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Sisters · Kyrian Malone , Jamie Leigh

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En tant que substitut du procureur, Lana Queen venait de terminer son réquisitoire dans le cadre d'une enquête sur le viol aggravé d’un jeune garçon de onze ans. Deux prévenus avaient été amenés devant le tribunal, un couple suspecté d'avoir kidnappé le jeune Matthew Collins. Cloîtré dans une cave pendant quatre années, le jeune garçon aujourd'hui âgé de onze ans avait vécu l'enfer, subi des sévices, avait été filmé, pris en photo, forcé à l'esclavage. Son père biologique, Joey Collins avait fini par retrouver des clichés sur Internet avant de les signaler à la police. Après quinze jours d'audience, le jury avait tranché, jugeant coupables Andrea et Don Hanson, les condamnant à soixante-cinq ans de prison pour divers chefs d'accusation : enlèvement, viol en réunion, diffusion de photos pédopornographiques et séquestration.

Comme chaque fin de procès, la condamnation sévère des accusés arrivait comme une libération pour Lana Queen. Saluée par les parents, félicitée par son assistant, elle rangea le dossier dans son attaché-case qui rejoindrait les affaires classées dans les archives des sous-sols du bureau du procureur.

La salle d'audience se vidait peu à peu. Le juge repartait, ainsi que le jury, les spectateurs et autres journalistes venus prendre note du verdict final. Angela Benson approcha enfin :

— C'était bien joué.

— Merci, répondit Lana. J'espère que le petit Matthew bénéficiera d'un bon suivi psychologique.

— Nous avons donné à ses parents quelques adresses. Je pense qu'il s'en sortira.

Lana récupéra sa veste noire qu'elle ajusta par-dessus son chemisier blanc. Elle arborait toujours une tenue élégante et soignée. Son sac à main sur l'épaule, sa sacoche dans l'autre main, elle suivit Angela entre les bancs, ses talons résonnant dans la salle vide. Son amie était aussi une collègue de travail, pour ne pas dire une subordonnée. En tant que substitut du procureur, Lana travaillait et suivait les procédures en collaboration avec la brigade de police de Los Angeles où Angela Benson travaillait comme inspecteur.

— Tu viendrais prendre un verre avec nous pour fêter ça ? lança Angela en marchant à ses côtés dans le couloir du tribunal.

— Non je dois voir une amie.

Angela plissa les yeux :

— Tu as un rendez-vous ?

— Je dois retrouver Gabrielle en ville.

Une fois dehors, Angela s'arrêta devant elle, au sommet des grandes marches.

— Tu te souviens quand tu me disais que je manquais d'un peu de compagnies pour pallier aux angoisses et au stress dus à mes enquêtes ?

Lana leva les sourcils :

— Tu étais devenue dépressive.

— Et tu vas finir par le devenir si tu ne prends pas un peu de bon temps et assez de recul sur tes dossiers. Un peu de compagnies te ferait du bien à toi aussi.

— Je n'ai pas besoin de compagnie, avoir quelques amies me suffit.

— Amies ne signifie pas "petite amie", rappela Angela.

— Ça me convient, se défendit Lana. Maintenant, laisse-moi passer, je vais être en retard.

Angela se poussa malgré la mauvaise foi de son amie et toutes les deux descendirent les marches :

— J'aimerais te présenter quelqu'un, reprit-elle d'un air très sérieux. Le Sergent du SWAT. Je t'en ai déjà parlé.

Lana roula des yeux :

— Je suis assez grande pour faire des rencontres. Je n'ai pas besoin d'un chaperon.

— Elle est pourtant très charmante, je suis sûre qu'elle te plairait. Elle est jeune, dynamique, drôle... Un brin masculine.

Cette fois, ce fut au tour de Lana de s'arrêter à hauteur de sa Mercedes noire garée le long de Pearl Street.

— Angela, stop... Je ne suis pas intéressée. Ma vie telle que je la mène me convient.

— Cette fille est une perle, la trentaine, elle aimerait même avoir des enfants.

Angela usait d'un argument de poids, songeait Lana qui s'était résolue depuis de nombreuses années à ne plus avoir d'aventures, toujours déçue par les amantes avec qui elle sortait.

— Je dois y aller. Tu enverras le bonsoir aux autres.

— Comme tu veux... Mais réfléchis à ma proposition.

— Je n'ai pas besoin de réfléchir... À plus tard !

Elle ouvrit la portière de sa voiture et s'installa derrière le volant tandis qu'Angela repartait de son côté. Elle vérifia sa montre, mesurant qu'elle était quelque peu en retard. Elle récupéra son téléphone et numérota avant d'entendre la voix de son amie :

— Oui ?

— C'est moi Gaby, je sors du tribunal, j'arrive tout de suite.

— Pas de problème, je t'attends de toute façon, à tout de suite.

— Merci...

Elle raccrocha et démarra afin de se mettre en route. Il était bientôt sept heures et la circulation en direction du centre de Los Angeles serait dense. Elle roula donc jusqu'au parking situé non loin de Park Avenue et prit le métro jusqu'à la station sur la 86e. Gabrielle, une consœur et amie, était avocate spécialisée dans les divorces et l'attendait dans l'excellent restaurant "le Burlington" situé au croisement de Columbus et de la 86e. Elle entra et se fit accueillir par un serveur.

