Listen to your Heart · Kyrian Malone
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La routine faisait également partie du quotidien des agents du FBI, Bureau Fédéral d'Investigation. Le fil conducteur de leur journée était comme celui des personnes normales à quelques détails près : rapports à taper, dossiers à clôturer, déroulement des enquêtes et petite réunion entre collègues, rythmaient leur quotidien quand leurs journées se terminaient.
Emma entra dans le bar, le Benton, situé à l’angle de la rue où se trouvait le siège du FBI de Washington. Elle aussi travaillait pour le célèbre Bureau, occupait le poste d'agent médiatique, en charge de la communication entre les équipes d'investigations et le monde extérieur.
Comme chaque soir, il régnait au Benton une ambiance chaleureuse, propice à la détente. Sa collègue Alyson Rose était assise face à Samuel Winter. Plus loin, Jared discutait avec deux jeunes gens qu'Emma avait déjà aperçus certains soirs. Walker, son patron, et Damon, un autre collègue, buvaient leur bière au comptoir du bar. Mais où était Lana ? L’agent Queen lui avait dit qu’elle l’attendrait avant de rentrer à son appartement au centre-ville.
Emma s’arrêta à la table d'Alyson, son sac à main sur l’épaule et demanda :
— Vous avez vu Lana ?
— Elle était là il y a quelques minutes, répondit Samuel.
Et Emma vit effectivement sa veste posée sur le dossier d’une chaise. Elle lança un coup d’œil dans la salle. Lana n’était ni en train de jouer aux fléchettes ni au billard et ne pouvait être qu’à un seul endroit. Elle se dirigea d’un pas pressé vers les toilettes et y entra avant de voir l’agent Queen se laver les mains. À sa droite se tenait une jeune femme qui prenait le temps de se recoiffer. Emma avança près de Lana et croisa son regard noisette à travers le reflet du miroir.
— Salut…
Lana se rinça les mains, les yeux sur l’agent Nollan derrière elle. Elle la détailla un instant avant de reposer son regard sur les robinets qu’elle ferma.
— Salut.
Emma était mal à l’aise, à la fois agacée et troublée. Et cette fille ne pouvait-elle pas se dépêcher de se maquiller pour qu’elle puisse discuter avec Lana ? Emma n’était plus certaine de pouvoir traduire ce seul « salut » de la part de sa collègue. Un « salut » détaché, impersonnel alors que le sien s’était voulu cordial et amical. Elle frotta nerveusement ses mains sur le tissu de son pantalon et suivit l’inconnue des yeux qui se décidait enfin à sortir. Lana s’apprêta à la suivre, mais Emma la retint par le bras :
— Attends, il faut qu’on parle.
Lana s’était arrêtée sur l’emprise légère de la blonde. Après le silence retombé entre elles, elle supposait que ce n’était ni l’endroit ni le moment d’engager une longue discussion avec Emma. De toute évidence, elle avait eu tort. Emma la contourna, ferma la porte à clef et lui fit face, la sondant de ses prunelles bleues avant de venir l’embrasser dans un baiser pressé, appuyé et un doux soupir :
— J’ai envie de toi… murmura Emma.
Lana se sentit fondre sur les lèvres conquérantes de l’agent Nollan. À chacun de ses contacts, son corps réagissait autant que son cœur qui cognait dans ses tempes. Emma avait le don d’affoler son être, d’amplifier son désir permanent pour elle. Elle se laissa emporter par la douceur des lèvres d'Emma, mais avant que ses mains ne se posent sur elle, elle se recula et rompit le baiser, essoufflée. Elle fit un pas en arrière, comme s’il était plus prudent d’imposer une distance entre elle et sa collègue. Leur proximité devenait presque dangereuse.
— Non, dit-elle.
Un court silence suivit cette brève réponse, juste assez long pour que Lana reprenne ses esprits embrasés par le seul baiser d'Emma.
— Non, répéta-t-elle en détournant les yeux. D’abord, on est dans les toilettes et ensuite, je ne veux plus faire ça !
Emma ne pouvait et ne voulait pas entendre cela. Son corps réclamait celui de Lana et qu’importaient les discussions qu’elles avaient eues ces derniers jours. Elle pressa son corps contre celui de son amante, son front contre le sien et le souffle plus chaud et rapide.
