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Le marquis de Carabas et son Chat Botté · Olin Torvingen

Lire Le marquis de Carabas et son Chat Botté en ligne gratuitement Chapitre 1

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— Mon père était magicien…

— Je croyais qu’il était meunier, répondit le chat.

— Mon père était magicien, reprit Érica. Il a transformé sa fille successivement en machine à laver, à repasser, en cuisinière, en gouvernante et en cruche.

— En cruche ! Il en manquait donc ? Je suis étonné qu’il ait jamais eu besoin d’un pareil instrument, dit le chat en enfouissant son museau sous ses pattes.

— Il a fait de moi une servante docile et destinée à le rester…

Le chat se mit à bâiller et à s’étirer.

— Et maintenant, ton frère aîné a non seulement hérité du moulin, mais aussi de ses pouvoirs, dirait-on…

— Mon frère ? Magicien ? fit la jeune femme avec une grimace amusée.

— On dirait bien qu’il va changer la servante cuisinière en bourse sonnante et trébuchante !

La jeune femme quitta son sourire en cherchant les yeux du chat. Ce n’était pas une très bonne idée. Si le chat parlait comme un homme, il avait en revanche bel et bien les yeux d’un chat, l’iris en demi-lune tranchante comme une épée et froide comme la nuit.

— Dis-moi ce que tu sais. S’il te plaît.

Là encore, la stratégie, s’il y en avait une, était mauvaise. Erica avait appris avec le temps que le chat était un félin assez ordinaire : il aimait se faire désirer et jouer lorsqu’il savait qu’il pouvait gagner. Le chat ferma légèrement ses paupières et vint se frotter contre sa main.

— Je ne suis pas sûr de me souvenir… C’est sûrement parce que j’ai un peu faim.

— Moi aussi… Et comme mon héritage a l’air savoureux, je vais peut-être le dilapider dès ce soir et m’offrir un civet de chat à la moutarde…

La gorge du chat émit un son rauque, mais elle le saisit par la peau du cou et le souleva avant qu’il n’essaie de la griffer. Ils avaient ce genre de batailles occasionnellement et elle en avait une assez grande expérience pour comprendre ce qu’un moment d’inattention pouvait lui coûter.

— Tu es à moi le chat, tu sais ce que ça veut dire ! Je suis le meilleur choix que tu aurais pu avoir…

— J’aurais pu être au fils qui a eu le moulin ! J’aurais dormi tout le jour et toute la nuit ! Il ne m’aurait pas obligé à réfléchir et à discourir jusqu’à ce que mon cerveau ne me fasse mal !

— Mon pauvre petit minou ! Je donne à mon frère un an à peine pour garder son moulin, paresseux comme il est ! Un an de plus, grâce à la dot de sa future hypothétique femme, s’il en trouve une avant que sa réputation ne soit faite !

— J’aurais pu aller avec le fils qui a eu l’âne !

— Tu sais ce qu’il veut en faire de l’âne, ce pauvre Marc ? Il veut le vendre ! J’ai essayé de le convaincre de ne pas le faire. Je lui ai expliqué qu’il pouvait louer ses services. Mais il ne veut rien entendre ! Une fois qu’il l’aura vendu, il n’aura plus rien. Et que fera-t-il ?

— Il n’aime pas faire grand-chose… tempéra le chat.

— Pourquoi les excuses-tu comme ça ? C’est la solidarité masculine ? Parce qu’on m’a donné le choix, à moi, d’être en cuisine ? D’être la servante d’hommes qui n’ont jamais eu que du mépris pour moi ? De leur laver leurs chemises, de frotter le sol alors qu’ils ne sont pas fichus de retirer leurs bottes avant d’entrer, ni de dire merci pour le repas qu’ils trouvent prêt après leur journée de travail ? s’irrita-t-elle en relâchant le chat un peu brusquement. Quand je pense que père les a laissés aller à l’école  ! Et ces idiots ont refusé d’y assister plus de deux semaines !