— Madame Queen, votre amie vous attend à votre table habituelle.

— Je vous remercie, Steven...

Son sac sur l'épaule, Lana le suivit à travers la salle. D'autres clients étaient installés, discutaient, dînaient. Mais ce fut une fois arrivée à la dite table que Lana fronça les sourcils.

— Il doit y avoir une erreur, dit-elle en voyant la blonde installée qui n'avait rien à voir avec Gabrielle.

— Tenez, madame Waters m'a remis cette enveloppe pour vous, dit Steven.

Lana demeura confuse et récupéra l'enveloppe en voyant que la jeune femme blonde la regardait d'un léger sourire. Elle lut les quelques mots inscrits sur la carte :

"Elle s'appelle Kelli, c'est la fille dont je te parlais, passe une bonne soirée,

Gaby".

L'espace d'un instant, Lana se demanda s'il n'était pas question d'un complot entre Angela et Gabrielle, bien que ses deux amies ne se connaissaient pas.

— Ça ira, madame Queen ? demanda le serveur.

Le malaise soudain qui venait de la saisir répondait à cette question, mais elle força un sourire.

— Oui, merci Steven...

Ce dernier s'éloigna et Lana reporta son regard sur la jeune femme.

— Je...

— Vous n'étiez pas au courant, c'est ça ?

Celle-ci était perspicace en plus d'être tout à fait charmante, songea Lana malgré elle.

— Vous l'étiez ? tenta la concernée d'un air plus incertain.

Son interlocutrice, Kelli Nollan, se leva sans quitter son sourire et tira la chaise devant Lana Queen. Le descriptif et les superlatifs employés par Gabrielle, la femme d'un de ses amis, avaient été plutôt justes. Cette femme dégageait une beauté sensuelle à toute épreuve. Très féminine, un soupçon autoritaire au premier abord, Lana répondait à ses critères de "sélection", du moins pour l'instant.

— J'avais compris qu'il s'agissait d'un rendez-vous arrangé... Mais asseyez-vous. Maintenant que vous êtes là, on peut au moins faire connaissance.

Elle tendit la main en direction de Lana et ajouta :

— Je m'appelle Kelli. Ravie de vous rencontrer.

Lana la lui serra, incapable de dire sur l'instant si elle souhaitait étrangler sa meilleure amie ou la remercier. Sa nervosité prenait le dessus sur le fait accompli de ce rendez-vous arrangé. Elle s'installa, incapable de faire demi-tour. Cette jeune femme s'était déplacée pour la rencontrer, autant manipulée par Gabrielle qu'elle l'était, Lana ne pouvait décemment pas la renvoyer d'où elle venait. Elle s'installa, quelque peu troublée.

— Ecoutez, je suis désolée, mais je ne savais pas que... qu'il était question de ça... Ce n'est pas dans mes habitudes de demander à mes amis de m'aider à rencontrer d'autres personnes.

Kelli ne cessait d'observer cette femme devant elle. Heureusement, Gabrielle lui avait donné son prénom parce que Lana avait omis de le lui dire. Un léger sourire aux lèvres, elle appréciait ce que son regard détaillait sur ses traits.

— Moi non plus, mais Gabrielle est une femme persuasive et je constate qu'en plus, elle n'a pas menti...

Lana n'osa pas demander sur quel sujet Gabrielle n'avait pas menti en constatant le regard bleu et éloquent que la jeune femme blonde lui portait. Celle-ci ne devait pas avoir loin de la trentaine. Plus que charmante, habillée de façon décontractée et garçonne, ses cheveux longs et blonds tombaient sur ses épaules dénudées qui dénotaient une carrure athlétique. Lana se souvenait parfaitement de ce que Gabrielle lui avait dit sur Kelli Nollan dont elle avait dû lui parler une dizaine de fois ces dernières semaines. Elle rentrait dans ses "critères" avec sa petite gueule d'ange, ses yeux bleus, ses cheveux dorés et sa voix rauque. Son amie la piégeait en beauté sans que Lana ne soit capable de lui en vouloir. Elle eut un sourire plus incertain, assurément plus embarrassé qu'elle ne l'aurait voulu.

— Bien... Puisqu'on est là, tenta-t-elle... Autant commander quelque chose à boire.

Elle fit signe à Steven d'approcher et ce dernier arriva :

— Oui, madame Queen ? Vous êtes prêtes à commander ?

— Je prendrai un verre de blanc, s'il vous plaît.

— Et un whisky glace, merci, suivit Kelli.

Le serveur s'éloigna avec les commandes et Kelli reposa ses yeux sur Lana assise face à elle. Comment ne pas la regarder ? Finalement, Chris, le mari de Gabrielle, son meilleur ami avait raison d'affirmer que toutes les amies de sa femme étaient des bombes. Il l'avait d'ailleurs convaincue de suivre les conseils de Gabrielle pour ce rendez-vous... Elle se réjouissait de constater que malgré le faux plan de Gabrielle, Lana prenait le temps de la discussion.

