Serial Killer Versus - Une élève douée · Kyrian Malone , Jamie Leigh
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Il était huit heures du matin. Plusieurs élèves prenaient place dans l'amphithéâtre de l'université de Columbia située au croisement de la 116e et Broadway.
Regina Queen entra et posa sur le bureau son grand café crème acheté au Starbucks. Sans tenir compte des chuchotements ou discussions des élèves qui s'installaient, elle triait plusieurs documents et buvait quelques gorgées du liquide chaud. Regina Queen s'appropriait cette grande salle trois fois par semaine, enseignait la criminologie à des élèves ayant acquis une licence et poursuivant leurs études dans le but d'obtenir une maîtrise et parfois un doctorat.
Après un instant, elle posa sur le bureau un épais dossier et releva enfin son regard sur les élèves dont les bavardages cessèrent. Il y avait bien plus d'hommes que de femmes, l'âge moyen compris entre 25 et 35 ans.
— Bonjour à tous, commença-t-elle. Je suis Regina Queen et comme vous le savez, vous devrez assister à mes cours et séminaires jusqu'à la fin de l'année pour valider vos crédits qui sanctionneront votre maîtrise. Mon expertise d'enseignement se limitera aux violences criminelles, aux agressions sexuelles et à la victimologie basée sur des études de cas qui vous permettront d'établir vos mémoires. Il vous faudra également choisir...
Elle fut interrompue quand la porte s'ouvrit sur un élève, ou plutôt une retardataire, qui la forçait à s'arrêter dans son introduction. Bien sûr celle-ci ne passa pas inaperçue en prenant place à la première rangée inoccupée par la plupart des élèves qui s'asseyaient davantage en hauteur.
— Il vous faudra également choisir vos options de stage, reprit-elle en toisant la jeune femme au premier rang. Si vous souhaitez rejoindre mon équipe de profilers au Federal Plazza, je vous suggère l'Analyse criminologique et je prendrai la liberté de choisir le meilleur d'entre vous pour assister les analystes qui m'entourent.
Quelques murmures s'élevèrent dans l'amphithéâtre. Ici, tous connaissaient Regina Queen pour ses travaux au sein de l'Agence Fédérale, y compris ses thèses rédigées et publiées lors de ses enquêtes sur différents tueurs en série ayant sévi à travers l'Amérique. Regina Queen n'enseignait pas seulement à Columbia, mais dirigeait une équipe de plusieurs profilers depuis les bureaux de New York.
Assise au premier rang, Emma, la retardataire, gardait ses yeux sur Regina Queen à quelques mètres d'elle. Dès le premier jour, elle s'était fait remarquer et n'en avait que faire. Ainsi, Madame Queen se souviendrait d'elle... Le stylo entre ses doigts, elle parcourait des yeux sa tenue élégante et charismatique. Sa petite jupe droite cachant ses genoux, sa chemise de satin aux premiers boutons ouverts. Du haut de ses talons hors de prix, Regina Queen dégageait tout d'une femme forte, sûre d'elle, empoignant la vie de ses deux mains aux ongles peints et entretenus. Emma ne ratait rien dans sa contemplation, imprimait son image, son corps, son visage, ses lèvres pulpeuses dans sa tête pour les heures à tuer... Le cours se poursuivait, son élégant professeur leur exposant ses projets pour l'année à venir, le plan de ses cours, les nombreux cas de tueurs en série qu'ils aborderaient. Son regard rivé sur elle, Emma s'égarait dans ses songes, prise entre fictions et réalités, fantasmes et désirs. Regina Queen, grande profiler renommée dans tout le pays, avait décidé de partager ses connaissances, son expérience avec des élèves passionnés. Et Emma l'était plus que de raison. Parfaitement préparée à ses cours, elle n'avait besoin d'aucune note pour enregistrer les paroles de Madame Queen. Elle les buvait, les yeux pendus à ses lèvres aguicheuses. La professeur-profileuse incarnait la femme nouvelle génération, indépendante, insoumise. Plus Emma la détaillait, plus son corps s'éveillait. Son cerveau bouillonnait dans des milliers de suggestions. En pleine effervescence, il l'emportait dans des idées fantasques et érotiques, des envies folles et déraisonnées.
Le cours prit fin, trop vite passé et Emma se leva. Elle rangea son stylo, son cahier dans sa sacoche et s'approcha du professeur. La salle se vidait de ses élèves, elle pouvait donc en profiter pour faire connaissance avec Madame Queen.
— Madame Queen ? l'interpella-t-elle.
Son regard brun croisa le sien et Emma lui sourit aussitôt.
— Emma Leary, ajouta-t-elle en lui tendant la main.
Madame Queen lui serra sa main tendue et Emma ne manqua pas de la garder un instant.
— Je tiens à m'excuser pour mon retard, poursuivit-elle. Ça ne se reproduira pas.
