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📖 Extrait gratuit — Chapitre 1 : La vie rêvée
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Une louve dans la pouponnière · Lys Win

Lire Une louve dans la pouponnière en ligne gratuitement Chapitre 1 : La vie rêvée

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Ma fille est ma raison d’être. Je l’aime plus que tout au monde. Savoir que nous allons agrandir la famille me rend encore plus heureuse. Mon amoureuse Valérie est superbe, enceinte. Beaucoup plus que je ne l’étais. Je faisais de la rétention d’eau et j’étais malade comme un chien. À elle, la maternité va comme un gant. Nous avons longtemps hésité avant d’avoir un deuxième enfant. Nous sommes des amoureuses avant tout. Notre fille grandit et nous avons plus de liberté, mais je ne pouvais pas faire autrement. J’en voulais un autre. Valérie fait face à des problèmes de fertilité. Nous avons donc dû lui implanter mes ovules. Après quelques mois d’essais en fertilité, nous avons appris qu’elle était enceinte… de moi ! En plus, ce sera le même donneur que notre fille. L’histoire parfaite. Celle qui fait rêver toutes les lesbiennes de notre entourage, particulièrement ma meilleure amie, Alice, qui donnerait tout pour être à ma place. Alice n’a pas été chanceuse dans les histoires de cœur. Sauf récemment, il paraît. Elle a rencontré une yogi lors d’une escapade en Inde. J’ai hâte qu’elle revienne pour tout me raconter.

— Les filles, vous allez être comblées !

Dr. Gagné sourit. Ma blonde aussi. Maëlie me tire la manche.

— Maman, ça veut dire quoi être comblées ?

— Vous attendez deux bébés, les filles ! Toutes mes félicitations !

On avait prévu le coup. C’était possible vu l’implantation de plusieurs embryons. Je suis folle de joie ! Deux bébés ! C’est génial ! Je me penche pour embrasser Valérie. Elle rayonne.

— Attends qu’on dise ça à ma mère !

La mère de Valérie est la belle-mère parfaite. Elle m’a acceptée dans la famille comme si j’en avais toujours fait partie. Elle est une mamie fantastique avec Maëlie. Un peu trop gâteau, mais je le reproche aussi à ma propre mère, qui fond sous le regard adorable de notre fille.

— Les petits cœurs battent bien. Tout me semble normal. Il va cependant falloir suivre cela de près. Vu votre âge et la grossesse multiple, nous allons nous voir régulièrement.

Je me sens vieille tout à coup. Trente-cinq ans, il me semble que c’est encore tout jeune. Valérie a le même âge que moi.

— Maman, est-ce que les bébés seront pareils ? Comme Zachary et Michel, à l’école ?

— Non princesse. Ils ont chacun leur poche bien à eux. Tu te souviens, on l’avait vu dans le livre à la maison.

— OK. Fiou. Ce ne serait pas facile de les gronder) s’ils se battent.

Nous rions de bon cœur ! Maëlie est une petite fille vive d’esprit, espiègle. Elle a réponse à tout. Elle est ma plus grande fierté, mon plus grand bonheur. Il en va de même pour Valérie aussi, évidemment.

— On rentre à la maison annoncer la nouvelle !

À la maison, c’est la folie. Valérie est au téléphone avec sa mère, moi avec la mienne. Maëlie a couru jusque chez la voisine d’en arrière. J’annonce la bonne nouvelle sur Facebook, sachant que les félicitations fuseront de toutes parts.

Valérie est une mère exemplaire. Elle incarne la discipline, mais aussi le côté ludique. Elle prend son rôle de mère au sérieux. Comme elle est en retrait préventif, nous n’avons plus besoin du service de garde de l’école pour Maëlie. Tous les matins, je quitte la maison le cœur joyeux, les laissant habillées en loup et en chaperon rouge ou en pleine émission de cuisine, alors que Maëlie lèche une cuillère en cachette. Valérie est mon grand amour. Mon seul amour.