— Ça ne devait pas être si simple, avec leurs corvées à faire en plus !

— À moi, on ne m’a pas proposé…

— Ce n’est pas pareil ! s’indigna le chat.

Le regard qu’Érica lui lança, incita l’animal perspicace à ne pas s’étendre sur le sujet.

— Au moins, ils ne t’ont pas fait de mal…

Erica se raidit et chercha le regard du chat, les sourcils froncés.

— Tu veux dire qu’ils ne m’ont pas abusée ? C’est ce que tu veux dire ? Que je dois leur en être reconnaissante ?

— La petite de la boulangerie a un sort pire que le tien !

Son cœur se serra en pensant à la jeune fille. Mais elle était si petite et si fragile, qu’aurait-elle pu faire… Pour me faire subir ça, il aurait fallu qu’ils puissent m’assommer, songea-t-elle, parce que je suis aussi forte qu’eux. Aussi grande que Marc et plus forte que Samuel, mais contre les deux à la fois, elle savait qu’elle aurait été impuissante. Le chat avait raison, s’irrita-t-elle en se lavant les mains. Elle n’avait jamais reçu que des coups de son père et des mots durs de ses frères. Ils ne l’avaient jamais touchée. Mais quelque chose grondait en elle. Est-ce qu’on pouvait se satisfaire d’un tel sort ? Sa vie minable la désespérait. Elle savait qu’elle aurait pu s’occuper du moulin mieux que son frère aîné. Elle aurait pu louer l’âne dans une ferme où elle aurait pu trouver une place comme servante. Elle se remit à pétrir sa pâte à pain énergiquement.

— Il veut te marier avec le fils du boucher, dit le chat. On lui a promis une dot assez considérable.

— Il veut me vendre ?

— Il veut te marier ! reprit le chat. Tu as largement l’âge ! S’il ne le fait pas maintenant, ce sera trop tard !

— Avec le fils du boucher ?

— Oui.

— Celui qui boit ou celui qui a tué son épouse ?

— … Il ne l’a pas tuée… Elle est tombée dans la cave, tu sais bien, dit le chat.

— Quand est-ce qu’il va m’annoncer la bonne nouvelle ?

— Tout a été décidé hier mais la dot ne sera versée que dans deux jours, alors je suppose que c’est pour bientôt.

La jeune femme se tut et effectua ses tâches méthodiquement. Le chat s’endormit, étonné par la docilité inhabituelle de sa maîtresse. Il songea que la perspective de quitter cette demeure inhospitalière devait lui convenir. Après tout, elle était assez intelligente pour se débarrasser de son futur mari et assez courageuse pour montrer à sa belle-famille les avantages d’avoir un cerveau pour gérer leurs affaires. Le futur beau-père était un homme bon et ouvert. Il avait accepté l’énormité de la dot autant par bonté que par calcul. Érica avait toujours eu du mal à nourrir sa famille avec le peu d’argent que son père lui donnait, mais en se débrouillant à troquer ou à faire des commissions pour les uns et les autres, elle avait toujours réussi à payer ses dettes. Le commerçant savait qu’elle était capable et courageuse. Aussi grande qu’un homme et bien bâtie, elle ferait une bonne bouchère… Et elle pourrait rendre les coups si son futur époux osait lui en donner, il en était sûr. Le chat pouvait lire dans l’esprit des hommes parfois et ce n’était pas souvent qu’il y voyait la compassion. Le père du boucher pensait offrir à la jeune fille un avenir plus brillant que celui qu’elle pouvait espérer en restant au moulin.

Le chat était serein. Après une vie dans un moulin plein de souris, la vie dans une boucherie lui apparaissait comme une promotion sociale bienvenue. Il se lécha les babines en imaginant la qualité, la variété de la viande à disposition, les odeurs de cuisine et de sang autour de lui. Il se laissa rouler sur le dos en ronronnant de plaisir.

*

Le chat était en train de chasser sous la charpente.