Mais Regina Queen s'était arrêtée un instant sur le nom que son élève venait de lui donner. Non seulement elle avait remarqué son entrée déplaisante - car Regina Queen détestait voir ses élèves en retard -, mais elle n'avait pas manqué de constater les traits beaucoup plus jeunes de son élève.
— Emma Leary vous dites ? Comme...
— Comme Sarah Leary, fit Emma en terminant sa phrase.
Regina lui lâcha la main en réalisant que la jeune femme l'avait gardée dans la sienne durant ce court échange. Cependant, son regard brun ne l'avait pas quittée et pour cause. Le nom de famille de son élève n'était pas anodin, pas plus que le prénom de sa mère, Sarah. Tous les profilers, enquêteurs ou policiers savaient qui était Sarah Leary, la grande profileuse qui avait eu pour amante Faith Ryan, plus connue sous le pseudonyme de l'Étrangleur de Northfolk. Sarah Leary avait purgé cinq ans de prison pour avoir protégé sa compagne qui avait fui avec leur fille, Tyler avant que plusieurs agents du FBI ne les retrouvent au Texas et que Faith Ryan ne se suicide dans l'explosion d'une maisonnette.
— Dois-je comprendre que vous suivez les traces de votre mère, Miss Leary ? demanda Regina Queen.
Emma esquissa un sourire sur cette question. Regina Queen n'avait pas tout à fait tort de songer à cette analogie. Mais une erreur demeurait néanmoins. Sans la relever, elle rectifia plutôt :
— Appelez-moi, Emma.
Parce que le "Miss" la dérangeait et grinçait à ses oreilles. Elle rajusta son sac sur l'épaule sans la quitter des yeux. D'ici, elle pouvait sentir les parfums féminins de Regina Queen. Des fragrances proposées aux femmes de bon goût, débordant d'élégance et de charme. Si elle était la fille de Sarah Leary et qu'elle portait son nom, elle devait au moins s'en servir.
— Disons que j'ai d'autres projets que suivre les traces de ma mère...
Elle se recula d'un pas et fit mine de se rappeler d'une chose avant d'ajouter :
— Au fait, ne vous gênez pas pour moi si vous voulez reprendre le cas de Faith Ryan.
Regina l'avait détaillée. La fille ressemblait à la mère d'une certaine façon. Ses longs cheveux blonds, son regard clair, tout le monde connaissait le visage de Sarah Leary, son charisme évident et sa beauté fragile. Emma ne dégageait pourtant pas la même sensibilité que sa mère de par ses allures garçonnes évidentes. Elle rangea plusieurs documents dans sa sacoche en cuir qu'elle referma.
— Le cas de Faith Ryan n'est pas un cas d'école.
Et Regina comprenait d'ailleurs que Sarah Leary avait refait sa vie puisque rares étaient les personnes informées de l'existence d'une deuxième fille depuis la mort de l'Étrangleur de Northfolk. Elle marcha vers la porte, suivie de la jeune étudiante et ajouta :
— Et si j'avais eu en projet de l'étudier, vous vous doutez bien qu'en raison de votre présence, je me serais vue contrainte de changer mon programme.
Emma la suivit à travers le couloir de l'université. Son léger sourire ne la quittait pas. Près de Regina Queen, elle entendait ses talons claquer sur le carrelage au sol. Sa démarche gracieuse et son léger déhanchement suggéraient mille et une façons de l'approcher. Elle sortit un mouchoir en papier de sa poche et s'essuya la main avant de le ranger dans sa sacoche.
— Je me contenterai des cas d'école dans ce cas, répondit-elle simplement.
Elle descendit les escaliers menant au parc devant le bâtiment de psychologie. À l'extérieur, le soleil régnait et baignait le campus de sa lumière de fin d'été. À cette époque de l'année, les filles portaient encore leurs courtes jupes, leurs petits débardeurs à bretelles et se laissaient aller à des tenues plus légères.
— Ça vous arrive de manger avec vos élèves ? lui demanda-t-elle en jetant un regard intéressé sur son profil.
Regina Queen s'arrêta en bas des marches de l'université. Rares étaient les élèves qui osaient lui proposer de déjeuner avec eux et quand ils osaient le faire, Regina refusait. Elle refusait de créer un lien quelconque avec eux. Elle était l'enseignante, ils venaient pour apprendre et après une année, voire deux, elle ne les revoyait plus sauf quand ces derniers décidaient d'intégrer le Bureau de New York et y parvenaient. À la lumière du jour, elle nota étrangement que la fille de Sarah Leary était beaucoup plus jeune que ses autres élèves.
— Non et je ne fais pas d'exception, Miss Leary. Nous nous verrons dans deux jours, tâchez de préparer le compte rendu que je vous ai demandé.
— Emma, rectifia-t-elle encore aussitôt.
Nullement vexée par ce refus qu'elle avait anticipé, Emma esquissa un léger sourire. Elle avait obtenu dix minutes du temps de Regina Queen et avait marqué sa mémoire, non seulement avec son retard, mais avec son nom de famille.