Nous nous sommes rencontrées dans une fête chez Alice. Nous avions des amis en commun. Je l’ai tout de suite trouvée superbe dans sa robe rouge et avec ses talons hauts. Elle tenait son verre avec la plus grande élégance. Nous avons discuté une bonne partie de la nuit, assises sur le quai, avec la grosse musique de fond qui jouait un peu plus loin. Valérie est une fille qui gagne à être connue. Sous ses airs angéliques se cache un vrai boute-en-train. Elle a passé une bonne partie de la soirée à me faire rire ! Habituellement, c’est moi qui fais rigoler l’autre. Elle m’a déstabilisée. Même si elle semblait plutôt gênée, c’était facile de discuter de tout et de rien. Nous avions les mêmes valeurs.

Alice organise des fêtes monstres ! Je ne sais où elle trouve l’énergie pour tout faire ! Elle travaille dans le paysagement quelques mois par an et parcourt le monde le reste du temps, louant sa maison à de purs inconnus. Je ne serais pas capable de vivre ainsi. Je suis trop stressée. Parce que je veux bien paraître. Parce que j’ai peur de manquer d’argent. Parce que je pense à ma retraite. Parce que… Parce que… Parce que… Maintenant que je suis maman, c’est encore moins réalisable comme projet. D’ailleurs, je ne sais même pas pourquoi j’y pense. C’est juste impossible. On ira en voyage quand les enfants seront grands.

J’ai passé nos premières années de couple sous le charme envoûtant de Valérie. Nous vivions l’une pour l’autre. Nous passions nos fins de semaines les rideaux clos, à faire l’amour, à se regarder dans les yeux et se chuchoter des mots doux. J’aurais voulu passer tout mon temps collée contre sa peau. Jamais je ne m’étais sentie aussi bien. J’avais l’impression d’être moi-même et de compter réellement pour quelqu’un. Les années avaient beau passer, nous ne nous lassions pas de passer le plus de temps possible ensemble : randonnées en montagne, voyages au bord de la mer ou des fins de semaine entières à regarder nos séries préférées à la télévision. En fait, c’est ce que je préférais ! Parce que j’avais Valérie nue contre moi. Oui, nue ! Nous étendions des couvertures plein le canapé et on enlevait tout ! Peau contre peau, on finissait parfois par s’endormir comme ça…

Le temps a passé et j’ai voulu des enfants. Pour Valérie, c’était hors de question. Mais pour moi, c’était viscéral. J’ai fini par la convaincre. C’était ça ou je la quittais… En fait, c’est ce que je lui ai lancé à la figure un soir de querelle, mais je ne le pensais pas vraiment. Je savais depuis le tout début que je ne pourrais jamais vivre sans elle. Un vendredi, en revenant du boulot, j’ai trouvé Valérie à la cuisine, qui m’attendait, avec deux verres à la main. Une bouteille de champagne, des sushis. Elle m’a lancé :

— Il faut en profiter. Tu ne pourras plus boire d’alcool ni manger cru une fois que le bébé sera là…

Je lui ai sauté au cou ! J’ai eu peur de la renverser ! Je ne sais pas trop ce qui l’a fait changer d’idée et j’avoue que je m’en moquais royalement. Elle voulait. C’était tout ce qui importait.

Puis, Maëlie est arrivée. Valérie a cédé, à mon plus grand plaisir. Jamais Valérie ne m’a lancé au visage que c’est moi qui avais voulu cette enfant, même lorsqu’on devait ramasser du vomi en pleine nuit ou mettre fin à nos ébats amoureux parce que la petite venait nous rejoindre dans le lit. La plupart du temps, on se rendormait toutes les trois et on remettait à plus tard les échanges sensuels. Puis, comme ça, Valérie a fini par me lancer, presque six ans plus tard :

— On devrait avoir un autre bébé. Je n’aime pas savoir que Maëlie grandira seule.

