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📖 Extrait gratuit — 1 — WINTERFALLS à 3 — APPRENDRE À SE CONNAÎTRE
Chapitre 1 — 1 — WINTERFALLS
  1. 1 — WINTERFALLS
  2. 🔒 2 — BETTY
  3. 🔒 3 — APPRENDRE À SE CONNAÎTRE
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Noël à Winterfalls · Nels

Lire Noël à Winterfalls en ligne gratuitement 1 — WINTERFALLS

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New York, 11/12/2023

Je marche en direction de mes locaux. Je m’appelle Joséphine Andrews, rédactrice en chef du petit hebdomadaire new-yorkais le NY Days. Nous traitons l’actualité politique, cinématographique et musicale, mais aussi la mode et les sites à visiter à New York.

Je suis une femme de trente-six ans qui aime les femmes. J’aime les belles histoires, pas les aventures d’un soir, mais les relations sincères. Romantique, moi ? Peut-être. Prendre mon temps pour découvrir une personne est essentiel pour moi.

Je pénètre dans l’immeuble et entre dans l’open space où mes journalistes s’affairent déjà. Chaque matin, je m’assure de saluer mes collaborateurs ; c’est un rituel auquel je tiens. En tant que patronne, rester à l’écoute me semble indispensable pour maintenir une atmosphère conviviale. J’ai eu l’occasion de bosser pour un grand quotidien et me suis promis que je ne voulais pas d’une mauvaise ambiance chez NY Days.

Au bout de quinze minutes, j’atteins enfin mon bureau, Stacy sur mes talons. Ma secrétaire, habituellement brune comme moi, arbore actuellement une chevelure blonde. Elle porte toujours des jupes qui lui arrivent en dessous du genou. Elle aime le look pin-up. Je suis sûre qu’elle a vécu dans les années 50. Elle me tend mon café et je m’installe derrière ma table de travail. Elle me remet le dossier contenant l’ébauche de la prochaine publication.

Simon Carpenter entre dans mon bureau en toussant. Ce grand dadais de vingt-cinq ans est un de mes meilleurs journalistes. Blond, aux yeux bleus et au nez rouge, Simon patiente. Avant qu’il dise quoi que ce soit, je l’arrête.

— Simon, tu sais que je t’adore, mais est-ce que tu pourrais mettre un masque ?

— Excuse-moi, Jo.

Simon reste sur le pas de la porte, un mouchoir plaqué sur le nez avant d’éternuer.

— Je ne vais pas pouvoir écrire sur Winterfalls.

— Winterfalls, c’était quoi le thème ?

— La petite ville de Winterfalls est-elle vraiment le nouveau village du père Noël ? Je devais m’y rendre demain, mais je suis au bout de ma vie, dit-il avant d’éternuer de nouveau.

— Je vais m’occuper de ton sujet, donne à Stacy ton billet de train et les notes que tu as déjà récoltées sur cette ville.

— Merci, Jo.

— Et par pitié, rentre chez toi et va voir ton médecin.

Je lui fais un signe de la main pour qu’il déguerpisse rapidement avant de me transmettre sa crève.

En fin de journée, Stacy passe la tête à travers la porte.

— Tu es dispo ?

— Oui.

J’enlève mes lunettes et frotte mes yeux.

— Cet ordinateur va me rendre aveugle, dis-je en rigolant.

Stacy pose une enveloppe sur mon bureau.

— J’ai changé le billet de train, tu pars demain matin à 8 h. Je t’ai réservé une chambre à l’hôtel Winter, tu y séjourneras trois nuits. Amuse-toi bien au pays du père Noël.

— J’y vais pour travailler, tu sais…

La porte se ferme alors que je n’ai pas eu le temps de finir ma phrase. Bon, je décide de partir plus tôt afin de préparer mon sac de voyage et attrape les notes de Simon, je les lirai dans le train.

***

En entrant dans mon appartement désert, je pose les clés sur la table et me dirige vers la salle de bains pour prendre une bonne douche. Une fois vêtue d’un pyjama, j’allume la télé, et réchauffe un plat au micro-ondes, je m’installe sur le canapé avec l’enveloppe que Stacy m’a donnée. Après une bouchée de lasagnes, j’ouvre la missive. Un billet aller/retour et les notes de Simon se trouvent à l’intérieur, je commence à feuilleter les différents documents. Le maire a une tête de con, mais la ville a l’air charmante. Winterfalls est une petite ville de mille habitants, où tout le monde doit se connaître. Cela va me changer de New York. Trois heures de voyage sont nécessaires, ce qui me donnera largement le temps de bosser.

***

Le lendemain, je débarque à la gare, excitée comme une gamine un matin de Noël. Le train m’a toujours fascinée. Je monte et m’installe, le mouvement saccadé a raison de moi, je m’endors rapidement.

— Terminus ! Tout le monde descend.

Je me réveille agitée, un monsieur habillé d’un pantalon, d’un veston sombre et portant une casquette du même coloris me regarde gentiment. Je suppose que l’homme devant moi est le contrôleur du train.

— Bonjour, madame, nous sommes arrivés à Winterfalls.

— Merci.

