Chapitre 0 — Prologue
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Sentiments d'urgence · Lena Clarke , Kyrian Malone
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Laboratoire du CDC, Maine
— Homme caucasien, 27 ans. Cause du décès : morsure profonde à la jugulaire. Soupçon de contamination par agent pathogène de niveau 5.
La voix de la Dre Lana Monroe était froide, tandis que chaque parole prononcée lors de l’analyse était enregistrée pour les archives du laboratoire.
Elle ajusta ses lunettes et releva les yeux vers sa collègue, la Dre Williams.
— Nous allons pouvoir commencer.
Toutes les deux étaient enveloppées d’une combinaison blanche hermétique, la tête couverte d’un casque intégral relié à un tuyau d’oxygène sortant de la pièce. Celle-ci était conçue pour être le dernier rempart contre les agents pathogènes les plus mortels. Des lumières UV émettaient une lueur bleutée et un gaz flottait au ras du parquet, stérilisant constamment l’air. Les murs épais étaient enduits d’un revêtement spécial qui empêchait toute contamination de se propager. Malgré l’environnement sécurisé, l’atmosphère était lourde dans le sous-sol de niveau -7. En temps normal, ils ne descendaient jamais aussi bas. Mais des circonstances exceptionnelles avaient exigé leur expertise. Deux collègues n’avaient pas répondu à l’appel ce matin et avaient laissé leurs postes vacants. Une situation qui n’était jamais arrivée auparavant. Une inquiétude sourde se profilait sur leur visage.
Le cadavre, blême et froid, reposait sur une table d’examen en acier inoxydable. Sa peau présentait une pâleur marmoréenne qui jurait avec la couleur violacée de la morsure à son cou.
— C’est le troisième cas cette semaine, non ? demanda la Dre Williams d’une voix étouffée par son casque tout en préparant ses instruments chirurgicaux.
La Dre Monroe hocha la tête.
— En effet.
Ses yeux scrutaient le cadavre sous toutes ses coutures.
— Voyons ce que cache cette morsure… commenta la Dre Williams.
D’un geste précautionneux, elle souleva le drap couvrant le corps. La Dre Lana Monroe se pencha pour examiner la plaie qui s’étalait sur la peau pâle du défunt. Sa surprise était évidente. Ce n’était pas le résultat d’une attaque d’animal. La forme et les empreintes évoquaient clairement des traces de dents humaines. Plus troublant encore, les vaisseaux sanguins avoisinant la blessure se teintaient d’une couleur noire, comme si le liquide écarlate avait été contaminé par une substance inconnue.
Elle approcha une pince de la lésion pour récupérer prudemment un échantillon. Dans ce laboratoire, une simple erreur pouvait entraîner une série de catastrophes inimaginables.
Elle posa le premier segment sur une tablette en inox et fit un constat déroutant :
— Pourquoi ses mains et ses chevilles sont-elles entravées ?
La Dre Williams répondit avec logique :
— Ce type était sans doute attaché avant de mourir.
— Ce n’est pas cohérent, souleva Lana.
Elle sentait que cette précaution n’avait pas été prise sans raison. Concentrée sur la morsure, elle saisit une paire de ciseaux et découpa cette fois un morceau de peau pour le placer dans un tube à essai. Mais alors qu’elle s’appliquait, la mâchoire du cadavre s’abaissa soudain, et son visage s’anima. Les yeux écarquillés de stupeur, Lana fit un pas en arrière :
— Bon sang ! Il n’est pas mort ! souffla-t-elle de terreur.
— C’est impossible !
Les deux épidémiologistes se confrontaient à l’image d’un être qui n’avait plus rien d’humain. La mâchoire continuait de s’ouvrir et de se fermer lentement, ses prunelles sans vie les fixaient alternativement et ses doigts se dressaient, tendus vers elles.
La Dre Williams, les traits marqués par la confusion, fouilla rapidement dans le dossier de transfert et récupéra la feuille de route du défunt. Le corps, transporté ici tôt le matin pour des examens, présentait des phénomènes déconcertants.
— Il est censé être décédé il y a trois jours, expliqua-t-elle. Aucun signe d’activité nerveuse ne devrait subsister aussi longtemps après la mort.
Lana savait que toute réaction électrique dans un cadavre cessait presque immédiatement après un décès. Les rares mouvements que l’on pouvait observer étaient généralement causés par des gaz et autres processus de décomposition. Ce qu’elles avaient devant elles déroutait toute logique scientifique.
— Qu’est-ce que ça signifie ? demanda Lana avec une pointe d’inquiétude dans la voix.
— Je ne saurais le dire.
Leur attention était entièrement concentrée sur le cadavre. Les paupières du mort restaient ouvertes tandis que ses pieds et ses mains tentaient de se défaire de leurs entraves.
— Il faut alerter la sécurité ! s’exclama la Dre Williams.
Son instinct la poussa à fuir la situation, mais Lana, hypnotisée par le spectacle morbide, l’interpella :
— Non ! Il ne peut pas se lever. Il n’y a aucun danger…
— Mais… comment une telle aberration est-elle possible ?
L’esprit analytique de Lana s’activait malgré son effroi. L’hypothèse d’un agent pathogène synthétisé en laboratoire comme une arme biologique se profilait. C’était trop tôt pour en être sûre, mais une intuition glaçante s’insinuait en elle. Sans un mot, elle attrapa la feuille de route et vérifia la provenance de la dépouille : Chicago. Un frisson d’angoisse la parcourut.
Sa fille étudiait là-bas…
— J’ai besoin de faire une pause, annonça-t-elle. Et ensuite nous irons voir le Directeur.
— Entendu.
Un dernier regard vers le corps animé, et toutes les deux quittèrent le laboratoire.
* * *
Dès qu’elle arriva au rez-de-chaussée, Lana s’empressa de récupérer son téléphone et appuya sur la touche 1 :
# Salut maman, je ne peux pas rester longtemps, mon cours de bio commence dans quelques minutes et je suis déjà en retard.
— Holly, oublie ton cours et écoute-moi. Tu dois quitter Chicago immédiatement, prend le strict minimum et rejoins-nous à la maison de White River.
Le silence qui suivit révéla à Lana que sa fille mesurait la gravité de la situation.
— C’est compris ?
# Oui c’est… oh pardon, désolée…
Une autre voix se fit entendre.
# Oh, Holly, salut… désolée aussi… Rien de cassé ?
Lana fronça les sourcils.
— Qu’est-ce qui se passe ?
# Non, ça va, merci…
Lana se tendit et insista :
— Holly ? Tu m’entends ?
# Oui, j’ai bien compris.
— Tu ne dois pas perdre de temps. Éloigne-toi de toutes les zones publiques… Je dois te laisser et prévenir ta mère, sois prudente sur la route et rappelle-moi dès que tu seras arrivée.
# D’accord.
Lana raccrocha et se dirigea aussitôt vers la porte d’ascenseur du niveau -7. Elle devait maintenant aller chercher sa femme pour rejoindre leur fille.
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