— Je sais que tu en as envie… Autant que moi…
Emma ponctua sa remarque par un autre baiser alors que sa main cherchait déjà le contact du corps de l’agent Queen qu’elle trouva sous son chemisier.
Lana faiblit aussitôt sous ce toucher. Les doigts de la blonde laissèrent une empreinte enflammée sur sa peau déjà sensible. Les mots d'Emma, ses soupirs, ses lèvres la rendaient déraisonnée, lui faisait perdre le cours de ses réflexions. Emma était machiavélique avec elle parce qu’elle savait où l’atteindre pour la faire plier. Elle prolongea le baiser, laissant ses émotions s’exprimer sur ses lèvres qu’elle entrouvrait pour trouver la langue chaude de son amante. Elle frissonna, saisie par une montée fiévreuse d’envie. Une envie qui lui brûlait les entrailles depuis des semaines, des mois. Ses mains se posèrent sur les hanches d'Emma et ses bras l’enveloppèrent. Lana était faible, misérable et démunie face aux attaques sensuelles de la blonde. Elle la poussa contre le mur, mais entendit cogner contre la porte des toilettes.
— Hé ! Ouvrez ! Y'a quelqu'un ?
Le souffle court, anarchique, Emma rompit le baiser et regarda sa partenaire :
— Je te rejoins chez toi.
Les coups qui venaient de résonner avaient sorti Lana d'un lourd moment de faiblesse. Son regard plongé dans celui azur d'Emma, elle réalisa son manque de volonté et recula. Emma semblait partout sur elle, en elle, mais elle devait résister.
— Non.
Elle devait trouver la force de lutter, de garder ses distances.
— Pas ce soir, Emma, je t'en prie.
Ses mots allaient en contradiction totale avec ce que son corps criait en cette seconde. Après tout, elle était la plus âgée des deux. C’était ce qu’elle se répétait pour se convaincre de prendre les bonnes décisions.
— Je dois rentrer d’ailleurs.
Emma ne put retenir Lana dès l’instant où elle déverrouilla la porte et qu’elle quitta les toilettes sous le regard inquisiteur des deux jeunes femmes qui entraient. Emma se retrouva seule, seule avec sa frustration et ses angoisses qui revenaient. Lana n’avait pas faibli. Pour la première fois en huit mois de relation secrète au sein du Bureau, elle s’était refusée à elle et Emma en était déboussolée. Elle quitta la pièce à son tour et traversa le bar en direction de la sortie sans même lancer un regard à Lana ou à ses autres collègues.
* * *
Trois jours passèrent et, tant bien que mal, Emma s’efforça d’ignorer Lana. Trois jours où elles quittèrent Washington pour Boston afin d’aider la police locale à stopper un pyromane. Trois jours où Emma ne dut rien laisser transparaître de ses ressentiments ou sentiments à l’égard de Lana. Pendant huit mois, Emma s’était abandonnée à tous ses fantasmes avec sa collègue. Elle menait une double vie que Kevin Moore ignorait et elle-même avait décidé d’y mettre un terme, en vain. Emma était consciente du mal qu’elles se faisaient mutuellement, du mal qu’elle infligeait à Lana en refusant de quitter Kevin, du mal que Lana lui faisait en étant simplement elle. Chaque jour à travailler ensemble devenait une vraie torture. La distance qu’elles s’imposaient, l’ignorance ponctuée de quelques regards avant de se retrouver dans une pièce à la dérobée, ne convenaient ni à Lana, ni à la blonde. Emma avait mis fin à cela trois jours plus tôt, dans son bureau, mais n’avait pu se résoudre à son engagement contrairement à Lana qui l’avait repoussée quelques heures plus tard dans les toilettes du bar.
Emma ruminait ce malaise profond qui l’habitait, et d’autres choses qu’elle gardait pour elle. Quelques mois plus tôt, Emma se serait levée en pleine nuit pour se faufiler dans la chambre de Lana juxtaposée à la sienne. Elle s’était abstenue l’avant-veille, la veille, et ce soir, jurant que Lana craquerait avant elle, mais jusqu’à cet instant, il n’en était rien.