Je me lève, attrape mon sac de voyage et sors du wagon. En parcourant la gare, un souffle de vapeur me fait soudain sursauter. Un petit cri de terreur m’échappe, attirant le regard curieux des passants. Je me tourne et un train d’une autre époque se trouve devant moi. Une locomotive à vapeur, je n’en crois pas mes yeux. La fumée sort de la chaudière, j’en reste ébahie. Moi qui adore les vieilles machines, je suis servie, me trouver devant est hallucinant. Mais comment est-ce possible ? Je suis bien montée à bord d’un train électrique. C’est… C’est très étrange ! Je dois encore dormir, je me pince le bras. Aïe ! Ça fait mal, je frotte mon bras pour faire passer la douleur. Je regarde autour de moi, les gens sont habillés différemment ici.

Une femme passe devant moi en me détaillant de la tête aux pieds. Un malaise s’installe, bien qu’il n’y ait rien d’inhabituel dans mes vêtements. J’ai opté pour un jeans, des boots en laine d’alpaga, un long manteau noir et mon sweat à capuche gris. Mon bonnet noir avec un pompon assorti est bien en place sur ma tête. Je hausse les épaules, m’empare de mon sac, et m’avance vers l’entrée de la gare.

Le choc. C’est quoi ça ? Je me trouve dans la quatrième dimension ? Je n’ai pourtant pris aucune drogue depuis des années.

Devant moi, une ville en pleine construction, des chevaux tirent des attelages et quelques véhicules roulent sur de la terre battue. L’impression de me trouver sur un plateau de cinéma est immédiate. Une Ford de 1900 passe devant moi, le conducteur appuie sur une grosse poire noire attachée entre la vitre et la portière, le klaxon retentit. Je sursaute et explose de rire. Voir ce genre de voiture en vrai, c’est extraordinaire. Franchement, je ne sais pas pourquoi le maire a eu cette idée. Ce qui est bien c’est que les habitants comme les commerçants jouent le jeu. Cela doit sûrement amener plein de touristes… Je ne m’attendais pas du tout à ça, je suis complètement choquée par ce que je vois.

Le titre de l’article de Simon est complètement à côté de la plaque. Il aurait dû préciser que cette ville était restée coincée au siècle dernier. C’est complètement fou, les devantures des magasins sont décorées avec minutie. Cette ville est fascinante. En marchant en direction du centre-ville, les découvertes se multiplient : un barbier, un salon de coiffure, un épicier et un coffee shop. Un peu plus loin, un garage et un restaurant apparaissent. Je rentre dans le café pour demander mon chemin. Les personnes se tournent vers moi, et l’impression de ressembler à un extra-terrestre s’installe. Mais bon sang ! Qu’est-ce qu’ils ont tous à me regarder comme ça ? C’est franchement déstabilisant.

Intimidée, je m’avance vers le comptoir, un homme m’offre un sourire bienveillant.

— Bonjour, je cherche l’hôtel Winter, pouvez-vous m’indiquer l’endroit où il se trouve ?

— Ah ben, ma p’tite dame, c’est qu’il n’y a pas d’hôtel à ce nom.

C’est un cauchemar, c’est ça ? Stacy a voulu me faire une farce. Dès que je rentre, je la vire. Un individu passe à côté de moi et jette le journal sur le comptoir. Je le prends et regarde la date, je sens que je vais défaillir. 20 décembre 1920, ce n’est pas possible. C’est une blague !

— Si vous cherchez un endroit où dormir, il y a des chambres en location chez madame Materson.

— Pouvez-vous m’indiquer le chemin ?

— Oui, vous allez tout droit et c’est à la sortie de la ville dans environ deux kilomètres.

— Merci, beaucoup.

Je sors du café et le vent s’engouffre dans ma veste. Le froid me ramène à la réalité : me voilà plongée dans les années 20 et mon cœur s’emballe. Comment est-ce possible ? Le train. Sur mon trajet, il a dû y avoir une faille spatio-temporelle, un truc comme ça.

J’ai l’impression d’être Marty MacFly, sauf que, contrairement à lui, je ne visite pas les années 50 ou le futur à bord d’une DeLorean. Mon voyage, apparemment, se fait à bord d’un train. Et comme Marty, j’espère pouvoir repartir chez moi…

Je marche dans la direction indiquée par le gérant du café. Il fait un froid de canard. La rue principale est décorée pour les fêtes de fin d’années. Les vitrines sont agrémentées de guirlandes et de boules de Noël, c’est moins claquant qu’à mon époque, mais c’est charmant. Mon attention s’attarde sur les voitures, je trouve ça captivant. Elles sont longues avec des roues sur le côté des flancs. Elles sont impressionnantes.

Deux femmes s’avancent vers moi et ricanent en voyant mes vêtements. Il faut dire que je dénote un peu dans le paysage. Les demoiselles sont charmantes, l’une d’elles est vêtue d’un bonnet qui lui tombe presque sur les yeux et elles portent toutes les deux des jupes qui leur arrivent en dessous du genou. L’autre est habillée d’un manteau avec de la fourrure autour du col, quant à la première, elle porte une veste en tweed et une écharpe verte, elle ne doit pas avoir très chaud.

Je me retrouve enfin devant une grande maison à deux étages avec une façade jaune pâle et des volets blancs. Quelques petites marches amènent sur une terrasse, la surface fait la largeur de la bâtisse. J’adore ce genre de maison, quand il fait mauvais ou que le soleil tape trop, c’est toujours agréable de s’asseoir sur une chaise à bascule et de regarder le temps qui passe.

Je m’avance et frappe à la porte.

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