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📖 Extrait gratuit — 1 - Gabriel Rook à 3 - Gabriel Rook
Chapitre 1 — 1 - Gabriel Rook
  1. 1 - Gabriel Rook
  2. 🔒 2 - Holly Booth
  3. 🔒 3 - Gabriel Rook
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Vie de Pirates · Lou Jazz & Cherylin A. Nash

Lire Vie de Pirates en ligne gratuitement 1 - Gabriel Rook

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C’est un beau soir de pleine lune de l’an seize-cent-vingt-cinq. Je suis assise à la table pour la plus grande partie de dés de ma vie. Le sanguinaire capitaine Thomas Booth a tout misé. Quel jocrisse ! Il croit que je n’ai rien. Ma foi, on ne m’appelle pas Gabriel Rook sans raison.

Je lorgne sur cette magnifique bague depuis qu’il est entré dans ce bouge. Il ne reste plus que nous deux. Lui est accompagné de l’une des plus belles femmes que je n’ai jamais vues. L’odeur du caboulot est typique, flottent partout la sueur des matelots, l’alcool, la pisse, et le tabac flottent partout.

J’annonce la couleur :

— Cinq, six sous le gobelet !

La belle nymphe me lance un regard surpris. Les personnes présentes pensent que je bluffe, grand bien leur fasse. Je veux cet énorme saphir. La tension est à son comble, tout le monde retient son air. On n’entend même pas le son d’une mouche voler. Les joueurs qui se sont retirés attendent, le souffle court.

Dans une parfaite synchronisation, nous levons nos gobelets ensemble. La sueur perle sur mon front, mais ce n’est rien comparé à la tête du sanguinaire Booth. Il est digne d’un mort à présent.

Alors que tout le monde est abasourdi, je ne perds pas un instant pour empocher mon butin. Cinq belles pièces d’or, mais surtout je n’oublie pas cette magnifique bague.

Ça ne m’a pris que trois secondes. Quand je me lève et fais un pas pour quitter le caboulot, la femme qui se tenait à côté du capitaine me barre la route. Sans doute qu’elle aussi désire ce bijou. Dans mon dos, je perçois les autres joueurs brandir leurs épées, pour reprendre leurs biens sûrement.

Je souris en coin et me saisis de cette chance pour embrasser cette jeune péronnelle. Ma bouche s’écrase sur la sienne avec urgence et, malgré la situation délicate, je n’hésite pas à en profiter largement.

Un cri de rage puissant se fait soudain entendre. Je me force à me détacher de cette magnifique femme. Je la pousse hors de mon chemin tout en la jetant dans les bras de son capitaine.

Dans ma précipitation, je bouscule une jeune demoiselle qui est serveuse dans le caboulot. Je lui prends la main et, dans un fou rire, je la contrains à me suivre. Ses doigts sont emprisonnés dans ma poigne alors que nous courrons dans les rues étroites de la ville d’Alverton.

J’ai du mal à voir avec ce maudit cache-œil. Le bruit de nos pas se répercute sur les pavés.

La jeune serveuse essoufflée me questionne :

— Où me conduis-tu ?

— Loin d’ici, l’aventure nous attend, mon amie.

Sans prendre réellement en compte ses protestations et parce que nous sommes suivies, je l’entraîne toujours plus en direction du port. Heureusement qu’il n’y a pas trop de monde à cette heure. La plupart de ces boit-sans-soif sont dans les caboulots à perdre leurs soldes. Les embruns marins me parviennent enfin, ce qui veut dire que nous sommes sur la bonne route.

— Rattrapez-moi cet homme ! Je double la mise si vous me rapportez sa tête !

La voix de Booth se fait entendre à trois lieues à la ronde. Alors que les pas dans mon dos se font plus distincts, j’enfonce une porte. Là, je tire la jeune femme à ma suite, et nous entrons dans la demeure. Je la plaque contre le mur, une main sur sa bouche. Nos corps sont étroitement collés. Un sourire en coin vient immédiatement se dessiner sur mes lèvres.

— Trouvez-le ! Le capitaine Booth sera généreux avec vous.

Du coin de l’œil, je vois à travers les vitres sales des chandelles allumées et la rue. Je me presse davantage contre elle. Quand elle ressent aussi mes attributs féminins, elle semble surprise. Ma bouche approche de son oreille et je murmure :

— Tu ne croyais quand même pas que j’étais un homme stupide.