J’ai failli m’étouffer avec mon café. Je lui parlais souvent d’avoir un autre bébé, mais elle me rappelait que c’était non. Qu’on avait Maëlie et que c’était assez. Valérie est intervenante auprès des enfants ayant un trouble de l’attachement. Elle en a vu des enfants problématiques. Valérie forme des enseignants et des éducateurs. Elle rencontre aussi les familles. Elle passe son temps à me dire à quel point élever un enfant c’est difficile. Que c’est un travail sérieux, demandant. Je la trouve parfois un peu trop sévère, mais je sais qu’elle a le bonheur de notre famille à cœur. Elle veut notre fille polie, respectueuse. Qui peut lui reprocher ça ? Elle est aussi une passionnée de l’activité physique et de la nutrition. Plus jeune, elle a remporté deux fois la première position dans les concours de Miss Fitness. Elle s’entraîne beaucoup et me surveille constamment lorsque je m’écarte du chemin de la santé avec mes collations de soirée sucrées ou mes excès alimentaires.

— Amour, peux-tu t’occuper de donner le bain de Maëlie ? Je rentre le linge.

— Oui, bien sûr.

Une fois dans le bain, Maëlie me dévisage. Son air est grave.

— Maman, est-ce que tu vas m’aimer encore après l’arrivée des bébés ?

— Ma princesse, maman va toujours t’aimer.

— Je ne serai plus ta préférée.

— Tu resteras toujours ma petite princesse, ma seule fille !

— Tu veux faire la voix du canard comme l’autre fois ? Tu sais là, avec le crocodile qui veut le manger.

— OK.

Le reste de la routine se déroule dans un équilibre harmonieux. Lorsque Maëlie finit par dormir, je rejoins Val au salon. Elle s’est endormie sur le canapé. Je la couvre avec tendresse et je m’assois près d’elle. Je pourrai écouter une de MES émissions de télé !

Après une heure ou deux, je me sens fatiguée aussi. Je réveille Val, puis nous nous dirigeons vers notre lit.

Vers trois heures du matin, comme je me retourne pour me coller sur ma blonde, je m’aperçois que notre fille est couchée entre nous. Ma blonde lui flatte les cheveux.

— Elle a dû faire un cauchemar.

Là-dessus, nous n’arrivons pas à nous entendre. Je suis d’avis que Maëlie devrait retourner dans son lit après s’être calmée. Valérie dit que c’est important pour son lien d’attachement qu’elle connaisse la protection du lit conjugal.

— Je vais aller la remettre dans son lit.

— Non, laisse-la ici. Rendors-toi. Tu travailles demain.

Je prends plaisir à dormir collée, peau à peau. C’est un moment plutôt rare depuis que nous avons notre fille. Petite, elle faisait ses siestes dans notre lit. Et elle doit venir nous rejoindre chaque nuit.

Avant, Valérie et moi, nous faisions l’amour si souvent. Elle était une partenaire extraordinaire, imprévisible. Maintenant, les échanges charnels sont rares, encore plus depuis sa grossesse. Selon elle, une femme enceinte n’a rien de sexy. J’en ai parlé avec Alice, mais elle ne comprend pas. Elle cumule les blondes et les histoires d’un soir. Elle me répète que tous les couples finissent comme le mien. Je refusais de la croire, jusqu’à ce que ma blonde soit enceinte.

Le lendemain matin, lorsque je me lève, Maëlie et Valérie dorment encore. Il est très tôt. Je dois passer au bureau avant de me rendre au palais de justice. En plus, c’est la juge Jutras qui préside aujourd’hui. Elle a l’air de me détester. Je suis toujours plus stressée quand je dois plaider devant elle.

