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Sur le fil de Noël · Emma Loren

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Le 23 décembre

Dans la ville qui ne dort jamais, l’approche de Noël transforme les rues en un véritable spectacle féerique. Aux fenêtres des appartements des gratte -ciels scintillent des guirlandes lumineuses et l’on compte des sapins par centaines. Les flocons de neige tombent doucement, créant une atmosphère magique.

Les vitrines des magasins, décorées avec soin, attirent les passants qui s’accumulent sur les trottoirs pour s'émerveiller devant les scènes de Noël enchantées, où d’innombrables figurines prennent vie.

Le taxi dans lequel nous sommes peine à avancer dans les embouteillages, mais je ne m’en formalise pas. Observer New York est un privilège dont je n’aurais jamais pensé bénéficier grâce à mon travail.

Au cœur de Manhattan, la célèbre patinoire du Rockefeller Center est bondée. C’est un lieu de rencontre incontournable. Des familles et des amis s’y retrouvent pour glisser sur la glace et laissent échapper des rires qui se mêlent aux chants de Noël venant de gros haut-parleurs.

Je presse la main de ma compagne et associée sans m’en rendre compte, me sentant soudain submergée par l’immensité de la ville.

— Tout va bien ?

Ludovica parle doucement. Ses doigts s’entrelacent aux miens. Je l’observe et hoche la tête en prétendant que le décalage horaire me chamboule. Je ne souhaite pas l’inquiéter outre mesure.

En ce début de soirée, Ludovica a de petits yeux. Le projet de mode que nous développons depuis des mois lui tient tellement à cœur qu’elle en oublie parfois de manger ou de dormir.

Ludovica n’a pas profité des huit heures de vol entre Paris et New York pour se reposer, au contraire.

Durant notre voyage, ses mains étaient sans cesse occupées sur le clavier de son ordinateur à rédiger des synthèses, ou sur sa tablette graphique, à dessiner abondamment de nouveaux modèles de vêtements.

Son imagination regorge de nouvelles idées. Sa tête et son corps, eux, ont bien du mal à suivre la rude cadence qu’elle leur impose. Ludovica est-elle proche du burn-out professionnel ? La fatigue cuisante que son visage renvoie m’inquiète. Je pince les lèvres et détourne le regard pour ne pas y penser une seconde de plus. Après tout, Ludovica sait ce qu’elle fait et je lui fais confiance.

Si elle s’implique autant dans ce projet, c’est qu’il représente notre plus gros investissement professionnel.

Une collaboration inédite avec AURELIAN Fifth Avenue.

C’est la raison de notre venue expresse.

AURELIAN Fifth Avenue.Chaque fois que je prononce ce nom, j’ai l’impression qu’il porte en lui une lumière particulière, quelque chose de doré, de secret. Je connais son histoire, bien sûr. Elle n’est pas faite de dates et de chiffres, mais d’élans, de choix et de gestes qui ont traversé le temps.

AURELIAN naît dans les années soixante. À l’origine, ce n’est qu’un atelier minuscule, un couloir étroit au-dessus d’une ancienne librairie, où un jeune créateur coud à la main des pièces qu’il ne montre qu’à quelques initiés.

On raconte qu’il rêvait de créer une maison de haute couture qui mêlerait l’audace américaine et la précision européenne. Quelque chose de vif, d’exigeant, d’inattendu.

AURELIAN est désormais une maison de luxe à l’âme mi-urbaine, mi-onirique, installée sur Fifth Avenue comme un phare éclairant la nuit.

Le directeur de la marque désormais mondialement reconnue nous a invitées au siège de son entreprise pour finaliser Parallel Streets, une mini-collection née dans notre atelier parisien mais qui, paradoxalement, ne pouvait prendre son véritable sens qu’ici.

Parallel Streets, c’est l’histoire de deux villes qui ne se rencontrent jamais vraiment, mais qui avancent ensemble, côte à côte. Paris murmure, New York pulse. L’une dessine, l’autre trace.

La collection comporte une robe fluide, légèrement asymétrique, cousue dans un satin profond couleur sang. Sur un côté, une broderie ondulante évoque la Seine. Sur l’autre, une ligne plus nette, presque graphique, rappelle les reflets de Manhattan.

Il y a aussi un long manteau structuré, coupe droite, en lainage ivoire. La doublure est imprimée d’un motif discret : un patchwork de circuits urbains superposés qui s’inspire du quadrillage des réseaux du métro new-yorkais et de la carte des boulevards parisiens.

