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📖 Extrait gratuit — Chapitres 1-2
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Terraën EGAT · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Terraën EGAT en ligne gratuitement Chapitres 1-2

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1 Soldat Jay Delaney

Les uns derrière les autres, les enfants sortent du bus qui les a conduits à l’écart de la capitale. Je suis l’avant-dernière. Dans mon dos, il y a une nouvelle. Je ne l’ai jamais vue avant. Elle a l’air plus petite que ceux de mon groupe. Moi j’ai six ans.

— Restez en file, un major va venir nous trouver.

Je relève la tête en direction de madame Heas, ma nourrice. C’est chez elle que j’habitais avant d’arriver ici. Elle est gentille. J’aime sa façon de s’occuper de moi. Ce n’est pas ma maman, mais elle fait tout comme, je crois. Le ton qu’elle a me rend triste. Nous savons tous que c’est le grand jour. Aujourd’hui, nous entrons à l’école. On nous dit que c’est la première étape, la plus importante de notre vie. Moi je comprends surtout que je ne verrai plus jamais ma maison.

Sur le parking, il y a plusieurs bus. C’est la rentrée pour tout le monde. D’autres enfants de mon âge sont en train d’attendre comme nous. On est tous différents, mais nous serons tous les mêmes ici : les recrues de l’EGAT. Je suis contente d’être là, même si c’est effrayant. Il y a des lignes et des lignes d’enfants en face du bâtiment. Ce lieu a l’air très important.

Le soleil est fort, si fort que le sol est chaud. Je le sens sous mes pieds à travers mes chaussures.

— Garde à vous !

Je n’ai pas vu le jeune homme en tête de file. Il porte un uniforme foncé avec des galons. Je les reconnais. Ce sont les mêmes que ceux des livres que nous lit madame Heas le soir. Grâce à elle, je sais ce que je veux avoir et c’est des étoiles. Les mêmes que Mojo dans « Mojo futur Générale ».

Tout le monde se met au garde-à-vous, pendant que le major fait le tour de la file. D’une voix claire, devant le regard d’un autre homme plus âgé, il nous dit :

— Bienvenue à l’École Galactique des Armées de Terraë (EGAT).

— Merci, Major, répondons-nous en chœur.

Un sourire naît sur le visage de madame Heas. Je suis contente de la voir comme ça. Elle est fière de nous. On a beaucoup appris pour être les meilleurs ici.

— Je suis le major Reed. Je vais vous conduire dans vos quartiers. Désormais, l’EGAT s’occupera de vous, recrues ! En avant, marche !

Devant moi, Reiley se met à pleurer. Elle n’est pas la seule, mais c’est mon amie et ça me fait de la peine. Elle est plus grande que moi de deux doigts. On mesure tous les soirs. Elle a les joues rouges et une tresse dans ses cheveux blonds. Toutes les deux, on avait le même lit chez madame Heas.

La file se met à marcher, comme d’autres sur ma gauche. Certains ne sont pas en rythme, mais pas moi. Avec mes amies, on s’est beaucoup entraînées dans le couloir du sous-sol de Madame Heas. Les garçons se moquaient de nous. Et puis, un jour, ils nous ont imités. Tous les dix, nous avançons ensemble dans la ligne. Je regarde ma nourrice, ses cheveux châtains courts et sa belle pince argentée. Elle est en train de monter dans le bus. Malgré mes essais pour la voir à nouveau, elle ne tourne pas la tête. Ça me rend triste.

Le major marche d’un pas rapide. Je suis obligée de rester concentrée pour suivre le groupe de près. Dans mon dos, des moteurs se font entendre, mais c’est l’envolée des avions qui attire mon attention vers le ciel. Tout est grand et beau ici. J’ai l’impression d’avoir la meilleure chance du monde. Ceux qui viennent vivre ici apprennent tout ce qu’ils veulent. Moi, j’aime apprendre.

Après l’imposante entrée, nous allons sur la gauche dans le bâtiment.

— Suivez la ligne blanche. Elle vous conduira à vos quartiers. Prenez chacun une place et attendez-moi en silence !

La file s’arrête. Pourtant, ce n’est pas bien difficile d’écouter ses instructions. Des murmures encourageants se font entendre et le premier se met à marcher. Nous dépassons le major Reed qui nous compte en appuyant sur un appareil. Il émet un clic. Je crois qu’il a fait une erreur sur mon passage, parce qu’il a pressé deux fois.

— Toi, me dit-il. Quel est ton nom ?

— Jay Delaney, Major.

— Très bien, Delaney. Tu conduis ta plus jeune camarade avec toi. Tu en es responsable jusqu’à mon retour.

— Oui, monsieur.

