au milieu du déluge, un nouveau chapitre de leur histoire est sur le point de s’écrire, rempli d’incertitudes et de défis, mais aussi d'un amour incommensurable. Haut du formulaire

— Ramon, viens !

Juan tire son frère par la manche pour qu’ils rejoignent la future mère. Dans leur malchance, ils sont tombés sur un médecin humanitaire en mission non loin de là. En voyant Manuela, il n’a pas hésité à venir en aide au trio. À genoux près de la jeune femme, il souffle avec elle pour contrôler ses contractions. Ray effectuait sa toute première intervention depuis la fin de ses études. S’engager dans l’humanitaire était un choix audacieux pour ce jeune homme promis à un brillant avenir. Ce qu’il vit, à cet instant précis, est la raison pour laquelle il fait ce métier. Aider les autres en toutes circonstances.

— Respirez tranquillement ! instruit-il, fouillant dans son sac à dos pour soulager la jeune femme.

Loin de son poste de base, il se sent impuissant, d’autant que les contractions ont commencé il y a peu, mais déjà la jeune femme souffre toutes les deux minutes, le temps presse.

— Elle va mourir ? demande Juan, les larmes aux yeux.

— Non, personne ne va mourir ! assure Ray, plaçant sa veste sous la nuque de Manuela.

Il pose sa main sur son ventre, tandis que le tonnerre éclate à l’extérieur. Trempée de la tête aux pieds, prisonnière de cet édifice, Manuela a perdu les eaux il y a plus de quinze minutes, les contractions se rapprochent à moins de deux minutes d’intervalle, toujours plus puissantes les unes que les autres.

— Prenez-lui la main ! ordonne-t-il à Juan.

Le jeune homme obéit, pendant que Ramon prie juste à côté d'eux.

— C’est un peu la panique ! lance Ray pour se donner du courage.

Le nourrisson bouge encore, mais il faut faire vite. Ray réfléchit déjà à la suite, comment ramener tout le monde à l’hôpital humanitaire situé derrière la colline, dans ces conditions. S’ils attendent que l'orage se calme, il risque de perdre soit la mère, soit l’enfant, et il s’y refuse.

— D'accord ! Il arrive, venez m’aider !

Il agrippe Ramon par le bras pour le rapprocher de lui en observant la tête de l’enfant se présenter.

— Mettez vos mains juste là ! Quand le bébé va sortir, retenez-le.

Les membres de Ramon tremblent, mais il s’exécute. Le bébé ne se présente pas correctement, certainement gêné par le cordon qui entoure son cou. Il risque d'étouffer s’il n'agit pas immédiatement. Ray n’a d’autre choix que de tenter de détendre sa patiente afin de l’aider à accoucher plus rapidement. Il se souvient alors de ses quelques cours mère-enfant auxquels il a assisté durant sa longue formation de médecin humanitaire. Garder la mère au calme le plus possible et lui permettre de relâcher toute forme de pression. Si l’accouchement reste un processus naturel, Ray fera tout pour sauver cet enfant à venir.

— Poussez plus fort ! s’exclame Ray.

Une nouvelle fois, Ramon annonce qu'il voit le sommet du crâne du bébé.

— Allez, on respire !

Dans un cri de douleur, elle parvient à expulser le nourrisson. Ray se précipite pour le débarrasser de son cordon et le nettoyer du mieux qu’il peut avec les faibles moyens dont il dispose. Pour le moment, il espère simplement qu’il n’a pas les bronches trop encombrées. Les premiers pleurs résonnent dans l'église, Ray expire longuement, soulagé.

— C'est une fille…

Il étreint cette toute petite chose, puis la place contre sa mère. Des sourires apparaissent sur les visages épuisés. Ray prend une minute pour retrouver ses esprits et observer cette scène remplie de tendresse. Un moment de bonheur au cœur de cette journée cauchemardesque. Il inspire profondément, puis son regard se pose sur le sol. Beaucoup de sang se répand sur les dallages de l’église, quelque chose ne va pas, elle fait sûrement une hémorragie. Il se redresse subitement et vient à son secours.

