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L'amour dans la tourmente · Megguy B

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Le réveil sonne, rompant brutalement le silence paisible de ma chambre d’hôtel. Pourtant, je suis réveillée depuis plusieurs minutes, profitant de ces derniers instants de calme avant de me plonger dans l’agitation de cette journée importante, mais j’aime attendre le signal pour me sortir du lit.

Aujourd’hui est le début d’un nouveau chapitre de ma vie. J’ai même envie de dire, d’un nouveau livre, carrément ! Je me lève et m’étire avec le sourire, essayant de chasser cette petite appréhension qui me chatouille l’estomac.

— Tu vas y arriver, Lauren, tu es une femme forte et déterminée, me dis-je à voix haute pour m’encourager.

Devant le miroir, j’attache mes longs cheveux châtains en un chignon strict. Pare mes yeux d’un fard doré et les souligne d’un trait d’eyeliner, parfait pour rehausser mes yeux noisette.

J’enfile un pantalon chino noir, un chemisier vert d’eau dont l’audace me prend de ne pas attacher le bouton masquant le galbe de ma poitrine. Je chausse mes escarpins à talons qui me font gagner encore cinq centimètres à mon mètre soixante-dix. Une petite veste pour affronter la petite brise du matin et je sors de ma chambre d’un pas assuré, déterminé et confiant.

Je suis simplement Lauren, une enseignante comme une autre, cherchant à transmettre ses connaissances et à inspirer ses étudiants. Je ne me considère pas comme particulièrement sexy, même si je me trouve jolie, mais comme une personne ordinaire essayant de se reconstruire et de faire de son mieux pour reprendre sa vie en main.

Après avoir avalé un chocolat et un croissant dans la salle à manger de l’hôtel, je me retrouve dans la ruelle, sac à main sur l’épaule, prête à affronter cette journée. Le doux soleil de septembre réchauffe l’atmosphère.

Je marche dans la rue de cette commune à quelques kilomètres de Bordeaux, admirant l’architecture élégante des bâtiments. Ces pierres blanches, typiques de la région, m’ont toujours séduite. Et ces champs de vignes, en plein milieu de l’agitation citadine, me fascinent.

J’avais proposé ma candidature dans différentes villes, mais je dois avouer que j’ai manqué de sauter de joie lorsque l’université de Talence m’a répondu favorablement.

Après quelques minutes de tramway, je marche au milieu du parc. L’air frais et les couleurs vibrantes de la nature m’apaisent immédiatement. J’adore cette sensation d’être entourée par des arbres majestueux, l’odeur des fleurs éclatantes et de l’herbe fraîchement coupée qui chatouille mes narines. Le campus s’étend devant moi comme une carte familière. Je regarde les différents bâtiments qui se dressent, mon nouveau cadre de vie professionnel. Je distingue les deux infrastructures qui abritent les amphithéâtres, les salles de classe et de recherche. Puis la bibliothèque, le restaurant, le complexe sportif et les résidences universitaires où la vie étudiante bat son plein.

En continuant ma marche, j’aperçois la zone en pleins travaux. Les bâtiments délabrés, avec leurs façades criblées de graffitis et leurs fenêtres brisées, offrent un contraste saisissant avec le reste du campus. Ces vieilles bâtisses reflètent comme une tache sombre dans ce tableau idyllique. Je note mentalement de ne pas m’aventurer ici une fois la nuit tombée, ce coin ne m’inspire pas confiance.

Un tour d’horizon rapide me permet d’évaluer l’étendue de ce domaine universitaire.

Waouh, beaucoup plus impressionnant que le campus d’où je viens ! Munie de mon plan et des indications reçues par mail, je suis les allées pavées entre les arbres centenaires et me dirige vers le bâtiment dans lequel je vais dispenser mon premier cours. Je ressens l’excitation et l’agitation des étudiants autour de moi, mais personnellement, je me sens perdue dans ce dédale d’architecture universitaire. Les jeunes se croisent, les sacs à dos slaloment entre les rires et les discussions animées. C’est un monde en effervescence que je m’apprête à rejoindre.

Je cherche la salle G204, celle qui deviendra le royaume de mon enseignement. Je tente de me frayer un chemin dans cette foule, mais comprends rapidement que je suis perdue au milieu d’un labyrinthe géant. Finalement, je m’approche d’une femme affairée avec son chariot de nettoyage.