Curieuse, je tourne la tête au départ du major. Un sourire grandit sur mon visage. Je le cache de mon mieux. Madame Heas dit qu’il faut savoir masquer ses émotions. Je n’y arrive pas bien, mais c’est à moi qu’on a confié une mission ! En plus, je voulais parler à cette fille depuis que je l’ai croisée tout à l’heure. Avec ses grands yeux bleus, elle vient se placer derrière moi en faisant un pas. Vu la distance qui nous sépare, j’en aurai fait deux. Est-ce que ça l’amuse ou est-ce qu’elle essaie de ne pas se fatiguer ? Elle ne dit rien et m’observe étrangement. Je n’ai pas le droit de sourire, mais je ne peux pas m’en empêcher. Je l’ai vue à la descente du bus. Le major nous tourne le dos. Il abaisse les épaules et trouve quelqu’un de son âge plus loin dans le couloir.

J’en profite pour demander à la petite fille :

— Comment tu t’appelles ?

Elle ne me répond pas. C’est gênant, et un peu bizarre. J’imagine qu’elle est inquiète, même si elle n’en a pas vraiment l’air. Son visage ne montre aucune émotion. Ses cheveux sont très noirs, et elle a des yeux comme je n’en ai jamais vu. Ils sont beaux, ils brillent comme des bijoux. Je décide de lui tendre la main pour être sûre qu’elle me suive.

— Tu as quel âge ?

Je suis bien la ligne blanche en attendant une réponse. Comme elle ne dit rien, je me demande si elle me comprend. Peut-être qu’elle ne sait pas parler. En tout cas, nous arrivons devant le dortoir.

Dans le groupe conduit par le major, nous nous connaissons tous. L’espace est impressionnant. Il y a beaucoup de lits. Beaucoup plus que je ne l’imaginais. Je devine que nous serons très nombreux ici. Je ne sais pas si je suis curieuse ou inquiète. Je n’aime pas dormir dans des lieux aussi ouverts. Ça me rappelle la sortie dans le désert et la nuit qu’on a passée dehors avec madame Heas. J’ai eu peur. Il fallait profiter du ciel et des étoiles, mais je n’ai pas pu.

Naturellement, je vais vers les personnes que je connais. Mon amie Reiley me fait un signe. Ça me rassure.

— Tu viens, Jay ?

Elle me montre le lit superposé qu’elle a choisi. J’aimerais bien accepter de prendre celui du haut, mais je préfère trouver une autre place pour être avec la nouvelle.

— Je ne peux pas. Je vais me mettre là, plutôt.

— Mais tu avais dit qu’on resterait ensemble, insiste Reiley.

Elle a toujours les joues rouges et des larmes dans les yeux. Confuse, j’observe tour à tour les deux filles. C’est vrai qu’on se l’est promis. Moi aussi ça me rend triste et je ne veux pas lui faire de la peine. Je n’aime pas devoir choisir. J’aimerais qu’il y ait un lit à trois étages. Qui a dit qu’ils devaient être par deux ? Même si je devais grimper tout en haut tous les jours, j’aurais préféré !

— Elle en a plus besoin que toi. Je ne serais pas loin, dis-je gentiment.

— Tu seras plus mon amie si tu fais ça.

Blessée, je sens ma gorge se serrer. C’est méchant. Je me détourne d’elle pour aller chercher un lit superposé libre plus à l’écart que je ne le voulais avant qu’elle ne me dise ces mots.

— Je vais t’aider à monter, viens, dis-je à la nouvelle.

Je n’ai même pas besoin de le faire parce qu’elle trouve l’échelle du lit aux barreaux blancs. Rapidement, elle grimpe. Quand elle est en haut, je regarde autour de nous. D’autres enfants entrent par les grandes portes. D’un œil, je compte le nombre de couchettes. J’arrive vite à deviner qu’il y a trente places. Ils sont disposés le long des murs gris clair. Chacun d’eux est bordé par une armoire métallique. Au centre de la pièce, il y a de longs lavabos blancs. Personne ne fait de bruit pour chahuter, mais il y en a quand même beaucoup. Ça résonne ici.

Nous devons tous attendre encore un moment avant que trois majors entrent dans la salle. Il y a deux garçons et une fille aux cheveux courts. Ils ont l’air sérieux. Je me demande si je serais comme eux plus tard.

— Garde à vous !

Tout le monde se met debout dans l’allée. C’est la fille qui a pris la parole.

— Chacun de vous va avoir une clé gravée d’un numéro. Elle ouvrira l’un des casiers qui sont à côté de votre lit.

Les deux majors passent dans les rangs pour les distribuer, pendant que la fille continue d’expliquer en marchant lentement :

— À l’intérieur, vous aurez tous le même paquetage : deux tenues de sport kaki, trois uniformes d’étude noirs, deux tenues de nuit, deux tenues de combat avec des renforts et un costume d’apparat.

Elle arrive à notre hauteur lorsqu’on me donne le numéro 426. Les majors s’étonnent de voir la plus jeune enfant à côté de moi, mais ils ne disent rien. On n’entend que la fille qui continue son discours :

— Vous êtes responsable de tout ce que contient de ce paquetage. Tâchez d’y faire attention. Major Reed, prenez la suite.