Comment Lana parvenait-elle à la considérer comme elle l’avait toujours fait ? Avec respect, courtoisie, gentillesse… Comment Lana faisait-elle pour agir comme si ces huit derniers mois n’avaient jamais existé entre elles ? Pendant le vol retour de Boston, Emma s’était retrouvée assise près de Jared, Lana et Samuel en face d’eux. Comme souvent, les discussions s’étaient tournées sur leur dernière enquête et si Emma ne parvenait plus à plaisanter ou sourire, Lana semblait comme hermétique à toutes les émotions qu'Emma ressentait et Emma s’y perdait : elle avait rompu, elle avait mis un terme à cette relation inappropriée. Non seulement parce qu’elle trompait Kevin, mais aussi parce que le FBI condamnait les relations entre collègues. Emma se répétait avoir pris la bonne décision, voulait s’en convaincre et n’avait guère le choix. Si Lana parvenait à passer outre ce qu’il s’était passé, pourquoi Emma n’y parvenait-elle pas ?
En fin de journée, tous rejoignirent les bureaux et chacun termina ses rapports avant de quitter les locaux du FBI. Emma rentra chez elle aux alentours de neuf heures et trouva Kevin endormi sur le canapé. Là, elle s’arrêta sur le palier et regarda son compagnon. Pourquoi sentait-elle ce vide en elle ? Pourquoi Lana hantait-elle toutes ses pensées. Sans même lâcher la poignée, elle referma la porte et retourna dans le parking où était garée sa voiture.
* * *
Une demi-heure de route éloignait son appartement de celui de Lana à Washington et Emma avait conservé la clef de l’agent Queen dans une poche de son jeans. Elle s’arrêta devant la porte, coinça une mèche blonde derrière son oreille et se décida à ouvrir sans prendre la peine de sonner.
Les grands rideaux des baies vitrées donnant sur le célèbre obélisque étaient fermés et le silence régnait dans l’appartement. Pourtant, en un coup d’œil, Emma constata que Lana était rentrée : son manteau était posé sur le dossier du canapé, ses clefs sur le comptoir et son sac sur un tabouret. Son appartement était parfaitement rangé. En véritable femme d'intérieur, Lana l'avait décoré avec goût et ne laissait jamais rien trainer. Emma ôta son manteau et se dirigea vers les escaliers menant à l’unique étage où se trouvaient les chambres.
Sans un bruit, elle atteignit la porte de celle de Lana et la poussa. Lana était allongée dans son lit et semblait dormir profondément. De sa position, elle pouvait déjà contempler la courbe dénudée de son dos sous les couvertures. Emma se mordit la lèvre inférieure. Elle ne pouvait décemment pas repartir chez elle maintenant qu’elle était là ! Elle entra à pas de velours, referma la porte et ôta ses chaussures qu’elle posa près de l’armoire. En aucun cas, elle ne rejoindrait la chambre d’ami et en aucun cas, elle ne s’abstiendrait de venir retrouver le lit de Lana. Elle déboutonna son chemisier, le laissa choir sur la commode et ôta son pantalon qu’elle plia sur le dossier d’une chaise. Lana n’avait pas bougé et continuait de dormir profondément. Emma vint enfin se glisser près d’elle, gardant uniquement ses sous-vêtements et se gorgea des parfums de Lana qui embaumaient les draps et la pièce.
Lana se réveilla dans un sursaut en sentant un poids sur le matelas. Elle se recula dans un vif mouvement et posa les yeux sur l’intrus. Quand elle vit la blonde près d’elle, sous sa couette, dans son lit en sous-vêtements, elle afficha une mine aussi stupéfaite que perturbée.
— Bon sang, Emma !
Jamais, Lana n’aurait pu soupçonner pareille visite de la part d'Emma. Elle savait celle-ci imprévisible, très malicieuse, mais n’avait jamais songé qu’elle serait capable de se glisser dans son lit en pleine nuit après la scène dans les toilettes. Elle glissa une main dans ses cheveux et se recoiffa sans la quitter du regard, déboussolée.
— Qu’est-ce que tu fais chez moi ?
Emma avait aussi sursauté suite au sursaut de Lana. Elle glissa une main sous son oreiller et l’autre jusqu’à celle de Lana posée sur le matelas avant de répondre :
— J’avais envie de te voir.
Mais pour Lana, cela n’était pas envisageable. Emma dans son lit signifiait bien trop de choses à ses yeux. Déjà, les parfums de la blonde envahissaient sa chambre, ses draps et ses narines. Ces trois derniers jours avaient été un supplice. Elle avait dû travailler près d'Emma, brider ses élans, ses envies, son désir permanent. À présent, Emma se trouvait dans son lit. Son lit où elles avaient partagé bien plus que des nuits entre collègues. Emma avait même laissé quelques affaires dans sa salle de bains. Elle secoua la tête, s’efforçant de ne pas la perdre une nouvelle fois.
