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📖 Extrait gratuit — 1 Mallory Phelps à 4 Kamyss Garddak
Chapitre 2 — 2 Kamyss Garddak
  1. 1 Mallory Phelps
  2. 2 Kamyss Garddak
  3. 🔒 3 Mallory Phelps
  4. 🔒 4 Kamyss Garddak
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Le secret de Sylegil · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

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— Un quoi ?

Sur mes gardes, je toise l’assassin qui ose frapper chez moi. N’est-elle pas censée avoir rejoint les abîmes de la mort ? La grande femme est trempée, de la pointe de ses courts cheveux brun foncé au bas de ses pieds cachés dans des bottes bien manufacturées. J’ai gardé une main ferme sur le montant de la porte. Mon corps épouse l’ouverture pour l’empêcher d’avoir un regard intrusif sur mon lieu de retraite.

Devant ses yeux hagards et son teint pâle, je questionne sur un ton monocorde :

— Comment avez-vous trouvé ce lieu ?

La jeune femme se tient les bras, grelottant. La contrée n’est pas hospitalière, c’est le moins qu’on puisse dire. Je l’ai choisi pour cette raison. Personne ne s’est aventuré ici avant elle.

Je reprends :

— Avez-vous perdu l’usage de votre langue ?

— Non, mais… écoutez, je suis tombée de la falaise dans l’eau glacée, j’ai froid, je suis fatiguée et j’aimerais juste appeler mes amis pour retrouver mon appartement.

Elle a un étrange accent. Je me méfie de la manœuvre de cette femme. Arkaley Ascott est connue pour son dernier meurtre. Sur la défensive, je fais un mouvement en avant en fermant la porte sur ma sortie. Elle recule d’un pas tandis que je me poste face à elle.

— Appeler des amis ? Quelle odieuse offense !

D’un geste vif, je joue de mes pouvoirs et fais apparaître des flammes dans ma main droite. La jeune femme sursaute.

— Oh… OK. Je ne voulais pas vous… je vais partir.

Elle s’éloigne rapidement et annonce dans un murmure à peine audible :

— J’ai dû me cogner la tête trop fort.

Avant qu’elle n’ait retrouvé la terre meuble devant le perron, j’élève la voix :

— Pas si vite !

Je ne peux raisonnablement pas la laisser s’enfuir maintenant qu’elle sait où je me cache. Quelle est donc cette étrange ruse ? Mes pas me conduisent à sa hauteur. Je pose une main ferme sur son épaule et sonde son regard. Son esprit semble vide et aussi gelé que les temps qui courent.

— Vous ne pouvez pas rebrousser chemin.

— Écoutez, je dois vraiment aller à l’hôpital. Je me suis cogné la tête trop fort, j’ai peut-être une commotion.

— Hôpital ? Ça m’étonnerait que les humains puissent quoi que ce soit pour vous.

Je la libère devant son expression déchirée par le tourment.

— Quoi ? Comment ça « humains » ? Peut-être que je suis dans le coma ? Ou alors je me suis noyée et je suis morte !

Ses mots étranges me laissent penser qu’elle est en détresse. A-t-elle perdu la mémoire ? Bien sûr, ce sont des choses qui arrivent quand on défie la mort.

D’un geste vif, je pose les mains sur sa taille pour la fouiller. À vrai dire, je ne lui donne pas le choix même si elle se débat.

— Cessez ! Je m’assure seulement que vous n’êtes pas armée.

— Sérieusement ? Merde, vous êtes folle !

Je recule, satisfaite, et la toise une nouvelle fois.

— Si j’étais vous, je n’insulterais pas l’unique personne de la contrée capable de vous porter assistance. Suivez-moi.

Je lui tourne déjà le dos pour retrouver la porte du chalet. L’assassin reste les pieds joints sur la terre.

— Dépêchez, vous êtes dans un état lamentable.