Le garçon avec sa casquette se place au centre de la pièce et annonce fortement :

— Réveil : six heures tapantes. Douche : trois minutes par personne. Rassemblement pour le déjeuner : sept heures quarante-cinq, après avoir fait votre lit. Vous êtes la chambrée numéro quatre. À huit heures précises, vous trouverez votre numéro dans la cour principale et vous attendrez votre instructeur. À midi, vous prendrez le repas et retrouverez le point de rencontre avec votre instructeur à treize heures trente. L’exercice fini à dix-sept heures trente. Le dîner est servi à dix-neuf heures et, enfin, l’extinction des feux à vingt et une heures.

— Des questions, soldats ?

Les majors nous regardent tour à tour avec attention. Je suis impressionnée, mais je n’ai pas de question. Personne n’oserait en poser. En tout cas, moi on m’a dit de ne pas le faire. Le silence qui s’installe dans la pièce ne dure pas longtemps.

— Allez tous ouvrir vos casiers pour vous mettre en uniforme d’étude.

Le major Reed approche de la nouvelle. Il a l’air ennuyé et finit par s’accroupir devant elle. Il lui parle assez bas, avec un regard dur. Ses sourcils sont droits.

— On dit que les Dikons sont malins. J’espère pour toi que tu comprendras vite. Moi, je ne veux pas de problème sur ma chambrée. Je me fiche que tu sois plus jeune que tes camarades. Aujourd’hui tu n’as plus quatre ans, tu en as six comme les autres !

Du doigt, il la pousse pour la mettre en garde. Je me rapproche doucement d’elle. Ça ne me plaît pas ce qu’il fait, mais elle ne recule pas. Contre son épaule, l’index du major a dû mal s’enfoncer. On dirait qu’il touche un mur. Tous les deux se regardent. Ils ne vont jamais s’oublier.

— En tenue d’étude, tout le monde ! crie la fille. Soyez dans la cour dans quinze minutes !

— À quel numéro ? questionne le major Reed devant le visage de ma camarade.

— Le quatre ! entend-on dans la salle.

Tous n’ont pas répondu. Certains se sont précipités sur leur placard. Je ne tarde pas à en faire de même. Quinze minutes, c’est court. J’ouvre rapidement la porte du casier et m’empare de la tenue qu’il faut. Sans qu’elle l’ait demandé, j’ouvre aussi celui de la nouvelle qui est à la traîne. Madame Heas dit toujours qu’il faut aider les autres quand c’est possible. Je croise son regard bleu une nouvelle fois. Maintenant, je sais pourquoi il est spécial. Elle, elle-même, est très spéciale ! J’en étais sûre ! Je suis contente !

J’ajuste les vêtements de mon mieux en enfonçant ma chemise dans mon pantalon avant de mettre mon blazer. Sur le côté gauche, il y a les lettres EGAT et à l’intérieur, j’ai vu noter le numéro 426. Il est partout : sur mes chaussures, sur mes chaussettes, sur chacun des habits portés par les cintres dans mon casier. Quatre, c’est pour le numéro de notre dortoir ? Il y a un temps pour chaque chose, dirait Madame Heas, et ce n’est pas celui des questions maintenant. Je ferme vite l’armoire et m’empresse d’utiliser le miroir le plus proche. Je vois ici mes premières épaulettes. J’attendais ça depuis hier ! C’est beau ! J’ai l’impression d’être spéciale. Satisfaite, je souris jusqu’à ce que j’aperçois la nouvelle dans le reflet. Son pantalon est trop grand pour qu’elle puisse marcher.

Je lui dis simplement en allant à sa hauteur :

— Il faut faire comme ça.

Accroupie devant elle, je fais de mon mieux pour faire un revers à son pantalon, au-dessus des chevilles. Elle me regarde attentivement et j’en fais de même. Je sais que les Dikons sont des voisins de notre galaxie, mais je n’en avais jamais vu en vrai. C’est la première fois.

— Je m’appelle Jay, dis-je gentiment.

Sur son visage, je ne lis rien. On dirait qu’elle n’a pas d’émotions. Ses joues blanches sont toutes lisses. Je n’y ai pas encore vu de sourire. Tout le monde ici a des expressions aujourd’hui, mais pas elle. Elle ne répond toujours pas et je n’ai pas le temps d’essayer de lui dire plus de choses. Il est l’heure d’aller dans la cour. Les autres échangent des regards pour savoir qui va franchir les portes en premier. Je laisse les premiers passer devant. Personne ne sait vraiment où se diriger, mais les premiers sortent.

— Tu vas rester avec elle ? demande Reiley.

— Oui, le major me l’a ordonné.

— Tu avais dit qu’on resterait ensemble, Jay, répète-t-elle.

Chagrinée, je fais face à mon amie. Elle a l’air de quelqu’un d’autre dans ce costume. À mon tour, je lui dis une nouvelle fois :

— Elle a plus besoin de moi que toi.

