Chapitre 1 — Chapitre 1 - Ma petite histoire
- Chapitre 1 - Ma petite histoire
- 🔒 Chapitre 2 - Mes petits tracas
- 🔒 Chapitre 3 - Mes petites excuses
Le petit monde de Will · Mélina DICCI
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L’alarme braille une nouvelle fois. Gueule de bois. Foutu réveil, foutu lundi matin, foutu marteau-piqueur qui me vrille le crâne, foutu tout court ! J’envoie valser mon téléphone, il s'écrase quelque part dans ma chambre. Je grimace en entendant le bruit effroyable du choc retentir. La tête toujours enfoncée dans mon oreiller, les yeux fermés, j’encaisse. Quelle flemme de championne je traîne ce matin encore ! Sortir le dimanche soir devrait figurer sur ma liste des choses à ne plus faire passé trente ans. Si seulement je savais où j’ai mis cette fichue liste ! Si seulement je savais où j’ai mis ma dignité, surtout. J’ouvre un œil, celui me permettant de scanner l’endroit où je me trouve. Chez moi, enfin une bonne nouvelle, cela signifie que je n'ai pas terminé dans les draps d’une inconnue. Un bon point pour ma fierté. Le soleil de la Floride éclabousse déjà la pièce à travers les stores, la chaleur de Miami m’étouffe malgré l’heure matinale. Allez, redresse-toi, feignasse ! La tête dans du coton, je hisse comme je peux ma carcasse assommée par l’alcool de la veille. Tout tourne, même le plafond. Un café, une douche, et au boulot. Les gars du chantier ne survivront pas à un nouveau retard de ma part. Le plus important, ne surtout pas croiser mon reflet dans le miroir avant d’avoir évacué les dernières vapeurs de tequila. L’appartement, plongé dans un calme prodigieux, me renvoie à ma solitude toute récente. Je partageais cet endroit avec une Anglaise, qui a lâchement fui il y a moins d’un mois. Je me retrouve donc à payer ce loyer exorbitant pour ce bel appartement sur Ocean Drive. J’aurais dû faire médecine… Ma mère avait raison. Debout, j’avale un café dans cette cuisine ridicule, donnant pourtant sur l’océan, puis retourne dans la salle de bains pour me préparer. J’ai trente minutes de retard, le chef va m’assassiner. Je bosse pour lui depuis des années, mon job me permet de manger et de financer mes nombreuses sorties nocturnes. Je devrais lever le pied, à trente-cinq ans. Célibataire, ivre un soir sur deux, sans attaches si ce n’est ma famille proche et quelques amis, un look de nana de vingt-ans, et je vous emmerde ! Même mon prénom ressemble à une vaste blague. Je m’appelle William… Will pour les intimes. Persuadés d'avoir un garçon jusqu’au dernier moment, mes parents n’ont pas jugé bon de modifier leur choix quand j’ai pointé le bout de mon nez. Je suis donc William O’Malley, première du nom !
Un passage éclair devant le miroir, mes longs cheveux châtains ondulent tranquillement, j’enrage en me fourrant mon crayon noir dans l’œil, j'en pleure… Évidemment. Comme si je n’avais pas assez de problèmes ce matin ! Enfin, le café commence à faire effet, comme en témoigne l’épais brouillard qui embrumait mon esprit se dissipant au moment où je quitte l’appartement. Miami déjà en ébullition m’enchante. J’adore cette ambiance survoltée tout le temps, ces rues engorgées, ces bars pleins à craquer, et toutes ces filles en maillot de bain ! La vache, quelle bonne action j’ai faite dans une autre vie pour mériter une telle vue tous les jours ! Je souris tout en empruntant l’avenue principale. J’œuvre à quelques encablures de là, tout près des plages, pour le compte d'un promoteur immobilier. Deux ans de boulot acharné, et encore une masse de plans à accomplir. Un hôtel quatre étoiles sortant de terre pour accueillir toujours plus de touristes. Quand je pense que tous les retraités du pays viennent terminer leur vie ici, à Miami…
Sur le chantier, c'est moi qui conduis les grues ! Un travail à responsabilité importante pour une dépravée comme moi, qui passe le plus clair de mes soirées à me bourrer la gueule. Oui, mais dans ce domaine, je suis la meilleure. D’ailleurs, le chef ne fait confiance qu’à mon talent de meneuse. Mes journées consistent donc à empiler des blocs de béton les uns sur les autres sans tuer personne. Une vraie grosse carrière !