— Vous savez ce qu'on dit avec les exceptions... reprit-elle. À plus tard, Madame Queen.
Elle avait tout prévu de toute façon. Cette année serait composée de centaines d'heures passées en compagnie de son professeur, elle ne devait donc pas succomber à l'impatience qui avait tendance à l'envahir quelques fois. Elle se recula et se dirigea vers le parking de l'université où l'attendait sa moto. À New York, le mieux était de circuler en deux-roues et Emma avait opté pour une moto. Elle posa sa sacoche sur la selle, récupéra le mouchoir à l'intérieur et le ramena à ses narines. Des fragrances féminines s'en dégageaient après avoir essuyé sa main. Soigneuse, elle enferma le tissu dans une boîte à cigarettes qu'elle remit dans la sacoche. Ainsi, les parfums de Regina Queen demeureraient intacts pendant des jours.
Les parents d'Emma avaient déménagé dans le quartier de l'Upper West Side et habitaient une maison de ville depuis plusieurs semaines. Ils avaient quitté Los Angeles après qu'Emma ait convaincu sa mère blonde de la nécessité de suivre ses cours de Criminologie à Columbia où elle obtiendrait sa maîtrise et éventuellement son doctorat. Bien sûr, du haut de ses vingt-trois ans, elle aurait pu venir à New York seule, louer un appartement ou une chambre comme la plupart des étudiants le faisaient. Mais Emma tenait à garder ses mères près d'elle et avait su user de son don de persuasion sur Sarah qui ne parvenait pas à couper le cordon. Alors Sarah avait cédé à sa requête, pris son temps pour visiter le quartier, choisir la demeure qu'elles avaient achetée, et ce, malgré les prix élevés du quartier.
La moto laissée dans le garage, elle entra dans leur demeure et sentit aussitôt de bons parfums provenir de la cuisine. Dès cinq ou six heures, sa mère blonde aimait préparer de bons petits plats qu'ils dégusteraient à table, en famille, dès huit heures.
— Maman, je suis rentrée, lança-t-elle.
Sarah sortit de la grande cuisine pour rejoindre l'entrée et vit sa fille poser son casque sur la commode ainsi que ses clefs. Malgré sa réticence pour les deux-roues, Sarah avait accepté que sa fille achète une moto. Emma avait su la convaincre, plus pratique pour circuler en ville.
— Tu tombes bien, ma chérie, viens m'aider, j'ai une fuite sous l'évier et Faith est sortie acheter des joints pour la réparer.
Emma suivit sa mère jusqu'à la cuisine. Profiler à la retraite et auteure à temps plein, Sarah restait à la maison et s'occupait de leur foyer familial. En contournant le comptoir, Emma fut attirée par les petits pains fraîchement sortis du four et en attrapa un, mise en appétit. Aussitôt, elle fut réprimandée par sa mère qui le lui saisit des mains.
— Ne touche pas à mes pains Em' ! Je viens tout juste de les sortir du four et j'aimerais qu'il en reste pour le repas de ce soir.
Emma obéit sans broncher et Sarah reprit en lui indiquant les portes ouvertes sous l'évier.
— Regarde plutôt ce qu'il se passe avec mes tuyaux que je puisse terminer d'éplucher mes pommes de terre.
Emma s'approcha et s'accroupit pour y jeter un coup d'œil. Un seau accueillait l'eau qui gouttait sous le siphon.
— Ça fait deux fois ce mois-ci qu'on doit réparer ton évier, maman...
Sur le sol, la boîte à outils de Faith était restée ouverte. Celle-ci avait sûrement dû se presser pour sortir acheter le joint et faire plaisir à Sarah qui n'aurait pas à s'inquiéter pour son évier. En débardeur, les bras nus, elle n'eut pas à se retrousser les manches et tenta de localiser la fuite.
— C'est le broyeur qu'il faut changer, ajouta-t-elle. C'est parce qu'il ne doit plus broyer assez bien que des morceaux se bloquent et bouchent le tuyau...
Elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Sa mère brune devait être revenue. D'ailleurs, elle entendit sa voix :
— Ta mère t'a déjà mise au travail à ce que je vois.
Faith sourit à sa femme d'un air complice et s'approcha pour déposer un baiser sur ses lèvres. Emma tourna les yeux vers ses parents et attendit que Faith ait terminé de courtiser sa mère. Elle aimait les voir ainsi toutes les deux, les regarder dans leur vie commune et prenait le temps d'observer chacune de leur réaction. Sa mère blonde gardait quelques réserves lorsqu'elle était là, notamment lorsque les mains de Faith s'égaraient sur elle. Mais Emma appréciait justement ce genre de moments...
— Je disais à maman qu'il fallait changer le broyeur, reprit-elle une fois que Faith fut écartée de sa mère.
Faith s'accroupit près de sa fille et jeta un regard sous l'évier.
— Pour l'instant, on nettoie le siphon, on remplace le joint, répondit-elle. Je changerai le broyeur demain.