Alors que les lumières s’éloignent, je l’attire une nouvelle fois. Dans les couloirs obscurs, je me dirige à tâtons. Bientôt, nous nous retrouvons dans une cuisine, et finalement nous prenons la porte arrière. Dans la cour intérieure cette fois, la serveuse ne semble plus vouloir me suivre.

Elle s’exprime doucement :

— Comment comptes-tu t’échapper ? Ils doivent déjà être au port maintenant.

— Mon bateau n’est pas là-bas.

— Tu as un navire ?

Je me retourne surprise et lui dis presque outrée :

— Bien sûr que j’en ai un. Je suis capitaine !

— Tu as un équipage sous tes ordres ?

Cette fois, je fais une légère grimace avant de lui répondre :

— Eh bien, avec toi, et moi...

Je fais semblant de compter et ajoute :

— James, Mute et Joaquin, on est cinq.

— Quoi ?

Immédiatement, je me précipite sur elle pour la faire taire. Elle me fait les gros yeux et je lui dis :

— On n’a pas besoin d’être plus, le sloop est petit et rapide. Cinq, c’est bien suffisant. Allons-y avant qu’ils ne retrouvent notre trace.

Je lui reprends la main et l’entraîne cette fois vers l’extérieur de la ville, bien à l’opposé du port et du tumulte du centre. Trente minutes plus tard, on arrive à l’endroit où j’ai accosté. La jeune femme me regarde, atterrée.

Je lui dis :

— Tu sais à combien se montent les frais d’amarrage toi ? Une fortune. Je n’allais pas payer alors que... je peux trouver un autre moyen et faire des économies.

La serveuse secoue la tête de droite à gauche. Elle fait un pas sur la plage, mais je la retiens. Je siffle avant qu’elle se mette une nouvelle fois à parler. Là, depuis l’arrière d’un gros rocher surgissent James et Joaquin.

— Capitaine ! Vous êtes ici, s’exclame, le premier.

C’est un anglais pur souche, je l’ai sauvé d’un lynchage. Tout le monde déteste les hommes qui en aiment d’autres. Je lui ai fait une place dans mon équipage, c’est l’un de mes plus loyaux matelots. Joaquin a la peau bronzée. Lui, il s’est échappé d’un convoi de bois d’ébène. C’est un bon grimpeur, il est toujours celui qui se porte volontaire pour aller dans le nid de pie. Je crois qu’il aime ça, et surtout la nuit quand il se rapproche des étoiles. Il n’est pas très bavard, contrairement à James. Je pense que ces deux-là s’entendent très bien, même plus que ça.

— Encore mieux ! J’ai la bague.

Je la retire de mon doigt et la lui lance. Ses yeux brillent d’excitation et il me confie :

— Maintenant que nous avons la clé, il ne nous reste plus qu’à trouver l’emplacement du coffre et la carte.

Je prends la main de la jeune femme et avance vers mes matelots. Un sourire en coin se dessine sur mes lèvres et je dis en sortant le parchemin de mon veston côtelé :

— Eh bien, il se pourrait qu’en m’enfuyant, j’aie profité du chaos ambiant pour subtiliser ça au second du capitaine Booth.

Alors qu’on se dirige tous les quatre vers la petite embarcation, la serveuse déclare tout de même :

— C’est donc pour ça que vous l’avez embrassée ?

— Oh ! eh bien...

Nous poussons la barque avant de monter dedans. Les deux hommes se chargent de ramer. Je m’assois et me tourne de trois quarts vers la jeune femme pour lui répondre :

— Pas seulement. Elle était diablement attirante et oui, je ne pense pas qu’elle m’aurait donné la carte autrement.

La petite tête blonde en face de moi se met à réfléchir à toute allure. Ses sourcils se froncent même quand elle me dit :

— Mais, je ne comprends pas. S’ils avaient la carte, la clé, pourquoi ne sont-ils pas allés chercher le trésor ?

— C’est simple, jeune fille, il leur manquait quelque chose de crucial.

Tandis qu’on arrive au bateau, j’assiste la serveuse pour grimper à bord. Mute m’aide à son tour à monter. Je le remercie d’un signe de tête. La demoiselle me suit jusqu’à ma cabine. Dans mon dos, James et Joaquin rangent la barque.

Une fois dedans, je jette mon tricorne sur une table. Mon veston subit le même traitement. Je me dirige vers ma cachette et retire l’instrument. Je le brandis devant le visage de l’ingénue et lui dis :

— Sans ça, il leur était impossible de la lire ! Maintenant, chut... laisse-moi me concentrer.