— Puisqu'on vient de commander, j'ai au moins vingt minutes devant moi pour apprendre à vous connaître... Gabrielle m'a dit que vous étiez une femme très occupée...

Lana ne pouvait s'empêcher de la détailler. De sa façon de parler à sa posture, Kelli Nollan dégageait une assurance agréable et avait dû séduire bien des jeunes femmes avant elle. Elle était assise de côté, son coude sur le dossier de la chaise, très décontractée tandis que Lana se tenait droite, accoudée à la table et les mains jointes devant elle.

— Je suis substitut du procureur, annonça-t-elle. Et j'aime particulièrement mon travail qui occupe effectivement une grande partie de mon temps.

Car nombre de ses anciennes amantes fuyaient quand elle annonçait ses principales occupations. Elle reprit aussitôt.

— Et vous ? Que faites-vous dans la vie ?

Kelli se redressa, ayant remarqué le retour rapide de sa question posée. Lana ne semblait pas s'étendre sur son travail qui n'avait pourtant rien d'ordinaire. Lana lui apparaissait comme une femme, une vraie jusqu'au bout des ongles qu'elle avait peints de rouge. Élégants, polie, ses cheveux d'un noir d'encre faisaient ressortir ses yeux sombres et hypnotiques.

— Non, non, vous n'allez pas vous en sortir comme ça, répondit-elle, amusée. Puisque vous aimez votre travail, vous pouvez m'en dire un peu plus... Quelle est la différence entre substitut du procureur et procureur ? Vous le remplacez quand il est malade ou un truc comme ça ?

Le serveur s'approcha et déposa les deux verres commandés. Elles le remercièrent et il ne tarda à pas à s'éloigner pour les laisser reprendre leur discussion.

— Le procureur est mon patron, c'est lui qui donne les ordres et décide de la mise en place des poursuites. Je représente son autorité au tribunal et auprès des agents en charge des arrestations.

Kelli prit un bref instant pour assimiler ces explications et but une gorgée de whisky avant de demander encore :

— Et j'imagine que tous les criminels de la ville vous en veulent... Vous êtes celle qui décide de leurs peines, c'est ça ?

Lana s'accouda, ses doigts repliés contre sa joue. Elle ne pouvait s'empêcher de détailler Kelli Nollan en songeant à la possibilité que celle-ci puisse réellement s'intéresser à elle.

— Non, d'une façon générale, je propose les peines et je suis en mesure de les négocier avec l'avocat de la partie adverse, répondit-elle. Le juge est seul à prendre la décision finale après délibération du jury.

Elle eut un léger sourire et demanda :

— Et j'aimerais aussi que vous me répondiez, car contrairement à vous, Gaby ne m'a pas donné les détails de vos activités.

— Ça, c'est parce qu'elle ne veut pas comprendre ce que je fais, répondit Kelli avec un léger sourire. Elle et moi, on n'est pas de grandes amies...

Autant se montrer honnête avec son interlocutrice plus que charmante si elle voulait une suite à ce tête-à-tête, songea Kelli. Elle remua ses glaçons dans le whisky qui tintèrent contre le verre.

— En fait, je la connais parce que son mari, Chris, est mon meilleur ami... On travaille ensemble. Je suis Marine comme lui. Vous voyez ? Rien à voir avec les tribunaux et les beaux tailleurs...

Ce qui expliquait les côtés "garçon manqué" et la carrure de Miss Nollan, songeait Lana. Elle appréciait sa franchise et savait d'expérience que Gabrielle ne se faisait pas beaucoup d'amis en raison de son mauvais caractère.

— Alors, nous avons ça en commun, répondit Lana d'un léger sourire. Nous défendons toutes les deux des valeurs auxquelles nous croyons.

Kelli esquissa un sourire et fit tinter son verre contre le sien.

— Ça fait déjà une bonne raison de poursuivre la conversation...

Kelli n'aurait jamais cru si bien dire. Leur discussion continua sur d'autres questions, certaines plus sérieuses, d'autres moins. Le serveur revint, nota les plats qu'elles avaient commandés et le repas se poursuivit sur fond d'échanges de points de vue ou de plaisanteries. Elles apprirent l'une et l'autre leurs goûts en matière de nourriture, leurs plaisirs en dehors du travail, leurs projets éventuels. Le temps s'écoula, les gens présents dans le restaurant partirent les uns après les autres jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elles. Kelli confia sa carte au serveur pour payer l'addition et reposa les yeux sur Lana Queen assise devant elle. Après plus de trois heures à discuter, elle ne regrettait pas de s'être laissée embarquer dans ce rendez-vous prévu par Gabrielle. Sous ses airs autoritaires de grande dame, Lana recélait des charmes redoutables. Son rire, sa façon de rester élégante en toutes circonstances la séduisaient. Pourtant, Kelli savait que l'alcool avait un peu débridé ses manières, effacer quelques-unes de ses retenues. Le serveur lui ramena la carte et Kelli se leva en le remerciant. Elle récupéra la veste de Lana sur sa chaise et la lui déposa sur les épaules.

