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📖 Lecture intégrale gratuite — XX Tome 1 – Chapitre 1 à XX Tome 1 – Chapitre 26
Chapitre 1 — XX Tome 1 – Chapitre 1
  1. XX Tome 1 – Chapitre 1
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XX T1 · Mélissa Roche

Lire XX T1 en ligne gratuitement XX Tome 1 – Chapitre 1

Vues : 2 369 vues

De : B.B.

À : Ministère de la Sauvegarde de l’Espèce

Ci-joint le rapport préliminaire du projet Déméter. Agent dormant en attente. Demande d’action rapide. Pour que vive l’humanité.

Une explosion lointaine me réveille quelques secondes à peine avant que mon alarme sonne. Encore ! C’est la seconde fois ce mois-ci que la capitale subit les attaques des terroristes de l’Union pour l’Hégémonie des Femmes, plus communément appelée UHF. On a beau en avoir l’habitude, ce son si caractéristique dès le réveil a de quoi plomber l’ambiance. Combien de morts ? Combien de dégâts matériels que nous ne pouvons pas réparer ? Impossible d’ignorer que nous sommes une nation en état de siège. L’ultime bastion d’une humanité moribonde.

À mes côtés le lit est froid, désespérément vide. Le drap de soie n’est même pas chiffonné. A-t-il seulement dormi ici ? Depuis combien de temps ne l’ai-je pas vu, deux jours ? Trois ? Je ne sais plus. Nos travaux respectifs nous accaparent loin l’un de l’autre. En tout cas, c’est ce que j’aimerais croire. C’est ce que je m’évertue à croire, bien qu’Andrew soit de moins en moins précautionneux avec les marques de rouge à lèvres que son « travail » lui occasionne. Je suis une bonne épouse et fière de l’être. Je peux comprendre les pulsions masculines, je les accepte, naturellement. Alors pourquoi s’éloigne-t-il ? Pourquoi ne joue-t-il plus le jeu ?

Maussade, je me décide enfin à quitter mon nid solitaire. Une longue journée m’attend, encore une. Mon emploi est devenu un exutoire. Je n’ai que deux opérations prévues aujourd’hui, mais l’une est affreusement longue et l’autre vraiment technique. Une vraie partie de plaisir, bien que je doive dire que le défi représenté par la seconde m’excite un peu.

Je prends une douche rapide, trop rapide. Même ici, dans ce quartier huppé, l’eau chaude est rationnée. Ce n’était pas comme ça dans le temps. Je me souviens qu’avant la catastrophe, je prenais de longs bains chauds. Je laissais la vapeur envahir la salle de bain jusqu’à obtenir une atmosphère tropicale. Aujourd’hui une telle scène est inconcevable. Sauf peut-être pour quelques-uns de nos dignitaires les plus haut placés. Et pour elles, naturellement, les anarchistes de l’UHF. Les folles qui ont détruit le monde. Qui nous ont menés au bord du gouffre. C’était il y a vingt ans.

Je me regarde dans la glace, longuement et sans complaisance. Suis-je vieille ? Bien sûr, sept grossesses en quatorze ans de mariage cela laisse des traces, des vergetures disgracieuses sur le ventre et les cuisses, des seins alourdis. J’ai gardé la ligne pourtant, ou à peu près. On pourrait me qualifier de plantureuse si l’on voulait être gentil. Malheureusement le monde l’est rarement et aujourd’hui moins que jamais.

Je m’empresse de cacher les stigmates de mes échecs sous un tailleur sombre et me concentre sur mon visage. Mes trente-sept ans commencent à me rattraper. Les premières rides sont apparues cette année, aux commissures de mes lèvres. Ma mère les aurait attribuées au stress, et elle aurait eu probablement raison. Mes yeux polaires, eux, n’ont pas changé si ce n’est qu’ils sont plus froids encore, plus las. Ils s’accordent à ma chevelure blonde et à mon teint pâle que je dois à une lignée slave un peu trop prégnante. Non, je ne suis pas vieille. Alors pourquoi en ai-je l’impression ? Je ne prends pas le temps de me maquiller, inutile de prétendre cacher la vérité, d’autant plus que mes » patients » s’en moquent.