Pour étendre cette collection, nous avons imaginé une jupe aérienne en mousseline, traversée de trois plissés, comme des rails qui se croisent sans jamais se toucher. En transparence, on remarque un jeu subtil de couleurs : bleu nuit, gris acier, beige. Elle s’accompagne d’un chemisier en soie blanche, avec un col fin parisien, mais des manches légèrement oversized, davantage new-yorkaises. Le bouton supérieur, doré, porte discrètement la signature de notre maison de couture parisienne et la signature d’AURELIAN, toutes les deux entrelacées. Des accessoires, tels que des foulards en soie, permettent d’embellir les tenues.

Tout cela doit être présenté, discuté, ajusté. Les acheteurs veulent une audace que nous ne pouvons pas leur livrer par simple visioconférence. Ils désirent sentir le grain du tissu, comprendre le travail de nos mains, deviner nos intentions.

Alors oui, il faut être là. Même si ce n’est que pour quarante-huit heures. Juste assez afin que la collection Parallel Streets trouve son souffle new-yorkais…

… mais pas assez pour goûter à la ville autrement qu’à travers la vitre du taxi. Je soupire discrètement. Chaque parcelle de New York m’attire, m’appelle, et pourtant je m’efforce de rester concentrée sur notre activité à venir. Les tissus, les silhouettes, les finitions, tout doit être parfait. J’abandonne mes envies de flâner, de respirer cette ville, dans un coin de ma tête.

Je souris finalement. Être ici pour accomplir tant de choses en si peu de temps est à la fois excitant et angoissant.

C’est un voyage si bref qu’il frôle l’irréel… Il est pourtant essentiel à notre projet professionnel qui, lui, est sur le point de se concrétiser.

Je crains un instant que ces deux petits jours ne nous laissent pas assez de temps pour tout terminer. Je relativise cependant. Avec ces vols de nuit qui plient le temps comme une page qu’on tourne, tout devient possible.

Un curieux mélange d’émotions m’assaille quand nous descendons du véhicule pour rejoindre notre hôtel.

Une bourrasque s’immisce sous mes vêtements et je frissonne. La neige tombe en abondance soudainement.

— Je n’aime pas du tout la neige ! s’exclame Ludovica en traversant la cour, à la suite du bagagiste. C’est plus difficile de marcher avec des talons hauts…

Pour ma part, j’adore sentir la neige craquer sous mes pieds. Même si mes bottines garnies d’une épaisse couche de laine beige sont moins glamour que les escarpins de ma compagne.

Des employés en costume se dépêchent de déneiger l’allée, visiblement pris au dépourvu par les larges flocons qui tourbillonnent autour de nous.

Un groom nous ouvre les portes de l’établissement en nous souhaitant la bienvenue en anglais. Ludovica le remercie poliment pendant que je bégaie, ne trouvant plus mes mots, peu habituée à un tel accueil.

En entrant dans le hall, nous sommes accueillies par un parfum de pin et de cannelle. Les murs autour de nous sont décorés de rouge et d’or, et un imposant sapin trône au centre de la pièce, orné de boules étincelantes et de rubans délicats. Je suis émerveillée et intimidée face à ce décor digne d’un film américain.

Ce lieu grandiose, symbole de luxe et d’abondance, est notre résidence pour les prochaines quarante-huit heures.

L’esprit des fêtes flotte dans l’air comme un parfum doux et réconfortant. Mais je ne m’en imprègne pas. Pas maintenant. Nous avons encore beaucoup de travail à finir avant Noël !

Je respire un grand coup pour ne pas permettre à l’angoisse de s’installer. La charge de travail, à exécuter en peu de temps, est lourde, mais nous allons y arriver.

Ludovica m’adresse un sourire tendre quand nous entrons dans un ascenseur dont la cage est en verre. C’est éblouissant.

Nous pénétrons dans notre suite, si vaste. Immédiatement, je suis frappée par l’éclat doré des luminaires suspendus. Les murs sont tapissés de soie rouge délicate et le grand tapis moelleux qui recouvre le sol accueille mes pas timides. Nos bagages sont déjà là.

Au centre de la pièce principale, un lit majestueux, drapé de linges en satin et de coussins ornés, invite à la détente. Ludovica se jette dessus en riant.

Sur une table en marbre, un vase rempli de fleurs fraîches embaume l’air d’une douce fragrance. Ce sont d’élégants lys blancs, dont les anthères ont été soigneusement retirées pour ne pas tacher quoi que ce soit.

