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📖 Extrait gratuit — PROLOGUE - L’INCENDIE à 2 - APPRENDRE À COMBATTRE
Chapitre 1 — PROLOGUE - L’INCENDIE
  1. PROLOGUE - L’INCENDIE
  2. 🔒 1 - SURVIVRE
  3. 🔒 2 - APPRENDRE À COMBATTRE
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The Empire's on Fire · Axelle Asfosh

Lire The Empire's on Fire en ligne gratuitement PROLOGUE - L’INCENDIE

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Un craquement terrible me tire de mon sommeil. J’ouvre les yeux mais les referme aussitôt, attaquée par une sensation de picotement qui se diffuse jusque dans ma gorge. Une quinte de toux me prend lorsque je tente de prendre une inspiration et je me relève brusquement dans mon lit, les épaules secouées par mes haut-le-cœur. À travers le bourdonnement de mes oreilles et le craquement du bois qui, tout compte fait, ne me paraît pas si inquiétant, je discerne des sons confus, comme le bruit du feu qui se propage. J’entends des cris lointains, du mouvement ; puis un coup sourd dans la pièce d’à côté. Mon cerveau parvient enfin à traiter l’odeur qui me donne la nausée : ça sent la fumée. La panique me submerge et je me force à garder les yeux ouverts pour regarder autour de moi. Un mur opaque de fumée me fait face. Ma chambre est éclairée par l’espace sous la porte et par les cassures des volets : une lumière chaude qui danse autour de moi.

— Maman ? appelé-je.

Ma voix est déformée par le manque d’oxygène. Sans attendre de réponse, je saute hors de mon lit et ouvre la porte à la volée. Par le couloir, je remarque que le salon est ravagé par les flammes. Une des poutres soutenant le plafond s’est écroulée. Je reste un moment tétanisée par la peur et le choc mais un gémissement dans la chambre de ma mère me redonne du courage. Je me rue dans la pièce et j’y trouve ma mère et mon frère Victor, agglutinés autour du berceau de Milo. Ma mère pleure, son visage est noyé de larmes. Elle tente de dégager le berceau d’une poutre bien trop lourde pour elle. Victor se tient là, horrifié et immobile, et lorsque ses yeux remontent du berceau à moi j’y lis toute son impuissance. Je mets toutes mes forces pour aider ma mère et la poutre esquisse un mouvement. Je vois la bouche de Victor s’ouvrir en grand et il tourne la tête. Ma mère continue de tirer la poutre, j’en profite pour me pencher et j’aperçois le bois taché de sang. D’instinct, je plonge la main dans le berceau, à la recherche du corps de Milo pour vérifier qu’il respire toujours. Le bois m’écorche la peau, une brûlure suit la blessure mais ce que je sens au bout de mes doigts me procure une souffrance bien différente. Ce que je sens, ou plutôt, ce que je ne sens pas… Le pouls de Milo. Paniquée, je cherche alors sa tête pour m’assurer que je ne me trompe pas et mon cœur se brise pour de bon lorsque je me rends compte qu’il ne respire pas. Victor pleure à présent, son regard est désespérément accroché à moi. Je comprends qu’il me supplie de nous sortir de là.

Je retire mon bras du berceau avec peine, ne parvenant pas à retenir une grimace, puis j’agrippe ma mère pour la sortir de là. Ses yeux s’élargissent et je suis son regard, posé sur ma main ensanglantée. Je réprime un haut-le-cœur tandis que je l’entends hurler et s’efforcer de faire bouger la poutre.

— Sors ! crié-je à mon frère.

Je tire ma mère pour l’emmener de force avec nous. Elle résiste, ne supportant pas l’idée de laisser Milo derrière nous dans une maison en flammes. Je comprends son désarroi et son désespoir mais suis assez lucide pour sentir l’urgence de la situation. Ce n’est pas Milo que nous laissons dans le berceau, c’est son cadavre… On ne peut plus rien faire pour le sauver.

En sortant de la pièce, nous nous heurtons à Victor qui est figé dans le couloir. Il se tourne vers moi, comprenant que ma mère n’a plus les idées en place et ne nous sera d’aucune aide.

— Comment on va sortir ?

J’observe le salon. Des débris enflammés tombent du plafond, le toit est effondré par morceaux et bloque l’accès à la porte d’entrée.