Je me fais un café avant de partir, me promettant de commencer la chambre des jumeaux en fin de semaine. Nous avions prévu de mettre le bébé dans la même chambre que notre fille, mais là, c’est impossible. Je ne sais pas trop ce qu’on va faire. Elle est petite pour aller au sous-sol… Je vais devoir en reparler avec Valérie. Les voisins ont déménagé leur fille au sous-sol, eux, après la naissance de leur bébé. Tout s’est bien passé. Peut-être que ce sera la même chose avec Maëlie ? Je laisse un petit mot sur la table à mes deux amours.

« Bonne journée à ma reine et à ma princesse. Amour, n’oublie pas que Maëlie doit avoir un lunch froid. La classe va dîner au parc. Je vous aime »

Je ne sais même pas pourquoi je lui rappelle puisqu’elle le sait déjà. Mais entre filles, c’est comme ça. On est deux à s’en souvenir et deux à le faire penser à l’autre aussi. Valérie me rappelle souvent que cela lui fait du changement par rapport à ses anciennes relations, puisqu’elle vivait avec des hommes avant. Je suis la seule femme de sa vie. Les autres trouvent ça mignon mais moi, ça m’angoisse. Je me demande si sa baisse de libido a à voir avec mon corps de femme ? Elle s’en est peut-être lassée ?

Alice était scandalisée lorsque je lui ai dit que j’avais rencontré une hétéro. Enfin, une ancienne hétéro. Une bi. Valérie n’aime pas qu’on la traite de bi. Elle dit qu’elle est pansexuelle. Dans le monde lesbien, on fuit les bi. C’est drôle à dire pour des gens qui veulent qu’on accepte leur différence ! J’ai toujours trouvé ça un peu stupide. Mais lorsque j’ai présenté Val à mon cercle d’amies, elle leur a plu tout de suite. Et il y a de quoi ! Valérie est non seulement très belle physiquement, mais elle a une belle personnalité. Elle est un peu timide, réservée, mais lorsqu’on la connaît, on se rend vite compte à quel point elle est intelligente. Elle a un vocabulaire varié et elle a un cœur en or. Ses beaux yeux bleus m’ont fait craquer. J’espère que l’un de nos bébés en héritera, mais si je sais que si cela est le cas, ce ne sera pas son gène à elle… Non pas que je n’aime pas les yeux bruns de notre fille, parce que sa binette est magnifique avec ses cheveux blonds, mais bon, j’ai toujours voulu un enfant aux yeux bleus. Bon, ça suffit ! Je dois partir. Je retourne les embrasser, puis je file en voiture.

Au bureau, mes collègues me félicitent pour la nouvelle. C’est fou comme tout va vite de nos jours ! Ma secrétaire m’offre des fleurs.

— C’est pour vous, Me Métivier.

— Merci, Hélène. Vraiment.

— Avez-vous pensé à des noms pour les bébés ?

Je me sens un peu cheap. Je sais qu’Hélène aurait voulu avoir des enfants. Elle est mariée depuis quelques années à un homme merveilleux, mais aucune grossesse en vue. Maintenant dans la quarantaine, je sais qu’elle y pense quand même. Son mari refuse de consulter pour savoir qui a des problèmes de fertilité, enfin… S’ils en ont ! Je trouve ça très dommage. Les hommes et leur virilité. Absurde.

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu des enfants. Toute petite, je veux dire. J’ai changé d’idée avec le temps. Je préférais voyager et me concentrer sur ma carrière. De plus, comme j’avais de la difficulté à accepter mon homosexualité, je voyais mal comment j’aurais pu mettre un enfant au monde. Heureusement, ma précieuse Alice était là pour me montrer que ma vie n’était pas finie ! Elle me présentait des filles et on faisait la fête toute la nuit. Parfois je dormais seule, d’autres fois… Non !

— Vos parents doivent être très heureux ?

— Oui, bien sûr. La famille s’agrandit.

