Chapitre 1 — Chapitre un
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Une rivalité parfaite · Radclyffe
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Centre hospitalier de Philadelphie (PMC), dans la nuit de samedi à dimanche.
Ren Dunbar ajusta la lentille du microscope pour zoomer sur les globules rouges superoxygénés de son dernier échantillon. Elle avança avec précision la microsonde O2 avant de se tourner vers son ordinateur portable posé sur la paillasse à côté d’elle. En parcourant les données qui défilaient sur l’écran, elle fit mentalement un geste de triomphe avec son poing. Oui !
La capacité de transport d’oxygène des cellules s’était nettement améliorée. Ce résultat était vital pour les cellules musculaires cardiaques endommagées.
Occupée à importer la vidéo de la procédure dans son flux de données, elle enregistra machinalement le bruit d’une porte qui s’ouvrait et se refermait quelque part à l’autre bout du laboratoire. Elle ne s’en soucia pas : à deux heures du matin, elle était en général seule, mais il arrivait que le personnel d’entretien de l’équipe de nuit vienne remplacer du matériel ou effectuer des tâches de nettoyage de routine. De minuit à six heures du matin, elle était à son pic de productivité, et même lorsqu’elle était de garde, elle préférait, quand on ne la sollicitait pas pour une consultation, travailler dans le laboratoire plutôt que perdre son temps en salle de garde. Elle se sentait vraiment bien dans le calme et la solitude. Elle tressaillit en entendant son prénom.
— Ren, répéta Quinn Maguire en s’arrêtant à côté d’elle.
— Oh, désolée. Je ne vous avais pas entendue entrer, dit Ren, essayant de cacher son agacement devant l’interruption.
La cheffe du service de chirurgie, qui était également la directrice du programme de formation des internes, lui adressa un sourire narquois.
— Je me doutais bien que je vous trouverais ici. Votre bipeur ne fonctionne pas ?
— Je ne suis pas de garde, Docteure Maguire, rétorqua Ren en fronçant les sourcils. Mais si vous avez besoin de moi…
— Non, mais j’ai eu du mal à vous localiser. Vous ne le faites pas exprès, n’est-ce pas ?
Quinn s’appuya contre la paillasse du laboratoire et croisa les bras. Comme à son habitude, elle semblait détendue, mais sans laisser oublier ses responsabilités. Elle portait, comme Ren, une tenue de bloc vert forêt, l’uniforme de la plupart des chirurgiens lorsqu’ils étaient de service à l’hôpital, surtout au milieu de la nuit. Au premier abord, Quinn rappelait un peu à Ren sa sœur aînée, Sax. Toutes deux étaient des brunes à l’expression intense, que le terme de « belle femme » décrirait sans doute mieux que des adjectifs comme « jolie » ou « séduisante ». Ceux-ci ne reflétaient pas la force qui transparaissait dans les traits de leur visage ou la confiance absolue en elles-mêmes qui se dissimulait derrière leur sourire. Mais Sax était plus élancée que Quinn et dégageait une sorte d’énergie électrique vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Quinn, elle, projetait une puissance calme et contrôlée qui ne faiblissait jamais, même dans les situations les plus urgentes.
Ren essaya de ne pas réagir. Elle ne se cachait pas dans le laboratoire ; préférer la solitude n’était pas la même chose qu’éviter la compagnie, après tout. Mais elle savait que personne ne comprenait cette distinction, y compris une femme aussi perspicace que Quinn Maguire. Celle-ci avait bien besoin de l’être, puisqu’elle avait la responsabilité de former quarante internes en chirurgie, qui tous s’efforçaient de masquer la moindre incertitude ou faiblesse. Ou, comme Ren, de dissimuler un comportement atypique. Heureusement, elle avait depuis longtemps appris à ne pas laisser transparaître ses émotions sur son visage. Elle était presque sûre qu’elle avait réussi à éviter tout rougissement non souhaité après ses années de pratique rigoureuse du biofeedback.
— Je fais toujours très attention à garder mon bipeur chargé et à l’avoir sur moi à tout moment lorsque je suis de garde, dit-elle d’un ton neutre.
— Je sais, dit Quinn. Vous répondez rapidement à vos messages chaque fois que nous avons besoin de vous pour une consultation ou un cas. Mais lorsque votre disponibilité n’est pas absolument requise, je ne vous vois jamais dans les parages.