Érica savait toujours où il était. C’était le lien particulier qui existait entre le maître et l’étrange animal. Son père n’avait jamais été le « maître du chat ». Aucun des hommes de la maison ne l’avait jamais entendu parler. Le chat choisissait ses interlocuteurs et parfois, il trouvait un être d’exception qui l’enchaînait à lui, lui avait-il expliqué. Le chat ne comprenait pas vraiment comment ni pourquoi, mais quand cela arrivait, il ne pouvait plus partir et devait attendre que le maître meure. Le chat ne lui avait pas appris grand-chose, sauf que c’était une chance pour elle, d’avoir un allié tel que lui. Elle haussa les épaules. Son allié était en effet très puissant face à une horde de souris, reconnaissait-elle, mais elle n’avait jamais considéré les rongeurs comme une très grande menace…

Les frères étaient partis tôt ce matin-là, sans un mot. En voyant le chargement de la charrette, Érica avait deviné qu’ils allaient faire leur livraison au village.

Elle avait préparé un sac de nourriture et dans un autre, elle avait glissé un couteau de chasse qu’elle avait soigneusement aiguisé, un livre de compte et un crayon. Elle quitta sa robe et enfila d’anciens vêtements de ses frères qu’elle avait ajustés à sa taille. Elle les utilisait pour ne pas être importunée lorsqu’elle allait rendre visite aux bergers. Elle jeta le reste dans son sac.

Elle regarda son reflet dans le miroir. Même dans des braies, les longs cheveux blonds qui cascadaient dans son dos la trahissaient. Son père l’avait toujours complimentée sur la beauté de ses cheveux, disant qu’ils lui rappelaient sa femme et Érica, bêtement émue, les avait gardés longs. Elle réalisait maintenant que c’était son véritable atout. Elle était peu féminine. Face aux autres filles, elle se voyait comme une caricature, avec sa stature longue et athlétique et son visage trop autoritaire. Toujours en compétition avec ses frères, elle n’avait pas eu le luxe d’apprendre à se conduire comme une femme et se trouvait gauche lorsqu’elle devait faire une apparition lors des fêtes de village. Elle s’était battue, jeune, avec une bonne partie des garçons des villages voisins et elle leur avait fait mordre la poussière. Ce n’était pas étonnant qu’elle n’ait pas été sollicitée de façon inconsidérée par un quelconque prétendant. Lorsque son père lui avait demandé de ne pas couper ses cheveux la première fois, elle n’en avait pas compris la vraie raison. Elle avait songé qu’il s’adoucissait dans la maladie. Mais non. Il avait dû comprendre la valeur que sa chevelure apporterait en plus à la dot.

Elle saisit les ciseaux et coupa sa longue chevelure sans regret. Elle les brûla dans le foyer sans en laisser de trace. Elle resserra encore le bandeau pour mieux aplanir sa poitrine. Elle espérait pouvoir passer pour un homme. Il faudra juste que je pense aussi stupidement qu’eux ! songea-t-elle malicieusement.

Mais c’était juste une plaisanterie pour détourner son cerveau de l’acidité du moment. Elle réalisait qu’elle avait fait un choix. Connaissant ses frères, il n’y aurait pas de seconde chance. C’était effrayant. Elle se regarda dans la glace encore une fois. Dans ses habits masculins, avec ses cheveux courts sous un chapeau usé, soupesant ses sacs, elle se sentit perdue et manqua de renoncer.

C’est ça ou être la femme du boucher… songea-t-elle.

Elle essaya de s’imaginer dans le rôle : trancher des côtelettes, être polie avec les clients, supporter la belle-mère, le poids d’un homme sur elle, l’odeur d’un homme sur elle. Un homme qu’elle ne désirerait jamais.

Elle frissonna.

— Je ne serai jamais la femme de personne ! décida-t-elle.

Et après avoir appelé le chat, elle ferma la porte de la masure derrière elle.

— C’est quoi cet accoutrement ? fit le chat scandalisé.