Longuement, elle souffle et obtempère. À peine est-elle à l’intérieur qu’elle se précipite vers la cheminée en parcourant mon habitation des yeux. Devant les flammes, elle se frotte les paumes et me demande :

— Vous n’avez pas l’électricité ?

— Apparemment, non. Qu’est-ce donc ?

Je la laisse se réchauffer. D’une main, je referme le traité de sorcellerie que j’étais en train de lire et m’en vais le ranger sur mon étagère. Le chalet est petit, suffisant. La cheminée parvient à chauffer la grande pièce de vie où je suis recluse.

— Mais… je dois sûrement être en train de rêver. Où est-on ?

Je guette ses questions étranges. Ne devrait-elle pas mieux le savoir que quiconque ?

— Nous sommes dans la forêt secrète de Sylegil et vous ne rêvez pas. Je vais vous donner de quoi vous changer.

D’un pas lent, je trouve ma malle. Je me suis toujours sentie à l’aise dans les robes longues aux étoffes épaisses, mais je devine qu’elle préférera un pantalon. Je lui apporte des vêtements sombres.

— Tenez.

Elle s’en empare. Je vais prendre place sur une chaise sans la quitter des yeux. Accoudée sur la surface de la table en bois, je la détaille. Cette femme n’a rien d’Arkaley Ascott ; pas d’après ce qu’on dit d’elle, en tout cas. Elle est même gênée de constater qu’elle n’aura aucune intimité pour se déshabiller.

— Euh… vous ne pourriez pas vous retourner ?

— Je ne tourne pas le dos aux inconnus qui osent franchir le seuil de ma demeure.

De mauvaise grâce, elle quitte sa veste en soutenant mon regard. Les traits de son visage parlent pour elle. Son corps est douloureux. Après avoir cru que son histoire était une diversion pour attirer ma pitié, je dois bien admettre que je suis curieuse de démêler la raison de sa présence. Arkaley retire ses chaussures. Mes iris se perdent sur les lignes athlétiques de ses courbes. J’ai toujours eu un faible pour les femmes comme elle : mystérieuse, motivée par un passé obscur et surtout capable de penser par elle-même.

Dans des gestes précipités, elle abandonne ses vêtements mouillés sur le parquet et enfile ceux qui sont secs.

— Merci pour les habits, à présent… je vais aller retrouver mes amis. Ils doivent être inquiets et me chercher partout.

Je me lève pour me mettre sur son chemin quand elle va en direction de la sortie. Ma main s’arrête sur son buste.

— Vous attraperez la mort si vous retournez là dehors maintenant. La nuit va tomber. Restez donc près du feu, je vais vous apporter un baume pour soulager vos ecchymoses.

— Vous n’auriez pas du riz ? questionne-t-elle subitement.

— Vous avez faim ?

— Je veux faire sécher mon portable.

Pour tenter de l’apaiser, je consens d’un signe de tête – même si j’ignore ce qu’est un portable. Ce doit être important pour elle.

— Asseyez-vous.

Je tire une chaise face à la mienne et me déplace d’un pas lent à la cuisine. Devant la petite fenêtre aux carreaux scellés par le plomb, je jette un regard sur les environs. Tout y a l’air calme. Je m’empare du sac de toile de trois kilos et le dépose sur la table.

— Cela suffira-t-il ?

— Merci.

J’observe ses gestes avec attention et curiosité. Elle récupère un objet fin et rectangulaire dans la poche de son pantalon mouillé et le plonge dans un tas de riz qu’elle vient d’éparpiller sur la surface de la table.

— Je n’ai jamais rien vu de pareil. Est-ce que cela aide vos quêtes ?

— Mes quêtes ? Quoi ? Absolument pas, c’est… Attendez, vous n’avez jamais vu de smartphone ?

— Smartphone ? Non, à quoi cela sert-il ? Est-ce que tous les assassins en disposent ?

Je croise les bras sous ma poitrine, avant de jouer avec l’une de mes longues mèches de cheveux. Le geste attire le regard stupéfait de mon invitée. Je crois qu’elle ne fait pas semblant d’être aussi ingénue.