— Est-ce que vous avez un couvre-feu ou vous voulez poursuivre la soirée ? lui demanda-t-elle sans hésiter.

Lana mesurait parfaitement les implications de la demande de Kelli. Il était bientôt minuit et poursuivre la soirée impliquait bien des choses. Elles passèrent la porte du restaurant et la brise plus fraîche de l'extérieur eut le mérite de lui rappeler qu'elle travaillait le lendemain. Se laisser aller à diverses envies n'était plus de son âge même si le regard azur de Kelli dans le sien la faisait réfléchir à deux fois à sa proposition.

— Je dois rentrer, dit-elle, mais...

Que pouvait-elle dire sans trop en dire justement? Kelli lui plaisait, elle devinait cette attirance réciproque et devait pourtant réfréner ce qui lui passait par la tête afin de prendre le temps de la connaître. Elle sortit une carte de visite de son sac à main et la lui tendit :

— Appelez-moi en fin de semaine.

Kelli se retrouvait déçue, mais pas désespérée pour autant. Le simple fait que Lana lui confie sa carte prouvait que celle-ci avait envie de la revoir. Après tout, elles venaient à peine de se rencontrer et n'en étaient qu'à leur premier rendez-vous. Alors Kelli devrait se montrer patiente...

— Ça fait trois jours à attendre, ça, répondit-elle. Ai-je au moins le droit de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

Le regard de Lana dut trahir ses déductions sur cette autre demande. Kelli Nollan se montrait galante et protectrice et après leurs discussions variées, notamment sur les déplacements de Kelli en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan, Lana devinait que la jeune femme était au moins officier chez les Marines.

— Vous pouvez, répondit-elle.

Elles se mirent en marche vers la rue où Lana s'était garée. En réalité, celle-ci se surprenait à vouloir faire durer cette rencontre qui lui avait rappelé ce que pouvaient être certaines émotions lors d'un premier rendez-vous. Une question lui vint à l'esprit et elle demanda :

— Combien de temps restez-vous à Los Angeles?

Kelli ne quittait pas son sourire, satisfaite de ce rendez-vous arrangé. Lana répondait à ses exigences en matière de femme. Non seulement, elle était belle et sensuelle, mais elle avait un cerveau et savait s'en servir.

— Je suis instructeur alors je ne suis plus la première à être envoyée en mission... Ça me laisse le temps de faire de nouvelles rencontres et de prolonger mes soirées quand elles valent le coup.

Arrivées devant un coupé Mercedes noir, Lana s'arrêta, les clefs en main et Kelli leva les sourcils, impressionnée.

— Jolie voiture, commenta-t-elle.

Elle jeta un œil intéressé sur le véhicule avant de regarder la belle brune avec qui elle venait de passer sa soirée.

— Vous savez, reprit-elle. On a bu de l'alcool, Maître, et la loi est claire à ce sujet...

Lana eut un sourire charmé en surprenant le petit air insolent que prenait Kelli tout en l'appelant par la dénomination de son poste. Elle appuya cependant sur le bouton de sa télécommande qui déverrouilla les portières avant qu'elle n'ouvre celle à l'arrière pour y poser son sac à main. Elle referma, se calant dos à la paroi, son regard brun sur les traits de Miss Nollan.

— Ce qui m'obligerait à vous ramener puisque vous avez bu plus que moi.

Le regard de Kelli se teinta d'une étincelle de convoitise. Ainsi appuyée contre sa voiture, Lana semblait lui donner l'autorisation de s'approcher. Ses yeux confirmaient la réciprocité d'une attirance certaine. Si Maître Queen voulait rentrer chez elle pour ne pas s'abandonner à la suite de leur soirée, Kelli pouvait au moins gagner du temps...

— Je suis sage, je rentrerai en taxi, répondit-elle en effaçant la distance entre elles.

Elle fit un pas de plus et glissa une main sur sa joue. Sa sagesse avait cependant quelques limites. Ses lèvres se posèrent sur les siennes dans un doux baiser, léger, furtif. Un long frisson courut le long de son dos, l'électrisa tout entière. Les parfums de Lana l'étourdissaient. Mais elle se recula bien malgré elle, le regard brillant dans le sien. Après ce contact brûlant, elle ne rêvait que de poursuivre leur soirée ailleurs, loin des regards inconnus, dans l'intimité d'une chambre par exemple...

— Je vous appelle, ajouta-t-elle à voix basse, avant de se reculer.

Lana avait frissonné et son regard pétillant trahissait les effets de ce baiser. Non seulement Kelli Nollan embrassait bien, mais ses parfums avaient fait naître bien d'autres envies oubliées. Elle se pinça les lèvres et d'un geste furtif de son pouce, rajusta son rouge qui avait dû certainement déborder après ce contact délicieux. Mais elle ne devait rien précipiter alors que ce rendez-vous prenait déjà une tournure qu'elle n'avait pas soupçonnée. D'ordinaire, se laisser embrasser le premier soir ne faisait pas partie des choses qu'elle autorisait. D'autant que Kelli Nollan était peut-être ce genre de femme habituée à obtenir tout ce qu'elle souhaitait de la plupart de ses rendez-vous. Elle se redressa, tentée de réitérer ce baiser, mais se contint, remontant simplement son regard de ses lèvres audacieuses à ses prunelles bleues captivantes.