Je mens. Oui, ma mère est heureuse, j’en suis certaine. Toutefois, elle l’est moins que lorsque j’étais enceinte de Maëlie… Un bel après-midi, alors que nous marchions avec la petite dans la poussette, elle m’avait dit :

— Maëlie est chanceuse que les parents de Valérie l’acceptent. Après tout, ce n’est même pas leur petite-fille.

Je m’étais retenue pour ne pas la frapper au visage. Dire ça devant ma fille en plus. Franchement ! Mais bon… Mes parents sont des fervents catholiques et conservateurs. Mon père a fini par se faire à l’idée que Maëlie n’aurait pas de père et il est tombé sous son charme dès qu’il l’a eue dans ses bras. Là, c’est différent. Ma mère était au courant pour les inséminations de Valérie, mais je ne l’ai pas sentie aussi heureuse qu’à la nouvelle de ma grossesse à moi. Je n’en ai pas encore parlé à mon père.

— Me Métivier, Me Clair vous attend au palais de justice. Je crois que son client veut négocier avant l’appel de rôles.

— Très bien, merci.

J’aurais voulu rester au lit avec les amours de ma vie, ce matin. Je suis un peu jalouse de Val qui se la coule douce à la maison. Par contre, j’admets que je suis ravie de voir les soins constants qu’elle prodigue à notre fille. Je dois dire aussi que notre maison est impeccable depuis que Val est en congé, car elle inclut un ménage régulier dans sa routine du matin.

En me rendant au palais, je décide de passer prendre un autre café. Le service à l’auto déborde. J’opte donc pour entrer.

— Gabrielle, salut !

— Salut Jacinthe !

Jacinthe est une chic fille. Je suis toujours un peu triste de la trouver ici, au Tim Hortons. Elle semble bien connaître ses clients et avoir du plaisir en travaillant, mais j’éprouve un malaise vis-à-vis des gens qui font ce travail sur une base régulière. De leur vie, je veux dire. J’ai travaillé, moi aussi, comme caissière, serveuse, mais c’était pour payer mes études. Jacinthe était une connaissance au secondaire. En fait, j’avais un peu pitié d’elle. Elle était rejetée. Je l’ai donc prise sous mon aile à l’occasion. Elle vit avec ses chats dans un petit appartement. J’aimerais tant qu’elle ait quelqu’un avec qui partager sa vie. Elle le mérite bien. Je ne connais pas sa vie en détail, mais je sais qu’elle ne l’a pas eu facile.

— Puis, occupée à faire emprisonner quel méchant ce matin ?

— Un cas de violence conjugale. Récurrent.

— Récu quoi ?

— Un homme qui a battu sa femme après avoir reçu une interdiction de contact.

— Quel salaud !

— En effet, oui.

— Arrange-toi pour qu’il paie.

— Tu peux en être certaine.

Le gars en question, il a quasiment battu sa femme à mort, devant leurs enfants. Il s’est présenté à son domicile, puis a défoncé la porte. Je suis contente de représenter la dame, je ne pourrais pas défendre des gens comme lui.

Yé ! Un texto de ma blonde !

— Bonjour mon amour ! Bonne journée ! On t’aime.

— Je vous aime plus que tout !

— Je. Aime.. Mamman xxx

Maëlie, mon adorable cocotte, s’est servie du téléphone de Val !

J’arrive au palais avec un peu d’avance. Ma cliente sera sans doute déjà là. J’ignore quoi dire dans des cas comme ceux-là. Je suis d’avis que les hommes ne paient pas assez cher leurs actes, mais je ne peux pas émettre de tels commentaires devant mes clients.

— Bonjour, madame Gagnon.

— Bonjour, Me Métivier.

— Me Clair doit venir me voir pour négocier l’entente de contact avec les enfants.

— Je ne veux pas que mon ex les voie.

— Comme il ne les a pas frappés, je ne serais pas étonnée que la juge lui accorde des droits d’accès, mais supervisés.

