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Tombée du ciel · Charlie Moon

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CHAPITRE 1

Vendredi soir, vingt et une heures.

Débarquée depuis à peine deux heures dans une ville qu’elle ne connaissait pas, Margaux déambulait déjà dans la rue, l’esprit ailleurs. Son regard naviguait de vitrine en vitrine, mais pour autant, elle ne prêtait pas attention à ce qu’elles exposaient. Faire les boutiques n’était pas une activité qu’elle affectionnait particulièrement ; elle effectuait toujours ses achats au fur et à mesure de ses besoins, et autant que possible sur internet.

Elle était habituée aux petits espaces. Ce soir, pourtant, elle étouffait dans cette chambre d’hôtel, dont l’espace de vie était plutôt correct par rapport à ce qu’elle avait déjà pu avoir. Elle la trouvait impersonnelle, surtout, malgré une décoration accueillante et chaleureuse. Se sentant seule, elle avait finalement opté pour une balade en plein air.

Elle marcha pendant quinze longues minutes, sans savoir précisément où elle allait ni ce qu’elle cherchait véritablement. Finalement, contre toute attente, la réponse se trouva là, sous son nez. Elle recula de quelques pas puis leva les yeux pour découvrir l’enseigne : « L’amoureuse ». Joli nom pour un bar… pensa-t-elle. Elle examina rapidement l’intérieur des lieux par l’une des baies vitrées, jaugea le type de clientèle et ne put s’empêcher d’entrer. Elle se trouva attirée comme un aimant, totalement hypnotisée par une silhouette féminine accoudée au zinc, dont les cheveux bruns mi-longs étaient retenus dans une queue-de-cheval désordonnée. Prudemment, elle s’approcha, le regard fixé sur cette jeune femme qu’elle trouvait d’ores et déjà sublime sans même avoir vu son visage. Lorsqu’elle s’approcha un peu plus et découvrit son profil, elle ne fut pas déçue et se sentit davantage happée par sa beauté naturelle. Elle ne voulait pas s’imposer mais ne put lutter contre l’envie de l’aborder.

Excusez-moi, ce tabouret est libre ?

Deux prunelles chocolat s’écarquillèrent aussitôt dans sa direction avant de faire un point sur ce qui les entourait et sur la place disponible dans ce modeste espace. Le lieu était pour ainsi dire vide. Seules deux tables étaient occupées, et tous les tabourets devant le bar restaient disponibles. Surprise, la brune ne comprit pas cette demande mais acquiesça malgré tout en la regardant à peine.

— Euh… oui, je vous en prie, autorisa-t-elle en présentant le tabouret placé dans l’angle, non loin d’elle.

Margaux esquissa un sourire en guise de remerciements et s’installa après s’être débarrassée de son sac à main et de son caban. La jeune femme à ses côtés avait les yeux rivés sur le téléviseur accroché sur le mur d’en face, faisant mine de suivre les actualités malgré le son coupé. Celui-ci avait laissé place à une musique de fond plongeant le bar dans une ambiance jazzy, complètement à l’opposé du décor aux allures de Pub irlandais. Attendant que le serveur lui apporte le verre de Chardonnay qu’elle venait de commander, Margaux la détailla discrètement du coin de l’œil.

Prenant son courage à deux mains, elle s’apprêta à entamer la conversation mais n’en eut pas le temps. La dernière gorgée de sa bière avalée, la jolie brune enfila sa veste en cuir tout en se levant, puis déposa un billet de vingt euros sur le comptoir. Le serveur lui fit remarquer que c’était bien plus que ce qu’elle devait, mais elle lui répondit par un clin d’œil et un signe de tête en direction de Margaux, lui faisant comprendre que c’était sa tournée. Alors qu’elle commençait à s’éloigner, Margaux la coupa dans son élan.

— J’espère que ce n’est pas moi qui vous fais fuir…

Surprise, elle se retourna rapidement et remarqua l’inconnue qui venait de s’asseoir à ses côtés, tentant de se camoufler maladroitement derrière quelques mèches de cheveux blonds. Sans aucune hésitation, elle recula de quelques pas et revint à sa hauteur.

— C’est à moi que vous parlez ?

— À qui d’autre ? répondit du tac au tac Margaux, tout en balayant la salle du regard avant de la fixer droit dans les yeux, sourcils arqués.

La jolie brune resta interdite face à tant d’aplomb de la part de cette étrangère qui se montrait plutôt intimidée la seconde précédente. Cette fois, c’est elle qui se sentit mal à l’aise.

