Chapitre 1 — 1 - Madison Jones
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- 🔒 3 - Madison Jones
Sugar Baby · Lou Jazz & Cherylin A. Nash
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— Pas ce soir, Kessy. Je viendrai dimanche après-midi.
— D’accord…
— Passe-moi maman, s’il te plaît.
Ma sœur souffle, mécontente. Je n’aime pas qu’elle soit triste. Ça me chagrine.
— Est-ce que tu me pardonneras si je te ramène un super gâteau quand je viens ?
— Je ne sais pas. Ce sera quoi comme dessert ?
Malgré son ton, je perçois un sourire.
— La meilleure pâtisserie au chocolat que tu goûteras de ta vie.
— T’as intérêt à être là !
— Allez, passe-moi maman maintenant.
Kessy a dix ans, mais elle sait se faire entendre. Mes sœurs et moi avons du caractère. Eden n’est pas en reste, même si elle est plus discrète. Elle a quatorze ans et fait de son mieux à l’école. Pour l’instant, c’est tout ce qui compte pour elle et j’en suis bien contente !
— Allô.
— Maman ?
— Madison, ça va, ma chérie ?
J’entends qu’elle se redresse. Ma mère s’éclaircit la voix. Elle devait se reposer sur le canapé. Depuis que Juan l’a quittée, il y a deux ans, elle déprime. Elle ne le dit pas, mais je l’ai vite compris. Elle n’est plus motivée à rien.
— Oui, maman. Je voulais t’avertir que je passe la soirée avec Émilia.
— D’accord. Tu as besoin de quelque chose ?
— Non, ne t’inquiète pas. Et vous ?
— Eden s’est fait voler ses affaires. Il lui faut un nouveau sac.
— Quoi ?
— En rentrant de l’école, avant-hier. Elle n’a pas voulu m’en dire plus.
— Je parlerai avec elle dimanche.
Des éclats de voix fusent dans l’appartement.
— Je suis au téléphone ! rappelle ma mère avant d’en revenir à moi. Tu as des nouvelles de ton frère ?
— Non, pourquoi ?
— Pour savoir.
Je retiens un sourire. Son “pour savoir” n’est jamais anodin. En réalité, je suis sûre qu’elle a envie de le voir. Depuis qu’il a rencontré Sofia, il passe tout son temps libre avec elle. Il a apporté sa brosse à dents chez elle. Le détail n’a pas échappé à notre mère.
— Invite-le dimanche après-midi, j’apporterai un gâteau.
— Super, ma fille.
— Je dois y aller.
Avant qu’elle ne me pose des questions sur ce que je vais faire ce soir, je coupe court. Je déteste lui mentir.
— Faites attention à vous, les filles.
— Mais oui, maman. Bisous.
— Bisous.
Je raccroche. À partir de cet instant, je passe mon téléphone en silencieux. Dans ma chambre étudiante du campus de Columbia, Émilia attend que je croise son regard.
— Je compte sur toi, dis-je, sérieuse.
Elle sourit et apporte son gros sandwich à sa bouche. Ses longs cheveux noirs détachés se dispersent autour de son visage. Je soupire et glisse mes mains de part et d’autre de ses joues pour les repousser derrière ses épaules.
— Tu gardes tes manières pour les grandes occasions, c’est ça ?
Émilia rigole. Je m’éloigne en direction de ma penderie et enfile la belle robe blanche que m’a offerte Helen lorsque nous avons fait du shopping chez Bloomingdale’s.
Entre deux bouchées, mon amie siffle.
— Tu es magnifique.
— Merci.
Quand j’ai vu cette tenue, j’ai flashé dessus. “Au diable l’avarice”, a murmuré Helen. Elle a payé les trois cent quatre-vingts dollars de cette robe pour me faire plaisir. Ça fait partie de notre arrangement, bien sûr, mais je suis toujours agréablement surprise de pouvoir profiter de cette nouvelle garde-robe.
— Tu rentres quand ? questionne mon amie.
— Demain soir.
— Écris-moi si tu changes de plan.
J’acquiesce. Émilia et moi nous nous couvrons l’une l’autre, mais nous veillons aussi mutuellement à notre sécurité. Je n’aime pas qu’elle me rappelle que mes agissements peuvent être dangereux, mais elle a raison.
Je prends mon sac à main et une veste fine assortie à ma robe avant de quitter l’université. Helen réside dans l’Upper East Side. Ce quartier est le plus chic de tous les États-Unis et il n’est pas très loin de là où j’ai grandi : Spanish Harlem.
En traversant la rue, j’observe les alentours. Tant que je ne suis pas loin d’ici, je n’ai pas l’esprit tranquille. Avant chaque rendez-vous, j’ai besoin de me couper de tout ce qui m’est familier pour plonger dans cet autre monde. Celui où on me connaît seulement comme Lya.
Je grimpe dans le premier taxi qui passe par là. Comme à son habitude, Helen règle la course lorsque j’arrive devant son immeuble et m’ouvre la portière.