— Assassins ? répète-t-elle la voix blanche.

— Vous n’avez vraiment aucune idée de ce que vous faites ici, n’est-ce pas ?

Je contourne la table après avoir saisi un baume sur l’étagère à potion. Quand je m’assieds face à elle, elle m’observe d’un air curieux.

— J’ai trouvé votre cabane après ma chute dans la rivière, j’ai failli me noyer… Je ne comprends rien à ce qu’il se passe.

— D’accord. Je vous crois.

Mes yeux ne quittent pas les siens. Je dévisse le bouchon et l’invite à venir plus près. Sa peur est évidente. Avec calme, je lui annonce :

— Je vais faire ce qu’on prodigue à l’hôpital. Approchez.

Elle me jette un regard suspect. J’en fais de même pour l’objet sur ma table. Je n’aime pas ce que je ne maîtrise pas et je sais que les assassins sont pleins de stratagèmes secrets. Cela dit, dans cet état, je doute que la jeune femme face à moi ait la moindre chance de s’en prendre à ma personne.

Je porte une main en direction de son avant-bras gauche. La rougeur, qui s’étend, a l’apparence d’une brûlure vive à cause de son temps passé à l’extérieur. Je l’effleure avec attention quand elle accepte de me laisser faire et murmure en appliquant le baume :

— Cette situation doit vous paraître aussi insensée qu’à moi, mais je ne vais pas vous faire de mal.

— OK, d’accord. De toute façon, vous devez juste être le fruit de mon esprit. Je dois être en train de rêver, c’est la seule explication logique.

— La logique peut aborder des chemins bien étranges dans ce monde.

J’applique le baume soigneusement, avant d’approcher de sa tête. Une bosse apparaît du côté droit de son crâne. J’y conduis la main, sans la toucher, pour éteindre ce mal. Ses yeux s’arrêtent avec insistance sur mon visage. Cette proximité semble la fasciner, à moins que ce soit l’effet de la magie que j’inspire à son corps.

Quand je recule, je demande :

— Est-ce que vous vous sentez mieux ?

— Vous... vous faites de la magie ? Est-ce que vous êtes une sorcière, une magicienne ou une enchanteresse ?

— Il paraît que j’ai un don certain. Je préfère le terme sorcière, mais vous pouvez m’appeler Kamyss.

Je lui tends une main avec appréhension. Malgré ma position avantageuse dans cette situation, j’ai peur que l’assassin ait frappé à ma porte pour honorer un contrat.

— Et moi, je suis Mallory Phelps.

— Enchantée, Mallory. Je vous ai pris pour quelqu’un qui vous ressemble en tout point. Arkaley Ascott. Ça ne vous dit rien ?

Nous nous faisons face, plus détendues. La fatigue marque les traits du visage de la brune, qui semble lutter.

— Non, je ne connais pas. Attendez, vous avez dit qu’on est à Sylegil ? Et vous êtes une sorcière. Je ne savais pas que j’avais autant d’imagination...

Elle s’approche de moi et pose un doigt sur ma joue.

— Vous êtes vraiment… réelle.

— Je le suis, dis-je doucement.

J’ose m’ôter d’un doute en formulant une question qui me taraude :

— Vous n’êtes donc pas ici pour moi ? Ignorez-vous qui je suis ?

— Pourquoi devrais-je être là pour vous ? Hormis ce que vous m’avez dit, je n’ai pas la moindre idée de qui vous êtes.

J’aime la tournure des choses. Les yeux ne peuvent mentir. C’est pour cette raison que je sonde patiemment les iris bruns de la jeune inconnue.

— Détendez-vous, Mallory. Si vous êtes dans un rêve, autant en profiter, n’est-ce pas ? Et si vous êtes véritablement dans ma réalité, je suis sans doute la mieux placée pour vous parler de mon monde…

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