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Sauvage · Meghan O'Brien

Lire Sauvage en ligne gratuitement Chapitre un

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Sélène Rhodes détestait la pleine lune. Pas seulement en raison des épreuves qu’elle lui faisait subir après le coucher du soleil, mais aussi à cause de la façon dont elle s’emparait de son corps pendant les longues heures qui précédaient son apparition dans le ciel nocturne. La pleine lune la tenait sous son emprise dès son réveil : sa peau se tirait, ses terminaisons nerveuses étaient en feu. Les sensations s’intensifiaient à mesure que le soleil suivait sa course et lui apportaient non pas de la douleur, mais un plaisir très violent qui la paralysait presque.

Lorsque l’escorte arriva une heure avant le coucher du soleil, Sélène était tellement excitée que le simple frôlement d’une étoffe sur son bras menaçait de la plonger dans un état de béatitude totale. Le rendez-vous en perspective, déjà difficile, en devenait absolument insupportable. La pleine lune avait beau la rendre folle, elle n’envisageait pas de faire l’amour, même avec une professionnelle.

Ce soir-là était particulièrement pénible. Non seulement la lune était à son périgée, c’est-à-dire à sa position la plus proche de la Terre de toute l’année, mais Sélène devait former une nouvelle call-girl pour la première fois depuis quatorze mois. Elle était contente que la précédente ait obtenu son diplôme de médecine, mais elle était malade d’inquiétude face à ce changement de routine. Alors qu’elle avait enfin trouvé un certain rythme, elle devait maintenant repartir de zéro. Elle détestait ces moments-là, surtout quand elle devait en sus lutter contre une excitation qui tuerait une personne plus faible.

Et tout se liguait contre elle : l’agence avait envoyé une rousse, magnifique et toute en courbes. Elle se tenait sous le porche de Sélène, transpirant une sensualité sauvage. Les traits de son visage semblaient dire : « Je connais un secret qui vous rendra heureuse pour le reste de votre vie ». Sélène réprima un gémissement sous l’éclair de plaisir qui se propagea directement jusqu’à ses orteils. La prochaine fois, elle devrait absolument demander qu’on lui envoie une blonde. Ce rituel mensuel était déjà assez difficile comme ça…

— Vous êtes en retard, dit Sélène, luttant afin de garder le contrôle d’elle-même.

— Je suis désolée. La circulation était cauchemardesque.

L’escorte jeta un coup d’œil subtil autour d’elle en pénétrant dans la maison de Sélène.

— Je suis Renée, au fait. Je ne sais pas si on vous a prévenue.

— Enchantée, Renée, la salua Sélène.

Elle resta calme tout en regardant l’horloge murale. Elle n’avait pas beaucoup de temps pour expliquer la procédure à suivre, mais tant pis, ce qui était fait, était fait. Elle devait maintenant se concentrer sur le déroulement de la soirée.

— J’espère que cela ne vous dérange pas si nous commençons immédiatement, lança-t-elle.

— Pas du tout.

Renée scruta le visage de Sélène, mais n’y décela que de l’attirance à son égard. Elle était très douée dans son travail.

— Vous étiez donc l’une des clientes de Kelli ? demanda-t-elle.

— Oui, depuis plus d’un an. Une fille très bien.

Sélène espéra qu’elle avait été suffisamment polie. Elle conduisit Renée vers la chambre d’amis en souhaitant que celle-ci ne repère pas ses difficultés à poser un pied devant l’autre.

— Que vous a-t-on dit à propos de ce rendez-vous ?

— Seulement que vous aimez être dominée. Attachée.

L’odeur du shampooing de Renée lui fit brièvement oublier l’urgence de la situation. Il serait si facile de la pousser contre le mur, d’embrasser ses lèvres pulpeuses et de glisser une main sous sa jupe. De la prendre sans finesse, très vite, pendant qu’elle en avait encore le temps. Elle sentait que Renée en avait envie, et pas seulement parce qu’elle était payée.

Sélène s’arrêta devant la porte de la chambre d’amis et ferma les yeux en soupirant. Non, ce n’était pas possible.

— Je crois que je vais aimer vous attacher, Sélène, dit Renée, en faisant courir légèrement ses doigts le long du bras de Sélène. Oui, beaucoup.

Sélène se dégagea brusquement et serra les dents tandis qu’elle se contractait et qu’un orgasme de faible intensité la traversait.

— S’il vous plaît, ne…

— Vous venez juste de… ? Waouh ! s’exclama Renée avec un sourire qui atteignit ses yeux.

Désireuse de mettre un peu de distance entre elles, Sélène ouvrit la porte de sa chambre d’amis. Puis elle se retourna pour évaluer la réaction de Renée face à la grande table métallique boulonnée au sol au milieu de la pièce. C’était le moment qu’elle détestait, celui où l’escorte réalisait pour la première fois que Sélène n’était pas une cliente comme les autres.

Renée afficha un sourire séducteur. C’était vraiment une professionnelle. Aucune hésitation.