— La fenêtre de ma chambre.

Mon frère se faufile devant moi et traverse la pièce pour ouvrir la fenêtre. Il pousse les volets et enjambe l’encadrement pour sauter à l’extérieur. Je pousse ma mère pour qu’elle fasse de même.

— Milo ! continue-t-elle de crier. Milo !

— Maman, arrête ! Il est mort ! Sors d’ici ! Victor, aide-moi !

Mon frère se tourne et attrape les mains de notre mère pour l’empêcher de se débattre.

— Alyce… Tout le village est en feu, dit-il alors qu’on réussit à la faire passer de l’autre côté.

Je relève les yeux et me rends compte qu’il a raison. Les maisons en flammes illuminent la rue, la fumée s’élève en volutes dans les airs et masque le ciel. Partout des gens crient et courent, pleurent et appellent au secours.

— La Commandante avait prévenu, annonce ma mère. L’Empire Salin nous attaque…

J’aimerais la contredire, j’aimerais qu’elle ait tort, mais rien dans cet incendie ne semble d’origine naturelle. Il n’y a ni grosse sècheresse ni orage et la forêt qui jouxte le village est épargnée par les flammes. On dirait que chaque maison a été enflammée une par une.

Les habitants ont cédé à la panique et à la confusion. Les plus courageux d’entre eux aident les autres à s’extirper des décombres mais la plupart tentent de s’échapper de l’incendie.

— Il faut les aider, gémit mon frère.

Du haut de ses douze ans, Victor a la tête bien sur les épaules. Depuis que Milo est né, notre mère l’a un peu délaissé et c’est moi qui ai dû l’aider à grandir. Une relation étroite s’est tissée entre nous. Notre père fait partie des soldats qui défendent l’Empire et est souvent appelé à la Capitale pour déployer le plan de défense. Nous craignions une attaque des Salins depuis un moment déjà.

Pour sûr, Victor ne suivra pas la voie de notre père : il ne deviendra pas soldat. La défense passe bien trop souvent par l’attaque et c’est quelque chose qu’il se refuse à faire. Il ne compte même pas faire partie des Jeunesses Chasseuses lorsqu’il aura quinze ans : l’idée de tuer un être vivant lui donne la nausée. Non, si je vois Victor adulte, je le vois au service des autres : peut-être bien infirmier ou soigneur.

Aujourd’hui, il est trop jeune et trop vulnérable pour se jeter au secours de ces pauvres gens. Je le rattrape par le bras alors qu’il s’apprête à accourir auprès de Candace, la dame âgée qui vit en face de chez nous.

— Vic, non.

Il me fait face et me dévisage. Le dégoût se lit dans ses yeux et cette étincelle de déception me met un coup au cœur.

— Tu vas emmener maman en lieu sûr, d’accord ? Elle et toi, vous allez vous échapper et vous mettre à l’abri. Suis la foule : elle sait sûrement où aller. Surtout, Vic, ne t’arrête pas en chemin. Marche aussi vite que tu le peux, partez vite d’ici. Moi, je vais rester et aider Candace et les autres.

Il me regarde alors avec une admiration et une fierté non dissimulées. Il ne tire pas sa compassion de nulle part… Il la tient de moi. Il hoche la tête, tire notre mère par le bras pour la mettre en marche et tous deux se joignent aux habitants affolés qui quittent précipitamment le village.

Je ne m’attarde pas à les regarder disparaître, me tournant immédiatement pour aller porter secours à Candace. Jules, un adolescent des Jeunesses Chasseuses, est déjà sur place à lui prêter main forte mais mon renfort n’est pas du luxe. Dans sa panique, la vieille femme nous renverse presque pour se sortir de sa maison en feu. À l’intérieur, un râle nous parvient. Je m’approche parmi les décombres, ramassant un morceau de tissu épargné pour me protéger de la fumée.

— T’es folle, n’y va pas, me retient Jules.

Je ne l’écoute pas. Les gémissements sont implorants et mon affection pour Paulo, le mari de Candace, me pousse à poursuivre ma progression dans la bâtisse brûlante.

— Alyce, arrête ! crie le garçon derrière moi.