— Merci pour cette soirée Miss Nollan. Rentrez bien.

Elle ouvrit la portière conductrice et s'installa derrière le volant avant que Kelli ne la referme. Elle démarra, lui lança un dernier regard et prit enfin la route. Lana mesurait parfaitement qu'il lui en aurait fallu peu pour autoriser cette magnifique jeune femme à l'accompagner ailleurs. Mais sa raison avait vaincu et ses envies restaient inassouvies.


Le lendemain, Lana Queen eut bien des difficultés à se concentrer sur ses dossiers et autres élaborations de réquisitoire. Elle devrait se rendre au tribunal dans l'après-midi à deux heures et sa rencontre avec Kelli Nollan occupait toutes ses pensées. L'heure du déjeuner approchait quand son téléphone sonna et elle s'empressa de répondre :

— Queen ?

— Il paraît que ta soirée a été bonne ?

En d'autres circonstances, Lana aurait certainement accusé Gabrielle de ce rendez-vous arrangé inacceptable.

— Sais-tu que j'ai traîné des gens en justice pour moins que ça ?

— Tu n'y serais pas allée si je t'avais prévenue.

Gabrielle marquait un point.

— C'était terriblement gênant, accusa-t-elle malgré tout.

— Oui, mais il paraît que le vin t'a détendue !

— Et je peux savoir comment ça se fait que tu es au courant de ma soirée ?

— J'ai appelé Chris pour avoir le compte-rendu et vu qu'il ne savait rien, je lui ai demandé d'appeler Kelli et de mettre le haut-parleur.

— Tu es...

— Tu me remercieras, l'interrompit Gabrielle. Je te l'ai dit, cette fille est faite pour toi. Dès que je l'ai rencontrée, j'ai su que vous iriez bien ensemble. Tu comptes la revoir ?

Lana soupira en silence et récupéra sa souris pour sauvegarder avant de fermer ses dossiers.

— J'attends son appel.

— Elle va te rappeler c'est sûr !

Lana fut plus intéressée par cette dernière remarque.

— Elle a parlé de moi à Chris ? fit-elle l'air de rien.

— Si elle a parlé de toi ? répéta Gabrielle par pure rhétorique. Elle a dit que tu étais de loin la femme la plus charmante qu'elle ait rencontrée. Elle était même persuadée que tu étais hétéro quand elle t'a vue arriver.

Lana roula des yeux sur cette remarque. Le cliché lesbien impliquait majoritairement qu'une femme excessivement féminine comme elle ne pouvait être exclusivement attirée par les femmes.

— Mais encore ?

— Tu es à son goût, crois-moi, mais est-ce que c'est réciproque ?

Lana savait que Gabrielle parlait trop et elle ne souhaitait pas qu'elle parle à Chris qui ensuite parlerait à Kelli.

— Je la trouve charmante, mais j'ai besoin de temps pour apprendre à la connaître.

— Oui, bien sûr, le contraire m'aurait étonnée de toute façon.

Lana vérifia sa montre.

— Écoute Gaby, je te rappelle. Je dois déjeuner et j'ai une audience préliminaire à deux heures.

— D'accord, bon courage et essaye de me tenir au courant.

— Je n'y manquerai pas, mentit-elle. À plus tard.

Elle raccrocha, se leva et récupéra son attaché-case ainsi que son sac à main. Pour l'heure, elle devait oublier Kelli Nollan et se concentrer sur la prochaine audience.


Au commissariat central de Los Angeles, Angela Benson et son coéquipier Eddie Scott, avaient été chargés d'une autre enquête de viols en série. Quand l'une se fermait, une autre apparaissait et ainsi de suite. Les crimes ne trouvaient jamais de fin et les inspecteurs ne risqueraient pas de connaître le chômage. Mais quand elle le pouvait, Angela s'octroyait une pause, surtout pour prendre le temps de déjeuner. Quand elle vit Emma arriver, l'une de ses amies proches, elle lui fit signe d'attendre un peu.

— Juste une seconde et j'arrive.

— Fais vite, je n’ai pas beaucoup de temps, là.

Angela ferma un dossier sur son bureau et aperçut Lana entrer dans la salle où se trouvait leur unité.

— Bonjour, Lana, l'accueillit-elle. Tu es là pour Cole Newman, je suppose ?

— En effet, répondit Lana.

Angela profita de cette occasion arrangée pour enfin présenter son amie au substitut.

— Au fait, dit-telle, je te présente Emma... Emma, Lana, le substitut qui travaille avec notre service.

Emma venait de détailler cette femme brune en tailleur, plus que remarquable au milieu de tous ces hommes. Elle lui tendit la main pour suivre les présentations d'Angela :

— Enchantée, maître.

Emma tourna les yeux vers Angela et demanda, curieuse :

— Newman, c'est le type qu'on a capturé hier, au sud de la ville, c'est ça ?