— Vous m'entendez ? questionne-t-il en s’adressant à Manuela.

Le large sourire qui embellit son doux visage masque à peine sa pâleur. Très faible, elle couve du regard le bébé entre ses bras. Pour Ray, c'est un crève-cœur. Elle va mourir, il ne peut rien faire contre ça. À l'hôpital, elle aurait pu être prise en charge par un personnel médical compétent, et aurait certainement pu s'en sortir. Cependant, ici, dans ces conditions atroces, cela semble difficile. Démuni, il fait signe au père que le temps leur est compté. Les minutes à venir seront les dernières pour Manuela. Ne connaissant pas le passé médical de sa patiente et dans l’incapacité de lui offrir des soins appropriés, Ray ne peut que constater ce qui lui arrive. Il peut s’agir de tellement de choses différentes, qu’il ne peut apporter de réponse à son compagnon. Dans des circonstances comme celles qu’ils éprouvent, il n’est pas étonnant que la mère ne survive pas. Alors, il se met en retrait afin de leur laisser de l'espace. Toujours difficile de voir un patient partir sans pouvoir y changer quoi que ce soit. Quand il entend Juan pleurer de douleur, il comprend. Ramon console son frère, enroulant ses bras autour de lui. Dehors, le vent souffle si fort qu'il fait trembler la lourde porte du bâtiment, donnant l'impression qu'elle va s'écrouler d'un instant à l'autre. Assis à même le sol, Ray fait face au jeune couple. Juan s'est relevé avec l'enfant dans les bras. Enroulée dans la veste du secouriste, la petite fille s'agite doucement. Il tend les bras dans sa direction.

— Prenez-la, emmenez-la loin.

Ray scrute ce petit être, un peu perturbé par cette demande.

— Vous venez avec moi ?

Il fait non de la tête. Dans ces circonstances, Ray hésite.

— Je ne peux pas la prendre !

— S'il vous plaît… je veux être avec Manuela. Elle est trop petite, elle ne peut pas rester ici.

Le médecin se résigne à saisir l'enfant, ne serait-ce que pour soulager le père. Juan caresse délicatement le front du bébé. Il lui adresse quelques mots en espagnol, puis supplie des yeux l'homme qui vient de sauver sa fille.

— Moi, je ne peux pas prendre soin d'elle. Trouvez-lui une famille.

Cette demande surprenante déstabilise Ray. Il n'avait pas prévu de repartir avec un nouveau-né sur les bras, et encore moins en laissant le père derrière lui. Conscient de la vie qui attend l'enfant, il songe à tout ce qu'elle pourrait faire si on lui offrait les moyens de s'en sortir. Issu d'une famille modeste, Ray comprend la demande de cet homme qui rêve d'une existence meilleure pour son enfant. Un instant, ses yeux admirent cette petite chose fragile qui gigote dans ses bras. Oui, fragile et vulnérable. Après une brève réflexion, et touché par la sincérité de ce jeune homme, il abdique. Aucune chance qu'ils parviennent à rejoindre l'hôpital, surtout maintenant que Manuela est morte. Il est primordial de penser rapidement pour agir vite. Lui et ce tout petit bébé auront peut-être une chance de s'en sortir à deux s'ils partent tout de suite. Ray n'a pas été formé pour ce genre de situation, encore moins pour exfiltrer d'une église un enfant à peine né en pleine tempête. Cependant, les options restent minces et une décision doit être prise.

— Comment se prénomme-t-elle ?

Juan respire profondément et essuie son visage inondé de larmes.

— Kylita… Comme son arrière-grand-mère.

Ray acquiesce de la tête, emmaillote l’enfant un peu mieux pour qu’elle ne prenne pas froid.

— Entendu, je l’emmène.

— Merci… du fond du cœur, merci !

