La véritable histoire de la princesse au petit pois · Natha GD
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Il était une fois, en un temps reculé, un royaume plus reculé encore. Dans ce royaume du nom de Drezolenn, il y avait, comme il se doit dans tout royaume qui se respecte, un roi. Ce roi du nom d’Ulrich le Grand, avait une reine. L’usage du verbe « avoir » peut vous surprendre mais pour lui, il s’agissait bien d’une propriété au même titre que les terres de son royaume, ses chevaux ou sa couronne.
Ce roi avait donc une reine. S’il n’avait pas une grande estime pour la gente féminine en général, le roi reconnaissait volontiers à qui voulait l’entendre que sa reine possédait trois qualités : elle avait tout d’abord du bon sens. D’ailleurs, il n’était pas rare qu’il partage avec elle les soucis du royaume et il était souvent surpris de trouver à son contact des solutions auxquelles il n’avait pas pensé avant. Sa seconde qualité était d’avoir eu la bonne idée de lui donner un fils puis une fille. Si on appelait cette descendance « le choix du roi », ce n’était pas un
hasard. Son fils, le premier né, lui succéderait sur le trône quand son heure aurait sonné. Quant à sa fille, elle lui permettrait un jour de sceller une alliance solide grâce à son mariage, programmé depuis sa naissance, avec le prince Douglas du royaume de Gaart. Pour finir, la troisième qualité de la reine et pas la moindre : elle savait préserver le roi des futilités liées à l’éducation des enfants.
La reine, en effet, avait du bon sens et pensait que ce que le roi ignorait ne pouvait lui faire de tort. C’est pour cette raison qu’elle ne lui parlait que rarement de l’éducation des enfants. Car, si le prince Paul était en tout point ce que l’on peut attendre d’un futur roi, il n’en était pas de même concernant Azénor, la princesse.
Cette jeune demoiselle n’était pas douce, délicate, belle et raffinée comme doit l’être une princesse digne de ce nom. En fait, Azénor, avait d’abord été une enfant espiègle et joyeuse sans que cela n’inquiète la reine. Mais la jeune princesse n’avait jamais accepté que son frère puisse faire des choses qui lui étaient interdites. Elle avait également un fort caractère et avait donc décidé qu’elle ferait exactement ce qu’elle voudrait. Elle pensait qu’être simplement elle-même était forcément digne d’une princesse puisque c’était un fait, elle était une princesse. Elle appliquait cette logique implacable à tout ce qui lui semblait absurde ou injuste. Ainsi, elle refusait l’idée que son statut puisse l’obliger à adopter des comportements minaudants et chichiteux qu’elle trouvait humiliants.
Totalement désemparée et dépassée par ce caractère indomptable, la reine avait engagé des précepteurs de tout le pays afin de lui inculquer les bonnes manières. De son côté, la princesse avait décidé de faire l’inverse de ce qu’on attendait d’elle quitte même à en faire un peu trop parfois.
Parmi les choses qui énervaient le plus Azénor, l’épineux problème des vêtements avait une place de choix. Elle détestait les robes car elles se déchiraient sans cesse quand elle essayait de monter aux arbres ou de faire du cheval. Elle adorait également courir mais la reine veillait à ce qu’elle ait des chaussures fines et délicates totalement incompatibles avec ne serait-ce qu’une marche un peu soutenue. Elle avait donc récupéré, pour ne pas dire « volé » une vielle paire de chausses en cuir ayant appartenu à un garde. Pour pouvoir les porter, elle avait mis une bonne quantité de mousse, trouvée dans la forêt, pour combler l’espace entre son pied et le bout de la chaussure. Il lui avait fallu quelques jours pour ne plus tomber en courant mais elle avait fini par s’habituer et pouvait maintenant parcourir de longues distances sans problème.
Du point de vue de la reine, ce qui l’agaçait le plus chez sa fille, c’était ses manières. Elle avait plus la démarche d’un bûcheron que celle d’une biche et on lui disait souvent qu’elle riait trop fort. Azénor ne comprenait pas ce reproche.
— Comment peut-on rire trop fort ? Soit on rit de bon cœur, soit on se tait ! pensait-elle. Que vaudrait la vie sans un bon fou rire chaque jour ?
Aux yeux de la princesse rebelle, les dames du château avaient toutes l’air si sinistre qu’elle ne voulait surtout pas renoncer au rire de peur de leur ressembler.
Parfois pour s’amuser et aussi un peu pour faire enrager la reine, elle n’hésitait pas à émettre des bruits incongrus dignes d’un banquet de fin de bataille. Elle adorait voir la tête des gens recherchant le fautif pour ses flatulences et autres éructations, craignant qu’on puisse leur attribuer l’origine du dérangement. Bref, malgré des heures passées avec toutes sortes de précepteurs, elle était ce que l’on pourrait appeler « un garçon manqué » et en était plutôt fière.
Elle avait renoncé à se couper les cheveux car l’unique fois où elle avait tenté l’expérience, elle avait eu du mal à s’asseoir pendant une semaine suite à la correction que la reine avait ordonnée qu’on lui inflige. Par contre, Azénor refusait que des servantes lui fassent des coiffures sophistiquées et contraignantes. Chaque matin, elle avait l’habitude d’attacher elle-même ses cheveux avec des tresses collées, rassemblées en chignon, ce qui était plus commode pour pratiquer toutes sortes d’activités en cachette.
Bref, elle vivait comme bon lui semblait et ne pensait pas que ça changerait un jour. Bien sûr, elle connaissait les projets de mariage la concernant mais elle espérait trouver le moyen de convaincre ses parents d’y renoncer en temps voulu.
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