— Non, Emma. Quand tu as envie de voir quelqu’un, tu l’appelles, tu lui envoies un message, mais tu ne te glisses pas dans son lit en pleine nuit.
Emma n’était pas stupide, mais entre Lana et elle, rien n’était des plus conventionnels. Elle se redressa, s’approcha de sa belle brune sulfureuse et glissa sa main sur sa joue pour retrouver le contact de sa peau, un toucher plus intime mettant fin aux supplices de ces derniers jours.
— Tu ne m’aurais pas invitée si je t’avais appelée. Je voulais qu’on discute, mais quand je suis montée et que j’ai vu que tu dormais, je n’ai pas voulu te réveiller.
La main d'Emma sur sa peau provoquait d’autres frissons impossibles à réfréner pour Lana. Celle-ci luttait tant bien que mal contre ce qui la rongeait depuis des mois. Voir Emma en sous-vêtements dans son lit, entendre sa voix ensorceleuse la troublait plus que jamais. Elle savait au fond d’elle combien elle était heureuse de l’avoir près d’elle sous la couette, de constater que l’agent Nollan était venue jusqu’à chez elle plutôt que de rentrer auprès de Kevin. Pourtant, elle se rappelait toutes ces fois où Emma avait fini dans cette chambre avant de se lever quelques heures plus tard pour repartir. Son cœur ne savait même plus s’il devait battre pour elle ou se serrer à l’idée que cette histoire, leur histoire ne les avait menées nulle part. Elle se recula et se leva pour imposer une distance entre elle et la blonde. Une distance nécessaire à sa survie.
— Écoute, Emma… commença-t-elle.
Elle ne savait pas quoi dire, craignait d’être trop raisonnable, de devoir affronter ce qui, pourtant, la préserverait d’émotions trop insupportables.
— Je ne peux pas continuer comme on le fait. Tu viens, on couche ensemble et tu repars. J’ai droit à quelques heures seulement durant lesquelles je peux t’avoir dans mes bras sans savoir quand sera la prochaine fois.
Emma se pinça les lèvres. Un vent froid soufflait sur elle suite à cette distance imposée par Lana. Que pouvait-elle répondre à cela ? Lana énonçait des vérités qu’elle ne pouvait contredire. Elle tenta pourtant :
— Je sais ce que tu penses…
Elle se coinça une mèche derrière l’oreille et reprit :
— Je sais aussi ce que je t’ai dit…
Et Emma se perdait dans ses émotions. Après ces trois jours de totale indifférence entre Lana et elle, autant de confusion, de colère et de peine se mêlaient en elle. Ses traits se tirèrent et elle accusa :
— J’ai l’impression que tout ça t’est égal et que ce qu’il s’est passé n’a aucune importance à tes yeux !
En entendant le ton d'Emma, Lana leva les sourcils, ahurie de constater sa colère. Elle se mit à rire nerveusement et secoua la tête en ramenant ses mains sur ses hanches. La pression montait et toute la pièce s’imprégnait de la tension qui avait toujours existé entre elle et Emma, quelle qu’elle fût.
— Tu n’es pas censée venir chez moi, Emma ! Tu es supposée être avec Kevin, je te rappelle et d’ailleurs, c’est toi qui as souhaité mettre fin à tout ça parce que tu n’as pas le droit de trahir celui que tu aimes ! Ce sont tes propres mots !
Emma s’en souvenait et cette discussion accentuait ce malaise qui grondait en elle depuis le recul de Lana quatre jours plus tôt. Elle regarda vers la porte, celle qu’elle devait franchir pour quitter la chambre de Lana où elle n’aurait pas dû rentrer. Que faisait-elle ? Pourquoi sa confusion grandissait-elle autant ? Elle se glissa sur le bord du lit, s’apprêta à se lever, mais resta assise un instant, dos à Lana avant de répondre :
— Je ne sais même plus dire qui je trahis.
