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Si tu m'embrasses ainsi · Harper Bliss

Lire Si tu m'embrasses ainsi en ligne gratuitement Chapitre 1

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Ash s’empressa de payer le chauffeur et se jeta hors du taxi. Elle n’avait qu’un quart d’heure de retard, ce qui était plus qu’acceptable selon ses propres critères. Mais ce soir, ses critères n’avaient que peu d’importance.

Des éclats de rire filtraient depuis les fenêtres embuées de la bâtisse où avait lieu la fête, de l’autre côté de la rue. L’endroit avait déjà l’air bondé. Évidemment, tout le monde était arrivé. Personne parmi les invités, à part elle, n’avait été obligé de venir en transports en commun depuis Londres, un vendredi soir, vu qu’il y avait essentiellement des retraités.

Elle prit une grande inspiration et entra. Dieu merci, Adrian se tenait près de la porte et fut la première personne à la saluer.

— Salut, étrangère, tu es venue !

— Tu en doutais ? demanda Ash en embrassant son frère.

— J’ai pensé que tu avais peut-être envie de te faire renier ! plaisanta-t-il, avant de l’étudier minutieusement et de déclarer : Tu as l’air de trop travailler.

— Je travaille trop, Adrian ! Comme mon ex-femme a dû te dire

— Et pourquoi ? lui demanda-t-il alors, avec un sourire moqueur.

— Je ferais mieux d’aller trouver maman avant de me faire effectivement renier, pour être en retard à sa fête d’anniversaire spéciale.

— Tu ne peux pas la manquer : c’est celle qui se donne de grands airs, spécifia Adrian en lui faisant un clin d’œil.

— Avant d’arriver jusqu’à sa mère, Ash dût se frayer un passage au milieu des membres de sa famille qu’elle n’avait pas vus depuis des lustres. Oncle Bernard la serra dans ses bras comme s’il s’agissait de sa propre fille revenue au bercail. Tante Mabel lui demanda si elle avait une nouvelle amie, en insistant sur le mot « amie », comme si elle n’avait pas assisté à son mariage avec Charlotte. Au moins, tante Joan souligna qu’elle avait bonne mine – c’était toujours ça.

— Chérie ! s’exclama sa mère en ouvrant ses bras de manière théâtrale lorsqu’Ash s’approcha. Te voilà !

— Joyeux anniversaire, maman !

Ash embrassa sa mère qui se cramponna à elle comme si elle n’allait jamais plus la lâcher.

— Ça fait une éternité que je ne t’ai pas vue.

— J’étais là le mois dernier… répondit Ashley toujours emprisonnée dans l’étreinte maternelle.

— Ce n’est pas suffisant, répliqua sa mère en la relâchant enfin : maintenant que je suis retraitée, tu dois passer plus de temps avec moi.

— C’est pourquoi je t’offre ceci.

— Ashley retira une enveloppe de la poche de sa veste. Sa mère sourit et la déchira pour découvrir son contenu.

— « Bon pour une soirée en ville avec ta fille unique », lut-elle à voix haute. Oh chérie, j’ai déjà hâte !

Elle embrassa Ash sur la joue.

— C’est juste pour moi, hein, ton père n’est pas invité ?

— Ce sera juste nous deux, maman.

Ash s’était creusé les méninges pour trouver un cadeau qui convienne à la fois pour son départ à la retraite et son anniversaire, jusqu’à ce qu’elle réalise que le plus beau présent qu’elle pouvait offrir à sa mère était son temps.

— Les hommes ne sont pas admis ! rajouta-t-elle.

— Tu ne comptes tout de même pas m’emmener dans un de ces endroits ? demanda aussitôt sa mère en grimaçant.

— On verra, la taquina Ash, avant d’ajouter : à propos d’hommes, où est papa ?

— Probablement au bar.

Sa mère ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel. Au moins, elle ne lui avait rien dit sur le fait qu’elle était arrivée en retard. Elle était probablement trop occupée à jouir de l’attention autour d’elle.

— Je vais aller le trouver. On se voit plus tard.

Ashley fendit la foule, essayant de repérer son père. Au passage, elle attrapa un verre de prosecco tiède. Son père avait probablement commandé une pinte – le prosecco n’était sûrement pas une boisson d’homme à ses yeux.

— Ashley !

Avant qu’elle n’ait pu le trouver, tante Daisy, la sœur unique de son père et la marraine d’Ash, l’attrapa par le bras.

— Viens par-là !

Ash serra sa marraine dans ses bras, se pliant aux obligations familiales. La semaine avait été interminable et allait être couronnée par une soirée encore plus longue. Ce n’était pas qu’elle n’appréciait pas de passer du temps avec sa famille, mais d’en voir tous les membres entassés dans une pièce, c’était trop pour elle. La dernière fois qu’ils avaient tous été réunis c’était pour son mariage avec Charlotte. Même s’il avait eu lieu à la mi-juillet, il avait plu toute la journée et l’évènement dans son ensemble avait dû être célébré à l’intérieur. Mauvais présage s’il en était.

— Comment vas-tu ?

La voix de tante Daisy était pleine de compassion – ou était-ce de la pitié ?

— Je vais bien. Et toi ?

Cela faisait un moment que Tante Daisy avait passé la barre des soixante-dix ans, et la faire parler de ses maux physiques pourrait permettre d’oublier un moment le mariage raté de sa filleule.

Ash vida son verre de prosecco tout en écoutant sa marraine vanter les mérites de ses petits-enfants au lieu de lui parler de ses pépins de santé. Des deux options, elle se demandait laquelle était la pire.