— Mon travail au laboratoire m’occupe beaucoup.
— Je n’en doute pas, opina Quinn en hochant la tête. Cependant, vous pourriez faire une pause de temps en temps et vous joindre aux activités des internes qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôpital.
Ren sourit. Elle ne s’attendait pas vraiment à ce que son absence soit remarquée, même si elle évitait en toute connaissance de cause de socialiser avec les autres internes. Cela n’avait pas toujours été le cas et l’expérience lui avait enseigné qu’elle avait beau souhaiter se rapprocher de ses camarades, ce sentiment n’était pas forcément réciproque. Elle s’entendait bien avec le personnel du bloc opératoire et arrivait à interagir sans problème avec ses collègues internes si nécessaire. En revanche, en dehors des exigences du travail, elle n’avait rien en commun avec les étudiants ou les internes qu’elle côtoyait au quotidien à l’hôpital.
— Je suis vraiment désolée si vous avez essayé de me joindre, répéta-t-elle.
— Vous n’avez pas activé votre messagerie vocale sur votre téléphone.
— J’ai un nouvel appareil. Comme je n’ai jamais reçu de messages sur le précédent, je n’ai pas vu l’intérêt de le configurer, répondit Ren en haussant les épaules.
— Ce serait utile pourtant, commenta Quinn d’un air nonchalant. Au fait, félicitations pour avoir réussi à faire accepter un article dans Circulation. C’est un véritable coup de maître.
La chaleur monta dans la poitrine de Ren et elle sentit ses joues rougir. Elle ne pouvait pas éviter de réagir à certains plaisirs, notamment quand il s’agissait de succès professionnel.
— Merci. Le rôle de Rinaldo a été crucial. Sans son implication dans la culture des échantillons de tissus, nous n’aurions pas eu d’aussi bons résultats.
— Oui, et son nom apparaît sur l’article en dessous du vôtre, à sa juste place.
Ren faillit sourire, mais se retint. Un pincement d’anxiété pénétra son bref instant de satisfaction. Quinn Maguire ne l’aurait pas cherchée au milieu de la nuit seulement pour la féliciter de l’aboutissement de trois années de recherche en laboratoire. Elle ne voyait pas ce qu’elle avait fait ou omis de faire qui aurait pu poser problème. Elle s’était occupée d’un cas de traumatisme quelques nuits auparavant, mais, la dernière fois qu’elle avait examiné le patient, il allait bien. Personne ne pouvait rien lui reprocher ; d’ailleurs, personne ne lui accordait d’attention.
— Vous avez besoin de moi pour une opération ? demanda Ren.
— Mike Wu prend un congé pour le reste de l’année, dit Quinn à voix basse. Sa mère est très malade.
— Oh, répondit Ren aussitôt, je suis vraiment navrée de l’apprendre.
Elle ne connaissait pas bien Mike, mais elle avait travaillé avec lui à plusieurs reprises, lorsqu’elle était de garde la nuit et lui aux urgences ou en chirurgie générale. Ils avaient bossé ensemble sur quelques patients et il s’était montré amical, mais avec distance, comme s’il ne savait pas exactement la situer, dans la mesure où elle ne faisait pas partie de la rotation habituelle des internes. Trois années passées au laboratoire l’avaient mise en décalage par rapport à ses camarades qui avaient commencé en même temps qu’elle, mais cet écart constant était la norme pour elle.
Quinn soupira.
— Vous avez fait un excellent travail sur ce projet. Larry Weatherby est très impressionné. Je suis certaine qu’il serait prêt à vous recommander pour un poste de titulaire afin que vous puissiez continuer votre collaboration.
— C’est bon à savoir, dit Ren à voix basse.
Elle tempéra son excitation. Les circonstances arrivaient toujours à compliquer une situation qui aurait dû être simple. Si Quinn remarqua ses réserves, elle ne le montra pas.
— Je suis sûre que vous aurez encore de quoi rédiger plusieurs articles une fois que vous aurez analysé toutes vos données, dit Quinn, mais il est temps pour vous de remplir vos obligations en matière clinique. J’ai besoin que vous preniez la place de Mike jusqu’à la fin de l’année. Vous avez accumulé suffisamment de temps passé dans les gardes de nuit pour être en mesure de satisfaire aux exigences demandées aux internes de cinquième année.