Bras croisés, Sarah regarda sa femme d'une expression évidente et accusatrice :
— Et je fais comment moi d'ici demain ? Je broie les aliments à la main ?
Faith et Emma se regardèrent et sourirent toutes les deux d'un même air gentiment moqueur. Sarah n'aimait pas bricoler et n'avait aucune connaissance en la matière, tout comme Tyler, sa sœur aînée. À la maison, les tâches étaient clairement attribuées. Emma et Faith avaient les leurs et Sarah et Tyler, le reste. Emma releva les yeux sur sa mère et répondit:
— T'en fais pas maman, il broiera quand même les plus gros morceaux...
— Et puis si tu as peur de reboucher l'évier, mon ange, ajouta Faith, tu peux aussi enlever le reste de nourriture des assiettes avant de les laver dans l'évier. De cette façon, le broyeur n'aura pas besoin de fonctionner.
Quand Faith eut terminé, Sarah les poussa l'une et l'autre de l'évier et referma les portes des placards.
— Bon, en attendant sortez de ma cuisine, je n'ai pas fini le repas et avec tout ça, on va dîner en retard.
Faith s'exécuta et quitta la pièce avec sa fille. Sa femme n'aimait pas les avoir avec elle quand elle préparait le dîner et s'agaçait rapidement quand l'une ou l'autre traînaient près de ses plats. Elles arrivèrent dans le salon et Faith demanda sans attendre :
— Alors ? Ton premier jour de cours ? Tu as rencontré la belle et séduisante Regina Queen ?
Emma esquissa un léger sourire sur cette question posée par sa mère. Depuis des années, elle se confiait à Faith, lui révélait le véritable fond de ses pensées dissimulées.
— Ouais, fit-elle en s'asseyant dans le canapé. Elle m'a remarquée...
Faith prit place aux côtés de sa fille. Elle profitait de l'absence de sa femme pour discuter avec Emma plus sérieusement et connaître ses ressentis après sa première journée. Les cours ne faisaient pas partie du plus important de cette rentrée.
— Et ? demanda-t-elle encore.
Le regard dans le vide, Emma s'égarait dans ses songes, ses analogies vagabondes et plaisantes.
— Je lui ai dit de ne pas se gêner si elle voulait aborder ton cas, répondit-elle avec un sourire teinté de fierté et d'amusement.
— Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
— Que t'étais pas un cas d'école, répondit Emma avant de rire un peu. Et que même si elle avait prévu de parler de toi, elle n'aurait pas pu le faire à cause de ma présence à son cours !
Faith souriait aussi, satisfaite et flattée. Bien sûr qu'elle n'était pas un cas d'école, un dossier classique de tueur en série. Elle était la seule femme à avoir agi comme elle l'avait fait. Aucun tueur ne lui était arrivé à la cheville jusque-là... Le coude posé sur le dossier du canapé, elle ne quittait pas sa fille des yeux, la constatait en pleine réflexion.
— Comment tu la trouves ?
Un soupir s'évada de la gorge d'Emma. Ce qu'elle aimait avec son père que le monde entier prenait pour sa belle-mère, était leurs nombreuses discussions privées. Avec Faith, elle n'avait plus besoin de faire semblant, de simuler. Faith l'avait faite, même si elle était sortie du ventre de sa mère.
— Inspirante, répondit-elle, le regard dans le vide. J'ai pas arrêté de la regarder pendant tout le cours...
Son corps se réchauffait au fil de ses paroles et elle savait ce qui suivrait si elle ne s'interrompait pas dans ses réflexions. L'envie deviendrait dévorante, presque impossible à contenir. Pourtant, elle demeura réservée dans ses réponses, même s'il s'agissait de parler avec Faith.
— Qu'est-ce que tu envisages ? demanda sa mère.
Emma lui lança un regard qui répondait à sa question. Brillant d'une lueur teintée de convoitise et de désir fou, il révélait les nombreuses idées qui traversaient son esprit à part. Parce que c'était ce qu'elle était : à part. Petite, elle avait compris ses différences qui la plaçaient au-dessus du commun des mortels, ses facultés, ses nombreuses capacités. Les choses ne prenaient pas la même allure dans son esprit et Faith lui avait expliqué qu'elle avait hérité du sang des Ryan, d'un gène exceptionnel qui les rendait toutes les deux uniques. Toutes les réponses qui lui venaient à la seule question de sa mère l'excitaient et sa peau devenait moite à force de les trier, de les passer en revue une à une. Elle se redressa sur le canapé, s'accouda à ses genoux. Ses muscles se tendaient, son corps entrait dans une sorte d'effervescence puissante dominée par son esprit à part, ses idées folles, ses fantasmes persistants.
— Je dois l'approcher encore, fit-elle d'une voix basse.