— Hey, Will ! Tu ne crois pas que tu abuses un peu avec les horaires !
La voix rocailleuse de mon supérieur m’oblige à faire demi-tour. L'idée de fuir lâchement en direction des vestiaires tombe à l'eau… Mission avortée. Sourire malin aux lèvres, je m’avance en me déhanchant lentement. Je le sais fan de ma plastique.
— Oh, Ray ! Tu vas vraiment me faire une scène pour trente petites minutes de retard ?
J’arbore une moue boudeuse, il hoche la tête.
— Tu fais chier, on a perdu trente minutes de boulot surtout ! On a besoin de toi pour monter les blocs pour le trentième étage !
Relevant le menton, je constate que l’alcool opère encore son effet. Tout me paraît plus haut et cette tour gigantesque me donne le vertige.
— OK, je m’y mets tout de suite !
— Magne-toi ! Les gars sont pas contents ! J’ai dû leur retirer une heure de salaire, t’iras leur expliquer pourquoi !
Il vocifère avant de s’en aller. Cette fois, il semble en pétard pour de vrai. Je lève les yeux au ciel et rejoins mon casier. Gilet fluo, casque de chantier, qu’est-ce que je suis excitante dans cette tenue ! Un sifflement attire mon attention. La superbe Tamy me fait face.
— Même à la bourre, tu détonnes, toi !
— Je sais, je suis fabuleuse !
Mon humour a raison d'elle, sa bouche se fend d'un sourire parfait. Amantes depuis longtemps, elle et moi, Tamy accepte volontiers le costume destiné à la femme d'un soir ou deux par semaine. Au fond, j'imagine son désir grandissant pour devenir l'officielle et constate régulièrement les efforts fournis par la belle, sans en faire cas. Elle voudrait un couple, moi je m'éclate. Je tiens à mon précieux célibat.
— Les mecs n'ont pas apprécié quand ils ont su que tu ne serais pas à l’heure, enchaîne-t-elle en venant vers moi.
J’en profite pour me délecter sans retenue de ses formes divines. Je ne m’en cache pas, Tamy en rit.
— La vue te plaît !
— Elle est parfaite !
— Dépêche-toi un peu, c’est un sacré bordel sur le chantier, déclare-t-elle.
— Ouh, tu as changé quelque chose à tes cheveux, non ?
Chacun de mes compliments concernant son physique a tendance à rendre ses joues rouges. J'adore cette grande féminité qu'elle dégage, rien ne me procure plus de plaisir.
— Ou alors sont-ce tes yeux ? Tu les as maquillés différemment ce matin ?
— Allez, arrête tes conneries, tout le monde t’attend ! Et puis, on est au boulot, je te rappelle ! maugrée-t-elle.
— Comme si tu en avais quelque chose à foutre de te faire draguer sur ton lieu de travail !
Ma remarque la pique au vif, et bien que ses lèvres s’étirent très légèrement, son regard sublime m’envoie la foudre.
— Tu es la nana la plus chiante que j’ai jamais rencontrée ! soupire-t-elle.
— Ouais, mais sûrement la plus douée au lit !
— C’est vrai, pour mon plus grand malheur !
— Ne dis pas ça, tu adores nos parties de jambes en l’air !
J’enfile mon casque, lui adresse un clin d’œil avant de me diriger vers mon poste. La cabine n’attend que moi et sous les remarques agacées de mes collègues, je prends place. Mon oreillette grésille, le centre de contrôle, autrement dit Tamy, tente de me joindre. Sa voix mélodieuse résonne, ma bouche dessine un sourire ravi.
— Je t’écoute, mon sucre d’orge ! dis-je en la taquinant.
— C’est ça, applique-toi, il s’agit de ne surtout pas faire de connerie.
— C’est bon, je maîtrise !
— Ouais, et sers-toi de ton écran de vérification pour une fois.
Les pieds sur la vitre face à moi, en toute décontraction, je commence mon œuvre. Quel plaisir de me sentir aussi puissante, perchée tout là-haut, à regarder mes congénères tout petits. J’attrape les premiers blocs, Tamy me guide. La vache, cet hôtel va être un véritable monstre, défigurant le paysage. Le bord de l’océan en prendra un sacré coup.