— C’est plus pratique pour marcher, répondit Érica.

— Je ne suis pas aussi stupide qu’un chien ! Qu’es-tu en train de faire ?

Elle baissa les yeux vers le chat.

— Si seulement j’avais eu un chien qui parle ! Au moins, son flair m’aurait été utile et sa compagnie bien meilleure !

— Tu te moques de moi ! rétorqua le chat, outré. On va marcher jusqu’où ? Pourquoi on prend le chemin de la montagne ?

— On a tous les deux besoin d’exercice. Tu commences à prendre du poids.

— N’importe quoi ! Un chat, ça ne prend pas de poids, ça fait des réserves ! gronda-t-il.

Il ne voyait déjà plus le moulin ni le village. Il était exaspéré car, depuis leur départ, ils n’avaient rencontré personne sur le chemin. Quitter une maison qui avait l’attrait d’une bonbonnière à souris, à cause du stockage du grain attenant, était un crève-cœur, mais quand il pensait au paradis perdu qu’avait représenté la boucherie ! Il grogna encore.

— Donc tu as pris la mouche à cause de ce mariage ! Cette marche est une fuite idiote et dangereuse ! Tes frères vont venir nous chercher, te battre encore et ta future famille va te prendre pour une folle avec tes guenilles et tes cheveux courts !

— Si j’avais su que c’était si agréable, je les aurais coupés depuis longtemps !

— Tu n’as plus rien d’une femme maintenant !

Elle retint sa colère. Ce chat avait l’art de remuer le couteau dans la plaie. Il connaissait ses complexes et ses vulnérabilités, et il attaquait avec la cruauté du prédateur qu’il était. Elle savait qu’elle avait un corps androgyne, mais ses cheveux étaient blonds et elle avait un beau sourire. C’est ce que disaient les compliments qu’elle avait reçus quelquefois. Sa poitrine aussi disait qu’elle était femme.

— J’ai faim, dit le chat.

Après avoir entendu plus de dix fois la même réflexion, elle perdit patience :

— Débrouille-toi ! Tu es un félin après tout !

— La chasse prend du temps et tu as le pas léger et gracile d’un éléphant… Toutes mes proies potentielles sont parties depuis des lustres avant que j’arrive assez près pour leur faire leur affaire !

— Tu chasseras cette nuit !

— Quelle mouche t’a piquée ? Ce n’était pas si terrible ce mariage ! Que peux-tu espérer de mieux ?

Érica ne répondit pas. La route de la montagne était difficile et elle espérait que ce que le vieux berger lui avait appris sur la lecture des astres, dans son enfance, était vraie. Quelques années plus tôt, elle avait dessiné sur le livre de compte qui lui servait de cahier à dessin, la vieille carte qui traînait chez son père. Ça lui avait pris plus de trois jours. Elle se demandait si, finalement, elle ne s’était pas préparée toute sa vie à ce voyage.

Ignorant l’humeur de son compagnon, elle se concentra sur la chaleur plaisante du soleil sur sa peau, le chant timide des oiseaux et le bruit du vent dans les broussailles. L’odeur de la terre humide et la nature qui se révélait sous la lumière changeante, tout éveillait en elle une sensation de bien-être inconnue jusqu’alors. Elle avait ôté son manteau qu’elle avait rangé dans son sac de vêtements et avait remonté les manches de sa chemise. C’était étrange de marcher seule, sans destination, dans des habits masculins. Plus elle s’éloignait de sa masure, plus les couleurs de la terre et de la flore semblaient vives. Elle remarqua qu’il y avait moins d’arbres morts et que les cultures dans les champs étaient plus hautes, les grains plus gros. Loin de la vallée du moulin, le monde semblait immense. Ça devait être la griserie de la liberté.

Ils marchèrent en silence tout le jour et alors que le soleil descendait, elle décida de s’arrêter le long d’un ruisseau. L’eau qui coulait doucement semblait potable.

— C’est une mauvaise idée, dit le chat. Les animaux sauvages viennent boire lorsque la nuit tombe. Tu seras une proie facile pour eux.