Je n’ai plus que le temps de boire un ersatz de café qui n’a pas la moitié des bienfaits de l’original et dont le goût… Beurk, mieux vaut ne pas s’y attarder. Infâme. Néanmoins, il me revigore suffisamment pour me donner le courage de consulter les informations, en attendant le transporteur auquel me donne droit mon statut d’épouse du conseiller Baker. Je quitte le vaste appartement au décor spartiate, le regard rivé sur ma tablette.

Par les pères fondateurs, ces barbares ont encore atteint une cible stratégique. D’après le journal officiel, un groupe restreint a pu s’introduire dans la petite centrale électrique qui fournit une bonne partie de la ville en énergie. Pour se faire, elles n’ont pas hésité à assassiner les trois gardiens de quart et à priver de nombreux foyers de courant pour un temps indéterminé. Toujours la même chose. Ne sont-elles jamais satisfaites du mal qu’elles nous font ? Lâcher le virus Femen sur le monde n’a-t-il pas suffi ? Il est parfois difficile d’appréhender l’ampleur de la haine qu’ont ces femmes à notre encontre. Et plus dur encore de ne pas avoir peur.

L’arrivée du véhicule de fonction me tire de mes sombres ruminations. Ce n’est pas mon problème, mon problème c’est les deux bébés qui m’attendent à l’hôpital. Mon problème c’est mon mari qui découche de plus en plus souvent. Le reste c’est de la politique, et la politique est une affaire d’hommes.

Le trajet, comme toujours, se fait dans un silence de cathédrale. Je regarde les trottoirs défiler et les gens qui se pressent vers leurs fonctions. Ils baissent tous la tête, engoncés dans des tenues sombres et fonctionnelles. Ils se concentrent sur leur propre chemin, indifférents à leurs voisins. La circulation est clairsemée. Même dans le siège du pouvoir bien peu peuvent se permettre un tel luxe. Je pourrais m’en passer, d’ailleurs je préfèrerais éviter l’attention que cela m’attire, mais Andrew a insisté. Une question de prestige, je crois. Comme si je pouvais encore intéresser quelqu’un. Il faut que je me sorte de cette déprime qui m’accable. Que je me concentre sur ma tâche, comme nous tous. C’est comme ça que je pourrais aider au mieux ma nation. En restant à ma place.

J’arrive au centre hospitalier peu après avoir réussi à reprendre le dessus. Je suis prête à affronter une nouvelle journée et ces petits corps frêles que je dois opérer. Pas du tout ce dont j’avais rêvé en commençant mes études de médecine, mais c’est là que l’État avait besoin de moi. Je suis une pupille de la nation depuis mes dix-huit ans. Je lui dois tout ce que je suis. Je pouvais bien faire cela pour eux, non ?

Oui, c’était bien différent avant… Avant que le virus Femen ne tue tous les hommes de la planète sauf ici aux Etats-Unis. Avant que les femmes du monde entier ne se liguent contre nous, ralliées aux mensonges des terroristes. On a dû prendre des mesures, certaines radicales, souvent désagréables. Pour que survive l’humanité.

Mon équipe est déjà en place quand je gagne le bloc avec un peu d’avance. Nous avons l’habitude de travailler ensemble et ils connaissent mes petites habitudes. Cependant, je constate immédiatement la présence de deux intrus. Deux géants en costume gris foncé. La couleur caractéristique et les écussons en forme de diamant épinglés sur leur revers trahissent leur appartenance au ministère de la Sécurité. On pourrait les prendre pour deux frères avec leur coiffure réglementaire et leur air impavide. Leurs pupilles glaciales déclenchent une vague de frissons le long de ma colonne vertébrale. Leur présence n’est jamais anodine. Je me demande brièvement pour qui va sonner le glas.

— Docteur Baker ? Kendra Baker ? me demande celui de gauche.

Il pourrait être une caricature de l’agent spécial, en voilà un qui est complètement dans son rôle. Je ne vois pas l’intérêt de biaiser et acquiesce humblement.

— Veuillez nous suivre. Inutile de laisser quoi que ce soit, vous ne reviendrez pas.

— Je…

Son regard dur me coupe dans mon élan. De vieilles habitudes refont surface : on ne discute pas un ordre officiel. On ne contredit pas un représentant du pouvoir. Ils savent ce qui est le meilleur pour nous et je dois leur faire confiance. Je lance un rapide salut collectif à mes collègues avant de leur emboîter le pas. Ils ne se sont même pas retournés, certains de ma docilité. En même temps, pourquoi en auraient-ils douté ? Je suis une citoyenne modèle, je l’ai toujours été.