Madame Gagnon se met à pleurer. Bordel ! Je la comprends tellement. Je suis maman aussi. Mais personne n’est au-dessus des lois. Je trouve cela révoltant comme situation. L’avocate des enfants aussi.

Bon. L’audience est suspendue le temps du dîner. C’est parfait, je voulais justement aller manger sur une terrasse. Il fait tellement beau ! J’en profite pour prendre mes messages. Il y en a tellement ! Plus qu’à ma fête ! C’est fou comme ça fait jaser, des jumeaux ! Deux du coup… L’histoire de la chambre me revient. Il faudra que j’en parle avec ma blonde ce soir. Je suis contente d’avoir pris congé pour l’échographie d’hier et Maëlie aussi est heureuse d’avoir pu y assister ! Elle pourra même apporter une photo de l’échographie à l’école aujourd’hui. J’ai hâte de savoir ce que ses amis auront dit !

La journée au palais est interminable. De toute évidence, cette juge déteste ne pas régler ses causes avant d’aller se coucher. Il est six heures et je suis encore là. Deux témoins restent à être interrogés.

Je m’arrête chez Délices Sucrés chercher le gâteau préparé pour fêter le bébé… J’ai dû rappeler hier pour faire changer le message. « Bienvenue bébé » s’est transformé en « Bienvenue aux bébés ».

Lorsque j’arrive, Maëlie est dans le bain.

— Bonjour amour. Nous avons soupé… Je te fais chauffer ton assiette.

Je me sens comme une merde. Maëlie doit se coucher tôt, je le sais. Je ne suis pas assez souvent à la maison. Soit Valérie me le fait remarquer, soit elle me le fait sentir. Elle me rappelle assez l’importance des parents et la nécessité de passer du temps avec notre fille. Mes parents, à moi, ils travaillaient tout le temps. Nous avions une grosse maison, une grosse voiture et un gros compte en banque. Les parents de Val travaillaient moins et passaient du temps en famille. Je sais bien que le modèle familial dans lequel elle a grandi est l’idéal, mais je fais mon possible. Je rejoins ma fille dans la salle de bain.

— Hé puis, qu’est-ce que les amis en ont pensé ?

— Juliette a dit que sa mère aussi attendait des jumeaux, mais on sait que ce n’est pas vrai. Elle est juste jalouse.

— Je le pense aussi. (rires).

— Marianne me trouve très chanceuse.

— Tu l’es !

— Maman, est-ce que c’est vrai que ce seront juste mes demi-frères ou mes demi-sœurs ?

C’est fou comme c’est fondamentalement méchant, un enfant. Je n’ai jamais compris pourquoi certains aimaient s’acharner sur d’autres.

— Non, mon trésor. Ce seront tes frères, tes sœurs ou ton frère et ta sœur. On le saura bientôt.

— Zachary, il dit que comme c’est maman Valérie qui les porte, ce n’est pas pareil.

— Zachary a tort. Une famille, ce n’est pas les liens du sang, mais les liens du cœur.

— C’est quoi les liens du sang ?

— Ça veut dire avoir la même mère et le même père.

— Ou avoir les deux mêmes mères ?

— Euh… Pas tout à fait.

— C’est quoi alors ?

— J’ai apporté un gâteau pour fêter la nouvelle.

— Quelle nouvelle ?

— Les bébés !

— Coooooool ! Je peux en manger ?

Bon. J’ai bien fait de faire diversion. Je sais bien qu’il faut expliquer les choses aux enfants, mais là, je ne savais pas comment m’en sortir. Et on l’emmerde Zachary ! C’est justement pour ça que je n’étais pas certaine de vouloir des enfants. Pour la vie que j’allais leur offrir. Avoir deux mères… Souffrance inutile. Ma petite Maëlie devra vivre toute sa vie avec notre décision, à Valérie et moi. Je lui souhaite d’être hétéro. C’est nettement moins compliqué.