— Très bien. Pourquoi ne pas m’indiquer vos préférences ?

Sélène détacha la ceinture de son peignoir, le laissant glisser de ses épaules et tomber sur le sol. Elle perçut l’inspiration silencieuse de Renée à la vue de sa nudité, puis l’accélération de son rythme cardiaque. Si elle restait habillée, elle résisterait à Renée plus facilement, mais lorsqu’elle se transformerait plus tard dans la nuit, elle changerait de taille. Ses vêtements se déchireraient, ce qui susciterait des questions le lendemain matin. En revanche, si elle était nue, il n’y aurait aucune preuve, rien qui puisse indiquer qu’elle n’était pas qu’une fétichiste ordinaire.

— C’est très simple.

Sans laisser son regard s’attarder sur la femme qui, de toute évidence, désirait combler exactement ses attentes, Sélène alla s’asseoir sur le bord de la table.

— Je veux que vous m’attachiez par les poignets et les chevilles avec les menottes, puis que vous utilisiez une corde pour serrer le plus fort possible. Mettez les clés des menottes dans votre poche quand vous aurez fini. Ensuite, rentrez chez vous. Vous prendrez la clé de ma maison et vous verrouillerez la porte d’entrée en partant. Demain matin, vous reviendrez à huit heures et vous me libérerez.

— C’est tout ? s’étonna Renée en levant un sourcil parfaitement épilé. Vous ne voulez pas que je vous fasse jouir ?

Ces simples mots donnèrent à Sélène l’envie de jouir. Elle n’avait pas été avec quelqu’un depuis des années et elle brûlait de retrouver cette proximité. Mais elle avait appris sa leçon la dernière fois qu’elle s’était autorisée à partager une telle intimité. Les relations sexuelles n’étaient pas purement physiques, du moins pour Sélène. Elle évitait donc toute situation qui pourrait l’amener à s’attacher à une humaine et qui finirait forcément par lui briser le cœur.

— Non, répliqua Sélène d’un ton aussi coupant que possible. Il ne s’agit pas de cela pour moi.

Elle montra une liasse de billets et la clé de la maison qu’elle avait posées sur le bout de la table.

— La moitié de votre cachet à l’avance, l’autre moitié quand vous me relâcherez demain matin.

Renée ramassa l’argent. Sa gorge se noua lorsqu’elle vérifia la somme.

— C’est pratiquement la totalité de ma rémunération pour ce boulot !

— Je suis prête à payer un supplément pour la discrétion.

Prenant une profonde inspiration, Sélène s’allongea et leva les bras au-dessus de sa tête. Elle posa ses mains sur les coins de la table, puis écarta les jambes, alignant ses pieds sur les menottes des chevilles.

— Et pour une corde très, très serrée.

Renée empocha l’argent et la clé. Son regard balaya le corps de Sélène, puis remonta jusqu’à ses yeux.

— Vous êtes mouillée, murmura-t-elle en se léchant les lèvres.

C’était un euphémisme. L’intérieur des cuisses de Sélène luisait de son excitation.

— Mon plaisir est de perdre le contrôle.

Sélène avait tellement l’habitude de répéter ce mensonge qu’il sortait très facilement. Mais elle se sentait quand même encore gênée.

— J’aime savoir que je suis sans défense ici, que je dépends de vous pour me libérer.

— Et si je me fais renverser par un bus ? demanda Renée en riant. Non pas que j’en aie l’intention ce soir, mais cette possibilité ne vous inquiète pas ?

Sélène perçut une véritable appréhension derrière la question et le ton léger.

— J’ai un arrangement avec votre patronne.

Sélène jeta un coup d’œil à la porte de la chambre. Elle aurait souhaité voir le ciel, mais, pour sa propre sécurité, la pièce ne comportait pas de fenêtre. Le soleil devait être presque couché maintenant. Elles devaient se dépêcher ou Renée se retrouverait face à une situation bien différente de ses prévisions.

— Je l’appellerai demain quand vous m’aurez détachée, continua Sélène. Si je ne le fais pas, elle enverra quelqu’un… et j’imagine que vous perdrez votre travail.

Le regard de Renée se durcit légèrement, mais Sélène n’avait pas été menaçante. Si elle payait des escortes haut de gamme venues d’une agence réputée, c’était pour une bonne raison : elle comptait sur leur fiabilité et leur volonté de répondre à ses requêtes sans poser de questions. Et elle voulait mettre Renée à l’aise, la convaincre qu’elle n’avait aucune crainte à avoir à l’idée de la laisser ainsi seule et sans défense. Renée devait suivre ses instructions à la lettre, pour le bien de tous.

— S’il vous plaît, dit Sélène à voix basse, nous devons nous dépêcher. Comprenez-vous ma requête ?

— Oui.

Renée saisit le poignet de Sélène et l’inséra dans la manchette métallique fixée au coin de la table. Ce contact professionnel n’était pas moins puissant que la caresse séductrice précédente et Sélène dut serrer les dents pour ne pas réagir au plaisir des doigts chauds sur sa peau.