Lana gardait ses yeux sur Emma, tiraillée entre sa colère envers elle et cette attirance ravageuse. Elle aurait voulu la serrer dans ses bras, respirer ses parfums, l’embrasser jusqu’à en perdre le souffle avant de redécouvrir son corps pour la énième fois, mais elle devait se raisonner. Elle se perdait dans une relation qui n’en était pas vraiment une, dans des sentiments qui ne pouvaient être partagés, dans un échange qui n’existait pas.
— Quitte-le.
Emma se tourna vers Lana, son regard bleu dans le sien. Cette demande, Lana l’avait déjà formulée, pas aussi directement, mais de façon plus diplomate et Emma n’y avait jamais répondu. Cette demande sonnait alors comme un ultimatum et Emma ne pouvait l’éviter. Elle détourna les yeux, se leva, récupéra ses affaires et quitta la chambre. Le silence était sa seule option. Elle fit quelques pas dans le couloir, mais un bras attrapa le sien et la ramena face à Lana.
Celle-ci avait regretté ses derniers mots dès l’instant où ils avaient franchi ses lèvres. Sa main rejoignit la joue de la blonde et elle l’embrassa sans tarder, en manque d’elle. Son désir prenait le dessus comme toutes les autres fois. Son cœur avait mal de devoir se réfréner. Elle savait pourtant qu’elle sombrait dans la folie en répondant aux exigences de son corps, de son attirance pour Emma. Ses mains trouvèrent la douceur de sa peau dans son dos, ses bras autour d’elle.
— Je ne sais plus ce que je fais, soupira-t-elle.
Emma pouvait en dire autant alors que ces contacts venaient de la libérer de tout ce manque perçu ces derniers jours. Ses lèvres ne se lassaient pas de se refermer sur celles de Lana, de les capturer et d’en apprécier la douceur. Elle avait laissé choir ses vêtements et ses talons dans le couloir, avait accueilli le corps de Lana contre le sien en de doux frissons qui lui électrisaient l’échine. Son souffle se faisait plus court, autant que son cœur tapait de façon anarchique dans sa poitrine. Ses bras autour du cou de Lana, elle s’était laissé plaquer contre le mur, sentait monter son désir en percevant ses mains la parcourir. Les siennes descendirent sur ses hanches, les contournèrent et vinrent sur ses fesses alors que sa jambe se repliait à l’extérieur de sa cuisse. Emma avait envie de Lana. Elle avait attendu cet instant depuis trois longs jours et pouvait enfin sentir ses mains prendre possession de son corps. Un soupir résonna quand les doigts de Lana atteignirent sa féminité. Sa tête bascula contre le mur, ses yeux fermés et ses lèvres entrouvertes. Sa main agrippa les cheveux de Lana dont les doux va-et-vient faisaient naître cette jouissance familière qui la rendait déraisonnée.
— Encore, soupira-t-elle en rouvrant ses yeux bleus dans les siens…
Lana avait succombé. Ces seuls mots soupirés la faisaient chavirer. Elle était consciente qu’en cette seconde, tout son être vibrait pour la beauté du visage d'Emma devant ses yeux. Ils ne cessaient d’ailleurs de la détailler, d’imprimer chaque trait de la blonde, chacune de ses expressions imprégnées de plaisir. Ses lèvres partirent couvrir son cou de baisers impatients et essoufflés. Sur sa peau, elle respirait ses parfums accentués par la chaleur que leurs corps dégageaient. Une main sur sa nuque, l’autre la possédait. Plus rien ne comptait à cet instant, comme toutes les fois où elle avait fait l’amour avec la blonde. Plus rien ne parasitait ses pensées, plus aucun doute, plus aucune crainte ne venait brider cette passion dévorante. Du bout de sa langue, elle caressa le lobe d'Emma et le captura entre ses lèvres. Elle savait l’effet que cela avait sur sa partenaire et sentit ses doigts s’agripper à son dos. Huit mois à partager l’intimité de l’agent Nollan, à découvrir chacun de ses fantasmes, chacune de ses envies, chaque point sensible de son corps. Lana aimait la sentir trembler dans ses bras, aimait s’abandonner parfois sous ses caresses lorsque la blonde les lui renvoyait. Elle avait beau nier, réfréner son désir, son corps avait été créé pour elle, pour le sien et pour bien plus que cela encore. Si seulement… Lana redressa son visage, rivait ses yeux brillants dans ceux d'Emma et reposa son front moite contre le sien. Elle avait besoin de la regarder, de se rassurer, de se rappeler que le plaisir qu’elle discernait dans les prunelles azur d'Emma venait seulement de ses caresses, de ce qu’elle lui donnait en cet instant.