La nouvelle ne semble pas nous écouter. Elle regarde tout le monde s’agiter dans le couloir. Reiley s’éloigne aussi. Elle n’est pas contente. Avant que nous ne soyons en retard, je demande à la petite fille :

— Tu viens ?

Dans le couloir, de plus en plus de personnes se déplacent. Je n’y vois rien. J’essaie de suivre la ligne blanche jusqu’à la sortie lorsque la main de la nouvelle s’empare de la mienne. Elle tire sur mon bras pour me conduire dans une direction.

— Je ne crois pas qu’on devrait aller par là. On doit trouver la cour, le numéro quatre, dis-je.

Avec insistance, elle m’entraîne. Je jette un dernier regard en direction des cheveux ondulés et blonds de Reiley avant de prendre un autre chemin. Je suis inquiète. Et si on se perdait ? Je ne voudrais pas me faire remarquer dès le premier jour. Surtout pas pour un comportement qui mettrait tout le monde en retard. Ce serait pire que tout ! Nous traversons un couloir, puis un second et la nouvelle finit par marcher plus vite près d’une sortie. J’ouvre la porte pour découvrir la cour principale. Les autres étudiants ne sont pas encore là. Nous sommes les deux seules à l’extérieur.

Surprise et contente, je m’étonne :

— Comment tu as su que c’était là ?

Je l’aide à chercher le numéro quatre, marqué au sol avec de la peinture blanche. Maintenant que nous sommes fièrement au lieu de rendez-vous, je lui souris joyeusement.

— Tu n’aimes pas parler, mais tu comprends tout. J’en suis sûre.

De ses yeux bleus, elle me fixe comme si elle essayait de me lire. Lentement, elle sourit comme moi. C’est un peu bizarre de la voir faire. Elle m’imite et j’exagère pour l’encourager. La nouvelle n’est vraiment pas comme tout le monde, mais je l’aime bien.

— Je m’appelle Montana, dit-elle.

Les autres nous rejoignent. Ils courent pour vite se mettre derrière nous quand un lieutenant vient dans notre direction. Je croyais qu’on attendait un instructeur. Il est grand. Si grand que je dois lever la tête. Il porte un képi et sous son bras une baguette en métal.

— Hé, l’alien est devant nous.

Je tourne vivement le visage par-dessus mon épaule.

— Ne dites pas ça !

Avant que je ne sois revenue à ma position initiale, mes joues sont devenues rouges.

— Garde-à-vous !

Le lieutenant est juste devant moi. Je déglutis difficilement. Il est impressionnant.

— Je suis le lieutenant Tielsen. Avant que votre instructeur n’arrive, je suis venu vous annoncer quelque chose de très important. Écoutez-moi bien attentivement, et retenez bien ce que je vais vous dire.

Le groupe, en file derrière Montana et moi, reste silencieux.

— Je n’ai rien entendu !

— Oui, Lieutenant.

Mes mots sont faibles, bredouillants et pas plus audibles que ceux dans mon dos.

— Plus fort !

Nous répétons tous en chœur en attirant les regards des autres dans la cour.

— Bien ! Vous êtes dans une école, mais on n’est pas à l’Académie Scolaire Civile ! Ici, on est à l’EGAT et personne ne vous appellera « cadet ». À partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de vos études, vous répondrez aux titres, même si vous êtes soumis à l’autorité de vos supérieurs !

— Oui, Lieutenant !

— Soldats, en avant !

2 Soldat Première Classe Montana Hunter

Les deux premières années ont été difficiles, surtout parce que j’ai deux ans de moins que tous les autres de la promotion. Eux, ils ont huit ans maintenant, et moi six. La plupart n’apprécient pas les Dikons, ils me surnomment tous l’alien. Ça ne me touche pas, mais Jay elle déteste ça. J’ai bien vu qu’elle n’aimait pas que les élèves s’en prennent à moi. Un jour, quelqu’un a craché dans mon assiette. Je suis sûre que c’était Willis. Parfois en cours de lutte, il a essayé de me pousser. Comme il n’y arrive pas, il invente des nouvelles choses avec ses copains. Il y a quelques mois, pour le jour de l’Engagement, ils ont forcé mon casier. J’ai retrouvé mon pantalon d’uniforme de parade coupé aux genoux. Ils ont été punis, mais moi je n’ai pas pu participer à la cérémonie. Willis est venu une semaine plus tard me dire que ça valait le coup. L’année dernière, Reiley et ses copines m’ont bloquée dans les douches. Je n’avais pas fait assez attention. Elles ont voulu me frapper. Heureusement pour moi, mes os et ma masse musculaire sont plus importants que les leurs. La première qui s’y est essayé s’est foulé le poignet, les autres ont pris peur et sont parties en courant. Je n’en ai pas parlé à Jay, parce que Reiley était son amie.