Je me déplace jusqu’à la salle de bains. Une baignoire en marbre attire mon attention. Elle est immense ! J'attrape, posée sur ses bords, une des bougies parfumées, et la porte à mon nez pour la humer. Ce doux parfum floral me fait sourire.

La douche spacieuse contient des jets massants. Des spots s’illuminent à l’intérieur de la cabine quand je passe à proximité. L’envie de me jeter dedans sans plus attendre me dévore, mais je me retiens.

Je marche jusqu’à la fenêtre. Notre chambre offre une vue imprenable sur une cathédrale magnifique, juste en face.

Chaque détail de cet endroit est pensé pour nous faire vivre une expérience inoubliable : des serviettes moelleuses en forme de fleurs jusqu’aux produits de beauté raffinés. Entre les murs de cet hôtel, le temps semble s’arrêter.

— Abigaëlle, mon ange, tu n’as pas faim ?

La voix de Ludovica me tire de ma contemplation. Mon estomac se tord quand je pense au maigre repas distribué dans l’avion, il y a déjà plusieurs heures. Ses grognements disgracieux la font rire.

— Veux-tu dîner au restaurant de l’hôtel, en tête-à-tête ?

Son petit sourire coquin fait rater un battement à mon cœur. J’accepte rapidement, influencée par le comportement aguicheur de ma partenaire. J’oublie que nous sommes en voyage d’affaires, au sein d’un établissement de prestige où les plats sont sans aucun doute hors de prix.

Habillées sobrement, mais élégamment, nous rejoignons le rez-de-chaussée. Je pousse la porte du restaurant et une douce mélodie de jazz nous accueille.

La salle est somptueuse. Ce vaste espace me fait me sentir toute petite malgré mes talons hauts. Je prends une profonde inspiration pour essayer de calmer le sentiment qui enfle dans ma poitrine. Ludovica presse une main chaude au creux de mes reins et, d’un geste tendre, m’invite à faire quelques pas de plus en direction de la réceptionniste.

Avec un sourire chaleureux, cette dernière nous mène jusqu’à notre table. En marchant, je remarque les visages des clients tournés vers nous. Ludovica a toujours sa main dans mon dos. Des regards curieux et admiratifs nous observent pendant que nous nous installons. Ils cessent immédiatement quand Ludovica se tourne dans leur direction.

— Tu fais fureur, mon ange.

Ludovica m’adresse un clin d’œil. Je souris, gênée par ce compliment prononcé à voix haute.

— Je pense plutôt que c’est sur ton passage que chacun se retourne, chuchoté-je.

— Tu n’es pas obligée de parler si doucement, me répond-elle sur le même ton.

Nous rions ensemble. Je détaille ma partenaire et associée dont les yeux sont déjà plongés dans la carte du restaurant. Son visage est toujours aussi fatigué, malgré le maquillage déposé sur ses joues un peu plus tôt, mais il est désormais plus serein. Ses épaules sont lâches, signe qu’elle est enfin détendue. Cela me réconforte et je me détends aussi.

Mes yeux s’activent sur le menu de ce soir, y cherchant désespérément un prix. Je ne sais pas combien coûtent ces plats ! Je fronce les sourcils, incrédule.

Ludovica a un sourire tendre quand elle comprend ce qui me tracasse.

— Ne t’en fais pas, Abi. Choisis ce qui te fait plaisir. On le mérite, n’est-ce pas ?

Ludovica a raison. Pour une fois, nous pouvons prendre le temps et l’argent pour nous faire plaisir. Depuis combien de temps n’avons-nous pas levé le pied ? Depuis combien de temps ne nous sommes-nous pas retrouvées face à face, toutes les deux ? Des décennies, me semble-t-il.

Dans un anglais parfait, Ludovica commande un magret de canard, accompagné de légumes de saison, et une bouteille de champagne. Je lève les sourcils, étonnée. Elle m’adresse un sourire et m’encourage à commander ce qui me plaît.

— Je vais vous prendre la même chose.

Ludovica sourit.

— Très bon choix ! s’exclame-t-elle à la place de la serveuse.

Je souris à mon tour, incapable de répondre, frappée par la beauté de Ludovica à cet instant. Ses yeux rieurs et son sourire taquin mettent en valeur son visage aux traits fins. Ses cheveux coupés au carré, aussi noirs que l’ébène, brillent dans la douce lumière des bougies.