Je localise enfin le vieil homme : il est dans la chambre à coucher et se jette contre la porte pour la briser. Une poutre bloque son ouverture. Je m’attèle aussitôt à tenter de la déplacer. Les flammes lèchent le sommet du bois mais me laissent une prise correcte à sa base. Des échardes me rentrent dans la peau quand je m’efforce de la faire glisser sur le sol. Avec un soupir et un mécontentement évident, Jules me rejoint à l’intérieur. J’apprends qu’il est entré en l’entendant tousser. Je suis bien heureuse qu’il vienne m’aider. Ma tête commence à tourner, mes muscles s’ankylosent, le manque d’oxygène m’affaiblit et une chose est sûre, dans cet état, je ne pourrai sauver personne toute seule. Une quinte de toux me secoue les épaules et m’irrite la gorge. Par chance, Jules est pressé de sortir d’ici et tire de toutes ses forces. La porte se dégage enfin, Paulo tombe à genoux, toussant sans interruption pendant de longues secondes. Nous l’aidons à se relever puis le guidons vers la fenêtre par laquelle nous sommes entrés. Le feu commence à l’attaquer et Jules passe le premier pour réceptionner Paulo de l’autre côté. Je lui fais la courte échelle pour l’aider à grimper sur le rebord de la fenêtre. Sa respiration est lourde et douloureuse mais il décide de parler tout de même :

— Merci, les jeunes, sans vous…

Une nouvelle quinte le force à se taire et Jules en profite pour l’aider à descendre du rebord de la fenêtre, lui permettant de rejoindre la rue.

— Dépêche-toi, Alyce ! me presse Jules.

Les flammes obstruent une bonne partie de la fenêtre à présent et je recule d’un pas, gagnée par la peur. Au moment où j’avance de nouveau, un craquement sourd me fait sursauter et un soudain fracas résonne à mes tympans. Je suis projetée au sol. Mes oreilles bourdonnent, mes yeux sont clos et des débris me recouvrent. Je suis allongée à plat ventre, les mains sur l’arrière de ma tête pour la protéger. Quand mes sens me reviennent, je relève la tête et j’entends Jules crier dehors :

— Alyce !

— Je vais bien !

Je me redresse sur les coudes et tente de prendre appui sur mes jambes. C’est là que je sens un poids qui pèse sur mes mollets. Une douleur lancinante monte alors et je serre la mâchoire pour ne pas crier. Un gémissement a dû m’échapper puisque Jules me relance :

— Alyce, qu’est-ce qu’il se passe ?

— Je suis coincée…

— Bouge pas, je vais t’aider !

J’entends du mouvement, je tire sur mes jambes pour me dépêtrer de la poutre mais la douleur m’arrête bien vite. Je laisse ma tête retomber contre le parquet, les larmes aux yeux. Ma toux s’accentue et ma détresse est telle que j’ai l’impression de vivre la scène d’au-dessus. J’entends Jules crier pour obtenir du renfort mais personne ne me vient en aide. Le bois craque, le feu se propage autour de moi. De nouvelles charpentes se fracassent au sol, faisant tomber une pluie de lambris et de plâtre. J’aimerais appeler à l’aide, demander à Jules de ne pas me laisser tomber, mais la toux ne me permet pas de le faire. Je finis par penser que ma courte vie va s’arrêter là, à vingt-trois ans, sous des décombres enflammés après un double sauvetage. Je me dis que ce n’est pas si triste, comme mort… Le don de soi, n’est-ce pas la plus belle chose au monde ?

Dehors, j’entends Jules qui se débat, et les autres voix qui tentent de le convaincre d’abandonner.

— Elle ne répond plus, petit, je suis désolé. Elle y est restée.

— Non, non ! Elle parlait encore il y a deux minutes !

— C’est long, deux minutes, dans les flammes, tu sais.

— Non !

J’entends ses cris s’éloigner et devine que les hommes l’ont emporté avec eux pour le protéger ; pour ne pas qu’il me rejoigne dans les débris. Ils ont raison : il y laisserait sa vie. Rapidement, le décor se met à tanguer devant mes yeux, le temps semble se distordre. J’ai l’impression d’une scène au ralenti. Je ne parviens même plus à tousser, je me demande même si je respire. Je ferme les yeux, des larmes coulent et s’écrasent sur le sol. Ma dernière pensée va à mon frère. Sera-t-il fier de moi ?

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