— C'est ça, répondit Angela. Tu m'accordes une minute, je dois voir le Capitaine.

Puis elle tendit le dossier Newman à Lana :

— Tiens, tu auras besoin de ça.

Emma soupira et s'assit sur le rebord du bureau de son amie avant de croiser les bras. Puisque Angela venait de s'éloigner sans attendre la moindre réponse de sa part, elle pouvait toujours s'occuper à détailler le substitut en charge de l'unité d'Angela et ses collègues. Cette femme attirait les yeux et pas seulement les siens à en croire les nombreux regards masculins autour d'elles. Son parfum féminin aux fragrances sucrées, ses talons hauts, sa jupe moulante et sa chemise satinée à peine ouverte sur sa poitrine accentuaient la beauté de cette femme. Emma s'en retrouvait sous le charme...

— Vous travaillez avec l'unité depuis combien de temps ? lui demanda-t-elle.

Le dossier Newman en main, Lana releva les yeux des photos des scènes de crimes vers la jeune femme qu'Angela venait de lui présenter. Elle dut prendre une courte pause avant de répondre :

— Quelques années...

Elle lança un coup d'œil vers le bureau du Capitaine où Angela venait de disparaître, mais vit celle-ci rajuster rapidement les stores du bureau, prise en flagrant délit d'observation. Elle reporta son regard sur la blonde et reprit :

— Et vous travaillez...

— Je suis Sergent au SWAT.

Et Lana venait de comprendre. Angela l'avait appelée en pleine pause déjeuner pour un dossier qui, elle le réalisait, n'était pas si urgent, afin de lui présenter Emma dont elle lui avait déjà parlé. Mais qu'avaient donc ses amis cette semaine à la piéger de la sorte ? Et malgré elle, Lana trouvait l'amie d'Angela tout aussi charmante.

— Je suis étonnée de ne pas vous avoir croisée plus tôt si vous connaissez Angela.

— Je ne suis pas mal occupée de mon côté, mais vous devez savoir ce que c'est puisque vous êtes substitut. Tous les malades qu'on capture finissent forcément devant vous. Angela m'avait parlé d'un substitut en effet, mais je ne vous imaginais pas comme ça...

Aussi belle et désirable... songea Emma en proie à toutes sortes de réflexions devant Lana Queen.

Celle-ci se retrouvait plongée dans une certaine confusion, incapable de mesurer si l'amie d'Angela était en train de la complimenter à travers son léger sourire. Ce fut un peu malgré elle qu'elle promena son regard sur ses traits. Après la petite mise en scène de Gabrielle, Angela l'amenait maintenant à rencontrer une autre femme à son goût. Blonde, les yeux clairs, athlétique, un brin garçonne, Emma était très différente de son rendez-vous arrangé de la veille. Elle dégageait une assurance certaine avec un brin de sensibilité dans son regard à mille lieues de son métier.

— Et si Angela vous a parlé de moi, comment m'imaginiez-vous ? s'autorisa-t-elle à demander.

Emma ne put réfréner son sourire amusé sur toutes les réponses qui lui traversaient l'esprit en cet instant. Visiblement, ses propos avaient éveillé la curiosité du substitut et elle ne pouvait que s'en satisfaire. Aurait-elle une chance avec cette femme aux allures bien trop féminines pour être lesbienne ?

— Disons plus... Enfin, moins... Élégante et féminine, finit-elle par lâcher avec sincérité. Mais je me suis trompée de toute évidence.

Lana plissa les yeux. Était-ce un soupçon de nervosité qu'elle captait dans le regard du Sergent ? Bien sûr, Angela avait dû lui parler de ses tendances si elle lui avait parlé d'elle comme elle le pensait. Elle en eut un léger sourire et répondit :

— Oui, je ne suis vraiment pas du genre pantalon large et chemise à carreaux même si j'avoue que d'autres le portent très bien.

Emma eut un instant d'hésitation sur cette allusion aux tenues de lesbiennes en général. Elle jeta un œil sur la sienne qui consistait en un débardeur sur un jeans usé, couvert par une veste en cuir. Certes, elle ne portait pas de chemise à carreaux, mais en possédait une ou deux dans son armoire... Cette femme venait de la déstabiliser dans une seule réponse. Non seulement elle semblait avoir des penchants pour les femmes, mais elle ne le niait pas non plus à travers ses propos. Elle lança un regard vers le bureau du Capitaine où Angela s'était réfugiée puis sur sa montre. Elle se redressa, glissa un pouce dans la poche arrière de son jeans, exaspérée par l'absence d'Angela qui se prolongeait.

— Si dans deux minutes elle n’est pas là, vous lui direz que je n’ai pas eu le temps d'attendre...

Lana se pinça les lèvres en comprenant non seulement qu’Emma s'était retrouvée autant piégée qu'elle par Angela, mais qu'elle avait mis son interlocutrice mal à l'aise. Elle rangea le dossier dans son attaché-case et demanda :

— Vous aimez les hot-dogs ?