Ils me conduisent à un véhicule militaire garé au sous-sol. Curieuse, je ne peux m’empêcher de détailler le Hummer. On n’en voit plus beaucoup des comme ça en circulation, bien trop gourmands en gasoil. Il faut que ce soit vraiment important pour qu’on ait dépêché de tels moyens pour une simple femme. Je commence gentiment à avoir peur. Je pense être une bonne citoyenne, mais le gouvernement est-il de cet avis ? J’ai connu des gens subversifs qui ne le savaient pas, il n’empêche qu’il a fallu en purger la société.

Est-ce ce qui m’attend ? Disparaître comme cela, du jour au lendemain ? Mes deux cerbères n’ont plus décroché le moindre mot, me laissant dans un silence perturbant. Suis-je en état d’arrestation ? Bien sûr, ils ne m’ont pas passé de menottes, mais au vu de nos carrures respectives, ce n’était pas vraiment une nécessité.

Ils nous font sortir de la ville et nous roulons plusieurs heures dans la campagne déserte. Nous dépassons plusieurs petites villes laissées à l’abandon avant de nous arrêter devant une guérite placée au milieu de nulle part. Des paroles sont échangées à mi-voix, que je ne peux entendre, puis on nous laisse passer. Nous sommes visiblement attendus, ce qui ne soulage en rien mon angoisse.

Derrière une petite pente, j’aperçois un vaste manoir de type Victorien. Cela en jette pas mal, bien que l’ensemble dégage quelque chose d’inquiétant, d’obscur. Les deux hommes patientent pendant que je me décide à sortir de l’habitacle. Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend de l’autre côté de ces portes. Je ne suis pas certaine de vouloir le savoir. Tout ceci a un aspect un peu trop dramatique à mon goût. Au goût de n’importe qui de sain d’esprit d’ailleurs. Une fois à l’air libre, ils reprennent leur rôle de guide sans rien laisser paraître. Invitée ou otage ? Et eux, hôtes ou geôliers ?

Ils s’arrêtent devant une double porte en bois massif gravée d’armoiries vaguement familières. L’un des deux me fait signe de continuer sans eux. C’est une main tremblante que je pose sur la poignée de porte. Une boule dans la poitrine, je sens mon pressentiment se renforcer. Ça ne peut pas être bon pour moi.

Je pénètre dans un immense bureau dont l’atmosphère virile est immédiatement perceptible. On dirait la représentation idéalisée de tout ce qui faisait le Far West. Meubles en bois lourds sculptés, têtes de gibiers empaillées aux murs, et pour couronner le tout une imposante cheminée au-dessus de laquelle trône une vieille Winchester. À mon entrée, le maître des lieux s’extrait d’un fauteuil Chesterfield buriné par le temps. Le bonhomme lui-même se prend pour un cow-boy avec son jean, sa boucle de ceinture et son Stetson immaculé. C’est d’un ridicule.

— Docteur Baker, je suis heureux de faire enfin votre connaissance. Ce cher Andrew ne tarit pas d’éloges à votre sujet.

Ah bon, c’est nouveau ça ? Cela fait pourtant des années qu’il ne me porte plus beaucoup d’attention. Il ne me demande même plus de l’accompagner lors de ses soirées mondaines. Je n’imaginais pas qu’il puisse parler de moi. Je suis trop dure avec lui, il n’arrête pas de me le dire pourtant. Je continue d’observer le cow-boy de pacotille en silence. C’est toujours plus prudent le silence. L’homme me propose un verre, que je décline, puis se sert une bonne rasade d’un liquide ambré. Se rasseyant, John Wayne m’invite à l’imiter, ce que je fais du bout des fesses.

— Comme vous le savez sûrement, la nation, que dis-je, l’humanité entière est au bord de l’extinction depuis bien longtemps.

— Oui monsieur.

Que répondre à l’évidence ? Depuis que notre président a eu le courage et la sagesse de nous mettre à l’abri du fléau, notre situation ne cesse de s’aggraver. Nous manquons de matières premières, nous manquons d’hommes, nous manquons d’avenir. Et quand nous tomberons, l’humanité nous suivra de peu.

