Chapitre 0 — Prologue
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Le garçonnet observait la route qui s’étendait devant lui avec un mélange de peur et d’excitation.
La rue lui paraissait interminable. Il pouvait apercevoir au loin le virage qu’il lui faudrait prendre pour atteindre sa destination. Chaque seconde durait une éternité dans le quartier étrangement désert. Lui qui avait grandi dans le centre de Los Angeles et son agitation constante ne s’était pas encore habitué à la tranquillité du lotissement dans lequel sa famille avait déménagé un an plus tôt. L’endroit était connu pour être calme, parfait pour élever des enfants. C’était pour cela que sa mère avait accepté qu’il fasse le chemin seul ce matin-là.
Il n’avait aucune raison d’avoir peur. Après avoir tempêté et supplié en insistant sur le fait qu’il était assez grand pour être indépendant, il ne pouvait de toute façon plus se défiler.
Henry Malan ne s’était jamais senti aussi adulte du haut de ses huit ans. Ses mains rendues moites par la peur et la chaleur s’agrippaient péniblement aux sangles de son petit sac à dos. Il déglutit et releva la tête. Il n’avait que quelques rues à parcourir pour atteindre le lieu où se déroulait son stage de base-ball. Il était courageux, comme son père. Il pouvait y arriver.
Après une dernière grande inspiration, il fit un pas en avant.
Le soleil tapait fort en ce début du mois de juillet, malgré l’heure matinale. Il avait plu cette nuit-là, un de ces orages violents qui lui faisaient toujours un peu peur, mais cela n’avait pas suffi à rafraîchir la canicule qui s’était abattue sur l’entièreté de la Californie. Une goutte de sueur naquit à la tempe du petit garçon pour rouler le long de son visage. Il gardait les yeux résolument fixés sur le virage qu’il devait emprunter, décomptant les secondes qui le séparaient de son but. Son cœur battait sourdement à ses oreilles et durant un instant, il se surprit à souhaiter n’avoir jamais demandé à ses parents de faire la route seul. Il aurait tout donné pour sentir la présence rassurante de son père à ses côtés et pouvoir lui saisir la main afin de se réconforter.
C’est bon, Henry, pensa-t-il, presque agacé par son propre comportement. C’est la première fois la plus difficile. Tu peux le faire.
Une partie du chemin se trouvait déjà derrière lui. Il se détendit un peu et s’autorisa même à écouter le chant des oiseaux dans les arbres. Le soleil, qui lui avait semblé si agressif quelques minutes plus tôt, lui paraissait à présent presque agréable en caressant sa peau.
Henry sourit.
Le bruit d’un moteur le fit sortir de ses rêveries.
Il tourna la tête pour observer le véhicule. Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’il vit le van noir, immaculé, qui venait dans sa direction. Il détacha son attention de la voiture et se mit à marcher plus vite, la gorge nouée d’angoisse.
Le van ralentit en s’approchant de lui.
Cours.
La petite voix dans l’esprit d’Henry sonnait comme une menace.
Cours.
La fenêtre de la voiture s’ouvrit lentement. Une tête en sortit.
Cours.
Henry ne courut pas. Il se contenta de fixer avec curiosité l’homme qui lui souriait d’un air chaleureux.
— Salut, Henry. Je suis un ami de ton père. On s’est déjà vus, tu dois te souvenir de moi. Il m’a demandé de venir m’assurer que tout se passait bien pour toi. Tu veux peut-être que je t’accompagne ?
Henry cligna des paupières sans répondre. L’homme lui apparaissait comme un véritable sauveur face à la peur qui lui broyait les entrailles. Son visage lui était vaguement familier, bien qu’il soit à moitié dissimulé par la casquette enfoncée profondément sur le haut de son crâne et les lunettes de soleil perchées sur son nez. Le petit garçon pencha la tête sur le côté, essayant de se rappeler où il avait déjà vu le conducteur, mais sa terreur s’était calmée. Il lui faisait d’ores et déjà confiance et savait qu’il allait accepter sa proposition. Ses parents lui avaient toujours dit de ne pas parler aux inconnus, mais cet homme n’en était pas un. Henry le connaissait, il en était sûr à présent.
Un adulte bienveillant, venu pour le mener sain et sauf à destination. Comment pouvait-il refuser une telle opportunité ?
— Tu as l’air d’avoir chaud, bonhomme, insista l’homme à la casquette. J’ai de l’eau à l’intérieur, si tu en as envie.
Le sourire du conducteur était sincère. Henry hocha timidement la tête. Il était vrai qu’il avait chaud. Il n’hésita pas avant de poser la main sur la poignée de la porte.
— Merci, monsieur, balbutia-t-il avec gratitude.
— Avec plaisir, mon grand. Allez, monte. Tu ne veux pas être en retard à ton stage, n’est-ce pas ?
Le garçonnet s’installa avec entrain sur le siège arrière de la voiture. Le conducteur lui tendit une bouteille d’eau, qu’il but à grandes gorgées pour se désaltérer. Bercé par la chaleur et les mouvements du véhicule, l’enfant ferma les yeux.
L’homme manqua le virage. Henry ne s’en aperçut pas.
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