— Excusez-moi, pourriez-vous m’aider à trouver la salle G204 ? Je suis nouvelle ici et je suis un peu désorientée.

Son regard, froid comme l’acier, se lève lentement vers moi. Elle marmonne une série d’indications, pointant vaguement son doigt en avant. Ses gestes brusques m’indiquent que je l’agace. Je hoche la tête avec reconnaissance, même si ses instructions sont aussi claires qu’un brouillard matinal.

Guidée par un mélange d’instinct et d’espoir, je m’aventure dans les couloirs, cherchant des indices familiers. Des bruits de conversation et de pas résonnent autour de moi, formant une cacophonie d’accueil. Les murs, décorés d’affiches colorées, vantent les activités estudiantines, les clubs et les évènements à venir.

Au détour d’un virage, je croise un groupe d’étudiants riant ensemble. C’est la reprise après deux mois de vacances, mais ils semblent heureux de se retrouver. Les salles de classe défilent, et finalement, je trouve le Saint Graal : la salle G204. Un soupir de soulagement s’échappe de mes lèvres. J’ouvre la porte et découvre l’espace où je vais partager connaissances et inspirations avec mes futurs apprenants. Voilà que débute une nouvelle aventure.

Je m’imprègne des lieux. La salle est baignée d’une lumière naturelle, provenant de grandes fenêtres donnant sur le parc. Puis je m’approche du mobilier, un joli bureau en chêne dont je caresse le plateau. Le toucher rugueux du bois me ramène vers les bancs de mon école primaire, j’adorais dessiner le contour de toutes ces veines du bout des doigts. Derrière celui-ci, un immense tableau blanc qui me transporte des années en arrière, à l’époque où j’ai commencé à enseigner, à partager mes connaissances, ma passion et ce désir de nourrir la curiosité des étudiants. Dans un coin se trouve une étagère avec des livres d’enseignement ainsi qu’un meuble à casier avec une clé. Parfait, je pourrai y laisser mes affaires.

Je sors mon matériel pour cette première journée, quelques copies et des feutres.

Lorsque la sonnerie retentit, j’inspire profondément et patiente. Les bruits de pas dans les couloirs ne tardent pas à se faire entendre. Soudain, sans délicatesse, la porte s’ouvre et une flopée d’étudiants envahit l’espace. Je me suis levée pour les accueillir avec un sourire. Certains m’ignorent, d’autres me jettent des regards furtifs et sans surprise, quelques plaisanteries maladroites fusent.

Mon regard se fixe sur le fond de la salle, mais mes oreilles captent quelques mots malveillants. Ils jugent mon apparence, comme si elle déterminait ma légitimité dans cet environnement académique. Certes, j’ai l’habitude de ce genre de remarques avec de jeunes adultes qui s’émoustillent pour pas grand-chose, mais quand même.

Malgré mon trac, je ne dois rien laisser paraître et j’attends patiemment qu’ils s’installent. Prenant une profonde inspiration, j’affiche un sourire confiant et me présente.

— Bonjour, je suis votre nouvelle enseignante d’atelier d’écriture, Lauren Thomas !

Un lourd silence, puis des chuchotements.

— Je vais faire l’appel afin de mettre des visages sur les noms que j’ai sous les yeux. Je vous demanderai de bien vouloir répondre présent. Marie Blatel !

— Présente.

— Nicolas Dutel !

— Présent.

Je continue, ravie de ne pas constater d’absent jusque-là.

— David Galant !

— Pour vous servir, Madame ! me répond un jeune homme après s’être levé.

Tous ses camarades pouffent de rire. Mon Dieu, je ne suis pas sortie de l’auberge si du haut de leurs dix-neuf ans, ce genre de blague les fait rire.

Je cherche le nom suivant sur ma liste et poursuis jusqu’à la fin.

— Je n’ai oublié personne ? demandé-je en scrutant la salle.

Une main se lève.

— Si, moi, me répond une voix féminine.

Mes yeux s’arrêtent sur une jeune femme assise au fond, à l’écart des autres étudiants. Ses traits captent immédiatement mon attention. Ses cheveux sombres tombent en cascades autour de son visage délicat, sa beauté me perturbe quelques secondes.

Reprends-toi tout de suite Lauren, c’est une élève qui a largement dix ans de moins que toi ! me réprimandé-je.

— Puis-je avoir votre nom ?

— Duval. Olivia Duval.

Après avoir ajouté son nom sur la liste, je commence le cours en sondant un peu le niveau de la classe.