En tout cas, il n’a pas fallu longtemps pour que tout le monde à l’école soit au courant de ma différence. À présent, on me regarde encore plus étrangement. Je ne peux pas dire que cela me contrarie. C’est plutôt le contraire. On me laisse tranquille, même si je suis exclue. J’évite donc au maximum de créer des troubles et surtout d’être en retard.

Rapidement, j’ai compris que pour avoir le temps de se laver il faut y aller avant les autres. J’ai aussi appris autre chose : le savoir et la praticité sont quelque chose d’important. Du coup, j’ai de bonnes notes dans toutes les matières, mais je suis particulièrement douée dans les exercices pratiques.

Cette année, nous avons reçu notre premier chevron rouge. Jay fait toujours bien attention à moi. Je suis plus petite que les autres, mais bien moins qu’avant. Selon les médecins de l’EGAT, bientôt je les rattraperai.

Enfin, il y a Jay. Depuis le premier jour, elle est restée avec moi. Je ne comprends pas pourquoi, mais c’est comme ça. Parfois, elle fait des choses étranges, et surtout, qui n’ont pas de sens. Par exemple, de temps en temps, elle prend des feuilles de papier et elle essaie de reproduire les arbres ou des animaux sauvages. J’ignore ses raisons, mais elle aime beaucoup ça. Souvent, elle veut que je le fasse avec elle. Elle n’est jamais satisfaite de mes schémas détaillés. Ils sont pourtant plus que précis. Je ne sais pas pourquoi. Ça ne l’empêche pas de vouloir recommencer.

La plupart de nos instructeurs sont très compétents. Par contre, je dois voir des médecins. Ils attendent surtout que je leur parle de ce que je ressens. Comme j’ai saisi le sens de ce qu’ils veulent que je leur dise, je me contente de le faire. Cela m’évite bien d’autres rendez-vous. Au début, j’ai bien essayé de leur expliquer ce que je pensais, mais j’ai vite abandonné cette idée.

Jay aussi a des entretiens, mais, chaque fois qu’elle revient, elle est triste. Bien souvent, elle pleure. Je n’ose pas lui poser plus de questions, je n’ai pas envie de lui créer plus de problèmes. Je me contente de faire ce qu’elle me demande. D’habitude, c’est la tenir contre moi. Je ne comprends pas très bien l’utilité d’une telle chose, mais, quand je le fais, elle semble aller bien mieux après.

En tout cas, cette année nous avons le droit d’apprendre à combattre à main nue. Jay m’a dit qu’elle n’aime pas cela, mais comme elle espère avoir des étoiles, elle fera ce qu’il faut.

Nous sommes en salle d’étude. Jay est à mes côtés. Nous faisons nos exercices écrits. Elle est particulièrement contente aujourd’hui. Après cette heure, nous sommes en permission pour deux jours. Comme il fait beau, Jay veut absolument qu’on sorte. Dès que ça sonne, tout le monde se lève en laissant son devoir sur la table. Nous remettons nos vestes noires d’uniforme et saluons notre instructeur en passant devant lui.

À peine sommes-nous dans le couloir que Jay agrippe ma main et m’entraîne dehors. Son sourire imprimé sur les lèvres, elle va dans cet endroit qu’elle aime particulièrement. Elle se met à courir et me tire vers son coin rien qu’à elle, comme elle l’appelle.

Là, il y a Winters Mercury, une élève qui à cinq ans de plus que moi. Elle est déjà caporal-chef. L’année prochaine, elle doit passer l’un des deux plus importants examens de l’EGAT. Si elle ne le réussit pas, elle sera envoyée à l’Académie Scolaire Civile. D’après nos instructeurs, cet examen détermine si l’on est un bon soldat.

Quand elle nous voit arriver, Winters sourit en coin. Elle est grande, musclée, avec des cheveux clairs qu’elle ne coiffe pas soigneusement comme tout le monde. Elle a deux chevrons rouges accolés, surmontés d’un chevron d’or, sur ses épaulettes. Je ne la comprends pas la plupart du temps lorsqu’elle nous parle. Parfois, elle passe du temps avec nous. Je ne sais pas non plus pourquoi, mais elle le fait quand même. Jay dit que c’est parce qu’elle aussi est toujours toute seule. J’ignore si elle a raison, mais sûrement, car elle saisit bien mieux les autres que moi.

Le caporal-chef Mercury prend la parole :

— Bonjour l’avorton, et toi, tête d’acier. Comment ça va les gamines ?

— Ne l’appelle pas comme ça, gronde Jay. C’est enfin le week-end ! J’avais tellement hâte de lire le nouveau livre que j’ai emprunté.

— Quelle livre ? demande attentivement la blonde.

— Langage informatique et intelligence artificielle, par Svendon Early.

— Tu sûre d’avoir huit ans toi ? rétorque-t-elle.

Jay est l’élève qui réserve le plus de livres de notre groupe. En tout cas, c’est ce que la personne qui s’occupe de la section renseignements et informations dit. Devant nous, le caporal-chef fait une grimace. Jay me fait asseoir par terre près d’elle. Elle me tient toujours la main. J’ai remarqué qu’elle fait ça quand nous sommes seules ou avec Mercury.