— Vous voulez vraiment la corde aussi ? Pourtant, avec ces menottes, il semble garanti que vous n’irez nulle part.

— Oui, j’ai besoin de la corde.

Les menottes ne suffiraient peut-être pas à la retenir lorsque la pleine lune se lèverait et lui arracherait ses derniers instants d’humanité. Sélène possédait une force effrayante ces nuits-là et, ce soir, avec la lune à son périgée et le contact d’une belle rousse sur sa peau, sa bête serait sans aucun doute très difficile à contenir.

— Aussi serré que possible, souvenez-vous.

En silence, Renée passa les menottes à l’autre poignet et aux chevilles avec des gestes précis. Puis elle ramassa la corde et jeta un regard méfiant à Sélène.

— D’accord.

Sélène se concentra sur sa respiration tandis que Renée enroulait la corde autour du haut de son corps d’un geste hésitant, l’arrimant à la table.

— Parfait, l’encouragea Sélène.

— Comme ça ? demanda Renée en tirant doucement sur les liens, puis en commençant un premier nœud. Est-ce que ça va ?

— Non, plus serré !

Renée était trop circonspecte. La nana précédente n’avait pas eu peur de lui couper pratiquement la circulation. C’est ce dont elle avait besoin. Renée la traitait comme une poupée de porcelaine qui pourrait se briser si on la manipulait trop brutalement.

— Comme je l’ai dit, le plus serré possible.

Renée resserra légèrement la corde, mais pas assez.

— Cela devra être suffisant, Sélène. Sinon, je crains que vous ayez des problèmes pour respirer.

— Non, protesta Sélène, en secouant la tête vigoureusement. Cela ne convient pas. Vous devez y aller plus fort.

— Je suis désolée.

— Je vous paie pour un service, rappela Sélène qui tordit le cou pour observer Renée en train de faire des nœuds. Veuillez suivre mes instructions.

— Écoutez, je me fiche de savoir combien vous me payez. Et ne vous avisez pas de me menacer quant à mon boulot. Vous ne serez pas tenue responsable s’il vous arrive quelque chose ! Vous voulez que je vous attache et que je vous laisse pendant des heures, très bien. Mais je vais m’assurer que vous ne suffoquerez pas pendant mon absence.

Bon sang de bonsoir ! Renée n’avait pas l’intention de lui obéir et il était bien trop tard pour appeler l’agence et demander une remplaçante. Sélène n’avait pas le choix. Il fallait qu’elle se débarrasse de Renée au plus tôt. Pourvu que tout se passe bien !

— Bon. Au moins, attachez-moi aussi les jambes. D’accord ?

Renée pinça les lèvres, mais obtempéra. Elle laissa la corde sur le bas du corps de Sélène aussi lâche que sur sa poitrine. Sélène savait que ces entraves ne la retiendraient pas ce soir, pas quand l’attraction de la pleine lune était si forte. Son estomac se crispa en prévision à la fois de son inévitable transformation et des dégâts qu’elle allait sûrement causer.

— Voilà, c’est fait. Tout est en place, conclut Renée en balayant encore une fois sa cliente du regard.

Elle soupira et posa sa main sur l’avant-bras de Sélène. Le contact réveilla la peau nue et déclencha une poussée de désir si féroce que Sélène en eut le souffle coupé.

— Vous êtes sûre de ne pas vouloir…

— Non !

Le refus de Sélène claqua durement, plus qu’elle n’en avait l’intention, mais Renée l’exaspérait. Et l’heure tournait.

— Il est temps pour vous de partir, reprit-elle. Je vous verrai demain, à huit heures.

Renée cligna des paupières et s’éloigna de la table.

— Très bien. Je serai là.

Elle se dirigea vers la porte, jetant un coup d’œil en arrière avec une expression étrange avant de sortir de la pièce.

Sélène acquiesça, essayant de dissimuler ses larmes de frustration. Elle n’était pas du tout certaine d’être à cet endroit le lendemain matin. Elle ferma les yeux et écouta le bruit de la porte d’entrée. Lorsqu’elle entendit Renée quitter la maison, elle laissa enfin couler ses pleurs.

Elle en avait assez. Elle n’en pouvait plus de devoir s’en remettre à des étrangères qui ne pourraient jamais comprendre les enjeux de la pratique sexuelle pour laquelle elle les avait engagées. Elle était fatiguée de s’inquiéter à l’idée que les cordes étaient trop lâches ou qu’elle arracherait encore une fois les menottes métalliques, pourtant soudées à une table en acier massif. Elle était exténuée d’être seule au monde avec son terrible secret, avec l’angoisse qu’elle était susceptible de se comporter comme un monstre.

Elle en avait vraiment assez de cette fichue lune.

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Commentaires (2)

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Lectrice il y a 1 semaine

Les ennuis commencent... Au moins un homme capable, c'est bien on aime !

Lectrice il y a 1 semaine

Une prémisse intéressante... À voir où cela nous mène.

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