— Will, à droite, tu tournes trop tard ! me prévient Tamy.
— T’en fais pas, chérie ! Je gère !
— Arrête de déconner, je te signale qu’il y a la route juste en dessous, si tu pouvais éviter de tuer des gens, je pense que ça arrangerait Ray !
— Est-ce que j’ai déjà tué des gens ? Malgré le fait que certaines fois, ça me démange !
Je l’entends rire discrètement sur les ondes. Un réel rayon de soleil, cette nana. Une des raisons pour lesquelles elle ne peut en aucun cas être ma petite-amie. Tamy s’agace, je bifurque au dernier moment tout en m'amusant de ses injures. Les premiers blocs sont posés.
— Alors, c’est qui la meilleure ?
— T’es vraiment une gamine, Will !
Sa colère me rend encore plus dingue. Finalement, ma gueule de bois aura duré moins longtemps que prévu.
⁂
Vingt heures. À moi la soirée. Ma demi-heure de retard ce matin m'a valu une demi-heure supplémentaire ce soir, de quoi me faire passer l’envie de recommencer. Ou pas ! Sur la table du salon, mon téléphone abandonné ne cesse de vibrer. Ma sœur Lexie et sa fiancée Clay se trouvent déjà au bar, quant à ma frangine Isabel, elle va arriver à la bourre, comme souvent. Deuxième de la famille, j’oscille entre admiration pour Lexie jouissant d’une vie de couple épanouie, et agacement de voir Isa toujours seule. Un dernier regard dans le miroir de la salle de bains et je décolle ! Je ne me lasserai jamais de sortir !
Le Jody Jumper situé sur Ocean Drive comporte bien des avantages. Outre le fait qu’il se trouve à moins de quatre minutes à pied, sobre j’entends, de mon appartement, il propose un billard, un bar aux dimensions extravagantes, et surtout, oui surtout, des filles ! Je pousse la porte de l’établissement, l’odeur de bière me chatouille les narines, l’ambiance survoltée m’étreint, la musique rock m’assourdit. Quel pied ! Je balaye la pièce des yeux. Ici, toutes les lesbiennes du quartier et même de plus loin se donnent rendez-vous chaque soir. J’essuie quelques regards insistants, d’autres moins sympathiques, ça m’apprendra à sauter sur tout ce qui bouge et à ne pas les rappeler ensuite.
— Beurk…
Je grimace, puis repère ma sœur et Clay installées au comptoir. Hilares, ces deux-là symbolisent le bonheur absolu.
— Salut, les amoureuses ! Vous dégoulinez toujours autant !
Ma remarque fait exploser de rire Clay, Lexie m’offre une gentille tape sur le bras.
— T’es en retard ! me fustige-t-elle.
— Sers-moi un whisky !
Je passe commande avant de me tourner vers elle. Lexie, blonde aux iris bleus, me fusille du regard.
— Détends-toi, je bosse, tu sais !
— Ah oui ? Avec trente minutes de retard, tu as dû foutre un sacré merdier sur le chantier ce matin !
J’avale une gorgée de ma boisson en levant les yeux au ciel. Tamy a encore frappé. Mais pourquoi j’accepte qu’elles soient toutes amies entre elles !
— Elle est passée vous voir ?
Clay m’indique une table non loin de nous où Tamy s'éclate en charmante compagnie. Nous trinquons de loin, Lexie me flanque un nouveau coup sur l’épaule.
— Mais aïe !
— Pourquoi tu la snobes ? Elle est super mignonne, drôle, sympa, intelligente !
Ma sœur n’imagine pas à quel point elle a raison.
— C’est précisément pour toutes ces raisons que je la snobe !
— N’importe quoi ! râle Lexie.
— Qu’est-ce que tu t’en tapes, toi, tu as Clay et un beau mariage en approche !
— Ta sœur veut que tu sois heureuse ! intervient sa fiancée.
— J’aime cette ambiance de franche solidarité familiale.
Mon ton ironique n’échappe pas à Clay, son clin d'œil de soutien en dit long. Les débuts avec elle n’ont pas toujours été faciles. Réservée, simple, elle se montrait effacée, pile le genre de personne que je rêve de secouer. Mais finalement, cette rouquine au regard vert m’a conquise. Et puis, elle rend Lexie heureuse.