La blonde prend la parole une nouvelle fois :

— Pfff, t’es vraiment une tête d’ampoule. Tu ne voudrais pas m’aider pour mon devoir sur l’histoire des prototypes des armes à travers l’ère moderne ?

À mon avis, c’est pour cela que la plus gradée passe du temps avec nous. Simplement pour se servir de l’intelligence de Jay. Parfois même, Mercury m’oblige à m’entraîner avec elle pour ses cours de combat à main nue. Elle avance que je suis le mannequin idéal.

Avec un sourire, Jay lui dit :

— D’accord, mais seulement si tu copies tes leçons pour me les donner en échange.

— Marché conclu !

Winters se lève et nous observe longuement. Son attitude change et elle nous annonce :

— Je vous laisse, les gamines. Ne faites pas de conneries !

De deux doigts, elle nous salue et, d’un pas nonchalant, elle s’en va. Jay se tourne vers moi. Je peux presque voir son excitation dans ses yeux clairs. C’est quelque chose que je reconnais maintenant alors je lui demande :

— Tu veux recommencer ton expérience avec les formes des cumulus ?

— Nuages, Montana, offre gentiment Jay. Ça me ferait trop plaisir !

Elle s’allonge sur le sol sans tarder et croise un bras sous sa tête.

— Viens, m’encourage-t-elle. Joue avec moi.

Je fronce des sourcils, mais je m’exécute néanmoins. Comme elle, je prends la même position. J’observe les cumulus, mais, à part ça, je ne vois absolument rien. Seulement, je sais que pour Jay, il en est autrement.

Extatique, elle s’exclame soudain en pointant le ciel :

— Là ! On dirait une baleine, tu la vois ?

— Hum, non, pas vraiment.

— Regarde, là.

Jay vient coller sa tête à la mienne pour que j’aie un angle de perception similaire au sien. Alors qu’elle m’explique encore et encore où regarder, elle finit par se mettre à rire. Ce n’est pas un rire moqueur. Je sais le différencier. Elle est très contente d’être ici.

Finalement, elle demande doucement :

— Dis-moi ce que tu vois.

— Je vois…

Je n’aime pas quand nous arrivons à cette partie du jeu. Généralement, je ne trouve jamais rien à répondre et ça lui fait de la peine.

Alors, aujourd’hui, je lui dis, en pointant le cumulus :

— Une montagne, là.

— Super !

Jay ne demande pas à poursuivre. À la place, elle me parle de tout autre chose :

— Tu as peur d’aller dans l’espace ?

— Non, les voyages sont parfaitement sécurisés. Les galaxies sont toutes en paix. Il n’y a pas de guerre et surtout, l’armée de Terraë a les meilleurs pilotes qui soient. Je l’ai lu dans un livre.

Le temps passe et les nuages également. Jay continue de les observer sans rien dire. D’un coup, sa voix se fait à nouveau entendre et elle me questionne :

— Tu as demandé quoi sur la liste des récompenses pour le jour de l’Engagement ?

— La même chose que toi. Comme ça, si tu ne l’as pas, et que moi si, je te le donne, dis-je naturellement.

Le concept de présent me paraît étrange, mais tous les élèves ici ne pensent pas comme moi. Chaque année, il y a des bagarres et des vols. J’ai vu que lorsque Jay n’avait pas ce qu’elle voulait elle était triste, alors j’ai décidé de commander la même chose qu’elle. Comme ça, mathématiquement, elle a deux fois plus de chance d’obtenir ce qu’elle désire.

Contre le sol, elle remue la tête et se redresse au-dessus de la mienne. Avec un grand sourire, elle fait non. Ses cheveux courts qui ne touchent pas ses épaules bougent dans tous les sens.

— Il ne fallait pas faire ça, Montana. Et toi, alors ?

— Moi, je suis contente quand tu l’es.

Je lui souris pour appuyer mes dires. J’ai remarqué que quand je fais ça elle accepte plus facilement les choses. C’est lui montrer de façon simple et humaine que ça ne me dérange vraiment pas. Cette fois, pourtant, ça ne semble pas fonctionner comme d’habitude. Ses yeux ne me quittent pas.

J’ajoute tout de même :

— Tu sais que je ne te mens pas.

— Je sais, c’est quelque chose que j’adore chez toi. Mais, maintenant, je vais moi-même devoir trouver ton cadeau.

Elle vient embrasser ma joue avant de retrouver sa place. Jay veut toujours que j’aie les mêmes choses que tout le monde. Les premiers jours à l’EGAT, elle n’acceptait pas que le major Reed m’ait à l’œil plus particulièrement parce que je suis une Dikon. J’avais systématiquement plus de corvées que les autres. Jay a attentivement parcouru le règlement de l’école et, une fois qu’elle l’a fait, elle est directement allée se plaindre à l’un des supérieurs de Reed. On peut dire que les majors n’étaient pas très contents. Malheureusement, après, Jay a été encore plus exclue. Peu à peu, et parce qu’elle voulait à tout prix être mon amie, elle a perdu les siens.