Ren se figea. Des stages cliniques à plein temps maintenant ? Elle savait qu’elle devrait le faire pour terminer son internat, mais elle ne s’était pas préparée mentalement à sortir de façon soudaine du monde isolé et protégé du laboratoire pour se retrouver catapultée dans l’univers beaucoup plus impitoyable de l’internat en chirurgie.
— Quand ? demanda-t-elle avec vivacité.
Elle se rappela qu’elle avait déjà fait face à ce genre de situation. Elle ne pouvait pas laisser Quinn apercevoir son incertitude. Il n’était pas question non plus de perdre sa confiance en elle. Elle avait dû affronter des circonstances inconnues à plusieurs reprises. Elle savait comment s’y préparer et comment se protéger.
— Vous commencerez lundi matin dans le service A. Pour l’instant, j’ai demandé à Dani Chan de remplacer Mike. Vous devriez la contacter demain pour vous informer sur les patients et revoir le programme du bloc opératoire pour la semaine.
— Oui, bien sûr. Merci.
— Si vous êtes toujours d’accord, dit Quinn avec douceur.
— Pardon ? dit Ren en levant le menton.
Le regard de Quinn était profond et pénétrant ; il donnait l’impression qu’elle pouvait transpercer l’armure que Ren avait revêtue. C’était peut-être le cas ; après tout, Sax y arrivait aussi et toutes deux se ressemblaient tellement… Ren avait d’ailleurs choisi de se former ici pour cette raison. Ce côté familier l’aidait à se recentrer quand il n’y avait rien d’autre, ni personne. Elle ne détourna pas les yeux.
— Vous avez pris de nombreuses décisions lorsque vous étiez beaucoup plus jeune, déclara Quinn. On ne sait pas toujours ce que l’on veut à ce moment-là.
Ren éclata de rire. Elle ne put s’en empêcher. Devant l’expression perplexe de Quinn, elle dit :
— Docteure Maguire, toute ma vie, j’ai été beaucoup plus jeune que les autres. Mon âge n’a rien à voir avec mes capacités ou mon processus de décision.
— Je sais. Et Sax est un excellent modèle, mais, quel que soit l’âge chronologique, nous agissons parfois avant d’avoir fait l’expérience de la réalité.
— Je comprends que vous puissiez penser cela, dit Ren aussi poliment que possible, mais je n’ai pas vraiment connu Sax avant mes onze ans. Je savais qu’elle existait, mais je ne l’ai rencontrée que lorsque j’ai dit à mon père que je voulais devenir médecin. Il considérait que Sax pourrait m’en dissuader.
— On dirait que ça n’a pas marché, dit Quinn en riant.
Ren sourit.
— Eh bien, il ne nous connaissait pas vraiment. Il n’a pas élevé Sax et il ne me comprenait pas. J’étais en première année de lycée à l’époque, mais il ne pouvait pas me voir autrement que comme une enfant.
Elle haussa encore les épaules. Le passé. Ce n’était qu’un des nombreux facteurs qui lui avaient appris à dépendre d’elle-même et de son propre jugement.
— Sax était assez objective, continua-t-elle. Elle m’a beaucoup parlé de la formation, elle m’a raconté sa vie quotidienne. Et elle était plutôt encourageante.
— Vous semblez toujours sûre de vous, dit Quinn.
— En effet, confirma Ren. J’aime le laboratoire, mais je ne veux pas d’une carrière à temps plein dans la recherche. C’est juste que je ne m’attendais pas à bifurquer maintenant.
Elle sourit ironiquement.
— Mais j’ai l’habitude de ces changements de programme.
— C’est une période cruciale, commenta Quinn, en particulier si vous envisagez de poser votre candidature pour une spécialité en cardiologie.
— Je ne pensais pas que je finirais si tôt, admit Ren.
Elle essaya d’évaluer rapidement ses chances d’obtenir le poste qu’elle souhaitait. Sur le papier, son expérience clinique paraîtrait bien mince.
— Mon registre d’opérations ne sera pas aussi étoffé que celui des autres internes de la même année que moi.
