Chapitre 1 — Chapitre 1
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Sans rivale · Radclyffe , Nik Moana
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West Mount Airy, Philadelphie, Pennsylvanie
1er juillet, 5 h 03
Une Coccinelle rouge délabrée jaillit dans la rue et faillit percuter la Range Rover noire de Declan. Celle-ci devina le mouvement du coin de l’œil juste à temps pour donner un coup de volant vers la gauche. Son gros SUV traversa la chaussée et dérapa sur la pelouse d’une maison victorienne jaune pâle de West Mount Airy, manquant de peu le muret de pierres qui marquait l’entrée de l’allée. Elle serra le volant à pleines mains, la vision brouillée, couverte de sueur. Elle haletait, essayant de résister à la pression écrasante qui envahissait sa poitrine. Elle ne pouvait plus respirer. Ses bras tremblaient, son estomac était douloureux, comme si elle avait reçu un coup de poing. Les sirènes retentirent. Les secours arrivaient. Ils seraient bientôt là. Il fallait se dépêcher. Vite, vite !
Des hurlements firent écho au cri perçant des sirènes.
Les cris étaient les siens, dans sa mémoire.
C’était juste un souvenir.
Dec se fraya un chemin à travers le brouillard du passé. L’air pénétra dans ses poumons et le battement assourdissant de son cœur se calma lentement. La réalité revint et sa vision s’éclaircit.
Elle prit une inspiration, puis une autre. Les sirènes hurlaient toujours, mais elles ne venaient pas vers elle cette fois-ci. Jetant un coup d’œil dans son rétroviseur, elle vérifia que la route était dégagée et avança avec prudence dans l’étroite voie résidentielle. L’hôpital se trouvait à deux pâtés de maisons, et bien qu’elle n’ait pas emprunté cette rue depuis près de dix ans, elle aurait pu la parcourir les yeux fermés. Les arbres étaient plus hauts, les trottoirs d’ardoise devant les maisons victoriennes de trois étages un peu plus inégaux à cause du gel hivernal et les voitures garées dans les allées légèrement plus haut de gamme que par le passé, mais elle reconnaissait tout de même cet endroit. Rien n’avait vraiment changé, sauf elle.
Elle avait presque atteint le centre médical lorsqu’un groupe de véhicules de secours la doubla. Elle s’arrêta pour les laisser foncer et les suivit jusqu’à l’entrée des urgences. Un grand panneau, installé après son départ, indiquait l’admission en traumatologie. Lorsque les ambulances pilèrent en hurlant devant les larges portes doubles, elle les contourna et s’engouffra dans une place de parking libre réservée au personnel. Avec un peu de chance, D. Abrams, à qui l’emplacement était affecté, ne serait pas trop fâché qu’elle ait pris sa place. Les jambes encore tremblantes, elle sortit juste à temps pour voir quatre femmes jaillir de la Coccinelle rouge un peu plus loin. La petite brune qui avait sauté du côté conducteur menait le groupe vers les urgences avec la vitesse et la grâce d’une gazelle. D’après le peu que Dec put distinguer tout en attrapant sa nouvelle carte d’identité plastifiée sur le tableau de bord de la Range Rover, elle portait un débardeur gris déformé, des tongs et… un caleçon ? Une grande brune en jean et chemise froissée ainsi que deux blondes se hâtaient derrière elle. Soudain, la blonde élancée vêtue d’un T-shirt vert pâle sans manches et d’un pantalon court gris-vert courut pour contourner les autres et arriva la première à l’entrée.
Une autre ambulance se précipita dans la zone des urgences et Dec dut faire un bond de côté pour éviter d’être renversée. Elle atterrit maladroitement sur sa jambe droite. La douleur la poignarda aussitôt à la hanche, lui rappelant qu’elle n’était plus aussi jeune qu’avant. Comme si le fait d’être de retour ici ne suffisait pas ! Repoussant ces pensées, elle se dirigea vers la première ambulance de la file. Les portes arrière s’ouvrirent et les ambulanciers, un homme et une femme en pantalon et chemise bleu marine, tous deux âgés d’une trentaine d’années, farouchement concentrés sur leur tâche, firent glisser le brancard, laissant ses pieds se déplier tandis qu’ils le déposaient sur le sol.