J’allume la bougie sur mon bureau et déplie la carte devant moi. D’après les symboles, je fais bouger le rouleau que j’ai entre les mains. Chaque fois que j’organise un nouvel alignement, le tube intérieur m’offre une nouvelle lettre. Signe après signe, je décrypte ainsi l’ensemble de l’énigme.

Un sourire étire mon visage, j’ai réussi ! Le trésor sera bientôt à moi ! Je me redresse et mon dos proteste de mécontentement. Quand je me retourne, je suis surprise de trouver la jeune femme toujours là.

Je lui demande tout de même :

— Au fait c’est quoi ton nom, ma jolie ?

— Alvy Boyle.

— Oh ! t’es une Écossaise.

La serveuse fronce des sourcils et montre clairement qu’elle a du tempérament. Je lève les mains en l’air et précise rapidement :

— Tout doux, Nessy, je t’affecte au poste de trésorière et comptable ! Vous êtes fort pour ça vous autres non ?

Avant qu’elle ne gobe la mouche, je fais un pas vers elle et l’embrasse. Ça a au moins le mérite de la faire taire. Elle se recule et me gifle :

— Je ne vous permets pas !

— Eh, je sens que toi et moi on va s’entendre.

Je me tourne vers le hamac et lui dis :

— Ça, c’est le tien, à moins que tu aies envie de dormir avec les hommes. Oh ! avant que j’oublie. James et Joaquin forniquent ensemble, alors si tu veux tenter ta chance avec Mute, tu peux. Seulement, je préfère te prévenir, il n’a pas beaucoup de discussion.

— Et pourquoi ça ? demande-t-elle bravache.

— Son ancien capitaine lui a coupé la langue.

Je joins le geste à la parole et ajoute amusée :

— C’est ce qui arrive sur certains navires, quand un matelot énerve trop le capitaine.

Elle devient plus blanche qu’un fantôme et je rigole. Je me dirige vers la porte et lui dis :

— Je plaisante Alvy. Si tu veux prendre connaissance du règlement du bateau, il est là.

Je lui montre le cahier posé juste à côté de la carte. Entre ses dents, l’Écossaise avoue difficilement :

— Je sais pas lire.

— Pas grave, je t’apprendrais. Repose-toi, maintenant une interminable route nous attend.

Docile, la jeune femme va s’allonger sur le hamac. Je sors de ma cabine et me dirige directement vers la barre. Là, je retrouve James. Quand je relève le menton, j’aperçois Joaquin tout en haut.

— On va où Capitaine ?

— Cap au nord, nord-est vers l’île d’Antigua puis cap à l’est et soixante degrés de longitude.

— C’est une possession espagnole Capitaine, me dit-il gravement.

— Eh bien, on s’arrangera sur place. Survivons à la traversée, nous verrons par la suite.

Il hoche de la tête sérieusement et nous mettons le cap sur notre destination. James questionne :

— Il nous faudra soixante jours de mer au moins. Aurons-nous assez de vivre et d’eau ?

— Mute pêchera, quant à l’eau de toute façon d’ici quinze à trente jours elle aura verdi. Il nous restera le rhum.

Je murmure et lui annonce :

— Tu devrais demander à Joaquin de couper l’eau avec le rhum et les citrons que j’ai ramenés. Ce qui m’inquiète surtout c’est le scorbut.

— Nous avons suivi vos ordres, comme vous avez dit Capitaine. Nos cales sont pleines de vivres.

— J’ai confiance, James, notre bonne étoile veille sur nous. Tout va bien se passer, Poséidon est avec nous.

— J’espère que vous dites vrai, Capitaine, je l’espère.

Devant moi se joue notre destin. Tout va changer quand nous allons mettre la main sur le trésor. James m’interroge en murmurant encore, comme si quelqu’un pouvait nous surprendre :

— Avez-vous pu dire au revoir à votre mère et vos sœurs ?

— Mère repose six pieds sous terre, l’une de mes sœurs est mariée, l’autre est une accrocheuse douée, la cadette est chez les sœurs. Je n’ai pas réussi à la trouver, mais elle est certainement mieux là où elle est. Quand nous serons sur le Nouveau Monde, je lui écrirais une lettre.

Je me tourne finalement vers mon ami et l’interroge :

— Et toi ?

— Ils m’ont rejeté, il y a un long moment maintenant. Je me suis épargné cette perte de temps.

Très lentement, j’opine de la tête. Je prends une profonde inspiration, le regard orienté vers les étoiles qui parsèment le ciel.

— L’avenir nous appartient, n’en doute pas James.

— J’ai foi en vous, Capitaine.

Un sourire étire mes lèvres, et je laisse mon ami à la navigation.

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