Faith gardait ses yeux sur sa fille, attentionnée, attentive à chacune de ses réactions. Elle connaissait cette tension corporelle, l'excitation suscitée par un cerveau trop gourmand, sans cesse demandeur. En voyant Emma près d'elle, elle se rappelait de celle qu'elle avait été à son âge... Ces seuls mots signifiaient tout et rien à la fois. Parce qu'aucun mot ne pouvait décrire ce qu’il se déroulait lorsque les fantasmes devenaient puissants, harcelaient chaque seconde de l'existence. Alors, l'assouvissement n'était plus que la seule et dernière solution pour libérer cette force surhumaine.
— De quelle façon ? lui demanda-t-elle encore.
Emma ramena sa main à son visage et respira sa paume. La moiteur de sa peau renforçait les fragrances volées à Madame Queen et les démultipliait. Elle les respira profondément et s'abandonna un instant à ses songes. Juste quelques secondes, de petites secondes durant lesquelles elle était réalisatrice de ses films...
— Je sais pas, souffla-t-elle.
Faith ne bougeait pas, accoudée au dossier du canapé. Elle ne s'inquiétait pas pour sa fille, la savait intelligente et réfléchie malgré son gène exceptionnel. Elle discutait avec elle depuis son plus jeune âge, écoutait ses fantasmes, ses envies, la folie de ses pensées lorsque ses retenues naturelles tombaient. Regina Queen était la Sarah Leary de sa fille... C'était ainsi qu'elle se plaisait à décrire cette femme profileuse, elle l'avait compris quelques années plus tôt. Tel père, tel fils. Malgré ses cheveux blonds et ses yeux clairs, Emma lui ressemblait bien plus que tout le monde semblait le croire. Elle était une Ryan dans le corps, le sang et l'âme. Et puisqu'il n'y avait rien à faire pour la guérir alors Faith avait décidé de prendre son éducation en main depuis qu'elle avait compris ses écarts. À cinq ans, Emma s'était coupé les cheveux pour être le garçon qu'elle était... À huit ans, elle lui avait confié ses penchants pour sa sœur Tyler, à dix ans, elle collectionnait les pornos sous son matelas et l'épiait à travers la porte entrouverte lorsqu'elle faisait l'amour à sa femme. Autant d'indices qu'elle n'avait pas manqué de remarquer, autant de rappels de ce qu'elle avait été au ranch de son père. Elle posa une main rassurante sur son épaule et s'approcha d'elle avant d'user d'une voix basse et discrète.
— Tu dois choisir si tu veux la tuer ou si elle est ton moteur...
Sur ces paroles, Emma fronça les sourcils et secoua la tête en signe de dénégation.
— Non, répondit-elle de façon plus certaine. Je ne veux pas la tuer...
— Alors, tu dois la mettre sur ton chemin et non te mettre sur le sien... Elle doit se soumettre sans avoir l'impression de le faire, c'est comme ça que tu pourras l'avoir telle qu'elle est maintenant.
— Emma ? l'appela Sarah.
Sa mère blonde arriva, ses talons claquant sur le parquet, un torchon à la main. Elle était loin d'imaginer le sujet de discussion entre sa fille et sa femme. Depuis plusieurs années, Faith avait pris soin d'épargner à Sarah le poids des obsessions de sa fille, consciente que sa femme avait désormais droit à un peu de repos après leurs débuts houleux qui avaient valu cinq ans de prison à Sarah.
— Tu mets le couvert s'il te plaît, reprit celle-ci. On passe à table dans dix minutes, le temps de faire cuire les pommes de terre.
Emma se leva sans attendre.
— J'arrive maman.
Sarah s'éloigna et Faith se leva à son tour en regardant sa fille.
— On parlera de tout ça après le dîner, je viendrai te voir dans ta chambre.
Quelques minutes plus tard, toutes les trois se mirent à table. Bien sûr, Sarah interrogea sa fille sur sa rentrée, sur la journée qu'elle avait passée à Columbia, sa rencontre avec ses professeurs, son programme d'études. Emma répondait en optant pour une tout autre version que celle décrite à Faith. La jeune femme expliqua le déroulement de ses cours, énonça les noms de ses professeurs, jusqu'à s'attarder sur Madame Queen, incapable d'éviter le sujet. Et puisque Sarah avait servi d'amorce pour une conversation en tête-à-tête avec Regina Queen, Emma pouvait bien en discuter avec elle...
— Elle m'a demandé si je projetais de suivre tes traces, enchaîna Emma dans ses explications.
Faith croisa le regard de sa fille sur ces derniers mots, consciente de leur sens implicite. Silencieuse, elle continua de déguster le délicieux plat de sa femme. Emma n'avait pu s'empêcher de parler de Madame Queen, comme Faith n'avait jamais su sortir Sarah de sa tête. Cette obsession avait débuté cinq ans plus tôt, quand Emma avait terminé ses deux années de droit à l'Université de Los Angeles. Sa fille n'avait que dix-huit ans à l'époque, mais son intérêt évident pour Regina Queen l'avait intriguée. Des articles de journaux, des livres, des magazines de criminologie, des recherches sur Internet accumulés dans sa chambre avaient confirmé ses doutes. Emma nourrissait de profondes obsessions à l'égard de cette femme. Alors, elle l'avait amenée à une des conférences de Regina Queen donnée sur la côte Ouest. Le regard qu'Emma lui avait porté pendant des heures, à l'écouter exposer ses expériences, ses thèses sur les tueurs en série, avait effacé ses dernières incertitudes.