— Quelle est la situation ? demande Dec à l’ambulancier le plus proche.
— Un accident concernant plusieurs voitures sur la Schuylkill. Ils extraient encore les blessés.
— Combien en attendons-nous ? interrogea Dec en trottinant à côté du brancard, ignorant sa hanche qui la brûlait.
— Difficile à dire. Au moins huit voitures sont impliquées, la plupart avec plusieurs passagers.
— Très bien. Quelle est…
— Qu’est-ce que nous avons ? cria un jeune homme en sortant des urgences.
Sa tenue de bloc verte toute froissée portait un badge indiquant « A. Armand, médecin, services des urgences ».
— Conducteur immobilisé, répondit l’ambulancière. Traumatisme crânien fermé, alerte, mais désorienté sur le terrain. Fracture de l’humérus gauche et du membre inférieur gauche, hypotension à soixante-dix de systolique, pouls à trente, a réagi à la réanimation par fluide.
— Blessures à l’épaule, dit Dec à l’interne. Cela signifie que le thorax et l’abdomen peuvent être touchés. Assurez-vous de faire une radiographie du thorax et une échographie de l’abdomen dès que vous l’aurez mis sous perf.
— Qui êtes-vous ? demanda Armand.
Dec tapota la carte d’identité accrochée à la poche de sa chemise bleu pâle.
— Médecin urgentiste. Allez, on y va.
Le jeune homme haussa les sourcils, mais obtempéra.
— Je m’en occupe, dit-il avant de disparaître à l’intérieur avec le blessé.
Lorsque Dec se retourna, trois autres ambulances commençaient à dégorger des patients. Une rousse en blouse bleu ciel se précipita vers elle.
— Je suis l’infirmière responsable du service des urgences. Donna Carlisle.
Elle jeta un coup d’œil à la file de véhicules de secours.
— Mon Dieu, je déteste le premier juillet. Un hôpital plein de petits nouveaux et des arrivées en fanfare de ce genre ! S’il vous plaît, dites-moi que vous êtes médecin ?
— Oui, confirma Dec.
— Vous faites le triage ?
— Je peux, sauf si vous avez besoin de moi à l’intérieur.
— Nous avons de nombreux internes, mais nous manquons de médecins confirmés en ce moment. La docteure Blake s’occupe de l’intérieur.
— Alors je me charge du triage. Pouvez-vous m’envoyer deux internes ?
— Compris.
L’infirmière fronça les sourcils en fixant Dec comme si elle essayait de la situer.
— Qui êtes-vous déjà ?
Distraite, Dec ne répondit pas et l’infirmière ne s’attarda pas. C’était aussi bien. Parfois, Dec n’était pas certaine de connaître la réponse à cette question.
⁂
— Bon sang de bonsoir ! s’exclama Zoey Cohen en balayant du regard le service des admissions en traumatologie.
Les trois alcôves étaient pleines et deux des endroits habituels utilisés pour les patients moins gravement atteints contenaient également des blessés. Les médecins assistants, les techniciens, les infirmières et les internes allaient et venaient à toute allure, contournant les chariots d’instruments et une machine à rayons X portable qui semblait s’être immobilisée au milieu de l’espace. Elle se tourna vers Emmett McCabe, son ancienne copine de baise, toujours sa meilleure amie, et bientôt interne en chef et monarque en titre des internes en chirurgie.
— Qu’est-ce qu’on fait ? Je suis censée aller à la transplantation.
— Pas avant deux heures.
Emmett repoussa une mèche indisciplinée de son front et se tourna vers Dani et Syd.
— Dani, tu es l’interne senior du service de traumatologie à partir d’aujourd’hui, alors tu t’en occupes.
Elle désigna une pile de blouses jaunes et continua :
— Mais d’abord, tu devrais peut-être te couvrir un peu plus.
En souriant, Dani enfila la blouse sur son caleçon et son débardeur et passa des bottines par-dessus ses tongs, tout en disant :
— Syd, tu es maintenant interne senior en neurologie, alors va bosser là-bas. Emmett et moi nous occuperons de la chirurgie générale.