— Vous rattraperez votre retard bien assez vite, rétorqua Quinn, et vous avez vos diplômes de recherche, n’oubliez pas.
— Bien sûr.
Ses recherches pourraient effectivement s’avérer utiles pour son dossier, mais les spécialités en chirurgie étaient des postes cliniques. Elle devait donc faire la différence sur cet aspect. Il lui fallait non seulement effectuer des interventions, mais aussi obtenir une récompense en matière clinique pour contrebalancer ses années passées au laboratoire. Le prix Franklin de chirurgie était intéressant de ce point de vue : il était décerné chaque année au meilleur interne senior en chirurgie. Au cours de l’année à venir, Ren devrait se concentrer sur cet objectif, qui viendrait s’ajouter à une charge de travail encore plus importante. Maintenant qu’elle avait un but bien défini, elle commença à planifier la suite des événements.
— Je vais immédiatement envoyer un message à la docteure Chan et prendre mes dispositions pour découvrir le programme du service.
— Parfait. Je lui dirai que vous la contacterez.
— Merci.
Quinn se dirigea vers la sortie et se retourna avant d’atteindre la porte.
— Et Ren ? Vous vous débrouillerez très bien.
Ren fixa l’écran de son ordinateur, calculant les tâches à accomplir avant le matin. Il fallait qu’elle y arrive. Elle n’avait pas le choix. Elle essaya de rassembler les informations en sa possession sur Dani Chan, outre le fait qu’elle faisait partie du groupe d’internes transférés depuis un centre médical qui avait perdu son financement fédéral et fermé son programme de formation. Elle n’avait jamais traité de patient avec Dani, mais elles s’étaient croisées quelques fois aux urgences et à l’admission en traumatologie. Dani était l’une de ces internes pleines d’énergie, sociables et avenantes que tout le monde appréciait. Elles n’avaient certainement rien en commun, mais cela n’avait aucune importance. Elles n’auraient pas à travailler ensemble.
***
West Mount Airy, 3 h 10
Quinn s’engagea dans l’étroite allée qui bordait sa maison victorienne. De l’autre côté, la moitié de la maison jumelle où habitait Phyllis était sombre. Sa belle-mère devait rentrer de sa dernière croisière avec des amis dans un jour ou deux.
Quinn ferma discrètement la porte de son véhicule pour éviter de réveiller le caniche vigilant de la voisine et se dirigea vers le porche arrière. Une faible lueur émanait de la cuisine et elle entra. La lumière sous le micro-ondes éclairait à peine la cuisinière et laissait la majeure partie de la pièce dans l’obscurité, mais elle y voyait assez bien pour distinguer sa fille et la copine de celle-ci, Janie, assises à la table de la cuisine. Elle jeta un coup d’œil à l’heure affichée sur le four : trois heures quinze du matin, bien tard comme horaire pour Arly. Honor l’aurait appelée si leur fille n’était pas rentrée à l’heure convenue, soit vingt-deux heures pour une gamine qui aurait quatorze ans dans quelques jours. À en juger par leurs T-shirts trop grands et par leurs pieds nus qu’elle pouvait voir sous la table, les deux adolescentes étaient arrivées depuis un bon moment. Le gâteau au chocolat à moitié mangé au centre de la table et les serviettes couvertes de miettes devant elles attestaient d’un casse-croûte au milieu de la nuit.
— Salut, dit Quinn en refermant doucement la porte derrière elle.
Arly jeta un coup d’œil à Janie. Les deux filles sourirent.
— Salut, Quinn, dit Arly.
— Salut, Quinn, répéta Janie.
Intéressant. Elles n’avaient pas vraiment l’air coupables, mais elles avaient une attitude trop décontractée, comme si elles partageaient un secret. Bien sûr, cela pouvait signifier n’importe quoi, d’une escapade qui ne méritait pas d’être racontée aux parents à une discussion interrompue sur un sujet spécifique, par exemple le sexe, qu’elle n’était pas censée écouter. Quinn s’efforçait de créer avec Arly une relation de confiance qui lui permettrait d’évoquer les questions qui l’intriguaient au moment le plus adéquat. Elle n’avait jamais réalisé à quel point il serait difficile d’oublier son instinct de protection, ne serait-ce qu’en apparence. Honor était bien plus douée, même si Quinn savait que c’était tout aussi ardu pour elle. Elle désigna le gâteau.