Emma ne la quittait pas des yeux, tremblait légèrement sous les caresses extatiques que Lana lui offrait. La chaleur qui grimpait au fond d’elle était dévorante, nourrie par toute l’attention que l’agent Queen lui donnait. Emma ne voyait rien d’autre que Lana et rien ne viendrait entacher le plaisir et l’intensité de ce moment. Lana savait la prendre, savait la faire soupirer de plaisir. Emma s’abandonnait dans ses bras et rien d’autre n’existait, ni Kevin, ni ses collègues, ni son travail et les horreurs qu’elles affrontaient au quotidien. Son regard étincelait, révélait cette douce jouissance qui grimpait au creux de ses reins. Elle savait que Lana la dévisageait, attendait cet instant où elle jouirait sur ses doigts fins et audacieux. La chaleur de son corps grimpa davantage, les doigts de Lana approfondissant leurs caresses sur les points les plus sensibles de son intimité. Emma ne put réfréner l’orgasme qui la frappa et ses doigts se fermèrent sur la nuque de Lana avant que son visage ne vienne s’enfouir dans son cou pour y taire un doux gémissement d’extase.
Lana lâcha un long soupir après avoir retenu son souffle. Elle pouvait mesurer la force du plaisir d'Emma à l’emprise que ses doigts avaient autour de sa nuque. Elle savait aussi que lorsque la blonde se cachait ainsi contre son épaule, c’était que ce moment avait été plus empreint d’émotions que d’autres. Parfois, leurs étreintes transpiraient davantage de passion, d’impatience et de hâte puisque faites à la dérobée, dans des endroits inappropriés. Cette fois, plongées dans l’obscurité du couloir de son appartement, elles avaient exprimé chacune leurs craintes respectives, leurs doutes inavoués, de peur de ne plus jamais se retrouver ainsi. Avec Emma, chaque ébat avait quelque chose de spécial, de nouveau pour Lana. À présent, celle-ci refoulait la moindre pensée parasite. Le silence retombait autour d’elles et son cerveau repartait dans ses réflexions désagréables, dans ses interrogations perpétuelles. Emma allait-elle repartir aussi vite qu’elle était apparue dans sa chambre ? Allait-elle rester toute la nuit ? Quand Lana la retrouverait-elle de la même manière ? Quand aurait-elle encore la possibilité de respirer son parfum, de poser ses mains sur son corps ou ses lèvres sur les siennes ? Lana avait bien conscience qu'Emma ne lui appartenait pas, pas même lors de ces trop brefs moments.
Emma redressa doucement son visage de son cou. Son extase avait été si intense que de doux vertiges continuaient de la parcourir. Son regard sur Lana, sa main avait relâché son emprise sur sa nuque. Ses doigts glissèrent jusqu’à sa mâchoire et lui repoussèrent une mèche brune tombant sur sa joue. Emma aimait ce court instant qui succédait à ces moments partagés avec Lana, cet apaisement rare qui l’habitait tant qu’elle restait près d’elle. Qu’en adviendrait-il si elle ne rentrait pas ce soir ? Que dirait Kevin si elle prétextait un dossier important à boucler avec Lana ? Jamais Kevin ne soupçonnerait l’agent Queen de lui donner plus de plaisir qu’il ne le pourrait jamais. Sa voix plus basse, plus empreinte de fatigue, elle brisa le silence :
— Tu veux bien que je reste jusqu’à demain ?
Et tous les autres lendemains, pensa Lana. Cependant, elle ne répondrait pas cela à Emma, bien trop consciente des réalités. Elle avait constaté l’effet que sa demande directe avait eu sur l’agent Nollan et n’avait nul besoin de souffrir une nouvelle fois. Elle devait prendre ce qu'Emma était à même de lui donner. Elle glissa sa main dans la sienne et la tira vers sa chambre avant de la guider jusqu’à son lit. Toutes les deux s’y allongèrent et Lana accueillit le corps d'Emma, nu contre le sien. Cette nuit, au moins, elle pourrait la garder dans ses bras, s’endormir avec elle, contre elle. Ses craintes attendraient le lendemain. Elle ne voulait plus que songer à la blonde et au plaisir indéniable qu’elle lui avait procuré.
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