Emma fut surprise par cette question et reposa les yeux sur le substitut. Jamais, elle n'aurait pu croire que cette femme dans son tailleur puisse avaler ce genre de nourriture habituellement destinée aux flics ou à des gens comme elle... Lui proposait-elle de passer le déjeuner en sa compagnie ? Un léger sourire apparut sur ses lèvres en y songeant et elle jeta un regard sur les stores baissés dans le bureau du Capitaine.

— Ouais, répondit-elle. Angela n'aura qu'à nous rejoindre...

Son sac à main sur l'épaule, Lana récupéra son téléphone dans sa veste noire tout en se dirigeant vers les portes d'ascenseur du commissariat.

— Je lui envoie un message, mais quelque chose me dit qu'elle ne viendra pas.

Emma ne s'en plaindrait pas. L'occasion lui était offerte de passer un moment avec le substitut dont Angela lui avait parlé à plusieurs reprises. D'ailleurs, celle-ci avait dû s'arranger pour les laisser seules à seules... Arrivée dans le couloir du rez-de-chaussée, les mains dans les poches de son jeans, elle poussa la porte, laissa sortir Lana et la suivit à l'extérieur. Dans son dos, son regard s'égara un instant, forcément attiré. Et qui ne le serait pas ? Elle revint à sa hauteur et marcha en direction du vendeur de hot-dogs devant le commissariat :

— Vous savez ? Je vous aurais cru plutôt salade vinaigrette que hot-dogs... Vous avez le goût du risque, c'est bien.

Lana esquissa un léger sourire et répondit spontanément.

— J'aime varier les plaisirs.

Elle passa la commande et reporta son regard sur le Sergent près d'elle. Quelles étaient les probabilités pour qu'elle rencontre en moins de vingt-quatre heures, deux jeunes femmes aussi séduisantes par l'entremise de ses deux amies qui ne se fréquentaient pas ?

— En réalité, Angela m'a parlé de vous... En bien, je vous rassure. Et suite à mes nombreux refus de ses rendez-vous arrangés, elle a trouvé un moyen détourné de me faire venir au commissariat pendant que vous y étiez.

Emma donna les billets au marchand et récupéra le hot-dog pour Lana qu'elle lui tendit avant de prendre le sien. Angela avait donc monté le coup pour les pousser à se rencontrer. Comment la blâmer ? Lana Queen était effectivement à son goût, même au-delà. Elle étala de la moutarde sur la saucisse entre les deux pains et répondit :

— OK, donc c'est un coup monté, répondit-elle avant de prendre le ketchup. Angela m'a suppliée pour que je vienne déjeuner avec elle aujourd'hui, à midi trente... Je comprends pourquoi.

Elle lui tendit la sauce.

— Vous en voulez ?

— Merci, dit Lana en le prenant d'un léger sourire.

Elles s'écartèrent du camion à hot-dog tandis que le soleil atteignait son zénith et réchauffait la grande avenue du commissariat. Une chose intriguait Lana en constatant le gabarit d’Emma. Celle-ci était mince, élancée et n'avait pas l'allure d'un agent d'intervention.

— C'est plutôt rare de rencontrer des femmes au SWAT, dit-elle remarquer. Comment en êtes-vous arrivée là ?

Emma s'était attendue à cette question. C'était l'interrogation récurrente qui apparaissait dans chaque conversation avec ses nouvelles rencontres.

— Je vais à contre-courant, répondit-elle pour résumer. Mais je ne suis pas la seule femme, vous savez? Maintenant, on a même le droit de voter...

Elle ricana un peu après cette plaisanterie et croisa le regard amusé de Lana.

— J'aurais pu vous demander la même chose... Une femme qui travaille en tant que substitut pour l'unité des crimes sexuels, ce n’est pas une évidence. Vous devez aimer les défis, vous aussi, non ?

Lana s'arrêta et prit un instant pour détailler les traits d’Emma. À la fois durs et fins, ils contrastaient avec son regard doux, posé et rassurant. Lana savait combien les femmes devaient parfois s'imposer dans certains métiers d'hommes où ces derniers ne leur laissaient que peu de place et de liberté. Le Sergent avait certainement dû démontrer qu'elle avait des capacités égales pour faire partie de ce genre d'unité.

— J'ai moins de mérite que vous. Je passe mes journées en tailleur et non pas habillée d'un gilet pare-balles.

Emma ne quittait pas son sourire depuis quelques minutes. Cette petite balade/déjeuner avec Lana Queen lui plaisait et provoquait quelques idées dans sa tête. Rares étaient les femmes qui l'intéressaient à ce point d'ailleurs. Elle s'assit sur le dossier d'un banc et ramena ses lunettes de soleil devant ses yeux pour la détailler avec plus de discrétion.

— Le tailleur vous va très bien et je n’aime pas parler pendant des heures, répondit-elle. Pour moi, c'est vous qui avez du mérite... À côtoyer tous ces fêlés à longueur de journée ou à cirer les bottes des magistrats...

Elle vit Lana s'approcher et s'asseoir sur le banc plus convenablement qu'elle l'avait fait. Alors, elle descendit d'un étage et s'installa à ses côtés.