Pour faire plaisir à Maëlie, je mange du gâteau avec elle et Valérie avant même d’avoir soupé. Sinon, je n’aurais pas partagé ce moment avec elle. J’aurais voulu faire plus, organiser une grande fête pour souligner l’événement, mais Valérie m’en aurait voulu à mort. Elle déteste attirer l’attention. Lors de ma grossesse, nous avions eu une belle baby-shower. Valérie s’était éclipsée dans l’après-midi, histoire de souffler un peu. Plus il y a de monde, plus elle stresse.

— J’ai commencé à tricoter aujourd’hui.

— À tricoter ?

— Oui ! Pourquoi pas ! J’ai le temps !

— En effet, mon amour… Pourquoi pas !

— Maman dit qu’elle va m’apprendre, hein maman ?

— Oui mon bébé !

Je termine la routine du soir avec Maëlie, puis je rejoins Valérie à la cuisine. Je me sers un verre de vin.

— Dure journée, mon amour ?

— Interminable. Tu connais le juge Jutras…

— Va t’asseoir, je te sers !

— Non, ça va. Je dois finaliser quelque chose pour demain dans mon bureau. Je vais te rejoindre.

— Fais vite, je m’ennuie !

— Promis.

Arrivée dans mon bureau, assise devant mon portable, je capote un peu. Est-ce qu’on va vraiment mettre deux autres enfants au monde ? Je ne me souviens même plus de la dernière fois où nous avons eu du temps ensemble, Valérie et moi. Ah oui, pour sa fête. Mais nous étions restées une seule nuit, elle s’ennuyait de la maison et de la petite. Mon travail terminé, j’enfile mon pyjama et je vais la rejoindre.

— Amour, j’ai pensé à ça, on va les mettre où, les bébés ?

— Comment ça, on va les mettre où ?

— Bien, ils sont deux… La chambre de Maëlie est trop petite pour ça…

— On la descendra quand elle sera plus grande.

— Et on va faire quoi en attendant ?

— On va garder les bébés dans notre chambre.

— Dans notre chambre ? Où ça ?

— Près de notre lit. Bon. Arrête de t’en faire avec ça. On verra quand ils arriveront. Viens ici !

— Ça ne te fait pas peur, des jumeaux ?

— Même si ça me faisait peur, ils sont là. On va faire avec. Allez, arrête de parler, viens !

Elle est tellement belle dans son pyjama. Encore aucun signe de grossesse apparent. Il faut dire qu’elle est plutôt sportive, ma blonde. Elle a gardé le même rythme de vie depuis que l’on sait qu’elle est enceinte. Elle continue la danse, la gym. C’est difficile de ne pas la trouver sexy. Je m’assois contre elle, puis embrasse son cou. Je voudrais bien que l’on fasse l’amour. Ça fait plusieurs jours qu’on ne l’a pas fait, il me semble… Je l’embrasse doucement, puis j’entre ma langue dans sa bouche. Elle me laisse faire. Ça m’amuse et je deviens vite excitée… Je descends vers ses seins, que je lèche doucement. Elle pousse ma tête vers le bas de son ventre. Mon doux, elle est bien pressée ce soir ! Je lui retire son pyjama et je pose ma langue sur son sexe. Elle est tellement belle, la tête penchée vers l’arrière, étendue à moitié nue sur le canapé. Je la connais depuis si longtemps. Je peux la faire jouir en quelques minutes, mais je décide de me faire plaisir un peu. Je prends mon temps.

— Maman !

Pas vrai. Non. Maëlie, endors-toi, je t’en supplie. Elle se met à pleurer. Puis, on l’entend descendre de son lit.

— Enlève-toi, Gab !

Maëlie arrive et me tend les bras. Je la serre tout contre moi.

— C’est fini mon amour, c’est fini.

— Je veux être dans votre lit.

— Viens, maman va aller te border dans le tien.

— D’accord.

Parfait, la chance est de mon côté. Elle va réintégrer son lit, sans la crise qui vient avec et je pourrai rejoindre Valérie sous peu.