Selon elle, ce n’était pas grave. Elle a dit que s’ils pouvaient accepter qu’un de leurs camarades soit maltraité, ils ne méritaient pas de faire partie de ses amis. J’ai vraiment eu du mal à comprendre son raisonnement, mais, encore une fois, Jay est celle qui sait comment réagir face à ce genre de choses. Alors, la seule amie qui nous est restée c’est Winters. Jay m’a avoué qu’elle l’avait vue se battre pour nous défendre.

Ici, à l’EGAT, il y a un classement par section. Chaque promo est hiérarchisée et Jay est l’une des premières. Tous les matins, elle observe le tableau des points. Elle aime tellement être la meilleure que je lui laisse la première place. En tout cas, ça ne nous aide pas non plus à avoir des amis. Ils sont, pour la plupart, envieux de notre position. Grâce à notre parcours et nos récompenses, nous avons certains avantages que d’autres n’ont pas. Cela va des rations supplémentaires de nourriture, à plus de temps libre à la section recherches et informations, l’endroit que Jay aime appeler bibliothèque, en passant par d’autres passe-droits auxquels la plupart de nos camarades n’ont pas accès.

La rousse à mes côtés continue d’observer le ciel. Elle semble pensive aujourd’hui. Je lui retourne soudain la question qu’elle m’a posée plus tôt :

— Est-ce que toi tu as peur de l’espace ?

Dans quelques jours, nous devons effectuer notre premier voyage stellaire. Pour un mois, nous allons servir sur un bâtiment de guerre. Nous serons sous les ordres d’officiers. Évidemment, cela sera un simple exercice, mais je trouve ça intéressant.

Jay finit par répondre :

— Un peu, oui. Parfois, je ne peux pas m’empêcher de penser à ce qui pourrait mal se passer.

— C’est toi qui l’as dit : rien ne se passera mal tant qu’on restera ensemble.

— Tu as vraiment une bonne mémoire, s’amuse Jay.

3 Soldat Première Classe Jay Delaney

Tout le monde sait que cette sortie est importante. À quoi sert un soldat de l’Armée de Terraë s’il ne peut pas voyager dans l’espace ? Les instructeurs nous disent de ne pas nous en faire, de réviser les procédures d’urgences et de nous préparer à ce séjour comme une grande étape de notre vie. Je ne trouve pas ça encourageant. Ça me fait peur. Il y a trop de choses que j’ignore sur les vaisseaux spatiaux. Le Service des Infrastructures Spatiales (SIS) a répondu à mes mails. J’ai beaucoup échangé avec le sergent Steinfeld. Elle répond aux questions adressées au service. Si j’avais su que c’était possible avant mon dernier cours sur les infrastructures spatiales, il y a longtemps que je leur aurais écrit.

Dans la cour la plus éloignée des bâtiments, la classe rejoint le spatioport de l’EGAT. Je marche aux côtés de Montana. Du haut de ses sept ans, rien ne semble l’impressionner. J’essaie de faire comme elle, mais c’est dur. J’ai appris à ne plus rire, à ne plus m’énerver inutilement, mais ne plus avoir peur, ça, je ne sais pas faire.

Des vaisseaux nous attendent. C’est un des modèles les plus petits de l’Armée, les plus rapides aussi. Grâce à lui, nous allons embarquer à bord d’un croiseur. Il sera beaucoup plus grand. Infiniment plus grand ! Je me suis demandé comment des engins pareils pouvaient quitter la terre. J’ai compris à l’aide d’un livre à la bibliothèque. Il expliquait les différents types de moteurs que l’Armée utilise depuis l’ère de la conquête de l’espace à nos jours.

Nos pas nous guident en cadence jusqu’à la passerelle d’embarquement du vaisseau qui va nous conduire. Montana et moi avons parlé cette nuit pendant que les autres dormaient. Elle m’a rassurée, jusqu’à ce qu’elle s’assoupisse contre moi. J’ai bien aimé ça.

— Pressons, Soldats !

Je sais comment m’installer sur un siège et m’attacher depuis que j’ai sept ans. Les assises sont les mêmes que celles de la salle de simulation.

Mes yeux cherchent ceux de Montana. Elle m’adresse un petit hochement de tête et les portes se ferment. Nous sommes quatre à l’arrière et un pilote à l’avant. Je serre les dents au premier mouvement qui se fait ressentir.

— Accrochez-vous les gamins, on décolle !

La voix du pilote est étouffée par son masque. J’essaie de voir par son minuscule pare-brise, mais c’est impossible. J’ai mal au ventre. Je ne suis plus si sûre de vouloir aller là-haut. Pourquoi est-ce que je n’ai pas pu avoir une vie comme les autres, à l’Académie Scolaire Civile ? Pourquoi moi, je n’ai plus de famille ?

