Chapitre 1 — 1 Mallory Phelps
- 1 Mallory Phelps
- 🔒 2 Kamyss Garddak
- 🔒 3 Mallory Phelps
- 🔒 4 Kamyss Garddak
Le secret de Sylegil · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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Dans l’accoutrement militaire ridicule que mon meilleur ami m’oblige à porter pour son anniversaire, je cours pour échapper à mes assaillants. On n’a pas idée de faire une partie de paintball dans une forêt aussi gigantesque ! D’ailleurs, pourquoi ai-je dit oui quand il m’a proposé ce truc stupide ? Ah, je me souviens. Il a prétexté qu’il y aurait sa cousine super sexy ! Pourquoi est-ce que je me fais toujours avoir quand on parle de jolies filles ?
Mon corps doit être couvert de bleus à l’heure qu’il est. J’ai mal partout et je ne m’amuse pas. En plus, il fait super froid. Peut-être que je pourrais retourner à ma voiture pour m’y cacher ? J’arrête de courir et m’appuie contre un chêne pour reprendre ma respiration. Un nuage de vapeur s’élève depuis mes lèvres. Comment peut-on trouver ce genre de choses fun ? Faire la guerre n’est pas l’activité que j’aurais choisie pour fêter mes vingt-cinq ans ! Je perçois le pas de mes poursuivants, eux aussi retrouvent leur souffle. J’essaie de me fondre dans la forêt en me pressant contre le tronc d’un arbre, tandis qu’ils annoncent :
— Où est-elle, les gars ?
— Mallory est douée pour se cacher !
Je bloque ma respiration pour ne pas faire plus de bruit et m’accroupis. Mon cœur bat tellement vite que j’ai la sensation que tout le monde peut l’entendre.
— Elle doit être allée par là, viens !
Je ferme les yeux en découvrant qu’ils s’éloignent. Heureusement que demain c’est le week-end, parce que je vais en avoir pour au moins deux jours à me remettre de cette journée. Je me redresse et me dirige à l’opposé de leur position. Ce n’est qu’au bout de dix minutes, quand j’entends le son de l’eau, que je me rends compte que je ne suis plus dans la zone de jeu.
Pourquoi est-ce que je continue ? J’aurais dû déclarer forfait il y a déjà trois heures ! Foutu esprit de compétition ! En soufflant une nouvelle fois, je retire mon casque et le laisse tomber à terre. J’avance pour observer la rivière en contrebas. Mes yeux suivent le cours d’eau, mais également la longue pente pour y accéder. Je me souviens maintenant pourquoi cette zone est hors-jeu : c’est trop dangereux par ici. Le bruit est apaisant cela dit. Mes doigts se referment sur la réplique airsoft que Ben m’a prêtée.
Quand je perçois un bruissement dans mon dos, je me retourne brusquement. Dans ma précipitation, je perds l’équilibre et glisse vers la falaise. Je lâche l’arme en plastique pour m’agripper au bord. Je n’ai pas assez de force pour me redresser, mon seul espoir est que quelqu’un m’entende.
— Aidez-moi !
Mes pieds dérapent sur la terre meuble qui se détache de la paroi. Je transpire à grosses gouttes en jetant un coup d’œil à la rivière en contrebas. Le courant ne semble pas puissant, mais je suis presque sûre que c’est trompeur. Mes doigts s’enfoncent dans le sol de la forêt.
— À l’aide !
Je ferme les paupières et prie toutes les divinités que je connais à cet instant.
— Mallory !
Une tête apparaît soudain au-dessus de moi. C’est Ben ! Ses mains agrippent les miennes.
— Tiens bon !
— Sans blague ! Je pensais justement me laisser tomber maintenant que tu es là !
— Es-tu obligée de faire de l’humour dans un moment pareil ?
Je roule des yeux. Ensemble, nous parvenons à ce que je progresse vers sa position. Quand enfin mes pieds arrivent à prendre appui quelque part, je m’en sers pour grimper. Alors que je crois m’en sortir, quelqu’un de l’équipe adverse surgit et tire sur Ben. Surpris, il me relâche et je perds mon équilibre précaire. Je tombe à la renverse sur plusieurs mètres, au ralenti comme dans les films. Je vois le visage de mon meilleur ami s’éloigner petit à petit, jusqu’à ce que mon dos heurte brutalement la rivière. J’en ai le souffle coupé et suis saisie par la température glaciale de l’eau. Des milliards d’épines semblent entrer dans ma peau. Le courant m’entraîne au fond. Je n’arrive à rien contrôler. Mon corps est projeté dans tous les sens. Je me cogne à plusieurs roches. Heureusement que je porte les protections de paintball, même si elles ne sont pas très efficaces.
Je parviens à reprendre mon souffle quand j’atteins la surface, mais ce n’est que de courte durée. Ma tête heurte l’une des parois et une nouvelle fois je suis happée vers le fond. Je ne sais pas combien de temps cela dure, mais mes poumons sont en feu et je ne sens plus mon corps.
D’un coup, tout se calme comme par magie. Je nage laborieusement vers la rive et rampe pour sortir. Sur le dos, je reprends mon souffle, ferme les paupières et essaie de retrouver mes esprits. Mon cœur bat à tout rompre. Ma poitrine se soulève devant les goulées d’air insuffisantes pour me détendre.
Quand j’entends du bruit sur ma gauche, je me prononce, haletante :
— C’est bon, les gars, vous avez gagné ! J’abandonne ce jeu stupide ! Je veux aller à l’hôpital.
Le silence me répond.
Je me retourne et observe la forêt avec surprise. Difficilement, je me redresse. Je suis frigorifiée et je suis toute seule. C’est super ! Ma main droite plonge dans la poche de mon pantalon, où je rencontre mon portable. Je le retire et remarque qu’après un séjour dans l’eau il n’a pas la grande forme.
— Génial !
Mon regard se perd à travers les arbres. C’est alors que je vois une lueur. Je m’y dirige d’une démarche mal assurée, en resserrant mes bras autour de mon corps pour essayer de garder ma chaleur. J’ai des difficultés à avancer. Je trébuche sur des mottes de terre.
J’ai l’impression qu’il me faut une éternité pour atteindre le petit chalet de bois. Mes pieds s’accrochent aux racines des chênes qui débordent du sol. Je suis freinée par les nombreux buissons. Incertaine, je vais jusqu’à la porte au prix d’efforts qui me semblent infinis. Celle-ci s’ouvre avant que j’y toque. Une femme magnifique apparaît devant moi. Ses yeux sombres me fixent longuement ; si longuement que je me sens mal à l’aise. Elle est vêtue d’une tunique étrange de couleur ocre. Ses interminables cheveux, noir corbeau avec des pointes violettes, sont libres. Ça, ce n’est pas habituel. Elle ne semble pas très commode.
— Est-ce que vous auriez un téléphone ?
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