— Pigé !
Syd adressa un sourire en coin, à la fois doux et sexy, à Emmett, sa petite amie très récente, avant de s’éloigner en vitesse.
Dani leva les yeux au ciel et Emmett sourit.
— Où avez-vous besoin de moi ? demanda Zoey.
Elle passa une blouse et regarda Emmett et Dani pour avoir des directives. Le mois de juillet était toujours bizarre : chacun devait se glisser dans son nouveau rôle, entamer une autre année d’études, tout en demeurant la personne qu’on était la veille. Elle n’en savait peut-être pas beaucoup plus que vingt-quatre heures auparavant, mais elle avait de nouvelles responsabilités et un groupe d’internes juniors fraîchement émoulus qui attendaient d’elle qu’elle soit omnisciente et qu’elle leur évite les problèmes. Alors, oui, ce n’était pas seulement sa vie sexuelle, libre et sans contraintes, qui avait changé.
— Tu es toujours en chirurgie générale, dit Dani. Va donc chercher un patient et mets-toi au boulot.
— Je vais à l’extérieur, répondit Zoey tout de suite. Tous les patients ici sont pris en charge.
Elle tourna les talons et se dirigea vers la porte avant que quelqu’un puisse objecter ou l’attraper pour qu’elle aide quelque part. Elle ne voulait pas se contenter d’assister un collègue. Elle voulait être responsable. Elle voulait le poste d’Emmett à la fin de l’année. Et cela signifiait beaucoup de cas à traiter, de cas importants.
— Tu cherches les meilleurs cas ? la héla Emmett tandis qu’elle s’éloignait au pas de course.
— Ils ont tous besoin de médecins, non ? répondit Zoey par-dessus son épaule.
Bien sûr, elle recherchait les cas les plus intéressants, mais ces patients étaient aussi ceux qui avaient le plus besoin d’attention. C’était l’avantage de la chirurgie. Les personnes les plus malades présentaient les défis les plus stimulants.
Elle se précipita à l’extérieur et s’arrêta brusquement. Le parking était en plein chaos. Une poignée d’ambulances qui venaient d’amener les blessés se tenaient sur le côté, moteurs au ralenti, attendant le retour de leurs équipes de secouristes. Plusieurs autres étaient garées devant l’entrée, les barres lumineuses sur leurs toits clignotaient, leurs sirènes hurlaient, les radios diffusaient des appels et des demandes d’intervention aux différentes unités. Les infirmiers guidaient les brancards sur le sol, ne s’arrêtant dans leur course effrénée que le temps de crier un rapport de situation à l’employé des urgences le plus proche. Le regard de Zoey se porta sur une brune mince, vêtue d’une chemise bleu pâle et d’un pantalon noir ajusté, qui se tenait au milieu du chaos, enveloppée d’une aura de calme complètement surréelle. Le soleil levant scintillait sur le noir corbeau de ses cheveux courts et se reflétait en lançant des étincelles d’argent sur la boucle de son étroite ceinture noire. Elle semblait savoir ce qu’elle faisait, au moins. Les deux internes des urgences qui gravitaient dans son sillage pendant qu’elle évaluait les blessés et les dirigeait se concentraient sur elle comme si elle était le soleil de leurs lunes. Zoey comprit pourquoi. Quelque chose dans la posture assurée de la femme et dans son expression d’un calme olympien, malgré l’agitation indescriptible, imposait l’ordre dans la folie ambiante. Zoey reconnut en elle la personne responsable et courut dans sa direction.
— Nous sommes saturés à l’intérieur, dit Zoey en s’insérant dans l’orbite de la femme, alors nous devrions peut-être mettre en place une unité de terrain ici.
Zoey reprit son souffle lorsque la femme se retourna pour lui faire face. Elle avait un visage mémorable. On aurait pu dire qu’elle était belle, et elle l’était effectivement malgré la cicatrice rose au léger relief qui traversait son front depuis la racine de ses cheveux jusqu’à son sourcil gauche, où elle s’amincissait jusqu’à devenir une ligne blanche et pâle qui interrompait la courbe de son sourcil foncé. La cicatrice ne gâchait en rien son visage avec ses pommettes sculptées, sa mâchoire bien dessinée et ses joues un peu creusées. Une mèche de cheveux noirs descendait sur son front et elle aurait sans doute pu couvrir la plus grande partie de la cicatrice avec si elle l’avait voulu, ce à quoi elle s’était apparemment refusée.