La pointe de l’appareil s’élève. Ça va si vite ! Je suis tirée de mes pensées. Le vaisseau se redresse. Nous sommes bientôt à quatre-vingt-dix degrés, soutenus par nos dossiers. J’ai du mal à garder mes jambes contre le siège. Maintenant va venir l’accélération, et avec elle les « g ». Je sais ce que c’est : de la physique. Je n’aime pas ça. C’est encore pire de le ressentir. Je me sens écrasée. Mon estomac essaie de remonter dans ma poitrine. L’air me manque. Face à moi, mes yeux perdent bientôt le ciel bleu qui filait à toute allure pour l’obscurité ponctuée de points de lumière.

Le grésillement reprend. Le pilote parle dans son micro :

— Ça va les jeunes ?

— Affirma…

Mon petit déjeuner m’échappe. Dès que la pression retrouve sa légèreté, je vomis.

— Delaney est malade.

— Oh, non, murmure un camarade.

J’ai le tournis. Ce dont j’avais peur est arrivé. Je ne serais jamais faite pour être un soldat ! Mon souffle devient plus court et haletant.

— Qu’est-ce qu’elle a ? demande la voix du pilote.

— Elle ne respire pas bien.

— Que quelqu’un la fasse respirer dans un de ces sacs sous vos sièges.

Montana est la première à ma hauteur. Je croise son regard avec inquiétude. J’ai envie de pleurer, mais je n’y parviens pas. Elle presse le sachet contre ma bouche.

— Ne t’en fais pas, personne ne dira rien, petite ! Ça arrive aux meilleurs, on te donnera des pilules magiques, annonce le pilote avec un sourire.

Près de mon oreille, Montana murmure :

— Tu dois respirer doucement, Jay, tout va bien. N’aie pas peur, je suis avec toi. Je vais me mettre face à toi et tu vas te concentrer sur mes yeux, on va le faire ensemble.

J’acquiesce tandis que la douleur dans ma poitrine ne faiblit pas.

— Vaisseau de transport E14JD à Croiseur X6. Répondez Prince des étoiles.

La voix du pilote résonne faiblement dans mon esprit. Je suis absorbée par les prunelles bleues de Montana. J’essaie de retrouver mon calme avec elle.

Les autres ont arrêté de nous regarder. Je retire le sac de papier de mes lèvres.

— Merci.

Le vaisseau ne semble plus être en mouvement. Tout est devenu stable. Les deux autres élèves tentent eux aussi de voir par le vitrage de l’espace de pilotage. Mon cœur ne cogne plus et ma tête ne tourne plus.

— Je me sens mieux, dis-je doucement à Montana.

Je n’arrive pas à croire que j’ai vomi. Je suis si déçue. Heureusement que j’ai emporté mon deuxième uniforme.

— Beaucoup de gens ont le mal de l’espace, c’est pas si grave Jay. Tu peux quand même avoir tes étoiles.

Un petit sourire grandit sur mes lèvres. Ce ne sont que des mots, mais ils me font du bien. Je tends la main vers mon amie. Elle me donne la sienne en restant près de moi jusqu’à ce que le vaisseau atteigne le croiseur.

Nous ne sommes pas les seuls à arriver. Le bâtiment est plus impressionnant que je ne l’avais imaginé.

— Amusez-vous bien les jeunes !

Nous sommes débarqués avec nos paquetages. Mes pieds rencontrent la tôle d’un véritable engin spatial pour la première fois. Dans le hangar, je regarde autour de moi avec fascination. Les odeurs, les bruits, l’activité ici sont uniques. Il y a d’autres vaisseaux en mouvement et encore plus d’hommes pour les manœuvrer.

Maintenant que je suis là, j’ai hâte de voir ce qu’il s’y trouve. Pendant un mois, ça va être notre nouvelle maison. Notre instructeur nous a conseillé de nous intéresser au plus grand nombre de tâches possibles. J’ai préparé des listes avec des critères que je remplirai après mes découvertes.

Depuis les haut-parleurs, une voix de femme se fait entendre.

— Les étudiants de l’EGAT sont attendus dans la salle de conférence.

Le message est répété quelques minutes plus tard. Je retrouve des visages familiers et d’autres que j’aurai préféré voir s’égarer dans l’espace comme cette brute de Willis.

— Tu viens Montana ?

— Ils ont dit « étudiants » ? Ils nous prennent pour qui ?

J’en ai marre de les entendre se disputer. Je m’empare de la main de Montana pour nous éloigner. Pendant qu’ils perdent leur temps en bavardage, nous rattrapons ceux qui se dirigent vers l’endroit où nous sommes attendus.

Sur le chemin, je demande discrètement :

— Ça te plaît ?

— Oui, beaucoup, mais je crois que je préfère être un soldat, plutôt qu’un pilote ou un spacedat.

Terraën EGAT

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