Faith lui avait alors expliqué la marche à suivre si elle voulait se rapprocher, entamer une communication concrète et réelle avec Regina Queen. Parce qu'à vingt ans, l'esprit d'Emma n'aurait pu affronter celui d'une femme profileuse de trente-cinq ans. Alors Emma avait suivi ses conseils, avait entamé un cursus en psychologie, décroché sa licence, puis assez de crédits pour rejoindre Columbia et enfin assister aux cours très prisés de Regina Queen.
Aujourd'hui, Emma était prête à se confronter à son poison, celle qui incarnait à la fois ses forces et ses faiblesses. Et cela, Faith le lui avait bien expliqué. Regina Queen n'était pas une de ces femmes qu'Emma collectionnait pour combler ses pulsions, assouvir ses fantasmes. Regina Queen avait côtoyé leurs congénères, étudiait leur comportement. Celle-ci avait été dans leur peau jusqu'à pénétrer leur habitat, des esprits dérangés aux multiples facettes, aussi différents que dangereux. Mais depuis toute petite, Emma nourrissait une fascination passionnée à l'égard de Sarah et comment Faith aurait-elle pu l'en blâmer ? Emma était son fils, la chair de son sang, le reflet sombre de son miroir.
Sarah servit une autre part de rôti de veau à Faith et Emma dont l'appétit du soir était toujours insatiable puisque toutes les deux s'entraînaient chaque jour dans le garage où Faith avait installé des appareils de musculation. L'idée qu'Emma suive ses traces de profiler, plus exactement ses études dans les comportements des criminels récidivistes, ne l'avait d'abord pas enchantée. Mieux que personne, Sarah savait combien il était difficile de traquer ces tueurs, de pénétrer la complexité de leur esprit, de leurs fantasmes, de leur "abîme" où se confrontaient leur moi profond, leur ça et leur surmoi. Malgré elle, Emma avait hérité de son intérêt pour ces tueurs dont l'esprit était différent du commun des mortels. Dès l'âge de onze ans, Sarah avait surpris sa fille enfermée dans les toilettes avec l'un de ses ouvrages "Ma vie avec Faith Ryan", une autobiographie traduite en plusieurs langues qui se vendait à travers le monde. Une lecture des plus inappropriées pour une petite fille. Une violente dispute avait éclaté avec Faith, responsable d'avoir mis ce titre entre ses mains d'enfant. Bien sûr, Faith avait argumenté qu'Emma était différente, comme leur aînée Tyler, aujourd'hui neurochirurgien à L.A.. À chacune, Sarah et Faith avaient fait passer des tests de Q.I. à l'école pour surdoués de Riverside à Los Angeles. Les Q.I. verbal et mental de leurs filles étaient quasi-identiques à quelques points près, les obligeant à les inscrire dans des écoles spécialisées jusqu'à l'obtention de leur diplôme de premier cycle. Tyler avait choisi médecine et Faith avait dirigé Emma vers le droit, la psychologie et la criminologie.
Bien sûr, Sarah n'était pas totalement dupe des réactions de sa femme avec leur cadette. Dès qu'Emma avait eu deux ans, Faith n'avait pas manqué de lui faire remarquer que leur princesse en second n'aimait pas les robes, les couettes ou encore les jolies poupées. Quand Emma eut quatre ans, Faith avait commencé à l'élever comme un garçon, lui achetant des petites voitures, des figurines, des trains, des avions... À huit ans, Emma passait déjà des après-midi entiers avec sa femme dans leur garage pour l'aider à bricoler. Si Emma lui ressemblait avec ses yeux clairs et ses longs cheveux blonds, Sarah mesurait qu'elle était le portrait craché de Faith dans son attitude garçonne, protectrice et fusionnelle, sans parler de son attirance pour les femmes....
— Je ne l'ai jamais rencontrée, dit Sarah au sujet de Regina Queen. Mais j'ai lu un ou deux de ses livres.
— Je les ai tous lus, lança Emma.
— Je sais, répondit Sarah. Je te rappelle que c'est moi qui ramène dans ta chambre les livres que tu laisses traîner dans les toilettes ou le salon !
Sarah sourit à Faith qui lui servait un peu de vin rouge et reprit à l'attention de sa fille :
— Comment est-elle ?
Emma croisa le regard de Faith sur cette question que Sarah lui posait à son tour. Bien sûr, elle ne partagerait jamais le fond de ses pensées avec sa mère blonde même si celle-ci restait la plus grande profileuse au monde selon la majorité des experts.
— Elle me fait penser à toi, lui répondit-elle avec un petit sourire malicieux.