— Je peux en avoir ?
— Oui, mais je te conseille d’en laisser un peu pour maman, dit Arly.
— Très judicieux.
Quinn sortit une chaise, découpa une part et la déposa sur une serviette. Pendant ce temps, Arly coupa plusieurs autres tranches pour Janie et elle. Le gâteau était vraiment délicieux.
— Alors, qu’est-ce que vous avez fait toutes les deux ?
Les deux filles se regardèrent.
— Pas grand-chose, dirent-elles en chœur.
Même dans la pénombre, Quinn put voir que Janie rougissait. Elle fit une pause. D’accord. Elle avait pensé poser une question neutre, mais, apparemment, ce n’était pas le cas. Cependant, comme aucune des deux ne semblait bouleversée ou mal en point, le sujet qu’elles souhaitaient esquiver n’était probablement pas sensible.
— Ah bon, très bien.
Quinn s’essuya les mains et ramassa sa serviette.
— Je vous verrai demain matin. Vous devriez dormir un peu. Jack se lèvera dans quelques heures et il ira d’abord dans votre chambre.
— Oui, c’est vrai, on y va, dit Arly.
Quinn prit une douche dans la salle de bains de l’étage pour éviter de réveiller Honor et se faufila discrètement dans la chambre obscure jusqu’à son côté du lit.
— Chérie ? murmura Honor dans le silence.
Quinn souleva les draps et se glissa à côté d’elle. Honor se tourna automatiquement vers elle, passa un bras autour de son corps et une jambe par-dessus la sienne.
— Hum, bonjour, chuchota Honor en l’embrassant dans le cou.
Quinn entoura ses épaules et lui caressa les cheveux, laissant échapper un long soupir.
— Bonjour, tu sens bon.
— Shampoing.
Quinn gloussa. Honor était la femme la plus sexy et la plus belle qu’elle ait jamais connue. Bien sûr, son shampoing était plus séduisant que n’importe quel parfum. Elle déposa un baiser sur sa tempe.
— Comment s’est passée ta journée ?
— Très ennuyeuse, Dieu merci, dit Honor. Ta résection d’anévrisme ?
— Longue, mais je pense que la patiente s’en tirera.
— Parfait. Et le reste ? C’est tranquille ?
Quinn étira ses muscles dorsaux endoloris après trop d’heures passées penchée sur la table d’opération et Honor se blottit contre elle. La tension se dissipa peu à peu, à mesure que le plaisir et la paix d’être avec Honor l’envahissaient.
— J’ai décidé de retirer Ren Dunbar du laboratoire pour qu’elle remplace Mike Wu dans les rotations des internes de cinquième année.
— Ren est très intelligente, dit Honor doucement, son souffle une caresse chaude contre l’épaule de Quinn. Tu penses qu’elle est à niveau cliniquement ?
— Elle a accumulé les opérations, mais tu as raison, elle est restée à se consacrer à la recherche plus longtemps que la norme. Elle pourrait avoir besoin d’un peu de temps pour se remettre en selle. Mais, à mon avis, le moment est venu de voir si elle en est capable.
— Hum. Eh bien, tu sais toujours quand les internes sont prêts.
— Je garderai un œil sur elle au début.
Si seulement élever une adolescente était aussi facile, se dit Quinn.
— Dis donc, Arly est en bas dans la cuisine en train de manger un gâteau au chocolat.
— Va-t-il en rester ? demanda Honor.
— Nous t’en avons gardé une part.
— Vous avez bien fait, dit Honor avec un soupir.
— C’est vrai.
Quinn posa son menton contre le sommet de la tête d’Honor et poursuivit :
— Janie est avec elle.
— Oh. J’ai cru entendre des voix quand Arly est rentrée. J’étais presque endormie, mais elle a respecté son couvre-feu.
— Elles se comportent bizarrement.
— C’est-à-dire ?
— Elles parlent de façon super décontractée, comme si de rien n’était, se lancent des petits coups d’œil quand elles pensent qu’on ne les regarde pas, ce genre de truc.
— Oh, dit Honor d’un ton entendu.
— Quoi ?
Honor se rapprocha et embrassa la commissure de ses lèvres.