— Tu devrais te caser, ajoute cette dernière.
— Ouais, ouais !
Ma réponse l’irrite encore plus.
— Je suis sérieuse, qui va prendre soin de toi quand tu seras âgée ?
— Toi, petite sœur !
— Va chier !
— Sympa !
Clay se penche sur moi.
— Tu iras en institut pour vieux !
— Plutôt crever ! On ne m’enfermera pas !
— Faut toujours que tu en fasses trop, tu ne vas pas en prison non plus ! lance Clay.
— C’est madame l’agente de police qui me balance ça ?
Clay éclate de rire quand Isa nous rejoint enfin. La plus âgée de nous trois, Isabel, brune et élancée, reste également la plus féminine de toutes. Talons aiguilles, jupe serrée, je devine qu’elle sort tout juste du boulot.
— T’as foutu quoi ? peste Lexie.
— Doucement, je viens de vivre un cauchemar pour arriver jusqu'ici ! répond Isa en s’installant.
— Toi, tu es bien stressée ou je me trompe ?
J’adresse un regard inquiet à Clay qui crispe le visage.
— Les préparatifs du mariage la bousculent un tantinet !
— Pas du tout ! se défend Lexie.
— OK, on ne dit plus rien !
Je décrète le changement de sujet avant dispute générale, de toute façon, mes yeux commencent à se montrer plus intéressés par ce qui se passe autour de moi. Je n'écoute plus les conversations de mes proches.
— Alors, le boulot ? lance Clay en direction d’Isa.
Cette dernière soupire longuement. La réponse va encore nous décevoir. Depuis quelques mois, la situation professionnelle de ma sœur s’avère compliquée. Alors qu’elle devait obtenir une belle promotion, un homme moins expérimenté qu’elle l’a doublée. Une humiliation pour cette fervente défenseuse de l’égalité hommes-femmes en entreprise.
— Je pense que je vais bientôt démissionner !
Je sursaute sur ma chaise.
— Et offrir le plaisir à ce connard de te voir abandonner ?
— Super, comme ça tu iras habiter avec Will ! poursuit Lexie en me pointant du doigt.
— Bof, tu ne crois pas qu’il y a plus passionnant comme vie ? dis-je en râlant.
— C’est vrai ça, ta coloc t’a encore lâchée ! réplique Clay.
— Pas grave, je suis mieux toute seule.
— Mais pourquoi elle est partie, il me semblait que ça se passait bien entre vous ? s’étonne Isa.
— Je laissais trop de poils sur le rasoir !
Mine de dégoût pour tout le monde, Lexie ferme les yeux une seconde, Clay me tourne le dos.
— Merde, maintenant j’ai l’image de ton rasoir sur le bord de la baignoire ! grimace Isabel.
— Au moins vous savez. Et puis, elle était chiante comme la pluie !
— Dis plutôt que tu n’as pas réussi à la baiser, celle-ci, me taquine Clay.
Madame la policière a bien fait son travail d’investigation, on dirait.
— Ouais, aussi !
— Si tu passais moins ton temps à courir les filles…
Je stoppe immédiatement Lexie d’un signe de la main. Je ne tiens pas à ce qu’elle me serve une fois de plus son refrain de l’amour absolu et éternel. Je m’en balance de l’amour éternel ! Je le fuis même !
— Arrête-toi là, tu vas dépasser les bornes, petite sœur.
— Comme tu voudras ! rétorque-t-elle en haussant les épaules.
Ce soir, comme souvent, mon look rock plaît beaucoup à ces dames. Si mon jean leur paraît trop serré, ce n’est pas une illusion. Je les préfère ainsi, car ils épousent parfaitement mon fessier travaillé à la salle de sport, de même pour mes chemises toujours très ouvertes sur ma poitrine. Loin de posséder des organes de grande taille, je compense en offrant une vue splendide. Ongles peints en noir, bagues en argent, mon air sauvage et froid les titille toutes. Sans doute mon côté biker de l’enfer, et mon assurance à toute épreuve. La séduction, ça me connaît, mais dès lors qu’il faut dépasser le stade de la nuit, je referme toutes les portes. Bien sûr, il reste des exceptions dans ce modèle de vie, à commencer par la belle Tamy qui, d’ailleurs, ne cesse de me lancer des œillades depuis mon arrivée. Loin d’être dupe, je ressens jusqu’ici son désir pour moi. Rien d’étonnant, nos parties de jambes en l’air ont tendance à réveiller tout le quartier. Alors que je joue de mes charmes sur elle, mon oreille est attirée par la conversation de mes sœurs et de Clay.