Ces mots signifiaient le début de tout, songea Faith toujours silencieuse. Ils corroboraient ses conclusions quant à la construction de l'esprit particulier de sa fille. Celle-ci considérait Sarah comme l'inaccessible, son Saint Graal, une divinité sur terre, intouchable d'abord parce qu'elle était sa mère, mais parce qu'elle appartenait à Faith, autrement dit, à l'Étrangleur de Northfolk. Depuis des années, Faith avait eu le temps d'étudier le fonctionnement des pensées d'Emma. Chaque fantasme trouvait leur source au même point.
— Elle sait de quoi elle parle, ajouta Emma. Et puis elle a beaucoup de classe...
Sarah sourit, plus fière sur les compliments de sa fille. Emma avait toujours le don de la flatter, comme Faith le faisait aussi d'ailleurs.
— Alors tu es entre de bonnes mains, lança Sarah.
Emma n'en avait aucun doute, mais bientôt, la situation s'inverserait et Regina Queen serait entre ses mains.
Le repas se poursuivit sur fond de discussions diverses au sujet de Tyler, de leur déménagement récent, des différences entre New York et Los Angeles. Emma y participait de temps à autre, quand ses pensées n'étaient pas plongées dans ses projets avec Regina Queen. Ces moments en famille lui étaient précieux, importants et nécessaires à son équilibre. Ils posaient des repères dans sa vie, lui permettaient d'avancer, d'évoluer en toute tranquillité. Ainsi, elle n'avait pas à se préoccuper des petits détails d'une vie quotidienne comme occuper ses soirées ou ses journées seule dans un appartement d'étudiante. Sa mère blonde préparait de savoureux repas, s'occupait de leur maison pendant que Faith lui apprenait les côtés plus sombres et primordiaux de sa vie de Ryan, l'aidait à se défouler, à exprimer ses envies. Chacune avait sa place dans son quotidien, l'élevait à sa manière.
Quand le repas fut terminé, elle aida Sarah à débarrasser, contrainte qu'elle n'appréciait que moyennement, mais qu'elle avait fini par intégrer après quelques explications de la part de Faith. En l'absence de Tyler qui représentait le bras droit de Sarah, elle devait soutenir celle-ci dans certaines de ses tâches domestiques. Petite, elle s'était souvent confrontée à ses mères à ce sujet, refusant de toucher aux assiettes, à la cuisine, la lessive et tout ce qui avait attrait aux tâches féminines. Faith l'avait un jour prise à part pour lui remonter les bretelles entre hommes et lui avait appris à assimiler le rôle masculin dans un foyer. Au fil des années, cette idée avait intégré son esprit à part qui, à présent, détenait une vision plus nette de sa place dans la société en général.
Deux jours plus tard, Regina Queen retournait à Columbia et arrivait en retard à son cours donné à ses élèves de Maîtrise. Le silence s'installa aussitôt qu'elle eut franchi le seuil de la porte. Ses talons claquèrent sur le parquet, résonnant sous le haut plafond. Elle posa sa sacoche et son grand café crème sur le bureau, récupéra la télécommande du rétroprojecteur préparé la veille par son assistant. Elle regarda enfin ses élèves dont elle avait déjà capté toute l'attention et ne manqua pas de constater qu'Emma Leary était une nouvelle fois au premier rang, seule, contrairement aux autres étudiants qui s'asseyaient par deux ou en groupe sur les rangées derrière.
— Miss Leary, appela-t-elle. Pouvez-vous éteindre la lumière de la salle, je vous prie.
Emma ne put que sourire sur cette demande, satisfaite par l'attention que Regina Queen commençait à lui accorder dès le deuxième jour.
— Emma, reprit-elle malgré son enthousiasme.
Parce qu'elle n'aimait toujours pas ce "Miss" entre les lèvres pulpeuses de Madame Queen. Elle se leva et partit éteindre les lumières avant de reprendre sa place, devant son pupitre.
Regina Queen s'installa sur le bureau, jambes croisées et enclencha le rétroprojecteur qui lança une vidéo sur l'écran derrière elle. Les élèves eurent aussitôt une mine fermée, marquée de dégoût sur les images qui défilaient. Regina les observa et attendit plusieurs minutes avant d'appuyer sur la télécommande et de faire un arrêt sur image. Des murmures s'élevèrent entre les étudiants qui commentaient les atrocités qu'ils venaient de voir.
— Cette vidéo a été diffusée sur Internet et notamment sur Yotube, il y a huit mois.
— Youtube, corrigea Emma.
Regina lui lança un regard sur cette correction qui bien sûr mettait en avant son manque de connaissance en matière de réseaux sociaux et de sites Internet. Elle reprit cependant :
— Certains d'entre vous en avez sûrement entendu parler ou peut-être même avez-vous eu la curiosité d'aller la visionner. Après plusieurs rapports d'utilisateurs, les responsables de ce site ont contacté la police qui nous a transmis d'autres vidéos des mêmes meurtriers.