— Si tu croyais qu’elles avaient des problèmes, tu le mentionnerais, n’est-ce pas ? Alors j’en tire une autre conclusion.
— Laquelle ?
— Quel genre de secret aurais-tu eu à leur âge si tes parents t’avaient surprise avec une amie au milieu de la nuit ?
Quinn fronça les sourcils. Elle n’aurait souhaité qu’une chose, qu’ils n’entrent pas dans la pièce. Elle jeta un coup d’œil à Honor, qui avait un petit sourire sur le visage.
— Quoi ? Janie ? Arly et Janie ?
— C’est une possibilité.
— Mais je croyais qu’Arly s’intéressait à Eduardo.
— Elle nous a expliqué qu’elle était bi.
— Oh, dit Quinn.
Arly leur avait dit qu’elle et ses amies parlaient de sexe. C’était peut-être une tactique pour les préparer à la suite. Et Quinn n’y avait peut-être pas pensé plus tôt parce que cela impliquait qu’Arly était prête pour avoir des relations sexuelles.
— Ah, d’accord. Est-ce qu’on doit avoir une sorte de règle ou quelque chose comme ça ?
— À quel propos ? Nous avons déjà eu la discussion sur les rapports sexuels protégés, déclara Honor. Et Arly a promis qu’elle nous parlerait de tout ce qui la dérangerait.
— Oui, mais quid des relations sexuelles chez nous ? N’y a-t-il pas une règle universelle selon laquelle on ne peut pas faire l’amour dans la maison de sa mère ?
— Je n’en ai aucune idée, dit Honor en riant. Terry et moi n’avons pas eu l’occasion de nous en inquiéter, puisque Phyllis nous a surprises pratiquement la première fois que nous avons fait l’amour, et c’était sur le porche arrière dans un hamac. Phyllis nous a simplement dit de choisir à l’avenir un endroit plus sûr et plus privé. Pour nous, cela signifiait la chambre de Terry. Phyllis, et je la remercie encore, a toujours fait semblant de ne pas s’en apercevoir.
— Oui, mais Phyllis était en avance sur son temps.
— Nous devrions être à la page, tu ne crois pas ? Et quel lieu serait plus sûr que chez nous ? Tu n’as pas envie qu’elle fasse l’amour sur le siège arrière d’une voiture ou je ne sais où, non ?
Quinn réfléchit un instant.
— Et si c’est Eduardo ? demanda-t-elle.
— En quoi est-ce différent ?
Honor se redressa sur un coude, la lumière de la lune passant à travers la fenêtre non ombragée pour éclairer son visage. Elle étudia Quinn.
— Qu’en penses-tu ?
— Instinctivement, je dirais que ce n’est pas pareil. Mais quand je réfléchis, eh bien, si. Nous n’avons jamais interdit à Arly d’avoir des relations sexuelles. Nous avons mis en place des règles raisonnables en matière de sexualité sans risque, et c’est la gamine la plus sensée que j’aie jamais connue. Alors, on fera comme si on n’était pas au courant.
— Nous attendons bien d’elle qu’elle fasse semblant d’ignorer notre propre intimité, fit remarquer Honor en se glissant sur Quinn. D’ailleurs, tu aimerais que tes parents te regardent d’un air entendu si tu viens de faire l’amour ?
— Mon Dieu, non. S’il te plaît, ne m’en parle pas, gémit Quinn. Et si tu veux que nous passions bientôt à l’action, arrête d’évoquer mes parents.
— Et si on se taisait ? suggéra Honor, en embrassant Quinn comme pour lui confirmer ses désirs.
Perdue dans la chaleur du corps d’Honor et l’excitation familière apportée par ses baisers, Quinn en oublia les adolescentes, les règles de la maison et les mésaventures du passé. C’était son monde, ici même. Rien d’autre ne comptait. Elle encadra le visage d’Honor de ses mains, lui rendit son baiser et bascula doucement ses hanches pour rouler sur elle. Elle se redressa sur les avant-bras de part et d’autre des épaules d’Honor et elle l’embrassa dans le cou.
— Je suis d’humeur à prendre mon temps.
Honor frémit et passa ses bras autour des épaules de Quinn.
— Voyons voir jusqu’à quand tu tiendras.
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