— Je me lève de bonne heure demain et…

— Il n’est que vingt et une heures, coupa Margaux. Ce n’est pas un peu tôt pour aller dormir ?

— Qui a dit que j’allais dormir ? rétorqua-t-elle, un large sourire sur les lèvres.

Margaux sembla légèrement gênée au vu de la couleur rosée qui venait de s’emparer de ses joues.

— Un point pour vous. Alors j’imagine que vous devez être attendue.

La jeune femme lui signifia que non d’un signe de tête et Margaux parut ravie de cette information. Les deux étrangères ne s’étaient pas quittées du regard durant tout leur échange.

— Vous savez, ajouta-t-elle en s’accoudant sur le comptoir, à quelques centimètres seulement du visage de Margaux. Je suis ici depuis plus d’une heure. Et après avoir bu deux bières, je peux vous assurer que ce bar est à mourir d’ennui.

Sa remarque provoqua une grimace au barman et elle s’en excusa. L’autre étouffa un rire en observant la scène.

— Mais je suis là, à présent… souligna finement Margaux, fascinée par l’intensité du regard de la jolie inconnue.

— Et d’après vous, est-ce que cela peut rendre cette soirée plus divertissante ? questionna-t-elle d’un air intéressé.

— Laissez-moi vous offrir un verre et vous en jugerez par vous-même…

Le comportement à la fois timide et entreprenant de Margaux se voulait des plus convaincant. Les traits légèrement froids de son visage contrastaient, à merveille, avec son regard enflammé. Elle dégageait quelque chose de spécial ; une attitude fragile et assurée à la fois, qui s’avérait des plus séduisante. Intriguée par tant d’audace, il n’en fallut pas davantage à la jeune femme brune pour revenir sur sa décision.

— Maëlle, enchantée, se présenta-t-elle en lui tendant la main, avant de reprendre place sur un tabouret qu’elle venait de rapprocher de l’inconnue.

— Margaux, répondit-elle, ravie, tout en affichant un sourire séduit.

Les deux femmes se fixèrent de longues secondes, sans un mot, avant que Margaux ne se décide à briser la glace.

— Tequila ?

— Carrément ? Vous attaquez fort !

— Il faut bien commencer par quelque chose.

— Une bière. Ça sera parfait pour moi.

— Laissez-vous convaincre. Vous avez besoin de quelque chose de plus fort pour effacer la dernière heure d’ennui que vous venez de passer.

— C’est un bon argument, j’avoue. Mais je ne supporte pas les alcools forts. Je risque rapidement de dire et faire n’importe quoi.

— Intéressant… défia Margaux en l’admirant plus intensément.

— On se connaît depuis deux minutes à peine et vous voulez déjà me saouler ?

— Absolument pas. Juste vous aider à vous détendre et vous amuser un peu…

— J’ai l’air si désemparée que ça ? s’indigna Maëlle avec excès, en portant une main sur sa poitrine.

— Disons que… vous ne sembliez pas débordante de joie de vivre. Jusqu’à ce que j’arrive…

Margaux affichait de nouveau ce petit air faussement réservé et complètement irrésistible. Maëlle ne put lutter.

— Juste un verre alors.

— Ou deux… taquina Margaux.

— Un seul ! À partir de deux, je suis sûre de perdre le contrôle. Et croyez-moi, ce n’est pas toujours beau à voir.

— J’en assumerai pleinement les conséquences.

— Vous devrez m’appeler un taxi si je ne suis pas en état de conduire.

— Ma chambre d’hôtel se trouve à peine à dix minutes à pied. Vous n’aurez qu’à m’y accompagner…

Maëlle releva les sourcils et ne sut comment prendre la remarque ni interpréter l’attitude de la jolie blonde. Ses pupilles bleu ciel, qui avaient subitement viré à un bleu/gris enflammé, la scotchèrent sur place. Est-ce qu’elle rêvait ou lui faisait-elle du rentre-dedans ? Ce n’était pas pour lui déplaire, mais elle fut surprise qu’une femme avec autant de classe et de charme puisse s’intéresser à elle. Elle la trouvait bien trop sophistiquée et féminine pour faire partie de la communauté. C’était pourtant bien l’impression qu’elle lui renvoyait. Elle lui sourit et valida la tequila.

Margaux passa commande auprès du serveur et lui suggéra de leur laisser la bouteille afin de lui éviter des va-et-vient inutiles, ce qui eut le don de provoquer un franc éclat de rire à Maëlle.

— Je ne rêve pas, vous voulez vraiment me saouler ! accusa-t-elle.

Elle n’eut qu’un charmant clin d’œil en guise de réponse.

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