— Bonsoir, Lya.
Nous nous fréquentons depuis huit mois. C’est la première personne que j’ai accepté de rencontrer. Je tenais à ce que ce soit une femme. Par chance, ça se passe plutôt bien. Nous nous sommes beaucoup parlé avant que je consente à la retrouver en terrasse autour d’un verre. À plusieurs reprises, nous sommes sorties manger, elle m’a conduite dans des SPA, nous avons vu des spectacles aussi. Je n’ai pas de sentiments pour elle et je ne pense pas non plus que ce soit son cas, mais nous avons un feeling qui nous a permis de chercher des ententes.
Dans sa combinaison noire surmontée d’une fine ceinture dorée, elle m’invite à entrer dans le bâtiment. Le portier nous ouvre sans nous observer. Tout est comme ça dans ce quartier huppé. Portier et service voiturier se trouvent au pied de tous les immeubles.
Helen et moi restons silencieuses dans l’ascenseur, le visage orné d’un sourire. Elle préfère nettement être entre ses quatre murs pour se laisser aller à toute discussion ou démonstration.
Avant d’entrer, elle prend ma main.
— J’ai une surprise pour toi.
— Je les aime particulièrement.
— J’espère bien.
Nous retrouvons son appartement luxueux. Avec beaucoup d’élégance, elle m’invite à la rejoindre au salon. Un seau à champagne est posé sur la table, débordant de glace et d’une bouteille.
— Assieds-toi, Lya.
Elle en fait de même et nous sert une flûte. Helen a quarante-sept ans. Ça me donne le vertige quand je réalise qu’elle a deux ans de plus que ma mère. Il faut que je chasse cette pensée tout de suite !
— Tu vas bien ?
— Oui et toi ?
— Toujours quand la perspective d’une merveilleuse soirée s’offre à nous.
J’inspire longuement en attrapant le verre qu’elle me tend.
— Je voudrais qu’on boive à nous, à notre rencontre.
J’ouvre les yeux avec curiosité.
— Alors tu arrives à en revenir d’avoir osé m’inviter ? Je pensais que ça te semblait encore être un drôle de rêve “mystérieux et excitant”.
— Je n’ai pas changé d’avis sur les termes.
Elle arbore un sourire en coin et se penche sur ma joue pour m’embrasser.
— C’est une soirée spéciale, Lya, chuchote-t-elle à mon oreille.
— Je croyais qu’elles l’étaient toutes.
Je place ma main libre sur sa taille. Helen prend de longues secondes pour humer l’odeur à la base de mon cou. Je la conduis à me faire face et saisis le bleu de ses iris clairs. Elle sourit et s’éloigne. L’étincelle qui brille cette nuit dans son regard ne laisse pas de doute sur ses intentions. Nous n’avons pas systématiquement des rapports sexuels, mais j’ai bien compris qu’elle l’attendait ce soir.
La femme aux cheveux châtains coupés en carré plongeant dépose son verre et me tend un écrin.
— Ouvre-le.
Assise au bord du canapé, je découvre un fin bracelet en or surmonté de quelques diamants. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau. Mes yeux sont rivés sur les pierres précieuses.
— Waouh…
Devant mon incapacité à réagir, Helen me libère les mains et se charge de placer le bijou autour de mon poignet.
— Je vais devoir m’absenter plusieurs mois, pour le travail.
S’il y a une chose que j’ai apprise lors de nos rencontres, c’est qu’il vaut mieux écouter que parler. De toute manière, nous avons convenu des sujets que nous n’abordons pas et ça en fait partie. Je suis juste surprise qu’elle ne m’ait pas avertie avant.
— C’est pour que je ne t’oublie pas ?
— Eh bien, c’est possible, mais je voulais aussi te faire plaisir.
— J’apprécie, il est magnifique.
Avec les deux ou trois rendez-vous par mois que j’avais avec Helen, je pouvais compter sur trois mille dollars mensuels. Il est clair que ces revenus vont s’évaporer pendant son absence.
— Combien de temps ?
— Je ne sais pas, Lya, me répond-elle en prenant son verre.
Nous échangeons un regard et elle boit une gorgée. Je l’accompagne dans cet instant ou ni l’une ni l’autre ne peut se livrer à une plus ample discussion. Helen me couvre d’argent et de cadeaux. En contrepartie, je ne vois qu’elle. C’est sa condition.
Je fais un effort pour éponger le malaise de la situation.
— Alors veillons à ce que cette soirée soit la meilleure.
Je me lève et l’enjambe après avoir déposé ma coupe. Helen a le souffle court. Elle prend une nouvelle gorgée en posant ses doigts libres contre mes reins. Elle les glisse contre mes fesses en sondant mon regard. Emportée par ses envies, elle fait déborder son verre avant de s’en séparer. Je me penche vers son visage pour capturer sa bouche. Nous nous embrassons longuement avant qu’elle ne me renverse sur le canapé. Ses lèvres se perdent sur mon cou et ses mains sur ma poitrine.
— Allons dans ma chambre.
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