C’est alors qu’elle aperçut son père, accoudé au bar. Ash réussit à s’extraire de la conversation en promettant de la reprendre ultérieurement, pour enfin aller le saluer. Ce grand gaillard, qui avait pleuré comme un bébé au mariage de sa fille unique. Ash se demanda si ses yeux étaient restés secs le jour où son divorce avait été prononcé. Elle se douta que non, mais elle ne lui poserait pas la question.

— Je pourrais bien m’en boire une pareille, annonça-t-elle en pointant la bière de son père du doigt.

— Coucou, chérie, répondit celui-ci, comme s’ils s’étaient vus le jour-même. Je t’en commande une tout de suite !

Il fit signe au barman, puis passa son bras autour des épaules de sa fille.

— Comment vas-tu ? demanda-t-il en pressant son épaule.

— Bien.

Bien, bien, bien ! Le nombre de fois qu’elle avait prononcé ce mot depuis sa séparation avec Charlotte était incalculable. Comme s’il devait être répété suffisamment souvent pour rassurer son entourage sur le fait qu’elle allait effectivement bien. Tandis qu’elle attendait sa pinte, Ash eut le sentiment que tous les regards s’étaient braqués sur elle, comme s’ils se demandaient tous où était la femme qu’elle avait épousée, et pourquoi elle était venue seule. Qu’est-ce qui avait aussi mal tourné pour ce couple, qui s’était uni sous leurs yeux il y a deux ans à peine ?

— Voilà !

Son père lui offrit la bière, dont elle avala une bonne rasade. Elle avait englouti un paquet entier de chips dans le train pour ne pas avoir à boire l’estomac vide. Parce qu’elle savait pertinemment qu’elle allait boire. Se retrouver face à toute la famille pour la première fois depuis le divorce n’aurait pas été possible sans avoir un verre d’alcool greffé à la main pour la soirée.

— Comment ça va, le boulot ?

— Toujours pareil.

C’est comme si depuis qu’elle était arrivée à la fête, elle avait été catapultée dans un univers parallèle. Même si la petite ville de Murraywood n’était pas bien loin de Londres, Ash avait toujours l’impression de se retrouver dans un espace-temps totalement différent.

Comme elle s’y attendait, son père répondit par un grognement. Les discussions entre elle et lui étaient rarement très profondes. Les silences prolongés ne les embarrassaient ni l’un ni l’autre. C’était même une discipline à laquelle ils excellaient tous deux, lorsqu’ils se réunissaient. Quand elle avait besoin de faire un break, il n’y avait pas d’endroit où elle se sentait mieux qu’au pub, aux côtés de son père, une pinte de bière fraîche à la main. Il ne lui demandait pas d’explications. Il n’avait pas besoin de l’entendre exprimer ses états d’âme. Juste être là était amplement suffisant.

Bien sûr, ce soir ils ne se trouvaient pas au « Horse and Groom », le pub que fréquentait son père depuis qu’il était devenu majeur. Ils étaient à la fête donnée pour les soixante-cinq ans de sa maman, au Pavillon, le lieu événementiel le plus couru de Murraywood. Elle n’y trouverait nulle tranquillité, avec le défilé interminable des membres de la famille et les amis de ses parents. Les seules personnes de sa génération étaient son frère Adrian et sa femme, qu’il avait miraculeusement su garder depuis plus de quinze ans. Un autre domaine dans lequel son petit frère l’avait surpassée. Avec Lizzie, ils avaient également réussi à fonder une famille, comme le faisaient la plupart des couples hétérosexuels, donnant à leurs parents deux adorables petits-enfants à chouchouter. Lorsqu’elle avait épousé Charlotte, Ash avait cru avoir enfin fait les choses dans les règles. Jusqu’à ce qu’elles divorcent, évidemment.

— Ashley Cooper ! En chair et en os ! entendit-elle prononcer derrière son dos, avant de sentir une main froide enserrer sa nuque.

Bon sang, certaines personnes sont vraiment trop tactiles.

— Regarde-toi !

— Gloria Young !

Un sourire se dessina instantanément sur les lèvres d’Ashley. Elle avait toujours beaucoup aimé Gloria.

— C’est vraiment ta fille, Alan ? demanda-t-elle en donnant un coup de coude dans le bras du père d’Ash. Elle aurait réussi à venir jusqu’à notre vieux patelin de Murraywood, ce soir ? Si on en croit Mary, elle n’y vient quasiment jamais.

Ash aurait pu embrasser son père en le voyant lever les yeux au ciel de façon ostensible. Depuis qu’il l’avait épousée, il devait vivre chaque jour avec le sens de l’exagération aigu de la mère d’Ash.

— Ne crois pas un mot de ce qui sort de la bouche de ma femme, marmonna-t-il.

— Ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vues, Gloria ? demanda Ash, tandis qu’elle essayait de s’en rappeler – en vain. Tu as bonne mine.

— Ça doit faire des années, répondit celle-ci en ignorant le compliment.

À la place, elle serra le bras d’Ash. Elle avait forcément eu vent du divorce.

On entendit alors le bruit insistant de quelqu’un faisant tinter son verre pour avoir l’attention.

— C’est l’heure du discours de ta maman, observa le père d’Ash.

Sa mère resta néanmoins brève – certainement qu’elle prononcerait un autre discours plus long plus tard – invitant tout le monde à regagner sa place.

— On reprendra cette conversation plus tard, dit Gloria.

Ash la regarda s’éloigner à la recherche de la table à laquelle elle avait été placée.

— Il est temps d’avaler quelque chose de plus consistant que cette bière !

Son père posa son verre sur le comptoir, peiné de devoir laisser sa place au bar.

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