— Vous n’avez jamais pensé à rajouter de la moutarde à votre ketchup sur votre hot-dog ?

Lana leva les sourcils, un petit sourire aux coins des lèvres. Angela avait eu raison de lui dire qu’Emma était charmante et amusante, car elle était séduite. Ce déjeuner improvisé avait le mérite de lui faire penser à autre chose et de la détendre.

— Je préfère ne pas mélanger les plaisirs, plaisanta-t-elle.

Emma reconnut un frisson derrière sa nuque et il n'avait rien à voir avec une peur quelconque. Son regard rivé sur le visage de Lana près d'elle, il ne parvenait pas à le quitter, à s'en défaire. En plus d'être irrésistible, cette femme usait de sous-entendus efficaces.

— Et moi, je crois que vous devriez essayer au contraire, répondit-elle.

Elle lui prit son hot-dog des mains.

— Vous permettez ?

Et lui échangea contre le sien sur lequel la moutarde et le ketchup étaient mélangés.

— Goûtez, ajouta-t-elle avec un petit sourire. Si vous n’aimez pas, je vous offre un dîner où vous voudrez et si vous aimez et bien...

Elle réfléchit un instant et termina :

— Je vous offre un dîner où vous voudrez...

Lana ricana, amusée par l'audace du Sergent qui, elle l'admettait, avait le don de la mettre à l'aise malgré la situation dans laquelle Angela les avait mises. Elle goûta donc le sandwich d’Emma, captant à travers ses prunelles bleues un brin de malice.

— Vous faites ça à tous les substituts que vous rencontrez ou je suis une privilégiée ?

Emma étendit un bras sur le dossier du banc, le regard aimanté sur le charmant visage du substitut en question.

— C'est moi qui suis privilégiée, là, répondit-elle. Dois-je prendre votre réponse pour un "oui" ? Ou est-ce que c'est un "peut-être" ? Si le dîner dépasse vos compétences, on peut aussi bien se retrouver autour d'un autre hot-dog un de ces soirs...

Elle marqua une pause, releva les lunettes dans ses cheveux et reprit :

— Je n’ai pas l'habitude de négocier, encore moins de parler autant, mais je trouve ce marché plutôt équitable, qu'est-ce que vous en pensez ?

Lana avait parfaitement conscience qu’Emma la courtisait. Elle ne l'avait pas quittée des yeux, appréciant son caractère franc, entreprenant, enjoué. Une fois encore, quelles étaient les probabilités pour qu'elle rencontre en si peu de temps, deux jeunes femmes qui présentent autant d'attraits ? Malgré une brève pensée que Lana accorda à sa rencontre de la veille et au léger flirt qui avait suivi, elle ramena son sac sur ses cuisses et en sortit une carte qu'elle tendit à Emma.

— Appelez-moi en fin de semaine...

Emma sourit en récupérant la carte et secoua la tête.

— Ça, ça veut dire que je suis recalée, dit-elle. Sinon vous auriez au moins dit oui...

Elle se leva et jeta la fin de son hot-dog dans la poubelle près du banc. Comment ne pas être déçue par la réponse de Lana ? La carte ne signifiait rien de plus qu'un appel qu'elle devrait passer elle-même sans avoir la moindre garantie de réussite. Elle la lui rendit et lui donna plutôt la sienne.

— Vous savez quoi ? Si vous voulez vraiment ce dîner, c'est à vous de m'appeler... J'ai déjà fait tout le reste et vous savez aussi que vous me plaisez, je ne vais pas me répéter.

Son portable sonna dans sa poche et elle y jeta un œil pour constater que son temps de pause était écoulé.

— Je dois y aller, Lana, ajouta-t-elle en relevant les yeux sur son interlocutrice. Appelez-moi quand vous voulez...

La lèvre de Lana avait disparu entre ses dents. Ce petit bout de femme, néanmoins plus grande qu'elle, débordait d'énergie communicative avec ses allures garçonnes.

— Je vous appellerai, répondit-elle simplement.

Elle vit Emma lui lancer un dernier sourire charmeur puis s'éloigner d'un pas pressé. Son regard brun ne manqua pas de parcourir sa silhouette, ses formes athlétiques. En tant qu'officière du SWAT, Emma devait certainement faire beaucoup de sport pour garder la forme. Quand elle fut éloignée, Lana récupéra son téléphone et numérota sans la quitter des yeux avant de la voir décrocher plus loin :

— Oui ?

— Vendredi... Disons vers six heures. Je vous envoie mon adresse.

Plus loin, près de sa voiture, un coupé mustang des années 70, Emma tourna les yeux vers Lana toujours assise sur le banc. Un sourire réjoui étira ses lèvres. Le substitut n'avait pas attendu pour l'appeler, ce qui signifiait qu'elle avait toutes ses chances. Ce seul constat l'électrisa...

— Vendredi à six heures, j'y serai, répondit-elle. Je vous laisserai choisir le restaurant. À vendredi alors...

Elle raccrocha et lui fit un signe de main avant d'entrer dans sa voiture pour démarrer. L'entraînement reprenait dans dix minutes et elle devrait se hâter pour ne pas être en retard.

Sisters

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