Chapitre 1 — 1 - Jill Attaway
- 1 - Jill Attaway
- 🔒 2 - Reese McKnight
- 🔒 3 - Jill Attaway
- 🔒 4 - Reese McKnight
Sous les flocons d'Halifolk · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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— Il est tard, Jill. Tu devrais rentrer chez toi.
Surprise par la voix de Shannon, j’abandonne mon écran des yeux. Le bureau est assombri par la nuit. Un bref regard vers l’extérieur, puis l’horloge murale me rappellent qu’il est plus de vingt et une heures.
— Je n’ai pas vu le temps passer.
— Je sais, mais on a besoin de toi en forme pour toute la saison. Va te reposer, je termine avec cette partie.
Une résistance intérieure me pousse à protester.
— Ça va, je peux le faire.
La blonde dans son gilet en maille écru sourit avec douceur. Elle croise les bras sous sa poitrine et rétorque :
— Je suis ta responsable et je t’ordonne de quitter ce bureau. Rentre chez toi, Jill. Bois un verre de vin, détends-toi et on se retrouve demain pour avancer sur ce projet.
— Et quel projet !
L’enthousiasme s’est emparé des locaux de l’agence publicitaire et surtout de l’équipe qui travaille sur la campagne pour l’imposante entreprise Bonne Vie Noël. Ils nous ont choisis pour mettre leur produit en avant cette année dans l’ensemble de leurs points de vente. C’est une chance inouïe pour moi de me faire remarquer par ma supérieure. Shannon pense qu’en fonction de nos résultats sur cette mission, elle pourrait parler à Wendy de ma promotion. La cheffe de projet a la réputation d’être intraitable et perfectionniste. Je ne veux rien laisser au hasard.
— Allez !
La blonde fait tourner mon siège pour me pousser à lâcher mon ordinateur et mon bureau. Je rigole en attrapant mon sac. Je ne peux pas nier mon état de fatigue, mais ça en vaut la peine. J’en suis sûre !
— Bonne nuit, Shannon.
— À demain, Jill.
En ce début de mois de novembre, la nuit est fraîche au cœur d’Atlanta. Des milliers de minuscules lumières flottent entre les branches d’arbres décorés pour la fin d’année. Ça a quelque chose d’apaisant. J’ai le cœur toujours plus léger lorsqu’elles accompagnent mon retour à la maison le soir. Travailler jusqu’à ce que la fatigue s’empare de moi est le seul remède efficace que je connaisse contre le poids qui pèse dans ma poitrine.
Une petite marche de dix minutes suffit à me couper de toutes les contrariétés de la journée. Comme d’habitude, je prends les escaliers de mon immeuble et retrouve mon appartement au troisième. J’enlève mes bottines noires et dépose mon sac à main et mon manteau près de la porte que je ferme à double tour.
L’habitat accueille mon long soupir. Je défais les boutons de ma chemise en allant à la salle de bains, actionne les robinets de la douche et retire mes boucles d’oreilles. Je jette rapidement un regard à mon reflet dans le miroir. Avant que la moindre pensée négative arrive à mon cerveau, je fais demi-tour, laisse tomber mes vêtements sur le sol et entre dans la cabine. L’eau chaude est bienfaitrice. Elle me lave de tous mes maux. J’en profite longuement puis plonge dans mon pyjama polaire. Je ne m’étais pas rendu compte combien j’avais faim ! Il faut vraiment que je fasse un effort pour cesser de m’oublier.
D’une main, j’ouvre la porte du Frigo. Un mince espoir me traverse. Celui qui veut que mon réfrigérateur soit rempli de délicieux repas. Je ne sais pas à quoi je m’attends. Un miracle, peut-être ? Eh bien, non. Il n’y a rien là-dedans si ce n’est quelques fruits et un reste de lasagnes. Ça fera l’affaire. Je les place dans le four et allume la télévision lorsque mon portable se met à sonner.
Je traverse la pièce pour retrouver mon sac à main. Qui peut bien me téléphoner aussi tard ? Il est vingt et une heures quarante. Je ne connais pas le numéro à l’écran.
— Allô ?
— Jill ? C’est Reese.
— Reese ?
Je répète son prénom avec surprise. Je n’ai pas entendu parler d’elle depuis le lycée. Un léger sourire naît sur mes lèvres aux souvenirs tendres qui se rappellent aussitôt à ma mémoire. Pas que je n’y pense jamais, mais parfois j’évite de le faire…
— Oui. Je te contacte parce qu’il faudrait que tu viennes. Ton père a eu un accident, il est à l’hôpital.
— Quoi ?
J’appuie une main contre le mur et m’accroche plus fort à mon téléphone. Toute douceur s’est évaporée. Ma gorge se serre. L’angoisse s’empare de moi aussi vite qu’un coup de tonnerre.
— Qu’est-il arrivé ?
— Il sortait du Crazy Willy avec des collègues du travail. Sur le retour, il a heurté une congère.
— Mais comment…
Cette phrase n’a pas besoin d’être terminée. J’ai mal au ventre. Je sais déjà comment. Tout Halifolk est au courant ! Nom de Dieu !
Je reprends :
— Dans quel état est-il ? Quand est-ce arrivé ?
— Il a une fracture de la clavicule, le front et le nez amochés. C’est survenu vers vingt et une heures, je l’ai trouvé inconscient dans la poudreuse. Je passais par là, il a eu de la chance.
— Oh, mon Dieu…
Mes jambes vacillent à l’idée qu’il ait pu mourir cette nuit, seul dans la neige. Je soupire en reculant pour prendre appui contre le mur derrière moi. Comme la première fois que j’ai appris une nouvelle terrifiante, le temps semble s’être arrêté. Le monde entier s’est arrêté. Mon dos glisse contre la paroi. Je me retrouve sur les fesses dans l’entrée, sans pouvoir ajouter quoi que ce soit.
— Est-ce que tu te sens bien ?
Je frotte une main froide sur mon visage et tente de me reprendre.
— Je vais venir par le premier vol disponible. Merci, Reese.
— Je passe te chercher à l’aéroport.
Comme nous le faisions quand nous avions dix-huit ans, elle reste en ligne avec moi sans un mot. Je n’ai jamais oublié cette sensation, bienfaitrice et apaisante, de sa présence. Le silence n’est pas lourd ou gênant avec elle. C’est à la fois étonnant et réconfortant que ce soit elle qui m’ait appelée ce soir. Le choc de cette annonce et tout ce que ça bouleverse en moi met un temps à s’estomper.
Quand ces griffes invisibles me libèrent, j’inspire longuement.
— Je vais préparer ma valise. Encore merci de m’avoir prévenue…
— Je suis là pour toi, Jill.
Un certain nombre de personnes m’a dit ce genre de chose, mais jamais avec cette intonation. Quelque part, tout au fond, ça me fait autant de bien que de mal. Je suis sûre que Reese serait là, mais peut-on vraiment tenir une telle parole ? Il y a dix ans que j’ai arrêté de le croire.
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