Juan ne s’attarde pas, retournant veiller sa femme. Le médecin les observe un instant avant de se diriger vers la sortie. Il lui reste encore à rejoindre la voiture garée plus haut sous cette pluie battante. Courant et prenant soin de ne pas glisser, il brave les éléments. Il retrouve son véhicule, place le bébé qui hurle sur le siège passager en le calant au mieux. La nuit est plus noire que jamais. Avant de démarrer, il prend une seconde pour remettre ses idées en place. Il a le choix. Retourner au dispensaire, déposer l’enfant là-bas où elle sera certainement placée dans un orphelinat au Mexique. Quelles chances a-t-elle dans ce contexte ? Ici, c’est l'une des régions les plus défavorisées du pays. Les probabilités pour qu’elle trouve une famille sont minces. À huit minutes en voiture se trouve le poste de frontière de San Ysidro. Il connaît quelqu’un qui travaille à l’hôpital là-bas, il lui suffirait de faire passer la petite fille en Californie et de la confier à cet homme de confiance. Ray met le contact et démarre. Le chemin n’est pas long, mais avec cet orage, il est périlleux. Puisqu’il n’a pas de temps à perdre, il roule un peu vite, les essuie-glaces à plein régime. Une main sur le volant et l’autre sur l’enfant pour la rassurer, il manque de sortir de la route plusieurs fois. Ce n’est qu’à la vue de San Diego que les choses se calment un peu. Un officier lui fait signe de s’arrêter à la jonction des deux pays. Ray baisse sa vitre et présente immédiatement ses papiers américains ainsi que sa carte de médecin.

— Le bébé semble malade, je dois faire vite !

L’officier vérifie les documents, puis braque sa lampe torche sur la petite. Salopard ! pense Ray en serrant les dents. Un dernier regard dans sa direction, puis il lui rend ses papiers.

— C’est bon, circulez !

Il reprend la route. La pluie a presque cessé. Ray se rend au poste de secours et se gare un peu n’importe comment. Avec précaution, il prend le bébé avant d’entrer dans le bâtiment. En le voyant arriver, la femme qui s’occupe de l’accueil se précipite.

— Je viens voir Ernesto ! Je suis Ray, dites-lui de venir tout de suite !

Sans laisser quiconque toucher l’enfant, il ordonne à la femme de faire venir son ami. L’urgence du moment l’empêche de poser des questions, et elle file dans le couloir. Ray berce le bébé en attendant quand un homme d’une quarantaine d’années débarque en trottinant.

— Merde, Ray ! C’est quoi ça ?

— Elle vient de naître !

Il lui tend la petite fille avec délicatesse.

— Elle semble avoir les bronches un peu encombrées, on va s’en occuper. Elle est née où ?

Ray hésite tandis que son ami le regarde avec insistance.

— À Tijuana ! La mère est morte ! finit-il par lâcher.

Ernesto comprend et soupire. Il ne s’agit pas du premier enfant à passer illégalement la frontière depuis le début du mois. Si cette pratique se généralise, c’est avant tout parce que les familles ne peuvent pas subvenir aux besoins de l’enfant. Dès lors, une grave décision s’impose.

— Je vais la faire transférer à San Diego. Tu sais comment elle s’appelle ?

Ray réfléchit une minute. Il n’a pas envie de trahir la promesse qu’il a faite à cet homme si triste d’avoir perdu à la fois sa femme et sa fille, pourtant il va falloir tricher. Il fixe de nouveau le bébé qui s’est enfin calmé.

— Kyle… elle s’appelle Kyle.

Curieuse de la suite ?

Continue à lire ou découvre où acheter « Jetlag Sentimental » en entier.

Voir où lire la suite →

Commentaires (0)

Connecte-toi ou crée un compte pour laisser un commentaire.

Aucun commentaire pour le moment. Sois la première à en laisser un.

Ouvrir dans un nouvel onglet ↗

📅
Quand as-tu lu ce livre ?

Même approximatif, ça nous aide à avoir des statistiques plus justes.

Installer LezFix sur iPhone/iPad