Le front balafré se souleva en signe d’interrogation. Ses yeux étaient très sombres. Des yeux pouvaient-ils être noirs ? Zoey ne le pensait pas, mais elle ne voyait aucune trace de marron dans les iris. Pas de mouchetures d’or ou de vert, ou d’une autre couleur, juste l’obscurité profonde et envoûtante d’une nuit sans étoiles.
— Declan Black, se présenta la femme quand Zoey resta muette. Médecin urgentiste. Vous êtes… ?
Sa voix était basse et chaude, pas amicale, mais plutôt assurée. Du miel foncé avec un soupçon de fumée liquide.
— Zoey. Zoey Cohen. Interne en chirurgie… quatrième année.
— Bien. Je préfère ne pas essayer de soigner qui que ce soit ici, alors évaluons-les au plus vite. Prenez le prochain là-bas, voyez ce que nous avons. Si quelqu’un a besoin d’une intervention immédiate, qu’il passe à l’intérieur. Sinon, retenez-les pour l’instant.
— Je m’en occupe, répondit Zoey en faisant enfin bouger ses jambes.
Alors qu’elle se détournait, le visage de Declan Black restait gravé dans son esprit, comme un rêve subsistait parfois derrière des paupières closes.
L’instant d’après, elle ne pensait plus qu’à la femme sur le brancard qui sortait du véhicule de secours le plus proche. Une sonde endotrachéale dépassait du coin de sa bouche et l’infirmier qui descendit à côté de la civière pressait méthodiquement le ballonnet qui y était attaché, respirant pour elle. Un collier cervical masquait la majeure partie de son visage, mais le pantalon antichoc qui enveloppait le bas de son corps suggérait des hémorragies.
— Faites-moi un point, demanda Zoey en se penchant pour vérifier les réponses pupillaires de la femme.
Du sang suintait d’une longue lacération du cuir chevelu, juste derrière les premiers cheveux. Le pantalon antichoc comprimait les extrémités inférieures pour forcer le sang à retourner dans le système circulatoire. Cette technique était efficace en cas de choc, mais elle n’était pas recommandée pour les traumatismes crâniens. Les pupilles de la blessée étaient léthargiques, mais égales et réactives. Aucun indice d’hémorragie unilatérale, au moins.
L’infirmier débita les signes vitaux avant d’ajouter :
— Passagère arrière non attachée, éjectée du véhicule, inconsciente sur les lieux de l’accident. Hypotension, fractures multiples des extrémités, évaluation de la colonne vertébrale impossible. Les bruits respiratoires diminuent à droite. Elle a déjà reçu trois litres de solution saline et nous maintenons sa pression au-dessus de soixante.
— Attendez une seconde.
Tandis qu’ils ralentissaient leur avance, Zoey écouta rapidement les poumons de la femme.
— Elle n’a aucun bruit de respiration à droite maintenant.
Elle glissa ses doigts sur les quelques centimètres de gorge exposés sous le collier cervical, à la recherche de la trachée. Elle réussit enfin à la palper. Elle était déviée vers la gauche.
— Elle a un hémothorax sous tension. Elle va avoir besoin d’un drain thoracique tout de suite. Allons-y.
Elle saisit la barre latérale et poussa le brancard vers l’entrée, le premier secouriste courait devant elle avec le ballonnet de la sonde endotrachéale et le deuxième derrière eux en les guidant. Lorsqu’ils atteignirent l’unité de traumatologie principale, elle ne vit pas d’alcôve vide et désigna un espace le long du mur.
— Là-bas.
— Qu’est-ce que vous avez ? demanda une voix douce et basse derrière elle.
Zoey ne l’avait entendue qu’une fois, mais cela lui avait suffi pour s’en souvenir à jamais. Declan Black l’avait suivie à l’intérieur.
— Très probablement un hémopneumothorax, dit Zoey, en cherchant autour d’elle un médecin assistant ou un interne pour l’aider.