— Très bien. Donc vous avez choisi cette option pour explorer l’écriture en groupe. Les ateliers alternent entre spontanéité avec des jeux et propositions littéraires prenant appui sur des textes d’auteurs. Je compte donc sur vous pour une entente cordiale. Je ne tolérerai aucun jugement. Chacun est invité à laisser respirer son écriture, revisiter à sa guise ses rêves et ses envies, son quotidien et le champ des possibles !

L’heure qui suit se déroule dans le calme, chaque étudiant prenant note de mes consignes.

La sonnerie résonne, j’ai à peine le temps d’augmenter ma voix pour donner des instructions que tout le monde sort précipitamment. Sauf Olivia que je stoppe dans son élan.

— Mademoiselle Duval ?

— Oui ?

Je peux maintenant observer la couleur de ses yeux, un vert perçant. Il y a quelque chose dans son regard, une lueur d’intensité mêlée à une touche de vulnérabilité, qui fait battre mon cœur un peu plus vite. Ses longs cheveux, bruns et lisses, cascadent dans son dos. Elle replace une mèche plus courte qui retombait sur son visage. Son geste délicat me charme.

À peine plus petite que moi, sa prestance me déstabilise néanmoins. Une légère confusion flotte dans la salle alors que je prends conscience de l’effet qu’Olivia a sur moi. C’est un moment fugace que je stoppe rapidement en reprenant mes esprits.

— Un problème pour que vous ne soyez pas sur ma fiche ?

— J’ai ajouté votre option à la dernière minute. Je vais passer au bureau de l’administration pour vérifier que tout est en ordre.

— Très bien, à demain. Passez une bonne journée.

— Merci, vous aussi Mademoiselle Thomas.

Je redescends les étages et me retrouve, encore, au milieu de ces couloirs labyrinthiques qui semblent se moquer de ma tentative de navigation.

Un murmure doux, presque caressant, atteint mes oreilles.

— L’espace détente pour les enseignants, c’est par là, me chuchote Olivia en indiquant la direction d’un geste discret.

Je la remercie d’un sourire hésitant et suis la direction indiquée. Le parfum d’Olivia flotte encore dans l’air, me laissant avec une étrange sensation de confusion.

Shit ! Arrête ça tout de suite, Lauren. Ne laisse pas un simple geste te perturber à ce point. Concentre-toi sur l’espace des enseignants et laisse cette étrange sensation s’estomper, me sermonné-je.

Je me secoue et mes pas me mènent dans la fameuse pièce que je cherchais.

Je trouve déjà des collègues installés autour d’une grande table.

— Bonjour, les salué-je en entrant dans la pièce.

— Oh ! Bonjour, vous êtes la nouvelle ?

— Effectivement, Lauren Thomas, professeure d’atelier d’écriture et d’anglais.

— Enchantée Lauren, je suis Emma, littérature, se présente une magnifique femme.

Elle fixe son regard dans le mien avant de reprendre :

— Le directeur nous a parlé d’une nouvelle arrivante d’Angleterre lors de la pré-rentrée, ravie de te rencontrer, vraiment.

Cheveux blonds, des yeux bleus, une silhouette fine et harmonieuse, vêtue d’une jolie robe s’arrêtant au-dessus des genoux. Des bottines et un sourire charmeur lui confèrent un côté très séduisant.

— Oh ! Super ! m’exclamé-je. Nous pourrons échanger ensemble.

— Avec plaisir, confirme-t-elle en passant à côté de moi.

Elle n’a pas loupé mon regard qui glisse sur son corps et je me sens rougir. Je ne me cache pas, et pourquoi me priver de belles choses lorsqu’elles sont sous mes yeux ? Après tout, je ne touche pas, je ne fais que regarder.

Son doux parfum laisse une traînée derrière elle. Un mélange légèrement épicé. Je ne suis pas fan, mais il n’est pas désagréable pour autant.

— Je peux t’offrir un café, Lauren ?

— Un chocolat, s’il te plaît. Merci.

Elle bip son badge sur la machine et sélectionne une boisson. Dès qu’elle est prête elle me la tend tout en précisant :

— Celui-ci n’est pas terrible, si j’ai un conseil à te donner, arrête-toi au Starbucks avant de venir ou prends ton thermos, ajoute-t-elle avec un clin d’œil.

— Merci du conseil, je retiens.