— À quelle heure elles rentrent ? demande Isa.
— En milieu d’après-midi, il me semble, répond Clay.
— De qui vous parlez ?
Soudain intéressée par leur discussion, j’abandonne un instant les regards langoureux de Tamy pour revenir autour de la table.
— Billie et Joy, elles rentrent demain, non ?
Lexie m’interroge, je hausse les épaules.
— Ouais, demain, pourquoi ?
— Parce qu’elles vont certainement vouloir qu’on se voie, réplique Isa.
— Sans doute !
La perspective de retrouver ma meilleure amie m’enchante, beaucoup plus que celle de devoir me taper toute une soirée en compagnie de sa copine. Je ne comprendrai jamais pourquoi Billie s’est entichée de cette cruche finie. Si Lexie entendait mes pensées, elle bondirait de sa chaise, cette militante de la première heure pour me forcer à fournir des efforts dignes de ce nom. Mais j’y peux quoi moi, si Joy est une sotte ? Rien du tout ! Je connais bien Billie, et encore aujourd’hui, j’ignore ce qui a bien pu la pousser dans les bras de cette femme.
— Tu vas venir, Will, hein ?
Anticipant mes intentions, ma frangine me prévient du regard. Pourtant, je sais qu’elle a raison. Et puis, Billie reste mon amie.
— Ouais, je vais venir…
Contrariée de devoir abdiquer en acceptant ma présence à cette soirée, je refuse de m'attarder à discuter avec l'autre. Oui, parfaitement, l’autre tarte ! Merde, voilà que je m’énerve toute seule. Reprenons là où j’en étais juste avant que ma mauvaise humeur ne ressorte. Tamy. Toujours assise à sa table, plus les heures passent, et avec elles, les rasades d’alcool, plus j’ai envie d’elle. Je doute de rencontrer la moindre résistance, si je me pointe face à elle afin de lui proposer de terminer la nuit avec moi. Allez, on y va, inutile de faire attendre la dame.
— J’y vais, moi, dis-je sans la quitter des yeux.
Mon verre abandonné sur le comptoir, personne ne pose la question, puisque tout le monde a parfaitement compris. J’affiche mon plus beau sourire, roule des hanches afin de lui offrir un magnifique spectacle d’avant-goût, un peu comme une bande-annonce savoureuse. Figée sur moi, Tamy rougit et lorsque j’arrive au niveau de la table, tous les regards atterrissent sur moi. Je ne reconnais pas toutes les filles installées avec elle, je décide donc de saluer l’assemblée.
— Bonsoir, mesdames !
Appuyée sur le dossier d’une chaise, je me montre sous mon meilleur jour. Le charme opère immédiatement, je capte vite que quelques-unes d’entre elles ne diraient pas non pour s’enfuir avec moi ce soir.
— Tu en as mis du temps ! peste gentiment Tamy.
— Que veux-tu, je suis un peu lente à comprendre.
Elle fait mine d’être blasée, je craque sur ses iris bleus.
— On va dire ça, oui !
— Bon, on y va ?
Nul besoin de mots supplémentaires, Tamy laisse son verre sur place au même titre que le reste de ses amies. Aucune protestation, au contraire, tout le monde se tait, observant notre parade nuptiale, la gueule entrouverte. Je propose mon bras à Tamy, elle se saisit de l’invitation.
— Tu l’as fait exprès ?
Je fronce les sourcils face à sa question.
— De quoi tu parles ?
— Oh, pas à moi, Will ! Tu te pointes à ma table la bouche en cœur, tu fais les yeux doux à mes potes et tu m’emportes avec toi ! C’est une manière bien délicate de marquer ton territoire.
J’explose de rire. Elle a de la répartie, une chose que j’adore chez elle.
— Pas du tout, j’avais juste envie de rentrer avec toi. Quant à cette histoire de territoire… Tu sais ce que j’en pense.
Le sourire crispé de Tamy en dit long sur son opinion sur le sujet. Mon trop grand succès auprès des dames ne l’enchante pas vraiment, pourtant elle n’en fera pas cas. Elle me connaît mieux que personne à ce propos.
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