— Annexer le Canada et achever le mur du Mexique a été une mesure efficace. Mais temporaire. Le virus a rapidement muté et nous sommes tous atteints désormais, même si les effets en sont amoindris. Vous devez le savoir mieux que personne, depuis dix-sept ans aucun garçon n’a survécu plus de quelques heures à sa naissance.

— Nous savons tous cela monsieur, nos chercheurs…

— Nos chercheurs patinent, ils n’avancent plus. Nous sommes dans une impasse.

Je ne comprends pas pourquoi il me dit tout ça. Même le grand public sait cela, sans toutefois avoir pleinement conscience de l’ampleur du désastre. Mais quel rapport avec moi ? Je ne suis qu’une chirurgienne en néonat, j’en ai vu des garçons mourir… En plus des miens. Je les ai tenus dans mes mains essayant de comprendre ce qui les tuait. Je lui en fais finalement la remarque.

— Il se pourrait…, débute-t-il en feignant d’hésiter. Certains rapports laissent indiquer que les sauvages auraient trouvé un remède. Mais, plus que cela, elles veulent finir le travail avant de se l’inoculer.

— Je ne comprends pas, monsieur.

— Naturellement ! Elles projettent de tous nous tuer avec une version modifiée du virus.

Quoi ? Impossible ! Elles ne peuvent pas avoir réussi là où nos plus brillants spécialistes ont échoué. Et ce projet délirant… L’homme en face de moi, et dont je me rends compte qu’il ne s’est absolument pas présenté, doit sentir mon choc puisqu’il reprend.

— Elles ont dû s’appuyer sur les recherches originelles pour parvenir à un tel résultat. Cependant, la question n’est pas de savoir comment elles ont fait, mais comment les empêcher de mener à bien leur projet.

— Je ne vois toujours pas le rapport avec moi, monsieur.

— Vous savez comment j’appelle les femmes telles que vous ? demande-t-il.

Je suis complètement désarçonnée par ce changement apparent de sujet. Où veut-il en venir ? Je secoue la tête négativement.

— Je vous appelle le millième talentueux, ricane-t-il.

Voyant que je ne saisis pas la subtilité de sa blague, il se croit obligé de l’expliquer.

— À la base, il s’agissait du dixième talentueux. Un sociologue noir en pleine ségrégation a développé cette théorie selon laquelle chaque peuple possède son dixième talentueux. Ces êtres d’exception qui font avancer les choses. C’est peut-être vrai pour les peuples, mais pour les femmes ? Vous, c’est plutôt le millième talentueux…

L’idiot part dans un éclat de rire gargantuesque qui secoue son vaste corps. Il m’observe du coin de l’œil, cherchant à percer mes réactions, mais je n’en ai aucune. Les propos de ce genre se sont multipliés au fil des années et je m’y suis habituée. Ils ont peur, c’est normal de se montrer agressif dans ces cas-là. D’autant qu’il n’a pas forcément tort sur le fond. Les grandes découvertes ont été majoritairement masculines. Les grands noms des sciences ou même des arts sont des hommes. Alors oui, ce n’est pas plaisant à entendre, mais nier les faits est contre-productif.

— Et donc monsieur ?

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Jujup il y a 1 jour

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Jujup il y a 2 jours

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Marina69 il y a 3 jours

Encore!

Marina69 il y a 3 jours

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Marina69 il y a 3 jours

J'adore

Marina69 il y a 3 jours

Enfin la rencontre ?!

Marina69 il y a 3 jours

Kendra va t-elle s’en sortir ?!

Marina69 il y a 3 jours

Cool

Marina69 il y a 3 jours

C’est prenant

Marina69 il y a 3 jours

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Marina69 il y a 4 jours

La suite!

Marina69 il y a 4 jours

J'adore

Marina69 il y a 4 jours

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Marina69 il y a 4 jours

Cool

Marina69 il y a 4 jours

Jusque là c’est une super histoire

Marina69 il y a 4 jours

La suite

Marina69 il y a 4 jours

Hâte de la suite

Marina69 il y a 4 jours

Vite la suite

Marina69 il y a 4 jours

J'aime beaucoup

Marina69 il y a 4 jours

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Marina69 il y a 4 jours

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Marina69 il y a 4 jours

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