Je trempe mes lèvres dans la boisson et grimace en sentant le goût du café, un mokaccino, je déteste ça. Je garde le verre en plastique dans ma main, comptant bien m’en débarrasser rapidement et discrètement.

D’autres enseignants se présentent et nous échangeons sur l’ambiance du campus. Quelques anecdotes déclenchent des fous rires bienvenus pour ce moment de détente. Tout le monde a l’air de bien s’entendre. C’est plaisant et rassurant.

— Bonjour, je suis Valentin, entraîneur de rugby, me salue un Monsieur Muscles à l’allure de surfeur en arrivant dans la pièce avec son sac sur l’épaule.

Blond aux yeux bleus, les cheveux un peu longs, il replace sa mèche d’un geste de la main qu’il pense séduisant. Il n’en est rien me concernant.

— Bonjour, Lauren, atelier d’écriture et anglais, dis-je pour abréger la conversation.

— Un café ? propose-t-il gentiment.

— Vous avez été doublé, lui fais-je remarquer en tendant mon gobelet.

Je souris et croise le regard rieur d’Emma.

— Laisse tomber, Val… nous ne jouons pas dans la même catégorie, l’achève-t-elle avant de sortir de la salle.

— Quoi ?! Mais…

Je pense avoir la même tête que Valentin à ce moment-là. Comment Emma sait-elle pour moi ? Mon regard sur elle ? À n’en pas douter ! Shit, ça commence fort dès le premier jour.

Je fronce les sourcils et Valentin m’interroge du regard pour être sûr de bien comprendre le sous-entendu. Je hausse les épaules pour toute réponse et suis abordée par le directeur qui m’invite à le suivre dans son bureau. Je profite de passer devant une poubelle pour jeter ma boisson. Nous échangeons sur le premier cours ainsi que sur le programme. À part l’entretien en visio, tous nos échanges se sont faits par mail. Cette première journée ne commence pas trop mal. L’équipe est accueillante, les étudiants, ma foi, tous les mêmes, donc sans surprise. Il me suffira de prendre mes marques et tout ira bien.

***

— La vue est sublime ! m’exclamé-je en observant les vignes.

— Aucun vis-à-vis, vous avez l’usufruit de la terrasse de toit. Il est idéal pour une personne seule ou un couple. Vous avez une première chambre juste ici, puis une deuxième en face avec la salle de bains commune aux deux pièces, et une cuisine ouverte. Le quartier est très calme. C’est mieux en vrai que sur nos échanges vidéo, n’est-ce pas ?

— Je confirme ! Je ne regrette absolument pas cet investissement.

— Bien, il est temps que je vous remette les clés. Bienvenue chez vous, Madame Thomas.

J’attrape le trousseau que l’agent immobilier me tend et le remercie avant qu’il ne disparaisse.

Effectuer cette transaction à distance a été un peu compliqué, mais me voilà enfin chez moi. Cet appartement me parle, spacieux, lumineux, entre la ville d’un côté et la nature de l’autre. Je sens qu’il deviendra vite mon cocon. À proximité de l’université, refait à neuf, un prix attractif suite à la mutation de l’ancien propriétaire pressé de vendre, c’est la vue qui a terminé de me séduire.

À peine le temps d’explorer à nouveau cet espace encore vide que le klaxon des déménageurs retentit en bas de l’immeuble.

Pile à l’heure ! J’apprécie la ponctualité.

Un groupe d’hommes dépose mes meubles et mes cartons en fonction de mes consignes et en fin de journée, mon petit nid douillet a pris vie. Une fois seule, je respire profondément. Je suis prête à écrire mon histoire dans cet endroit que je peux enfin appeler « chez moi ».

Sur le balcon, la vue m’offre le loisir de contempler de magnifiques vignobles. Un château non loin, quelques passants et joggeurs. De plus la hauteur me permet de ne pas subir le bruit de l’activité en contrebas. La baie vitrée refermée, je m’installe dans mon grand canapé d’angle et consulte mon programme pour l’année scolaire qui m’attend. Je soupire de contentement, profitant de cet instant de calme avant de me plonger dans les préparatifs de la semaine. Je suis impatiente de découvrir ce que cette nouvelle vie me réserve, de rencontrer de nouvelles personnes, de vivre de nouvelles expériences. Et je suis déterminée à saisir chaque opportunité qui se présentera à moi avec enthousiasme.

Oui, cette nouvelle vie commence sous les meilleurs auspices, et je compte bien en profiter pleinement.

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