Le champagne est déposé sur notre table. Nos flûtes s’entrechoquent. Nous nous exclamons en cœur :

— Santé !

Quelques têtes se tournent et nous rions.

Je souffle et bois une gorgée de ce liquide pétillant. Raffiné et fruité, l’alcool est délicieux. Nous terminons notre premier verre rapidement.

La robe bustier que Ludovica a choisi de mettre ce soir attire mon attention. Le vêtement, cousu sur mesure, sublime sa poitrine déjà parfaite. Mes yeux s’attardent sur la naissance de ses seins, à peine cachés par le tissu en dentelle. J’ai soudainement l’envie de déposer mes lèvres sur sa peau blanche et douce.

Ludovica sent mon regard sur elle. Pour me ramener à la réalité, elle frôle du bout de son pied mes jambes. Elle a retiré ses escarpins ! Un frisson court le long de mon dos. J’ai terriblement envie d’elle.

La fièvre doit se lire dans mes yeux. Le regard de Ludo change aussi. Elle passe une main dans ses cheveux, ses joues sont rouges. Nous nous examinons l’une et l’autre. Mon bas-ventre se tord. Que nous arrive-t-il ?

Deux plats fumants sont déposés devant nous, nous ramenant subitement à la réalité. Ludovica se redresse, émergeant avant moi de notre bulle pour remercier la serveuse.

Les conversations animées des clients et le cliquetis des couverts qui s’entrechoquent me parviennent tout à coup.

L’odeur de notre repas me fait saliver, me sortant temporairement de ma fascination pour Ludovica. Sans plus tarder, nous entamons nos assiettes.

Avec son couteau, Ludo soulève doucement la peau de son canard, puis s’aide de la fourchette pour couper un morceau de chair qu’elle porte à sa bouche dans un mouvement volontairement lent.

— Hum ! fit-elle sans retenue.

Son petit gémissement de délice me prend aux tripes. À cet instant, je veux être à la place du canard et sentir sa langue m’entourer, me savourer.

Que me prend-il, tout d’un coup ?! Nous sommes dans un grand restaurant… et je pense à nos ébats charnels ! Ludovica force le trait en s’exclamant si voluptueusement que cela me rend toute chose.

Je décide de faire la même chose et me languis devant son air ahuri. Je déchausse moi aussi mes talons hauts et promène mes pieds sur les siens.

Nos plats sont dégustés en silence, sans un mot. Le jeu sensuel des bouches, des lèvres et des langues parle de lui-même. Sans oublier celui de nos pieds, qui se caressent sans arrêt.

Je me sens fourmiller de partout.

J’ai tellement envie d’elle.

Notre petit jeu dure longtemps, trop longtemps. Le bas de mon ventre est électrique. Je rêve des caresses de Ludovica et le lui fais comprendre en refusant de prendre un dessert.

Je saisis sa main alors que nous marchons dans les couloirs pour regagner notre suite. Jamais je n’ai ressenti tant d’empressement à sentir son corps contre le mien…

Je la désire tellement.

Je capture les lèvres de Ludovica dès lors que je referme la porte derrière nous. Je quitte sa bouche juste un instant pour envoyer valser mes chaussures dans un coin.

Ludovica répond à mes baisers avec passion, agrippant mes fesses pour serrer mon corps contre le sien.

Nous tombons à la renverse sur le lit, animées par un désir puissant et sauvage. Son corps s’ancre au mien, mais cette sensation est fugace. Ludovica se redresse rapidement et tend l’oreille.

Son cellulaire professionnel émet de petites vibrations que je n’avais pas entendues jusqu’à présent. Elle se précipite sur celui-ci, décroche en reprenant sa respiration.

Au bout d’un instant à converser avec son interlocuteur, elle m’adresse un regard désolé et s’installe derrière le large bureau de notre chambre. Mon ventre se tord. Je mets plusieurs secondes à réaliser que cet appel est d’ordre professionnel et qu’il durera sans doute longtemps. Ludovica ne posera pas ses mains sur moi ce soir…

Quelle frustration !

Je fais un rapide calcul. Avec le décalage horaire, nos associés français ne se doutent pas qu’ils dérangent Ludovica à presque minuit.

Après une douche expéditive destinée à ignorer mon corps toujours aussi sensible, je m’allonge dans notre lit. Je tente de résister à la fatigue, désirant attendre Ludovica, mais je n’y parviens pas.

Je m’endors, épuisée.

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Commentaires (1)

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likan il y a 1 jour

Ras

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