Je finis par rendormir Maëlie après avoir chanté au moins un million de fois la même maudite toune de Passe-partout. J’ai vraiment besoin de me retrouver contre Valérie. De sentir que nous sommes liées, que nous nous aimons.

Je prends ma douche en vitesse. J’aperçois une lumière tamisée dans notre chambre. Super ! Elle ne dort pas. Je me dépêche d’aller la rejoindre. Elle lit une revue à potins. Lorsque je l’embrasse avec fougue, elle me dit :

— Non, je ne suis plus dans le « mood ». On se reprend, d’accord ? Je t’aime. Viens te coller.

Pas vrai ! Non ! J’ai TELLEMENT envie d’elle ! Puis, mon téléphone sonne. Mais qui ça peut bien être à cette heure ? Appel outre-mer…

— Gab ! Salut !

— Alice ! Comment tu vas ?

— Je sais qu’il doit être tard au Québec, mais je voulais juste te faire coucou !

— Tu as bien fait ! Raconte-moi donc ça, ta rencontre avec ta yogi !

— My god ! C’est juste incroyable ! Elle a du style, c’est fou ! Elle fait de l’aide humanitaire et donne des cours de tamtam dans les sites touristiques. Et elle fait l’amour comme une déesse !

— Super ! Je suis contente pour toi ! Est-ce que c’est la bonne ?

— Gab… La bonne, la bonne ! Il peut y en avoir plusieurs des bonnes ! Mais Louana est spéciale… Simple. Pour l’instant, c’est parfait comme ça !

— Bien, profites-en pour deux !

— Oulala… Toujours pas fort fort le sexe avec Val ?

— Ordinaire, mettons. La routine.

— Ark ! La routine ! Heille, j’ai vu passer ça sur Facebook. Deux bébés ! Ayoye ! Tu vas être une maman bien occupée, toi !

— On le dirait bien.

— Écoute, faut que je te laisse. Cela coûte une fortune ici et la journée commence, alors je veux en profiter.

— Bien sûr, bonne journée mon amie ! Je t’aime !

— Bonne nuit, Gab ! Je t’aime aussi.

Comme je voudrais être avec elle en voyage ! J’ai tout arrêté quand je suis devenue maman. J’ai fait pas mal de road trips avec Alice. On partait sur des nowhere et on dormait dans le coffre de sa voiture, à la belle étoile. C’était le bon vieux temps ! Puis, j’ai rencontré Valérie. Je ne regrette rien. Je l’aime plus que tout. Notre vie aussi. Je raffole d’elle et de notre vie, mais la routine, ça pèse parfois. Alice me manque. J’ai l’impression que je ne fais plus vraiment partie de sa vie. Depuis que je me suis associée dans ce cabinet, mes priorités ont changé. Je me suis rangée, comme on dit. Je travaille comme une forcenée pour payer la maison et nos voyages en famille. Dans des sites familiaux enchanteurs, mais peu romantiques… J’ai oublié de demander à Alice quand elle revenait. Chacune de ses visites fournit un prétexte à faire la fête toutes les deux. Je crois que c’est la seule personne avec qui je peux être moi-même. Dans ses relations avec les gens, Alice fait preuve de discernement, elle est formidable.

Lorsque je reviens dans la chambre, Val dort à poings fermés. Elle est si belle, les cheveux en bataille sur l’oreiller. Le chat semble être de mon avis. Il est couché pratiquement sur sa tête et il ronronne.

Je lis un peu, histoire de me détendre. J’ai encore une grosse journée demain. Je dois faire la médiatrice pour un couple nouvellement séparé et si je me fie à notre première rencontre, ce ne sera pas de tout repos. L’homme en question a trompé sa femme avec une de ses employées. Sa femme et lui ont deux beaux enfants, à qui ils ne pensent pas assez, selon moi.

Une louve dans la pouponnière

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