— Lorsqu’ils viennent boire, ils ne sont pas dangereux. Je vais faire un feu pour qu’ils ne s’approchent pas.

— Remplis ton outre et éloignons-nous un peu, les sorcières et les ondines errent près des cours d’eau. Les loups aussi.

Érica obéit. Après tout, le chat en savait plus qu’elle. Lorsqu’elle le vit laper l’eau du ruisseau, elle remplit son outre, puis elle l’imita.

— Si ce voyage te déplaît tellement, tu pourrais me conduire dans la grotte d’un ours et le laisser me dévorer, dit la jeune femme.

— Ne me tente pas ! répondit le chat.

Elle sourit, mais elle ne savait pas quoi penser. Le chat avait été son ami pendant son enfance, mais elle avait découvert en grandissant qu’il y avait un côté cruel et vicieux chez lui.

— Je ne suis qu’un chat. Il n’y a pas de bien ni de mal. Il y a la faim et la survie. Le jeu et le pouvoir.

Quelquefois, il avait l’air de pouvoir lire dans ses pensées et d’autres fois, il n’avait aucune idée de ce qui pouvait lui passer par la tête. Elle ne savait pas l’expliquer non plus.

— Parfois tu me laisses te caresser et tu ronronnes sous mes mains, dit Érica.

— C’est parce que j’aime ça.

— Tu ne ronronnais jamais quand Samuel te caressait.

— Il était brutal. C’est plus agréable avec toi. Je sais que tu m’aimes. Tu me caresses doucement… Et c’est toi qui me nourris.

— Je suis vraiment seule au monde, murmura-t-elle d’un sourire amer.

— Je ne suis pas le compagnon parfait, mais au moins je suis là ! se défendit le félin.

Le feu se mit à jaillir alors que la jeune femme posait les pierrefeux au creux de plusieurs bouts de bois qu’elle avait rassemblés.

Le chat ronronna, assis devant le feu, les yeux mi-clos, appréciateur.

— C’est bien d’avoir choisi du bois de rose. L’odeur est agréable pour l’humain mais les ours n’aiment pas ça et les loups non plus.

Elle acquiesça d’un signe de tête.

— Et les chats ? demanda-t-elle.

— Les chats vont aller chasser. Ils n’aiment pas trop l’absence de viande dans ton sac. Et c’est vrai que ce bois a des relents de chaise percée.

Sur ce, le prédateur affamé s’en alla.

Érica soupira intérieurement en enlevant ses bottes pour se masser les pieds. Elle n’était pas habituée à marcher autant. Elle s’était confectionnée un lit de brindilles et de mousse et y avait posé une mauvaise couverture, espérant que cela serait assez pour repousser l’humidité du sol. Elle s’était installée contre des rochers, à une cinquantaine de mètres de la rivière, comme le chat le lui avait suggéré. Elle avait placé son sac de victuailles près d’elle. Son sac de vêtements lui servirait d’oreiller et ses manteaux de couverture. Ses victuailles dureraient environ cinq jours, si elle pouvait se rationner comme elle l’avait fait aujourd’hui. Elle avait quelques pièces d’argent, accumulées en secret au fil des ans, à force de petits travaux qu’elle avait effectués çà et là. Ne sachant si elle était rassurée par cet inventaire, elle s’allongea, épuisée. Elle s’était toujours sentie seule, alors pourquoi est-ce que ça lui semblait pire maintenant ?

Je suis en terre inconnue, je suis fatiguée… c’est normal. Dormir et arrêter de penser à demain.

Avant de fermer les yeux, elle se surprit à humer l’air. Les odeurs de bois de santal, de pin et d’athelas l’entouraient. Elle était étonnée de ne pas être effrayée par les bruits des arbres et des animaux dans la nuit. Ses paupières se fermèrent, alors que la beauté des paysages qu’elle avait rencontrés sur sa route rejaillissait dans son esprit.

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