Un interne de deuxième année à l’air pressé, vêtu du bleu layette typique des urgences, passa en trombe.
— Hé, Alan, tu peux me poser un drain thoracique immédiatement ?
Il regarda par-dessus son épaule sans ralentir et cria :
— Dans une minute. La docteure Blake a besoin de l’appareil à ultrasons tout de suite.
— Je n’ai pas une minute, marmonna Zoey, qui passa rapidement en revue le protocole d’évaluation des traumatismes, un œil sur le moniteur de pression artérielle. Bon sang, sa pression est au plus bas. Il faut l’intuber. Je vais chercher une sonde thoracique.
— Vous avez un set d’instruments chirurgicaux ? demanda Declan.
— Oui, juste là.
Zoey tendit la main vers l’étagère le long du mur et en sortit un set pour intraveineuses. Il ne contenait pas grand-chose, quelques hémostatiques et des instruments de base pour insérer des cathéters dans les veines profondes. Elle commença à le tendre à Declan, qui acquiesça.
— Ça ira. Faisons-lui un trou.
— Pourquoi pas une thoracotomie à l’aiguille ? proposa Zoey. Ce sera plus rapide.
— Pas s’il y a du sang dedans. Il se coagulera en une seconde.
Le ton de Declan était froid et calme, presque comme une conversation normale, pas comme si elles étaient en pleine crise.
— Nous allons perdre son pouls dans environ vingt-cinq secondes. À vous de voir.
— D’accord, d’accord.
Zoey plaça d’un geste sec le plateau d’instruments sur un support métallique argenté qu’elle tira avec le bras. Elle connaissait la procédure. Les drainages thoraciques étaient généralement confiés à un stagiaire. Mais pas quand le patient était à deux doigts d’un arrêt cardiaque. À côté d’elle, Declan Black ouvrit sans hâte le plateau d’instruments. Ces quelques secondes de calme stabilisèrent le pouls de Zoey.
— J’ai besoin de gants.
— Tenez.
Declan enleva le papier de l’emballage extérieur et lui tendit une paire stérile.
— Sept et demi, c’est ça ?
— Oui, dit Zoey en la fixant.
Elle n’avait pas le temps de se demander comment Declan Black l’avait su. Pendant qu’elle enfilait les gants, Declan découpa les vêtements de la patiente à l’aide d’un scalpel et tamponna avec de la Bétadine le côté droit de sa poitrine, le long de la partie externe du sein.
— Tout est prêt.
— Ligne axillaire antérieure, cinquième espace intercostal ? proposa Zoey en saisissant une nouvelle lame.
Elle le savait déjà, mais elle n’aurait pas de seconde chance. Et son orgueil ne l’empêchait pas de vérifier.
— Ça me paraît bien. Ne faites pas la délicate.
Zoey pratiqua une incision de cinq centimètres de long entre les deux côtes. La patiente ne réagit pas et, heureusement, elle ne sentirait pas grand-chose, voire rien du tout, de la procédure en cours.
— Pouvez-vous me passer un…
— Voici un Kelly, annonça Declan en lui glissant une pince hémostatique surdimensionnée dans la paume.
— Merci, marmonna Zoey.
Elle enfonça la pince dans la fine couche de muscle entre les côtes et dans la poitrine de la blessée. Un flot de liquide marron généreusement parsemé de caillots s’en échappa. Elle recula d’un bond, mais ne put éviter d’être trempée et grommela un juron.
— J’aimais vraiment ce pantalon…
Declan éclata de rire. Le son caressa les sens surchauffés de Zoey comme une brise envoûtante.
— Beau boulot. La pression est en train de monter.
Zoey se tourna vers elle, toute rose sous le succès, et aperçut une brève lueur de chaleur dans les yeux de Declan avant que les flammes ne s’éteignent brusquement.
— Confiez-la à quelqu’un pour terminer le travail et retournez dehors, ordonna Declan.
— OK. Alors…
Zoey s’interrompit. Declan Black avait disparu, aussi rapidement qu’une étoile filante s’évanouissant en plein ciel, laissant derrière elle un mélange d’émerveillement et de déception.
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