Ces vidéos, Emma les avait d'abord téléchargées, puis vues et revues. Deux hommes blancs, complices, portant des capuches mode Ku Klux Klan, avaient filmé le viol et le meurtre d'une jeune femme blanche de vingt-deux ans. Cette vidéo avait fait scandale sur Internet et dans les médias. Cependant, Regina lui apprenait que d'autres films avaient été faits, ce qui excitait davantage sa curiosité.
— Je vais vous demander de former des groupes de trois ou quatre, reprit Regina. Ensemble, vous allez regarder attentivement les prochaines scènes qui vont suivre. Prenez des notes, restez concentrés et à l'issue des vidéos, il vous faudra déterminer ensemble quel est le profil des victimes, leur statut psycho-social ainsi que les éventuelles relations avec leurs agresseurs.
Une main se leva :
— Est-ce qu'on doit vous remettre notre étude une fois la victimologie terminée ? demanda une jeune femme au troisième rang.
— Votre nom ? demanda Regina Queen.
— Elisabeth Haick.
— Miss Haick, notez que vous êtes en Maîtrise et non plus en Licence. À la fin de cette année, vous devrez me remettre votre Mémoire sur un thème que vous aurez choisi. Le seul document que vous me remettrez cette année en dehors de ce Mémoire est le compte rendu d'études que je vous ai demandé il y a deux jours.
Élisabeth n'osa pas répondre sur le ton autoritaire de Regina Queen qui évoquait tant d'évidences qu'elle se sentait soudainement stupide.
— Si personne n'a de questions, formez vos groupes avant que je ne relance les films.
Regina Queen vit ses élèves se lever, discuter pour certains selon les affinités, mais Emma ne bougea pas.
— Miss Leary, c'est également valable pour vous, rappela Regina Queen.
Emma n'avait que faire des équipes et des autres élèves qui n'avaient pas la même façon de penser. Leurs seules réactions horrifiées face à cette vidéo lui en disaient long sur eux et leurs capacités de compréhension. Elle tourna la page de son cahier pour dissimuler le portrait fantasmé qu'elle avait fait de Madame Queen pendant les premières minutes du cours. Son exutoire, depuis toute petite, était le dessin. Son crayon lui avait d'abord servi d'arme dans l'espoir de formuler ses idées, de les mettre en images, de les rendre réelles... Mais il n'avait pas suffi lorsqu'elle avait atteint l'adolescence.
— Je saurai faire la victimologie toute seule, répondit-elle, assurée.
Regina Queen la détailla un instant tandis que les autres élèves discutaient de la façon dont ils procéderaient à leur étude à plusieurs. Elle avait constaté sans mal le côté arrogant de sa nouvelle élève, et celle-ci lui dévoilait aujourd'hui une assurance presque indécente face à ses autres camarades. Toujours jambes croisées sur le bureau, ses mains sur le rebord, elle répondit :
— Miss Leary, ce n'est pas parce que vous avez des prédispositions familiales que vous pouvez vous dispenser de mes recommandations. Soit vous vous trouvez un groupe d'étude, soit vous quittez mon cours.
Un lourd silence était revenu sur le ton de Regina Queen à l'attention de la nouvelle. La plupart des élèves de ce cours se connaissaient pour avoir étudié ensemble lors de leur licence. Mais Emma Leary était seule et désormais, tout le monde savait qui elle était.
Sur le ton employé par Regina Queen, Emma esquissa un petit sourire insolent. Un sourire qu'elle ne pouvait contenir devant la position aguicheuse de son professeur. Ainsi assise sur son bureau, ses jambes croisées à la vue de tous, Regina Queen provoquait sûrement des émois chez les garçons, mais surtout chez elle.
— Bien, fit-elle, puisque vous me le demandez...
Elle rangea son cahier, son stylo dans son sac et se leva.
— Alors je quitte votre cours, Miss Queen...
Sans un mot de plus, elle marcha vers la porte et quitta la salle sous les yeux stupéfaits des autres élèves. Jamais, Emma ne ferait équipe avec eux, ne partagerait ses connaissances extraordinaires sur les criminels. Et puis ces vidéos amateurs démontraient seulement des amateurs après tout. De petits violeurs sans ambition, stupides et paresseux, assez primates pour s'en prendre à une pauvre jeune fille sans défense qu'ils avaient en plus défigurée.
Regina Queen l'avait suivie des yeux, comprenant qu'Emma Leary serait ce genre de forte tête qu'elle avait parfois rencontrée ces dernières années. Seulement, arrivés en Maîtrise, rares étaient les élèves qui se montraient insolents à son égard et pour cette raison, elle avait cessé d'enseigner aux élèves de Licence. Était-ce son jeune âge qui rendait Emma Leary si arrogante et sûre d'elle ? Était-ce le fait qu'elle soit la fille de la grande profileuse Sarah Leary ? Regina Queen n'avait pas encore eu le temps de se pencher sur le dossier de sa nouvelle élève, mais le ferait assurément avant la fin de la journée.
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